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CENT VACHES TRAITES EN UNE DEMI-HEURE

J'ai essayé dans le temps de rendre compte d'une invention américaine ou anglaise à ses débuts qui avait pour but d'effectuer la traite artificielle. Cette invention reposait sur la loi de la pression atmosphérique et du vide. Je ne sais pas ce qu'est devenu ce système. En tout cas, le voilà dépassé par une combinaison de procédés mécaniques que l'on nous représente comme approchant de la perfection. La perfection c'est la nature, et la nature dans ce cas particulier, c'est le veau à la mamelle. Donc si un inventeur est assez ingénieux pour fabrique]' un appareil qui, par la succion opérant le vide, par la pression des trayons remplaçant celle des lèvres du nourrisson et par une sorte de manipulation du pis qui remplace ses coups de tête, remplit les fonctions de l'animal, ne pourrait-on pas dire qu'il a imité, voire perfectionné la nature? Je ne crois pas impossible d'admettre que ce programme a été rempli, quand je vois que l'inventeur n'estautre que l'illustre docteur de Laval, l'ingénieur suédois qu'a illustré la découverte du séparateur, l'un des plus anciens types des centrifuges destinés à écrémer le lait. Le docteur de Laval est docteur en philosophie, ingénieur et député à la première ChamJjre du Parlement suédois. J'aime, pour ma part, ces cumuls dont plus d'un grand génie nous a donné l'exemple.

Je n'espère pas faire comprendre avec une absolue perfection au

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lecteur le fonctionnement du nouvel appareil que de Laval a baptisé le « lactator ». Il faudrait le voir pour s'en faire une idée exacte; or, si le voyage n'est pas impossible, il demande un certain temps. La propriété du D'' de Laval, le domaine de Lilia L'rsvvik, est située aux environs de Stockholm. Avec un traîneau attelé de bons chevaux, il y en a seulement pour une heure et demie en partant de la capitale de la Suède : mais le plus long est d'aller de Paris à Stockholm. Peut-être quelques-uns de ceux^qui me liront seront tentés de faire cette excursion; ils feront bien alors de faire des démarches au Ministère des affaires étrangères pour faire appuyer leur demande de visite de l'autorité de notre ministre. Revenons à la description de cette invention.

Quatre leviers aboutissant chacun à un trayon de l'animal, partent d'un axe commun et sont soumis à des mouvements alternatifs produits par un excentrique. L'extrémité de ces leviers a quelque analogie avec les marteaux d'un piano. La partie supérieure de ces marteaux s'emboîte exactement dans le trayon au moyen d'une ouverture circulaire pratiquée dans la plaque en aluminium qui les recouvre. Au dessous de cette ouverture circulaire est adaptée une enveloppe en gomme comme les biberons, formant un petit sac en entonnoir. Ce sac n'a pas la forme du trayon, mais il se termine par un petit renflement qui finit en un tuyau allongé. Nous voyons donc quatre de ces sacsentonnoirs, qui, par les quatre tuyaux qui les terminent, se rendent à un petit réservoir commun, où s'accumule le lait. A l'extrémité de ce réservoir se trouve un long conduit de caoutchouc qui a pour objet de faire monter le lait dans un seau suspendu au-dessus de chaque vache, dans le plafond de l'étable : cette dernière opération s'effectue par le vide. Ainsi donc, je reprends cet essai de description. Le lactateur est l'ensemble de quatre petits entonnoirs en gomme qui s'adaptent aux quatre trayons de la vache, et qui sont munis chacun d'un manche aboutissant sur un axe commun, au moyen duquel ces entonnoirs soulèvent alternativement chaque quart de la mamelle et la manient en quelque sorte par un mouvement de bas en haut, analogue au coup de tête du veau, mais plus régulier et moins brutal. Cette manœuvre n'est que l'auxiliaire de la traite. Quant à la traite elle-même, elle se produit par deux organes qui roulent le long du trayon et font sur ce trayon une pression analogue à celle exercée d'ordinaire par la main du vacher. Ces organes de pression sont mis en mouvement à la fois par un ressort et l'action du levier de bas en haut. Pour que la pression produise son effet, il faut que le trayon soit comprimé entre deux corps d'une certaine résistance ; les rouleaux sont donc soutenus par deux plateaux d'aluminium qui se font face. Je ne sais si cette explication pourra suffire à donner l'idée de l'appareil : je prie le lecteur d'excuser mon insuffisance technique. Mais on peut se rendre compte du but recherché : l'imitation de la traite naturelle par l'animal ou par la main de l'homme.

On comprendra comment se tient l'appareil, si je dis qu'il est suspendu par un anneau carré à un crochet fixé lui-même à une courroie sous le ventre de la vache, qui est garnie à cet effet d'une sorte de sangle adaptée à deux courroies un peu écartées l'une de l'autre pour tenir sur le dos de l'animal. Ainsi dans le très habile dispositif de

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Tinventeiir de Lava], il n'est plus question d'enfoncer dans les trayons des tubes métalliques et de produire l'évacuation par le vide, mais de traire véritablement la vache d'une façon mécanique et de procurer à la mamelle des mouvements de va-et-vient qui vident les glandes mammaires, comme le fait d'instinct un animal qui tette.

Les personnes qui ont vu fonctionner le lactateur affirment qu'il a produit un résultat parfait, que la vache le tolère avec une grande facilité, que malgré la multiplicité et la complexité de ses ori^anes il n'exige pas de réparations quand il est bien soigné et qu'il suffit d'une petite force, d'un dixième de cheval vapeur^ pour le faire fonctionner, soit pour une étable de cent vaches, la force d'un cheval vapeur pour 10 lactateurs.

Si cette invention est aussi parfaite que la représente la Gazelle agricole de Vienne du 2 mai 1896, nous en tirerons naturellement les conséquences. Le premier avantage, c'est la rapidité de la traite. Dans le domaine de Lilla Urswik, il suffit d'une demi-heure pour traire cent vaches, en employant un homme et une femme. En supposant un vacher habile qui n'emploierait que cinq minutes par vache, il lui faudrait huit heures pour accomplir à la main un pareil travail à lui tout seul. Il n'y a pas de comparaison à faire non plus dans la pureté du produit. Ce lait passe de la sorte du pis de la vache directement dans le réservoir sans manipulations qui l'exposent à être contaminé ou microbe.

Le dimanche 1 0 mai, j'ai visité une importante vacherie aux environs de Versailles, j'ai trouvé le propriétaire sous le coup de l'ennui du renvoi de deux de ses hommes, qui malgré toutes ses recommandations, avaient négligé de se laver les mains après avoir trait chaque vache. Je n'insiste pas sur les autres avantages pour les vacheries d'une certaine importance. Si l'instrument est tel que le décrit M. Rudolf Schwarz, il sera adopté en peu d'années dans toutes les exploitations. Le seul inconvénient est, paraît-il, la cherté de l'appareil. Cet inconvénient est inhérent à' la multiplicité des organes et peut-être à l'originalité de l'invention qui a bien son prix. En Suède, l'inventeur se propose de le vendre à l'abonnement. Attendons quelque temps pour juger de ces points secondaires.

Autre point de vue en ce qui touche la tenue du domaine de Lilla Urswik dont je n'ai point à parler pour le moment. M. de Laval est partisan des abreuvoirs individuels procurant aux vaches la faculté déboire à volonté : cette disposition est vivement contestée par certains propriétaires qui en ont fait l'expérience. La vache boit moins (et on considère en général ce fait comme un avantage) quand elle a toujours l'eau à sa disposition. Mais cela n'est-il pas aussi un inconvénient? La vache aussi mange moins quand elle a la nourriture toujours à sa disposition. Et l'industrie laitière qui vise avant tout l'abondance des produits ne saurait admettre quecette moindre consommation d'aliments soit un avantage pour elle. Qu'on se rappelle, me disait spirituellement un de mes amis, très distingué producteur de lait, ce qui se passe pour les demoiselles de boutique dans les confiseries! on les dégoûte des bonbons en leur en laissant manger tant qu'elles veulent. Or, si ce procédé est excellent chez les confiseurs, il est moins

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recommandable pour une laiterie. Rationner la nourriture ce n'est pas du tout en diminuer la quantité, mais la fournir par rations qui excitent d'autant plus l'appétit de l'animal qu'il n'est pas dégoûté par la profusion des aliments. Il en serait de même pour l'eau. Du reste les médecins ne recommandent-ils pas maintenant de séparer plus qu'on ne le fait d'ordinaire les boissons de la nourriture proprement dite? Il y a là matière à d'intéressantes observations. P. du Pré-Collot.

LE PROVIGNAGE DES PORTE-GREFFES

Parlant de ce principe, que le système radiculaire de la vigne ne peut jamais prendre trop d'extension, puisque cet accroissement de racines peut être efficacement utilisé à l'augmentation de la récolte ; qu'en outre, il y a tout intérêt à donner à leur centre de rayonnement une plus large étendue, ce qui permettrait d'éviter la déperdition d'une certaine quantité des éléments de fertilité, en plaçant ceux-ci plus directement et surtout plus économiquement en contact avec les racines ; il me paraît rationnel d'appliquer le provignage aux portegreffes avant l'exécution du greffage, de manière que les ceps ne soient absolument pourvus, dans le sol, que de racines réfractaires au phylloxéra. Le moyen queje vais indiquer pour arriver à ces divers résultats, est des plus simples ; il n'est d'ailleurs pas nouveau, puisque dans le Nord, il est couramment appliqué pour la production des raisins de luxe, et où la vigne, en raison de son puissant racinage, reçoit un développement beaucoup plus étendu que dans nos vignobles du Midi.

Dans les cultures de luxe du Nord, dis-je, à tort ou à raison, la vigne n'est que très rarement greffée sur les plants réfractaires ; elle est plantée à un mètre, parfois davantage, de la ligne où l'on doit commencer sa charpente, et pendant deux années, chaque hiver, elle est provignée sur une longueur de 0 m. 50. Ce système offre l'avantage d'obtenir une végétation exubérante, provoquée par l'émission de plusieurs collets de racines vigoureusement constitués, de pouvoir facilement placer les fumures dans un milieu où elles forment un lacis très serré, et enfin selon l'expression des praticiens : d'asseoii' la vigne sur des bases solides ; mais les racines sont françaises et par conséquent assujetties aux attaques du phylloxéra. Je sais, et cela serait du reste largement justifié, que cette conséquence suffirait à faire rejeter l'application de ce système à nos vignobles du Midi, mais cette difficulté est aussi facile à tourner, qu'elle est grave et sérieuse en elle-même, et voici comment :

Supposons un choix de vigoureux porte-greffes, qu'elle qu'en soit la variété, en tenant compte toutefois de l'adaptation au sol dans lequel ils doivent être plantés, en décembre, à telle ou telle distance, et recevant en moyenne un kilog. et demi de fumier bien préparé. En juin, ces plantes reçoivent un ébourgeonnage consistant dans la suppression de tous les bourgeons émis à cette époque, sauf un seul, qui devra être choisi parmi les plus vigoureux ; la sève affluera alors vers lui avec force, et son développement, par suite de la suppression des autres bourgeons et de l'application de la fumure, prendra un vigoureux essor.

LE PROVIGNAGE DES PORTE-GREFFES

Physiologiquement parlant, l'on m'objectera : que cette suppression de bourgeons, et par conséquent de feuilles, en nombre assez considérable, arrêtera par contre-coup le développement radiculaire; j'admets l'objection, mais en ajoutant qu'au pis aller, cet arrêt n'est que mo-

Fig. 78. — Préparalion du provii^nage pour le poite-grrniis.

mentanéet de très courte durée; ce porte-greffe, l'hiver suivant, aura donc la disposition de la figure 78. C'est alors que l'on exécutera un provignage en ayant soin de placer encore un kilog. et demi de bon

Fisc. 79. — Provionaiîe bien exéculé.

fumier au-dessus de la courbure du provin, ayant été préalablement recouverte de quelques centimètres de terre. Le racinage à la fin de la saison aura la disposition représentée par la figure 79 ; mais en avril

. — Prov.'çcnasre défectueux.

précédent, l'extrémité du bourgeon provigné, aura été greffée au point A, et buttée comme d'ordinaire; il importe que tous les bourgeons adventifs, provoqués par l'ébourgeonnement opéré en juin, soient coupés très ras et que tous les yeux du bourgeon provigné B, tout particulièment ceux qui se trouvent placés sur la partie verticale, soient soigneu-

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sèment supprimés, afin d'éviter l'émission des rameaux infertiles du porte-greffe; il importe également, que la longueur du provin, dans le sens horizontal C à B n'excède pas 0 m. 40 ; et enfin que la profondeur à laquelle il doit être placé dans le sol soit au moins de 0 m. 35.

Dans le Midi, l'opération du provignageest peu usitée et parfois mal comprise ; elle présente souvent les deux défectuosités suivantes :

1° Le provin n'est pas trop long, mais la courbe est à un trop grand rayon comme dans la figure 80. Dans ce cas, le bourgeon n'ayant pas reçu une disposition tout à fait horizontale, au fond de la petite tranchée et la courbe étant trop développée, la sève n'a subi aucun point

Fig. 81. — Autre provignage défectueux.

d'arrêt dans son expansion, quelques chétives racines seulement se sont développées, constituant ainsi un collet de racines défectueux.

2" Ou bien, dans le but d'obtenir en une seule année plusieurs collets de racines (ce qui est une erreur profonde), l'on donne à ce provin une trop grande longueur, comme dans la figure 81 , qui cependant est faite à court rayon et placée dans une position bien horizontale; un seul collet vigoureux de racines s'est formé au dernier coude ; de faibles racines se sont développées sur quelques points, mais elles sont appelées sinon à disparaître, du moins à ne participer que dans une bien faible proportion au développement de la souche.

HlLAIRE VrAY fils,

Contre-maitre au domaine viticole de la Coulerette (Var

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