L'admission temporaire des blés
La Commission permanente du Conseil supérieur de l'agriculture a été réunie le 16 juin, sous la présidence de M. Méline, président du Conseil, ministre de l'agriculture, pour étudier un décret préparé par le Gouvernement sur la réforme du régime actuel de l'admission temporaire des blés. La question est trop connue de nos lecteurs pour qu'il soit nécessaire d'en rappeler les termes. Toutefois, il est utile de présenter quelques réflexions sur la vraie position du problème, et de montrer ce quil est possible de réaliser immédiatement, afin de donner satisfaction aux légitimes revendications de l'agriculture et de rendre au régime douanier la sincérité qu'il a perdue par le fait du décret de 1892.
Depuis que les discussions ouvertes sur l'admission temporaire des blés ont montré les vices radicaux du régime actuel, — et nous croyons avoir contribué dans une certaine mesure à éclairer la situation, — les associations agricoles ont réclamé avec instance une réforme qui est urgente. En présence de ce mouvement, les partisans du régime actuel ont très habilement opéré une diversion ; ils ont fait miroiter aux yeux les avantages du système allemand, dit des bons d'importation, et ils ont créé un courant d'opinion, surtout dans quelques régions, en faveur de l'adoption de ce système en France. Mais ils se sont bien gardés d'ajouter que ce système est absolument étranger au régime de l'admission temporaire; il lui est parallèle, mais ne se confond nullement avec lui, pas plus en Allemagne, qu'on ne pourrait le faire en France. D'un autre côté, pour prendre au système allemand 'la totalité ou une partie de ses dispositions, une loi est nécessaire; une étude approfondie devra la préparer, la discussion devant le Parlement sera longue, car la question soulève des problèmes très complexes. Pendant ce temps, le régime actuel de l'admission temporaire serait maintenu avec tous ses inconvénients.
Ce n'est pas là ce qu'attend Tagriculture. Ce qui lui sera utile, c'est que la fissure actuelle disparaisse, et qu'elle disparaisse rapidement. Comme nous l'avons dit déjà à maintes reprises, il est inutile, pour atteindre ce but, de mettre le mécanisme parlementaire en mouvement; un décret suffit pour réformer les décrets antérieurs. Il n'existe aucun autre moyen pour arriver à un résultat immédiat. Ce résultat acquis, on aura tout le loisir nécessaire pour étudier les dispositions nouvelles qu'on pourrait adopter. C'est ce sentiment qui a guidé la
N° 15'i4. — Tome 1" de 1896. — "20 juin.
Commission permanente du Conseil supérieur de l'agriculture, dans les résolutions qu'elle a adoptées, et que nous devons faire connaître.
Au début de la séance, M. Méline a exposé qu'il lui paraissait nécessaire de ne plus tarder à apporter une solution à une question qui préoccupe vivement les agriculteurs. Le but à atteindre, a-t-ildit, est de sauvegarder les intérêts de l'agriculture, sacrifiés aujourd'hui par le jeu de l'admission temporaire telle qu'elle fonctionne, sans porter atteinte aux intérêts sérieux de la minoterie; il est nécessaire que celle-ci puisse exporter des farines riches, pour conserver la place qu'elle occupe sur les marchés étrangers. Ce résultat sera même utile à l'agriculture, qui a tout intérêt à ce que le travail pour l'exportation dégage le marché intérieur d'excédents d'importation qui écraseraient les prix des blés et des farines indigènes. — Après échange d'observations entre les mepibres de la Commission, les conclusions suivantes ont été adoptées :
ce Création d'un nouveau type de farine à 50 pour 100 d'extraction, avec apurement par la sortie de 50 kilog. de farine à ce taux d'extraction et de 17 kilog. de farine à 80 pour 100 d'extraction, ou l'équivalent;
« Maintien du type à 60 pour 100 d'extraction, avec apurement par la sortie de 60 kilog. de farine à 60 pour 100 et de 10 kilog. delarineau taux de 80 pour 100 d'extraction;
« Assimilation des blés durs aux blés tendres pour les conditions de réexportation des farines. »
Après l'adoption de ces conclusions, M. Méline a fait connaître qu'il convoquerait le Conseil supérieur de l'agriculture en réunion plénière pour le mercredi 24 juin, afin d'avoir son avis sur ce sujet.
M. Viger, ancien ministre de l'agriculture, a présenté à la Chambre, dans la séance du 15 juin, une proposition de loi relative à la réglementation de l'admission temporaire des blés et à Içi création de bons d'importation. Nous en indiquerons les dispositions, lorsqu'elles auront été publiées.
Le concours régional qui s'est tenu la semaine dernière à Chartres a été extrêmement important sous tous les rapports ; le concours de bétail bovin et le concours hippique ont été particulièrement remarquables, comme on pourra en juger par le compte rendu que nous publierons. On trouvera plus loin la liste des prix, ainsi que le discours prononcé à la distribution des récompenses par M. Cochery, ministre des finances.
Au banquet qui a suivi la distribution des récompenses, une manifestation imposante a été faite par les agriculteurs en l'honneur de M. Méline. M. Fessard, maire de Chartres, s'est joint à cet hommage en saluant « l'interprète le plus ardent des souffrances de l'agriculture, l'avocat le plus convaincu de ses revendications, le promoteur le plus énergique et le plus heureux des mesures qui ont été adoptées pour lui venir en aide? »
III. — Décorations dans la Légion d'honneur. Le Journal officiel du 12 juina publié la liste des nominations et promotions dans la Légion d'honneur faites à l'occasion des expositions internationales de Bordeaux et d'Amsterdam en 1895. Dans cette liste, figurent plusieurs noms qui se rattachent directement à l'agriculture. Ont été promus ou nommés :
Au grade (Vofpcier, M. Dezeimeris (Rheinold), président du Conseil général de la Gironde. Membre correspondant de l'Institut. Président de la Chambre consultative d'agriculture de l'arrondissement de Bordeaux. Président d'honneur de l'exposition internationale de Bordeaux. Chevalier du 1881.
Au grade de chevalier, MM. Bruant (François-G-eorges-Léon), horticulteur à Poitiers (Vienne). Vice-président de la Société d'ampélographie et de viticulture. Fondateur du journal VHorlicuUure poitevine. Membre du Comité de l'agriculture à l'exposition internationale (l'Amsterdam.
DoLLFus (Jules), propriétaire-viticulteur à Tlemcen (Algérie). Médaille d'or à l'exposition d'Anvers 1894. Hors concours : membre du jury à l'exposition internationale de Bordeaux.
Lagaciie (Alfred- Victor), administrateur de la Société anonyme des produits chimiques agricoles. Ancien juge au tribunal de commerce de Bordeaux. Médaille d'or à l'Exposition universelle de 1878 et au Congrès anti-phylloxérique de Bordeaux. Diplôme d'honneur à l'exposition de Bordeaux 1882. Hors concours à l'Exposition universelle de 1889. Hors concoui's : membre du jury à l'exposition internationale de Bordeaux.
LÉGLiSE (Jean), négociant en bois à Bordeaux. Propriétaire viticulteur à Blanquefort (Médoc). Médaille d'argent à l'Exposition universelle de 1889. Diplôme d'honneur à l'exposition internationale de Bordeaux.
Merman (Charles-Henri-Georges), viticulteur à Bordeaux. Vice-président de la section des vins à l'Exposition universelle de 1889. Hors concours.
Périer (Jean-Pierre-Léon), pharmacien et viticulteur à Pauillac (Gironde). Membre correspondant de l'Académie de médecine. Ancien agrégé et chargé de cours à la Faculté de médecine de Bordeaux. Vice-président du Comice du Médoc.
Un décret en date du 23 mai a attribué la croix de chevalier de la Légion d'honneur à M. Jules Herpin, membre du Conseil général d'Indre-et-Loire, maire de Chinon, président du Comice de Chinon et du Syndicat agricole dont il a été le fondateur.