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L'ÉCLAIRAGE ET LE CPL\UFFAGE PAR L'ALCOOL

dénaturé au détail ne serait plus soumise à l'impôt d'exploitation. Une campagne active se poursuit d'ailleurs comme en France en faveur du nouvel éclairage. Des tentatives d'application en plein air, sur les places publiques des villes, ont donné les meilleurs résultats. L'intensité lumineuse obtenue avec des lampes à incandescence surpasse de beaucoup celle des lampes à pétrole et le prix de revient n'en est pas plus cher.

En France, le principal point à réaliser actuellement, comme le disait fort bien dernièrement M. Hector Simon à la Société des agriculteurs du Nord, c'est moins d'arriver à un type parfait de lampes qu'à la suppression totale des droits sur l'alcool dénaturé et à un adoucissement notable de la consigne trop sévère de la Régie au sujet de la dénaturation.

Nul doute qu'on n'atteigne le but, mais l'important est que ce soit dans le plus bref délai possible en présence des bas prix persistants de l'alcool qui occasionnent une crise terrible sur toutes les distilleries et par contre-coup sur l'agriculture des régions alcoolifères. 11 ne faut donc pas que les intéressés s'endorment après de premiers résultats* Ce qu'ils doivent chercher à éviter par dessus tout, ce sont les pertes de temps, la période d'hésitation, d'inertie et de tâtonnements des débuts.

Qu'on se souvienne des campagnes mémorables entreprises autrefois par les sociétés et syndicats de viticulteurs et par toute la presse agricole, pendant plus de vingt ans, contre le phylloxéra et les cryptogames de la vigne! Il fallait lutter non seulement contre le mal, mais encore contre l'inertie ou l'ignorance des uns, le mauvais vouloir ou le parti pris des autres. Ce sera toujours un des plus beaux titres de gloire du Ministère de l'agriculture en France d'avoir favorisé puissamment les recherches ou études techniques et pratiques qui devaient amener^ après tant de luttes acharnées, à des méthodes infaillibles pour sauver la vigne du phylloxéra et des cryptogames, et contribuer puissamment à la reconstitution et à la protection des vignobles du monde entier.

Cette fois l'œuvre à accomplir semble moins difficile, mais elle est non moins importante puisqu'il s'agit de rappeler à l'activité et à la vie les régions nombreuses en France où la culture du blé, de la betterave, de la pomme de terre, de la vigne elle-même est paralysée ou anéantie par des fléaux aussi redoutables que les parasites : le manque de débouchés et l'avilissement des prix de vente de l'alcool. Pour se rendre compte de l'importance des désastres occasionnés de ces deux chefs, dont l'un est la conséquence de l'autre, il suffit de visiter les usines et cultures des régions du Nord : trop souvent on rencontre des industriels expropriés ou découragés, des agriculteurs se plaignant de la crise et parfois rebelles à la culture des matières premières. Bref, dans toutes les régions alcoolifères, de véritables cimetières de distilleries et une situation très précaire des campagnes dont on ne saurait trop admirer depuis quelques années la robuste endurance et la merveilleuse faculté d'adaptation à toutes les situations difficiles par lesquelles une véritable fatalité du sort les a obligées de passer.

Quel serait le préjudice causé à l'Etat par la suppression du droit de consommation sur l'alcool dénaturé?

974 l'Éclairage et le chauffage par l'alcool.

Actuellement ce droit est de 37 fr. 50 aux iOO degrés par hectolitre d'alcool et il s'exerce sur une quantité de 100,000 hectolitres. C'est donc une somme relativement faible de 3,750,000 fr. qu'il procure au fisc chaque année. Mais, dira-t-on, si l'emploi de cet alcool prenait de l'extension, l'abandon du droit de consommation pourrait constituer une perte importante pour l'Etat.

Evidemment le législateur trouverait, dans un dégrèvement total, l'occasion de faire œuvre extrêmement utile, pour l'industrie et l'agriculture. Cependant, il faut prévoir le cas où l'Etat ne pourrait consentir, pour des raisons budgétaires^, qu'à une simple diminution des tarifs en vigueur. Il est facile de montrer qu'alors il pourrait obtenir non seulement le montant de son droit actuel, mais encore un accroissement en rapport avec le développement de la consommation.

En effet, en dehors des 100,000 hectolitres d'alcool dénaturés consommés actuellement, il se dépense chaque année pour des usages divers, d'éclairage et de chauffage, une somme de 25 à 30 millions de pétrole importé de l'étranger. Or, cette importation, d'après les statistiques officielles, a été pour 1895, de :

208,100,000 kilog. = environ 315,400,000 litres de pétrole brut. 24,800,000 kilog. = — 34,440,000 litres d'essence et pétrole raffiné.

3'.t,220,000 kilog. = — 45,090,000 litres d'huile lourde et résidus de pétrole.

En admettant que ces mêmes quantités soient remplacées, volume pour volume, à l'éclairage et au chauffage, par de l'alcool dénaturé, on aurait pour le nouveau produit une consommation totale de près de 3,950,000 hectolitres, soit en nombre rond 4,000,000 d'hectolitres, comprenant 85 pour 100 d'alcool mauvais goûts d'industrie, c'est-àdire 3,400,000 hectolitres.

La production française en 1894-95 ayant été de 2,250,000 hectolitres y compris l'alcool mauvais goiit qui a servi à la préparation des 100,000 hectolitres d'alcool dénaturé; ce serait donc une production totale de 5,650,000 hectolitres qu'il faudrait pouvoir obtenir annuellement, soit un chiffre environ deux fois et demie plus grand qu'à l'heure actuelle.

Sans nous arrêter pour le moment à la question de savoir exactement le chiffre d'hectolitres d'alcool dénaturé à 90 degrés susceptible de remplacer intégralement le pétrole à ses divers usages pour l'éclairage et le chauffage, autrement dit la quantité d'alcool nécessaire pour produire le même pouvoir éclairant et calorifique que la quantité de pétrole consommée, nous pouvons admettre, pour fixer les idées, le chiffre de 5,650,000 hectolitres, comme suffisamment précis pour notre démonstration.

Or, pour que la substitution d'alcool au pétrole pût se produire, il faudrait que le consommateur payât moins cher ou au moins le même prix, un pouvoir éclairant ou calorifique équivalent, n'ayant pas plus d'inconvénients à l'emploi. Par exemple, en nous basant toujours sur la possibilité d'un remplacement volume pour volume, il faudrait que le prix du litre d'alcool dénaturé à 90 degrés, qui est de 1 fr, 20, s'abaissât à 0 fr. 45 et 0 fr. 50 qui sont les prix du pétrole en province ou à 0 fr. 60 pour Paris. Mais à ces prix, le pétrole pourrait concurrencer l'alcool : il faudrait donc encore, pour éviter le combat à armes égales et rendre la consommation d'alcool exclusive, établir des droits

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