‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 725 sur 737 · LA VIGNE DANS LE VAR · texte numérisé non relu

LA VIGNE DANS LE VAR

Mais pourquoi avons-nous abandonné le Monrvèdre et ÏÀlicante, ce dernier appelé plus communément Roussillon? Pour le premier, on dira que son peu d'affinité pour le Riparia, sa faible production ont rendu sa conservation dans le vignoble presque impossible; pour le second, que sa sensibilité aux maladies cryptogamiques et que l'extrême variabilité de la couleur de son vin ne permettent pas de le cultiver. Il serait facile de répondre par des chiffres, voire même par des courbes^ à ces objections : mais laissons là les chiffres qu'on ne lit pas et les courbes qu'on ne comprend pas. Constatons simplement qu'au printemps, la plupart des cépages ont payé un tribut à la gelée et que le Mourvèdre n'avait pas encore, à ce moment, épanoui ses bourgeons; constatons qu'à la suite des vents violents que nous venons de subir, trois cépages sont restés insensibles aux morsures du mistral : le Mourvèdre, le Carignan et VAlicante, pendant que l'Aramon était déchiqueté, la Clairette et l'Ugni blanc démembrés; constatons enfin que si le Mourvèdre se comporte assez mal sur Riparia, toutes les fois que la soudure est bonne, sa production est régulière et sa tenue excellente, nous aurons l'occasion d'y revenir. Je regrette, quant à moi, à mesure que l'expérience m'instruit, de ne pas avoir fait, dans les premières plantations, une place plus grande à ces trois cépages : Mourvèdre, Alicante et Carignan. Avec une sélection attentive, on peut en obtenir une production soutenue, réunissant dans la mesure du possible la quantité que nous ne devons jamais perdre de vue, et il qualité que nous devons rechercher.

Au moment de clore cette note, le temps se brouille. Péniblement, quelques gouttes d'eau tombent sur notre sol desséché. Serait-ce la pluie, cette fois? Quoique tardive, elle serait la bienvenue. Mais nous sommes peu habitués aux pluies d'été, F. Gos.

L'apparition brusque d'une grande quantité de trèfle dans les prairies, après l'application de certains engrais, est un fait qui intrigue depuis longtemps les cultivateurs.

C'est surtout sur les sols primitifs ou primaires et sur les sols tourbeux que ce phénomène se produit. L'influence de la chaux et des scories de déphosphoration, à cet égard, a déjà été signalée plusieurs fois, mais d'autres substances produisent le même effet : la cendre de bois, cet engrais de prédilection des Vosgiens, fait apparaître la trabe (trèfle), comme disent les cultivateurs du pays.

En Bretagne, les paysans résument les conséquences du chaulage par ce vieux dicton : « La chaux change la bruyère en trèfle et le seigle en froment. »

L'explication de ce qui précède n'a pas été donnée d'une façon catégorique. La végétation chétive du trèfle dans les sols en question est bien attribuée au manque d'acide phosphorique ou de chaux, mais cette légumineuse existe-t-elle à l'état rudimentaire dans les prairies avant l'apport d'engrais? Son peu de développement ferait qu'elle passe inaperçue dans la masse du fourrage, et après l'application de substances fertilisantes, elle prendrait toute son ampleur, ce qui ferait croire à son apparition.

11 semble que cette manière de voir renferine sa part de vérité : lorsqu'on examine attentivement la flore d'une prairie, même dans les sols réputés acides, il est rare qu'on n'y trouve pas çà et i quelques pieds de trèfle, mais leur développement se borne souvent aux feuilles radicales, la tige ne se forme pas ; de sorte qu'avant la récolte, lorsque les graminées et autres plantes diverses ont épanoui leurs inflorescences, les rares capitules de trèfle qui sont arrivés péniblement à se constituer ne sont pas aperçus. On dit qu'il n'y a pas de trèfle. Qu'on vienne à répandre des scories de déphosphoration, toutes les souches donneront des tiges et des fleurs, de là cette croyance que l'engrais fait apparaître la légumineuse.

Il est très probable que les choses se passent de cette façon en ce qui concerne les plantes qui existent déjà, mais il nous a paru intéressant de rechercher si l'application de substances calciques ou phosphatées n'avait pas d'autre conséquence que celle dont nous venons de parler, en un mot si leur influence n'était pas plus étendue.

Il est permis de supposer, en effet, que les engrais agissent non seulement en provoquant le développement des pieds de trèfle déjà existants, mais en déterminant la germination plus rapide et plus complète des graines de cette légumineuse tombées sur le sol.

Nous avons résumé, dans les Annales agronomiques, l'étude que nous avons faite sur l'action des engrais pendant la germination et nous sommes arrivés aux conclusions suivantes :

1° Les acides produits pendant la germination ou apportés artificiellement entravent la levée des graines en général et particulièrement celle des légumineuses.

2" Les substances alcalines, au contraire, à doses convenables, favorisent cette levée.

3° Le trèfle produit, en germant, une grande quantité d'acide, plus de 1 pour 100 de son poids (les différents acides étant exprimés en acide sulfurique SO^H').

Il en résulte que cette plante bénéficierait plus que tout autre de la présence de sels alcalins. Cette constatation nous a déterminés à poursuivre nos recherches spécialement sur la graine de trèfle.

Nous avons placé dans des cuvettes de porcelaine de dimension 13x 18, 200 grajnmes de sable lavé et calciné sur lequel nous avons semé 50 graines de trèfle. Les semences ont été recouvertes d'un second lit de sable d'épaisseur uniforme et de même poids que le premier.

Une cuvette a servi de témoin, l'autre a reçu 3 grammes de scories de déphosphoration.

Le tableau suivant rend compte de l'action de l'engrais, les chiffres indiquant le nombre des graines levées :

6 mai. 10 mai. 15 mai. 20 mai. 25 mai.

Cuvette n" 1 témoin 0 2 10 19 26

Cuvette n" 2 (3 grammes de scories) . . 6 9 22 35 45

Beaucoup de germes meurent après la levée dans le témoin, tandis que la végétation est vigoureuse dans le n° 2.

Il était intéressant de rechercher si les différences accusées par les chiffres précédents ne s'accentueraient pas en plaçant les graines de trèfle dans un milieu naturellement acide, au lieu d'une substance

inerte. Nous avons remplacé le sable par de la tourbe des Vosges tamisée, en variant le plus possible la nature des engrais.

Le processus adopté est le même que le précédent. Seulement comme la tourbe, pour le même poids, a un volume beaucoup plus considérable que le sable, nous n'avons pu agir que sur 100 grammes.

100 graines de trèfle comptées exactement ont été ensemencées dans chaque cuvette et recouvertes d'une épaisseur uniforme de tourbe. Nous avons disposé 16 cuvettes de cette façon; les n" 1 et 2 ont servi de témoins, les autres ont reçu soit des superphosphates, soit des cendres d'os, des cendres de bois, du carbonate de potasse, de la chaux, des scories de déphosphoralion et un mélange de superphosphates et de chaux à doses diverses.

Une humidité constante fut maintenue dans toutes les cuvettes, et le nombre des germes apparus à la surface fut noté jour par jour.

Le tableau suivant indique le nombre de graines levées 20 jours après le semis :

Nombre N°' des Dose d'engrais employée de graines levées

cuvettes. Nature de l'engrais. p. lOO de tourbe. 20 jours après le semis.

Page 1