‹ Journal de l'agriculture (volume 4)Chapitre 724 sur 737 · LA VIGNE DANS LE VAH · texte numérisé non relu

LA VIGNE DANS LE VAH

sont appliqués à faire bien, sans perdre de vue les rendements, sont satisfaits d'entreprises qui ont suivi une marche toujours ascendante, alors que ceux qui courent uniquement après la quantité subissent et subiront plus encore dans l'avenir, les grosses fluctuations du marché.

Chaque année ap})orte cependant, avec elle, un nouvel enseignement. L'année dernière nous a montré clairement que le climat provençal était la meilleure sauvegarde contre les maladies cryptogamiques. Il n'est pas de propriétaire qui ne puisse vous raconter le cas que je vais vous citer, .l'ai quatre voisins qui, comme moi cultivent la vigne; ils sont soigneux et soucieux de faire bien plus que de faire beaucoup. Voilà dix ans qu'ils me voient, à chaque printemps, répandre sur les vignes, à l'aide des appareils les plus bizarres, les liquides les plus divers. Ils savent que je n'ai jamais perdu de récolte. Croyez-vous qu'ils ont suivi mon exemple, point du tout. Ils n'ont jamais appliqué aucun remède; ils s'en sont tenus à de simples soufrages. Et j'aurais le droit, en bon voisin, de me plaindre de leur négligence, si je n'avais constaté que, pas plus que moi, ils ne perdaient leur raisin. D'où j'ai été amené à conclure que j'ai, pendant dix ans, traité en pure perte, et que, en Provence, dans les expositions du midi, de l'ouest et du nordouest, nous traitons plus par peur que par conviction, attendu que le mildiou n'a jamais été, dans ces conditions, qu'une chose exceptionnelle. Le propriétaire qui fait de la vigne sa culture exclusive tient à ne rien laisser au hasard. 11 sait qu'une année ou l'autre le mistral, sur lequel on compte, peut nous fausser compagnie, et de crainte d'un désastre, il traite. Le petit cultivateur ne prend pas tant de souci; il sourit de nos transes et ne nous suivra que le jour où sa récolte aura été complètement détruite. Ce phénomène ne s'est jamais réalisé.

Mais si l'année sèche et venteuse que nous subissons ne fait que confirmer nos paysans dans leur indifférence en matière de maladies cryptogamiques, il n'en va pas de même en ce qui concerne la place laite dans nos plantations à certains cépages. A mesure que les vignobles prennent de l'âge, on voit mieux les avantages des cépages que nous avons mis de côté, et les inconvénients de ceux que nous leur avons préférés. J'ai cité plus haut l'Aramon ; il est certain que ce n'est pas là un cépage qui convienne à l'ensemble du climat provençal. Sa feuille craint les vents secs et violents, son raisin craint les coups de chaleur; il redoute par dessus tout la sécheresse de l'air et du sol. Sa production est limitée et son vin bien inférieur à celui qu'il fournit lorsqu'il est dans les sols profonds des vallées du Gard, de l'Hérault et de l'Aude : le pissevin n'a jamais joui, en Provence, de l'espèce de vénération dont il est, fort justement d'ailleurs, entouré en Languedoc.

Quant aux hybrides à jus rouge obtenus par le savant vigneron de l'Hérault qui leur a donné leur nom générique, ils ont pu, au moment de la pénurie de vin, exciter l'enthousiasme; en général, on en est beaucoup revenu etla place qu'on leur consacre est de jour en jour moins grande. Certains sont complètement abandonnés, quelques autres, comme i'Alicante-Bouschet, sont délaissés ; un seul en Provence jouit encore de quelque faveur, c'est le Grand noir de la Calmette, cépage à production moyenne, assez régulière, donnant un vin remarquable par la couleur et beaucoup plus fin que la plupart de ses congénères.

Page 1