‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 105 sur 752 · SUR L^ŒUF DTOVER DU PHYLLOXERA · texte numérisé non relu

SUR L^ŒUF DTOVER DU PHYLLOXERA

Monsieur le directeur, je viens de recevoir le numéro du Journal de l'Agriculture du 26 juin, dans lequel, à propos de Vœaf cVhiver du phylloxéra, je suis souvent pris à partie par iauteur, M. Prosper de Laffitte.

Je n'ai certes pas à me plaindre de l'exquise courtoisie de la critique et des termes, trop élogieux peut-être, employés par votre collaborateur

Mais il y a dans la discussion byzantme qui menace de s'engager sur un tout petit point d'histoire naturelle, de quoi noircir des centaines de teailles de papier si on remplace les faits bien observés par des hypotlièses basées sur l'analogie biologique.

Ce n'est pas une raison parce que le phylloxéra du chêne, le puceron des galles ligneuses du peuplier et beaucoup d'autres, ont un œul qui passe l'hiver, pour que le phylloxéra de la vigne soit dans le même cas, som^ toutes les latitudes. Gela. peut être," mais nous sommes bien une cinquantaine d'observateurs qui suivons cette étude et nous n'avons pu encore ramasser un faisceau d'observations suffisantes pour dire : cela est.

M. de Laffitte nous dit : « Il serait bien surprenant que, tous les pucerons ayant l'avantage de posséder un œuf d'hiver, seul le phylloxéra qui est aussi un puceron, ou à peu près, en fût privé. »

Je ferai observer que seul, ou presque seul (le puceron lanigère est dans le même cas), le phylloxéra de la vigne a une faculté de reproduction bourgeonnante ou agame à peu près illimitée, et n'a, par conséquent, pas besoin de graine fécondée, c'est-à-dire d'œuf d'hiver pour durer éternellement.

J'ai souvent comparé, afin de mieux faire comprendre mon idée, le système de reproduction du phylloxéra de la vigne à celui des végétaux ayant à côté de la graine des boutures, rhizomes, bulbilles, tubercules, etc., aptes, tout comme la graine elle-même, à fournir une plante exactement pareille à celle qui proviendrait de la graine.

En suivant cette comparaison, je ferai observer que les plantes qui ont cette double faculté de reproduction se passent très souvent de graine.

Sans parler des bambous, des roseaux qui donnent si rarement des graines, du peuplier dont une espèce n'a qu'un sexe connu, je comparerai entre elles deux solanées des plus communes : la tomate, la pomme de terre — Solanum Lycopersicum, Solanum tuberosum.

L'une a des tubercules reproducteurs ; mais regardez un champ de pommes de terre, à peine trouverez-vous un fruit sur cent pieds.

L'autre n'a pas de tubercules, mais tous les pieds sont fructifères et il y a des millions de graines.

Je trouve chaque année des milliers de sexués de phylloxéra du chêne, insecte qui n'a pas de reproduction agame indéfinie. Les sexués du phylloxéra de la vigne sont rares et en général toutes les tentatives de reproduction par œuf fécondé avortent, d'où je conclus que cet œuf est, ici au moins, excessivement rare et que sa destruction est à peu près sans influence sur la propagation de l'insecte.

On me dira que je réponds à une hypothèse par une hypothèse, cela est vrai, et reconnaissant mon tort je m'arrête et ne reprendrai la plume que quand j'aurai des résultats sûrs et certains à faire connaître.

Ce jour-là, monsieur le Directeur, je m'empresserai de vous en informer. En attendant, agréez, etc. J. Lichtenstein.

Villa la Lironde, 15 juillet 1880.

De tous les pays de l'Europe, la Russie possède le plus grand nombre de moutons. Ses vastes plaines non encore livrées à la culture n'offrent,

1. Tout ce qui est dit, dans cet article, sur l'élevage des moutons et la production de la laine, n'a trait qu'à la Russie d'Europe et ne comprend ni les gouvernements de la Pologne, ni la Finlande, ni même la partie 4e la iieutenauce du Caucase située en deçà des montagnes de ce nom.

pour !a plupart, d'autre rendement qu'une pâture souvent très maigre, il est vrai, aux moutons qui y paissent, durant les quelques mois d'été. C'est, en efTet, le seul rendement auquel on puisse prétendre, dans les conditions économiques actuelles de l'empire. Certainement, il y a ausLÙ, en Russie, nombre de vastes plaines propres à la [tâture de la race bovine, notamment dans la région des steppes et, en partie, dans les gouvernements du centre. Mais, abstraction faite de quelques rares gouvernements comme, par exemple, de celui (ï Arkhangel, les herbes ne poussent que très médiocrement dans la Russie septentrionale, en général, par suite de l'été relativement court; ce qui fait que ses plaines non cultivées se prêtent, tout au plus, à la pâture des moutons. Aussi faut-il attribuer à l'insuffisance de ces pâtures le fait que la grande majorité des moutons élevés en Russie, appartient aux espèces indigènes qui, non seulement sont endurcies à supporter Tinclémence du climat, mais, en même temps, se contentent, en été, de la plus maigre pâture et, pendant le long hiver, d'une nourriture non moins maigre consistant en paille. La conséquence en est que le mouton indigène russe est de petite stature, surtout par suite de la nourriture insuffisante qu'il rer-oit, et qu'il porte une laine grossière et rude, quoiqu'elle soit encore assez longue ; laine qui, d'ailleurs, n'est bonne qu'à la confection des tissus les plus ordinaires ou à la fabrication des fourrures. Par exception, les espèces indigènes de la Russie méridionale ont le corps assez développé et une constitution plus robuste. Le grand nombre de terrains marécageux, dans la Russie septentrionale, ne constitue pas moins un sérieux obstacle au développement de l'élève des moutons perfectionnés; car les races ovines supérieures et, conséquemment, plus rémunératrices ont besoin, on le sait, de pâturages secs et dépoir;vus de toute humidité stagnante, tels qu'il n'en existe, en grand, que dans les régions des steppes.

Néanmoins le nombre des moutons qu'on élève, dans les gouvernements du centre et du nord, est encore assez important; non pas qu'il y ait à proprement parler de gros troupeaux appartenant à de grands propriétaires fonciers, mais parce que chaque petit cultivateur possède une certaine quantité de moutons qu'il fait paître avec ses vaches, sans en prendre autrement souci. Généralement, la laine tirée de ces moutons ne constitue pas un article de commerce; mais elle est filée et ensuite tissée à domicile par les paysans mêmes, de façon à leur servir pour la confection des vêtements assez grossiers, dont ils se contentent encore dans beaucoup de contrées de l'empire, ne demandant rien aux produits des manufactures.

La Russiepossède deux grands groupes de moutons, celui des moutons indigènes et celui des moutons étrangers ou mérinos.

Les moutons indigènes qui sont répandus dans tous les gouvernements de la Russie et qui, à Texception de plusieurs espèces secondaires peu répandues , portent une laine lisse et grossière , se subdivisent en quatre groupes principaux très distincts, comme suit :

1" La race dite russe. On la rencontre à partir du plus haut nord jusqu'aux limites de la Nouvelle Russie où elle commence à se confondre avec la race dite volochieime. Dans plusieurs gouvernements de la Grande Russie, la race russe est représentée par des types particuliers qui se distinguent d'une manière notable des moutons ordinaires de cette espèce. Ainsi nous ne citerons, comme exemple, que le

mouLon dit de Romanof qui, dans le gouvernemenL de laro.Uaf, forme une subdivision très estimée de la race russe et se carjctérise nonseulement par sa laine toujours gris foncé et, en même temps, un peu plus frisée et plus fine, mais surtout^par ses fréquentes doubles portées. Des expériences faites pour introduire cette espèce secondaire, à cause de ses bonnes qualités, dans d'autres gouvernements, n'ont pas été couronnées de succès. 11 faut ajouter que les fourrures des moutons de Romanof sont particulièrement appréciées et servent à la confection d'une espèce supérieure de pelisses fort recherchées.

2" La race volochienne se trouve au midi de l'empire et ressemble à la race russe; de l'autre côté du Volga elle est appelée la race circassienne.

3° La race dite tsigaienne, à la laine longue et lisse, est principalement élevée en Bessarabie et dans plusieurs contrées de la Tauride ; elle l'emporte sur toutes les autres races élevées, en Russie, comme rendement de viande.

4° Le mouton dit à la queue grasse. Cette espèce est aujourd'hui restreinte dans les gouvernements orientaux et du sud-est de la Russie, et il n'en reste que de rares échantillons en Nouvelle Russie où, jadis, on relevait en grand nombre. Ce mouton se prête, sans doute, au perfectionnement et, comme mouton à viande, il a même une certaine valeur. Il serait à désirer qu'on appréciât mieux en Russie et qu'on y perfectionnât au moyen d'un élevage rationnel cette espèce ovine qui fournit une laine abondante et propre à l'industrie, malgré son peu de finesse. On parviendrait à en obtenir, par le croisement avec des reproducteurs anglais, une race dont la laine pourrait rendre comme laine peignée, d'importants services à l'industrie lainière de la Russie. De nos jours, cette race est principalement représentée dans le territoire des Cosaques du Don et dans les gouvernements avoisinant ce territoire, tandis qu'on la rencontrait, autrefois, en grands troupeaux en Crimée et, généralement, en Tauride où elle a dû céder la place aux moutons mérinos.

Le nombre de moutons indigènes appartenant aux quatre groupes précités s'évalue actuellement à 34,688,000 têtes environ.

Les moutons à laine fine ou mérinos sont principalement élevés au midi de la Russie, où ils peuvent aisément trouver une nourriture convenable et suffisante dans les terrains secs des steppes aux pâturages luxuriants. La brièveté relative de l'hiver et, par conséquent, la possibilité d'une pâture plus prolongée, durant la saison d'été, y favorisent, sans doute, l'élève des moutons qui constitue l'une des princi})ales ressources pour l'agriculture de la Russie méridionale. Toutefois, on y rencontre aussi des conditions climatériques qui entravent le développement suivi de cette branche de l'élève des bestiaux domestiques, et dont des milliers de moutons sont victimes. En effet, de fréquentes tempêtes, surtout de fréquentes poussières de neige viennent souvent détruire ou tout au moins décimer les troupeaux surpris par elles. En Russie, bon nombre de moutons sont aussi victimes de fréquentes épizooties, quoique les dommages causés parmi les moutons soient loin d'être aussi désastreux que ceux produits dans la race bovine. Comme un obstacle assez sérieux au développement de l'élevage des moutons, dans le midi de l'empire, on peut encore citer la fréquence des cas où les grands propriétaires fonciers sont forcés,

par défaut d'argent, de vendre des troupeaux entiers qui alors sont impitoyablement livrés à la boucherie.

L'élevage des moutons mérinos qui commence à avoir de l'importance dans les provinces baltiques et dans les gouvernements du centre de la Russie, ne cesse d'augmenter vers le midi. En Nouvelle Russie, particulièrement en Tauride et dans les gouvernements d'Ekaterinoslaf et de Cherson où l'on comptait, du temps des plus grands effectifs en mérinos, un mouton par hectare, dans les grandes propriétés foncières, cet élevage est encore, à l'heure qu'il est, très important, quoiqu'on y ait remarqué, depuis quelques années, un décroissement assez notable, pour le nombre de moutons à laine fine. A la vérité, il n'était que de 7,979,000 têtes, en 1851 ; dix ans plus tard, c'est-à- dire j usqu'en 1 861 , il s'était accru jusqu'à 1 2,884,000 têtes; mais à partir de cette époque il alla diminuant, de sorte qu'il est actuellement de 10,196,000 têtes seulement, ce qui équivaut à une réduction de 20 pour cent environ, pour l'élevage des moutons mérinos en Russie,

Le tableau qui suit, nous donne une idée précise de la répartition des moutons élevés, en Russie, sur les divers gouvernements de l'empire, ainsi que des proportions respectives- des moutons ordinaires et des moutons mérinos, et enfin des proportions du nombre des moutons dans chaque gouvernement, par rapport au total des moutons élevés, en Russie.

Nombre de moutons. uÛiràrtoUl

"^ ' -^ ~ des montons

Moutons Moutons élerés en Russie

Gouvernements. ordinaires. mérinos. Total. Pour cent.

l. Arkhangel 124.000 — 124.000 0.29

2 Astrakhan 1.380.000 11.000 1.391.000 3.12

Page 1