‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 12 sur 752 · HISTOIRE DES GRANDES FAMILLES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES GRANDES FAMILLES

DE LA RACE DURHAM. — [Suite] Les Red-Rose et les Waterloo.

[.a famille des Waterloo, de même que celle des Oxford, peut être considérée comme une création exclusive de Bates. Les éléments des autres familles qu'il a formées et développées, lui avaient été fournis par d'autres éleveurs qui, avant lui, avaient déjà cultivé ces types perfectionnés, créés par eux, au moyen de souches que le hasard leur avait mis sous la main et dont ils avaient su discerner le mérite primordial et inné. Mais les TValerloo, comme les Oxford, ont pris leur origine à Kirklevijiglon.

L'histoire des Waterloo ressemble beaucoup à celle des autres tribus célèbres de la race Durham. La première vache dont il soit fait mention dans le Herd-Book est la vache Waterloo, achetée en 1831 par Bates sur le marché de Thorpe dans le comté de Durham. Cette

vache, jusqu'à ce moment inconnue et d'une famille obscure, était fille de Waterloo (*28t6} et d'une mère é2;alement fille du même taureau. Cette vache Waterloo était donc fille de son grand-père. Ces exemples d'accouplements m and in sont très fréquents, on a pu le remarquer, dans les origines des grandes familles. Les éleveurs de ce temps-là, quand ils avaient sous leurs mains un bon taureau, ne craignaient pas, soit par calcul, soit par nécessité, de répéter l'infusion d'un sang dont ils connaissaient le mérite, dans le même élément femelle, de manière à fixer plus fermement les qualités dont ils voulaient doter les générations à venir. Cet accouplement in and in avec certains taureaux tels que Hubback, Favourite, Cornet, Belvédère, Usurer, Matchem, Cleveland, Lad, le duc de Northumberhind et plusieurs autres que je pourrais nommer, a singulièrement réussi avec des vaches telles que lady Maynard, Duchesse, Princesse, Matchem Waterloo, etc., etc. Les effets de ces accouplements consanguins sont encore manifestes de nos jours, et n'ont fait que s'affermir de plus en plus entre les mains d'éleveurs soigneux qui se sont toujours attachés à maintenir l'hérédité dans les familles, sans jamais en briser la continuité. Ce n'est qu'à cette condition que la perfection de la race et son principal mérite, celui de la transmission de ses qualités, peuvent être assurés d'une manière certaine. L'élevage de hasard, de promiscuité dans les accouplements fortuits, non calculés, non raisonnes d'après les aptitudes et les affinités de races, n'a jamais réussi.

Malgré la grande estime que Bâtes avait conçue de la tribu des Waterloo, on remarque d'après les généalogies de son troupeau, qu'il ne se servait presque jamais des taureaux Waterloo. C'est au point que, à l'origine, presque tous les veaux mâles issus de cette» famille furent castrés. Bâtes employa avec les femelles Jf\aterJoo, des taureaux choisis en dehors de cette tribu, tels que lord Barrington (9303) et Holkar, lesquels contribuèrent, dans une large mesure, à fixer dans les produits, les traits de supériorité qui les distinguent ; et la preuve que les éleveurs les plus éminents contemporains de la vente des troupeaux de Kirklevington en 1850, tels que les Eastwood, les Cruickshank, les Maynard et les Torr, tenaient cette tribu en haute estime, c'est que. à la vente de Bâtes, les Waterloo réalisèrent la moyenne la plus élevée après les Duchess et les Oxford.

M. Bâtes a laissé parmi ses papiers une note sur les Waterloo, écrite de sa main, affirmant que la vache Waterloo qu'il avait achetée à Thorpe en 1 83 1 , sortait d'une famille qui existait depuis cinquante ans dans le troupeau de l'éleveur qui l'avait amené sur le marché, comme une vache ordinaire. Du reste il existe une légende assez généralement admise, surtout en Amérique, que cette vache Waterloo, fille et petitefille de Waterloo (^2816 , remonte presqu'à la vache Princess de R. Colling. En effet, cette légende se trouve inscrite dans le Herd-Book américain, et ce qui tend à faire admettre cette généalogie, c'est cette expression gracieuse de la physionomie que Ton remarque chez les membres de cette famille, expression absolument identique à celle que l'on voit chez les descendants directs de cette vache si célèbre, et qui fait le principal mérite distinctif de tous ses descendants directs.

Bâtes avait un travers qui dépare son caractère, et qui a souvent été le mobile d'une grande injustice de sa part envers les éleveurs de

Durham les plus célèbres, ses devanciers aussi bien que ses contemporains. C'était une jalousie intense, inspirée par le succès des autres éleveurs, et un esprit de dénigrement qu'ils ne se donnait pas même la peine de voiler sous des prétextes plausibles. C'est ainsi qu'il ne voulait jamais admettre l'influence heureuse que le sang de Princess avait exercée sur les principales familles de son troupeau, ni la part importante appartenant à Charles CoUing dans la création de la tribu des Duchess. C'est peut-être à ce sentiment qu'on doit attribuer chez lui la suppression de Princess de la généalogie des Waterloo, laquelle remonte incontestablement à Princess, de peur d'en faire remonter le mérite jusqu'à cette vache élevée par un de ses principaux rivaux.

Le sang des Waterloo, bien qu'appartenant exclusivement à Bâtes, n'en a pas moins été adopté par les Booth eux-mêmes et par leurs principaux adhérents. Parmi ceux-ci, personne n'a mieux réussi dans la culture de cette famille que le regretté William Torr, d'Aylesby. A la vente de ce grand éleveur, qui eut lieu après sa mort, il y a quelques années, il n'y avait pas moins de 21 têtes de cette tribu, connue dans les catalogues, sous le vocable de la première lettre de son nom. On ne les connaissait en effet que sous le nom de W. On les appelait les double F de M. Torr. A cette vente, la moyenne de ces 21 \V atteignit le chiffre de près de 6,500 fr., soit un total de 76,500 fr. pour 21 têtes. Une vache de cette tribu des Waterloo fut adjugée à un éleveur australien au prix de 14,000 fr.

Outre M. William Torr, M. Richard Eastwood, M. Cruikshanck, M. Maynard, qui, hélas! ne sont plus, et que j'ai tous intimement connus, on peut citer, parmi les éleveurs contemporains qui possèdent du sang Waterloo dans leurs troupeaux, lord Fitzhardinge, lord Peurhyn, M. Angerstein et M. Oliver. Richard Booth lui-même ne craignit point- d'infuser le sang des Waterloo dans son troupeau. On remarque, en effet, dans plusieurs de ses généalogies, le taureau Water King élevé par M. Torr. Ce taureau, que M. R. Booth admirait beaucoup, était petit-fils de la vache Waterloo 3*, que M. Torr acheta à la vente de Kirklevington, après la mort de Bâtes, et qu'il avait préférée comme une des plus belles vaches du troupeau.

M. Torr avait toujours été un grand appréciateur de cette tribu. Entre autres sujets de cette famille, il avait une estime toute particulière pour le taureau Duc de Northumberland 4% qu'il considérait comme le plus bel animal deconcoursqu'il eûtjamais vu. Il se décida un jour à faire exprès le voyage de Kirklevington pour tâcher d'obtenir de M. Bâtes la location de ce taureau. Après de longs débats, l'accord fut fait sur le prix de la location, et au moment oii M. Torr allait repartir, M. Bares se ravisa et exigea comme condition nouvelle que son taureau ne servirait pas plus de 25 vaches. M. Torr se récria en disant qu'il ne possédait en tout que 30 femelles et que par conséquent la différence était si minime qu'il désirait avoir à cet égard toute liberté. M. Bâtes ne voulut point céder, et voyant que tout argument était inutile, M. Torr se leva et partit en disant : Eh bien! M. Bâtes, vous garderez votre taureau et moi mon argent, puis il s'en alla. Cette espèce de rupture, heureusement pour le troupeau d'Aylesby en particulier et pour l'élevage de la race Durham en général, n'eut pas de suites permanentes. M. William Torr avait conçu une trop haute estime de la tribu des Waterloo pour ne pas persévérer dans son intention

formelle de l'introduire dans son élevage. Nullement découragé par l'échec qu'il venait d'éprouver, il eut le bon esprit d'attendre d'autres occasions qui ne tardèrent point à se présenter. En eiîet, un peu plus tard, M. ïorr acheta au révérend Thomas Cator la génisse Waterwilch, fille de ce même taureau Duc de Northumberland A" qu'il n'avait point réussi à louer, puis plus tard, à la vente de Bâtes, la vache Waterloo 3" par Norfolk^ d'où sont sortis tous les W du troupeau d'Aylesby.

Ainsi, il résulte de l'usage fait des taureaux de cette famille dans le troupeau de Warlaby, et du mélange du sang de taureaux Booth judicieusement choisis par un éleveur aussi éminent que feu M. William ïorr, que deux branches distinctes de la tribu des Waterloo se sont constituées, celle de sang Bâtes et celle de sang Booth; mais cette bifurcation des deux branches n'a produit aucune différence de mérite. La supériorité innée de la fondation de cette famille s'est per= pétuée dans les deux branches avec une égalité remarquable. C'est toujours la même noblesse de physionomie, la même rectitude de lignes, le même équilibre symétrique, les mêmes qualités laitières alliées à la même aptitude à l'engraissement, qui caractérisaient les premiers ancêtres de cette famille, dès son origine, et qui resemblent d'une manière si frappante aux traits distinctifs et héréditaires de la famille Princess, ce chef-d'œuvre de l'élevage de Robert Colling.

Du côté de Bâtes, c'est surtout avec le sang Duchess et Oxford que les Waterloo modernes tracent leur généalogie ascendante, et du côté des Booth, on retrouve le sang des Croum Prince, des Vangurard et des Baron Warlaby dans les pedigrees de la branche de Warlaby. Voici une généalogie qui donnera une idée juste de la filiation de la branche de Bâtes, laquelle se reconnaît toujours par le fait que toutes les femelles portent le nom de Waterloo avec un numéro d'ordre, tandis que les Waterloo de la branche de Booth ont des noms différents. Celles du troupeau d'Aylesby avaient toutes des noms commençant par un W, de là leur nom générique de double V. t

Maud Waterloo, pelage rouan, née le 1" juillet 1875 chez lord Skelmersdale.

Son père Baron Oxford (25580).

Sa mère Waterloo 33% par Grand Duke 11° (21849).

Sa grand'mère Waterloo 25=, par Duke of Geneva (19614).

Sa 2° grand'mère Waterloo 17% par Red KnigTit (11976).

Sa 3= grand'mère Waterloo 14% par Grand Duke (10284).

Sa 4" grand'mère Waterloo 13% par 3= Duke of Oxford (9047).

Sa 5= grand'mère Waterloo 9% par 2° Cleveland Lord (3408).

Sa 6° grand'mère Waterloo 6% par Duke of Northumberland (1940).

Sa 7' grand'mère Waterloo 3°, par Norfolk (2377).

Sa 8= grand'mère Waterloo Lord, par Waterloo (2816).

Sa 9= grand'mère , par Waterloo (2816).

Dans un prochain numéro, je traiterai des deux dernières familles du troupeau de Kirklevington, les Wild Eyes et les Foggathorpe.

P. S. — Ceux de mes lecteurs qui s'intéressent à l'introduction de la race Durham en France apprendront avec plaisir que, à la vente du troupeau du marquis d'Exeter qui vient d'avoir lieu récemment, j'ai eu la bonne fortune de me faire adjuger une vache et trois génisses du plus grand mérite. Ce troupeau, dont on a pu admirer les qualités exceptionnelles à notre grand concours international de 1878 et à celui non moins important tenu à Kilburn en Angleterre par les spécimens qui y étaient exposés, vient en effet d'être dispersé par une vente aux enchères. Je n'ai eu garde de manquer une si belle occasion

d'embellir mon troupeau de sujets d'un sang aussi remarquable, et dont tous les grands concours, depuis quelques années, ont consacré le mérite transcendant par les succès les plus éminents et les plus persistants. Quelque temps auparavant, le mois dernier, j'avais déjà acheté un taureau pur sang Gicynne pour mon étable de Saron, et deux autres de sang OUI Quickly et de sang Charmer pour deux de mes amis. J'avais besoin de ces nouvelles importations pour mon troupeau de Saron, car cinq nouvelles étables de pur sang Durham viennent de se fonder en France avec des éléments choisis dans mon troupeau.

D'un autre côté l'introduction de la race ovine Shropshiredown, que je recommande de préférence à toute autre race, comme élément de croisement et com.me race d'élevage, a dernièrement fait un grand progrès. Les importations cette année, de béliers et de brebis, faites par mes soins, ont plus que triplé, et ceux de mes amis qui ont eu le bon esprit de suivre mes conseils sont tous très satisfaits des animaux reproducteurs mâles et femelles de cette race, que je leur ai procurés; j'aurai soin plus tard de publier les résultats obtenus.

F.-R. DE LA TrÉHONNAIS.

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