‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 138 sur 752 · LE PRIX DE LA MAIN-D'ŒUVRE EN SAVOIE · texte numérisé non relu

LE PRIX DE LA MAIN-D'ŒUVRE EN SAVOIE

Saint-Julien (Haute-Savoie), le 11 juillet 1880.

La question du prix de la main-d'œuvre agricole en Savoie n'est point nouvelle pour les lecteurs du Journal de V Agriculture. En 1867, M. Anselme Pétetin en signalait l'importance dans cet estimable organe de l'agriculture française et vous-même, mon très honoré Directeur, vous avez plusieurs fois encouragé celui qui vous adresse cet article. Aujourd'hui j'ai fait pour vous, un travail spécial qui, peut-être, pourra intéresser quel:fues-uns de vos lecteurs.

Vous le savez, depuis près de cent ans, un marché d'ouvriers de campagne se tient chaque dimanche à Saint-Julien, avant la messe paroissiale de huit heures. Les maîtres s'y donnent rendez-vous; les ouvriers font de même.

Celui qui désire embaucher un ouvrier, lui propose un prix : l'ouvrier accepte ou refuse. S'il accepte, le prix de la journée ae travail est convenu, et il est payé à la fin de la semaine, le samedi soir. Les contestations sont ektraordinairement rares.

Gomme dans tous les marchés il y a les prix les plus élevés, les prix les plus bas, et enfin le prix moyen. Mais tous les maîtres, mais tous les ouvriers ne viennent point au marché. Dans ce cas, il est convenu que le prix de la journée de travail sera payé d'après le journal, qui est distribué dans les campagnes, le samedi. Le prix-courant du journal fait autorité.

J'ai relevé dans les collections de l'Echo du Salève, le prix-courant de la journée de travail. Je crois que les dates du 15 avril, du 15 juin, du 15 juillet et du 1" octobre, correspondent assez bien, en Savoie, aux saisons oià les grands travaux de la campagne occupent la plus grande partie du monde agricole. J'ai ensuite établi des moyennes, et je vous envoie le travail complet, pour une période de douze années, dans ce qui va suivre :

15 mars 1 fr. 20 c. 1 fr. 30 c. 1 fr. 50 c. 1 fr, 40 c.

15juin 1 — 75— 2. i 20— i 2o —

15 juillet 1 — 20— 2— .— i 50— i 4o

1" octobre 1 — 85 — 1 — 40 — i — 50 — 1 — 75 —

Total 6 fr. » c. 6 fr. 70 c. h fr. 70 c. 5 fr. 80 c.

Moyennes 1 — 50 — 1 — 68 — 1 49 1 45

15 mars 1 fr. 70 c. 1 fr. 25 c. 1 fr. 20 c. 1 fr. 50 c.

15 juin 2 — 15— 1 — 50— 1 75 1 90 —

15 juillet 2 — 25— 2 — 30— 3 — 25— 2 — 50 —

1" ociobre 1 — 90 — 2 — 05 — 1 — 50— 2 — » —

Total 8 fr. 90 c. 7 fr. 10 c. 7 fr. 70 c. 7 fr. 90 c-

Moyennes 2 — 90 - l 78 — 1 93 1 __ 98 —

1. Voir le travail très intéressant que M. Baillet a publié, il y a dix ans, sur les pâturages de l'Auvergne qui produisent ce que l'on nomme dans ce pays le mal de montagne {Mémoires du ministère de l'Agriculture, 1870).

Dès 1786, un très habile vétérinaire. Petit, avait démontré que le mal de montagne n'était autre chose que le charbon, résultat confirmé de nos jours, dans des rapports administratifs remarquables, par M. Maret, de Salianches. Une circonstance connue de tous dans le Cantal, c'est qu'il est des pâturages qui, depuis un temps immémorial, sont épargnés, qu'il en est où le mal sévit de temps à autre, qu'enfin on en trouve où le bétail est si fréquemmeiit décimé qu'on les a désignés sous le nom de montagnes dangereuses, montagnes qu'on abandonne même souvent sans en tirer le moindre produit, « tout au moins pendant quelques années », dit M. Baillet.

Cette dernière circonstance mérite une grande attention. C'est la preuve que la cause, quelle qu'elle soit, qui produit le charbon dans une localité, disparaît avec le temps. Nous en avons eu plusieurs exemples dans le cours de nos recherches en Beauce. M. Boutet, le vétérinaire si connu dans ce pays, nous a indiqué des champs maudits, c'est-à-dire des champs où leurs propriétaires assurent que le charbon serait inévitable sur les moutons qu'on y ferait parquer. Aussi le parcage y est-il interdit depuis un certain nombre d'années, c'est-à-dire, depuis la constatation des dernières mortalités sur ces champs. Or, sur cinq de ces champs, nous avons établi des troupeaux de (Joutons et la mortalité y a été nulle, excepté pour un des troupeaux où elle a été de 1 pour 100.

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