I. — L'impôt foncier
On trouvera plus loin dans cenuméro un compte rendudes expériences de moissonneuses-lieuses et de lieuses indépendantes, qui ont été faites le 29 juillet à la ferme d'Eprunes, près de Lieusaint (Seine-et-Marne). A cette occasion, M. Léon Say, président du Sénat, a prononcé un discours qui porte bien au delà de l'enceinte d'un concours agricole local. Après avoir rappelé les dégrèvements qui viennent d'être promulgués en ce qui concerne les impôts du sucre et des vins, M. Léon Say, petit-fils d'un grand économiste et lui-même économistedistingué, a jeté un coup d'œil d'ensemble sur nos lois fiscales dans leurs rapports avec l'agriculture nationale. Il a tout d'abord constaté que tout le monde était d'accord, agriculteurs comme industriels et commerçants, producteurs comme consommateurs, pour demander une nouvelle diminution des charges qui pèsent sur les transports. Il importe, a-t-il dit en substance, que les denrées puissent arriver d'un point à un autre, grevées du minimum possible de frais. Mais ce desideratum résolu, il en résulte comme contre-coup, que, grâce au progrès des moyens de transport,, l'agriculture nationale se trouve avoir à supporter la concurrence du monde entier, et notamment des vastes régions américaines récemment mises en culture. De là, selon M. le président du Sénat, la nécessité d égaliser la lutte entre les terres françaises et celles du Far-ioest, par un dégrèvement important de notre impôt foncier qui, dit-il, frappe la terre d'une sorte de dîme et rehausse le prix des fermages. A cet égard, M. Léon Say s'est rencontré avec ceux des agriculteurs eux-mêmes qui ont étudié la question. Car, paruii les réponses de la Société nationale d'agnculture dans l'enquête agricole qui vient d être terminée, à la question de M. Tirard : « Par quelles mesures et par quels encouragements spéciaux l'Etat pourrait-il mettre l'agriculture française à l'abri des crises qui se produisent périodiquement, » la Société a répondu qu'il faudrait dégrever de 20 pour 100 l'impôt foncier pesant sur les terres affectées à la culture. C'était bien indiquer, comme le fait M, le président du Sénat, qu'il serait désirable tout d'abord qu'on distinguât les propriétés bâties et de luxe des terres affectées à la production des denrées agricoles.
M. Léon Say a fait remarquer avec raison que l'impôt foncier ne se compose pas seulement du principal entrant dans les caisses du Trésor, mais qu'il comporte encore les centimes additionnels alimentant les
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budgets départementaux et communaux. L'observation est très juste, car si le principal de l'impôt foncier n'a pas augmenté depuis de longues années, il a été l'ortement aggravé par les centimes additionnels. C'est cette aggravation qui a ému les contribuables agriculteurs et qui est cause qu'aujourd'hui une solution de la dilfrculté est devenue absolument nécessaire. D'après M. Léon Say, il faudrait faire deux catégories de l'impôt foncier : l'une composée de la propriété bâtie, laquelle, très prospère, augmente depuis longtemps de valeur, l'autre de la propriété ruralenon bâtie quiaété, àtort,surchargée. On pourrait arriver à dégrever cette dernière de 120 millions sur le principal. Mais il resterait à pourvoira un remplacement en ce qui concerne les budgets communaux et départementaux qui seraient affectés par la mesure, puisque les centimes additionnels cesseraient d'être payés, dans la proportion de la réduction, par la propriété rurale.
Nous ne voyons, pour nous, de possible, que l'abandon par l'Etat d'une certaine fraction des impôts indirects en faveur des communes et des départements, comme l'Etat belge l'a fait pour arriver à la suppression des octrois. Mais il faudrait bien choisir les impôts indirec'fcs dont on maintiendrait l'importance. Ce devrait être surtout ceux qui portent sur des matières ne répondant à aucun besoin essentiel des populations. Ainsi, on augmenterait ds 20 pour 100 l'impôt du tabac que l'on n empêcherait pas l'accroissemect de la consommation, et qu'on aurait certainement chaque année nn excédent de 50 millions dont on pourrait faire un fonds commun. Mais il faut bien se garder de considérer la diminution de l'impôt foncier comme étant le seul moyen de venir en aide à l'agriculture. Il faut surtout que celle-ci puisse diminuer ses frais de production par l'accroissement de ses rendements. Les moyens d'exécution sont indiqués par des exemples que nous avons cités, du haut accroissement du revenu des terres, lorsque ceux qui les exploitent se trouvent en état d'y consacrer tous les engrais, tout le bétail, tous les instruments nécessaires.
IL — Concours pour deux emplois cï adjoint à V inspection de f agriculture.
Le concours pour la nomination de deux adjoints à l'inspection générale de l'agriculture, a été ouvert à Paris le 2 août. Le jury de ce concours se compose de MiM. Girerd, sous-secrétaire d'Etat au ministère de l'agriculture, président; de Bagnaux, directeur du personnel; Tisserand, directeur de l'agriculture; de Cormettes, directeur des haras; Bouley, inspecteur général des écoles vétérinaires; Risler, directeur de l'Institut national agronomique; Boitel, Lembezat et Malo, inspecteurs généraux de l'agriculture; Sanval, conservateur des forêts; Grandeau, professeur à la Faculté des sciences de Nancy; Henri Mares, propriétaire viticulteur dans l'Hérault; Gayot, anci«n directeur des haras; Lecouteux, professeur à l'Institut agronomique. — Treize candidats se sont présentés pour subir les épreuves du concours. Voici leurs noms et leurs qualités: M. Nanquette, directeur de la ferme école des Hubaudières; M. Philippar, directeur de l'école d'irrii;ation du Lézardeau; M. Foex, directeur de la Station agronomique de l'Yonne; M. de Savignon, répétiteur à l'Institut agronomique; M. Paul Muller, agriculteur en Alsace; M. de Brézenaud, agriculteur dans l'Ardèctie; M. Léon Vassillière, professeur d'agriculture dans la Haute -Vienne; M. H. Vassillière, professeur d'agriculture dans les Deux-Sèvres; M. Ni-
colas, professeur d'agriculture du département d'Oran ; M. Salomon, directeur de la ferme-école du Cher; M. Randoing, ingénieur agricole; M. Nolte, ancien élève de l'institut national agronomique. Les épreuves du concours ne sont pas tertuinées au moment où nous écrivons cette chronique.
III. — Exposition d' apiculture et d'inseclologîe. Nous avons annoncé qu'une exposition des insectes utiles et des insectes nuisibles devait avoir lieu en 1880, sous la direction de la Société centrale d'apiculture et d'insectologie et sous le patronage du ministre do l'agriculture. Cette exposition sera ouverte le 22 aoiit, dans l'orangerie du jardin des Tuileries. Le programme se trouve au secrétariat de la Société^ rue Monge, G7, à Paris.
IV. — Le concours général agricole de V Algérie. On sait que le concours général agricole de l'Algérie se tiendra, cette année^ à Oran du 16 au 25 octobre. Ce concours sera dirigé par M. de Lapi)arent, inspecteurdel'agriculture^ en qualité decommissairegénéral. M. Nicolas, professeur départemental d'agriculture à Oran, remplira les fonctions de commissaire général adjoint. Ce concours comprendra des expositions d'animaux reproducteurs, d'animaux gras, d'instruments et de produits agricoles de l'Algérie. Il sera accompagné de l'attribution d'une prime d'honneur, pour laquelle seront appelées à concourir les exploitations situées dans le territoire compris entre la Méditerranée et j.me ligne partant de l'embouchure de la Tafna, englobant la plaine de la Mlita, passant par le Tlelat et suivant ensuite la limite méridionale des communes mixtes traversées par le chemin de fer jusqu'à la limite du département d'Alger. — Voici l'analyse du programme des diverses parties du concours d'Oran.
Animaux reproducteurs. — Espèce chevaline, 3 catégories : 1° Races orientales de pur sang (races syrienne et analogaes) ; 2" races Ijarbe et arabe; 3" autres races pures et croisements divers. — Espèce bovine, k catégories : 1" Race de Gruelma ; 2° races africaines autres que la race de Guelma ; 3" races d'Europe; 4° croisements divers — E>:pèce ovine^ 4 catégories : V Races mérinos et métismérinos d'Europe, nées et élevées, soit en France, soit en Algérie ; 2» race barbarine; 3° races des hauts plateaux et du Sud, à face brune et à face blanche ; 4° croisements entre mérinos et races algériennes. — Espèce porcine^ animaux de toutes races, pures ou croisées, nés avant le l^"" juia 1879. -~ Animaux de basse^ cour : coqs et poules, dindons, oies, canards, pintades et pigeons, lapins et léporides.
Animaux gras, 4 sections: 1° bœufs; 2° vaches engraissées; 3" moutons gras; k° porcs gras.
Les animaux reproducteurs des espèces chevaline, bovine, ovine et porcine, et les animaux gras, devront être nés et avoir été élevés en Algérie, appartenir à des agriculteurs algériens et être en leur possession depuis le 15 juillet 1880.
Pour les races étrangères prévues dans le programme ci-dessus, les animaux pourront être nés et avoir été élevés hors d'Algérie, et seront admis à disputer les prix attribués à la race à laquelle ils appartiennent.
La même faculté est accordée aux exposants français de mérinos et métis-méri nos, ainsi qu'aux exposants d'animaux de basse-cour de toutes races.
Les établissements subventionnés à un titre quelconque par l'Etat ou par les départements ne pourront être admis à exposer que hors concours.
Machines et instruments agricoles — Neuf concours spéciaux, savoir : 1" charrues bisocs ; 2» semoirs pour culture en lignes des céréales et autres plantes ; 3<> houes à cheval pour culture de céréales en lignes ; 4° charrues vigneronnes ; 5° hache-paille à grand travail; 6" béliers hydrauliques ; 7" moteurs à air actionnant des appareils d'élévation pour irrigation j 8° filtres à vin, pompes à vin et autres appareils vinaires ; 9" pressoirs.
204 CHRONIQUE AGRir.OLE (7 AOUT 1880).
Produits agricoles, horticoles et matières utiles 'a [l'agriculture. — Huit médailles d'or, seize d'argent et quarante de bronze sont mises à la disposition du jury pour être attribuées aux produits agricoles, horticoles et matières utiles à l'agriculture admis au concours, et dont le mérite aura été constaté, tels que : Grains, graines, racines et tubercules, tiges, fourrages. — Vins, alcools, eauxde-vie. — Huiles, essences, parfums, etc. — Tabac, lin et autres plantes textiles, crin végétal et autres textiles. — Produits mfiraîchers et horticoles, dattes, caroubes, fiuits frais, fruits secs, etc. — Produits forestiers, lièges, écorces, bois, plants et graines d'essences forestières. — Conserves et produits alimentaires (semoule, pâtes, légumes et fruits de toute espèce). — Laines, toisons, plumes, duvets, beuires, œufs fromages, miels, cires, etc. — Modèles d'instruments, plans de constructions et de bâtiments, cartes agronomiques, études et projets d'irrigation^ dessins et herbiers, etc., etc.
Les déclarations des exposants doivent être envoyées au ministère de l'agriculture et du commerce avant la fin du mois d'août. Nous avons reçu, pour les instruments et pour les produits, un certain nombre de modèles de déclarations que nous tenons à la disposition de ceux qui désirent prendre part au concours d'Oran. V. — Concours du comice de Nancy.
Le concours annuel du Comice de Nancy se'tiendra à Pont-à-Mousson, le dimanche 29 août, sur la ferme de M. André. Il est ouvert à tous les agriculteurs, propriétaires, fabricants de tout le département de Meurthe-et-Moselle. Il comprendra les animaux reproducteurs et les machines et instruriients agricoles. Dans cette dernière section, nous devons signaler un concours de charrues bisocs et une exposition générale de toutes sortes d'instruments ; deux sections y ont élé ouvertes, l'une pour les cultivateurs, l'autre pour les constructeurs. La ville de Pont-à-Mousson, qui reçoit cette année le Comice, a mis à sa disposition une somme de 1,000 fr., et, en outre, elle a pris à sa charge les frais matériels du concours.
VL — La culture du prunier.
Les monographies bien faites des cultures spéciales présentent toujours une grande utilité. A ce titre, nous devons signaler une notice très intéressante que M. Louis Bruguière, membre de la Société d'agriculture d'Agen et de la Chambre d'agriculture de Lot-et-Garonne, vient de publier sur le prunier etla prune d'Agen *. M. Bruguière est très bien placé pour faire ce travail; il a réuni avec le plus grand soin les documents sur l'histoire du prunier d'Agen, "et même qu'il s'est livré à des observations attentives sur ^a culture. Il passe successivement en revue les variétés duprunier, le climat etle terrain qui lui sontpropres, les méthodes de plantation, de culture et de taille, les maladies de l'arbre, son rendement; puis il aborde ce qui est relatifà la préparation des pruneaux, les éluves, les trieuses, pour terminer son ti*avail par des indications sur le commerce de ce fruit. A cette époque de l'année qui est celle de la récolte et du commerce des prunes, le travail de M. Bruguière a un intérêt tout particulier d'actualité. VII. — Les terres domaiiiales en Algérie.
Avant la prorogation des Chambres, le gouvernement a présenté à la Chambre des députés un projet de loi relatif au régime des terres domaniales en Algérie. Ce projet de loi a pour but de déterminer le mode, les conditions et les effets de leur attribution. L'attribution des
] . Le prunier et la prune d'Agen, par L. Bruguière. Un petit volume in-18. A la librairie de G. Maàson, 120, boulevard Saint-Germain, à Paris. — Prix : 1 fr.
terres pourra être faite par concessioa gratuite ou par vente; les conditions de cession des terres seront également rendues plus faciles. Nous aurons à revenir sur ce projet de loi, dont l'adoption aurait certainement pour effet de donner un nouvel essor à la colonisation de l'Algérie.