‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 172 sur 752 · II. — Les fermiers irlandais · texte numérisé non relu

II. — Les fermiers irlandais

Un fait grave vient de se produire en Angleterre. Le gouvernement avait présenté à la Chambre des communes, qui l'avait voté après quelques amendements, un projet de loi ayant pour but de venir au secours des fermiers de l'Irlande. Ce projet, connu sous le nom de hill of compensation for disturbance, vient d'être rejeté par la Chambre des lords, de telle sorte que le cultivateur irlandais, dont les souffrances ont été excessives l'année dernière, voit échapper les adoucissements qui lui avaient été promis. En Irlande, le propriétaire est armé des droits les plus rigoureux contre le fermier ; quand celui-ci est en retard pour le payement de son loyer, le propriétaire peut faire saisir et vendre, sans autre forme de procès, le matériel, le bétail, tout ce qui appartient au fermier, sans que celui-ci puisse y faire la moindre opposition. Le projet de loi avait surtout pour but d'établir les droits respectifs des propriétaires et des fermiers, de désigner la juridiction devant laquelle les fermiers auraient pu faire appel. Les juges auraient eu le droit de résilier les baux, de fixer la part que chacun, propriétaire ou tenancier, devait supporter dans les pertes résultant des mauvaises récoltes. La Chambre des Lords a refusé de rien changer aux droits du propriétaire. Ce refus ne sera pas une solution aux difficultés que rencontre l'agriculture irlandaise. La bonne récolte de cette année pourra peut-être éloigner les dangers de la situation. L'envoi de troupes en Irlande, que le gouvernement de la Grande-Bretagne vient

N» 592. — Tome III de 1880. — 14 août.

de décider, n'est pas un remède agricole. L'absentéisme du propriétaire fait surtout le malheur de la culture, car il est impossible de lutter contre ce cjrand principe que la terre ne peut continuer à produire que quand on lui rend. Le système appliqué à l'agriculture irlandaise est celui de l'épuisement pour les hommes et pour la terre. L'intérêt des propriétaires finira par faire entendre raison aux Lords britanniques.

III. — Les récoltes de la France en 1879. Chaque année, le ministère de l'agriculture et du commerce publie le relevé des récoltes des principales cultures en France. Le relevé' relatif à l'année 1879 vient d'être imprimé. 11 renferme des tableaux donnant, département par département, les récoltes en céréales, en pommes de terre, en produits divers (betteraves, colza, plantes textiles, fourrages, vignes, etc.), ainsi que le poids moyen de l'hectolitre, constaté pour les principales céréales. A l'automne dernier, l'administration avait déjà publié un tableau donnant les premières appréciations sur la récolte des céréales en 1879; les tableaux définitifs ont naturellement modifié les premières constatations, mais dans des proportions qui ne sont pas trop considérables. On en jugera en comparant le premier tableau que nous avons publié (voir le numéro du 22 novembre dernier, tome IV de 1879, page 297), avec les résultats consignés dans le tableau suivant, qui renferme les chiffres définitifs :

Nombres Nombres d'hec- Récolte totale ■

d'hectares en- tolitres récollés par ^-— ■■■■m ^"" — ^

semences. hectare. en hectolitres en quintaux métriques.

Froment G,941,67.o 11.43 79,355,866 59,873,815

Méleil 400,692 11.36 4,555,207 3,344,624

Seigle 1,770,561 10.67 18,891,088 13,207,655

Orge 1,026,982 15.81 16,238,507

Sarrasin 627,531 14.61 9,169,698

Avoine 3,444,4'.9 21.56 74,261,581

Mhïs 612,580 12.09 7,410,196

Millet 48,192 11.19 539,397 »

Pommes de terre. 1,256,475 75.14 94,405,426

En ce qui concerne les autres cultures, les résultats des récoltes de l'année 1879 peuvent être résumés dans le tableau suivant :

Nombres d'hectares Nombres de quintaux Récoltes totales

ensemencés. récoltés par hectare. en quintaux métriques.

Betteraves 445,378 237.36 105,716,534

Houblon 3,003 9.60 28,858

Colza (graine) 150,724 11.26 1,698,088

Chanvre (filasse)... 88,865 5.08 451,448

Lin (idem) 64,408 4.63 298, .^40

Garance 166 18.78 3,118

Tabac 10,556 10.63 112,234

Foin 4,447,426 37.53 166,914,765

Trèfle 1,037,043 38.20 39,623,965

Luzerne 905.825 44.13 39,979,680

Sainfoin 529',400 34.19 18,102,360

Ce tableau montre que la culture de la garance a presque complètement disparu en France. Quant aux surfaces consacrées aux cultures fourragères, la comparaison avec les années précédentes montre qu'elles vont sans cesse en augmentant.

A la suite de ces documents, l'administration de l'agriculture a inséré des tableaux qui ne sont pas moins importants à compulser. Us sont relatifs aux prix moyens annuels des principales denrées agricoles, pour Fensemble de la France, pendant la dernière période

décennale. Ces tableaux sont établis d'après les mercuriales de ton» les marchés, et ils forment les données les plus positives que l'on puisse recueillir sur le mouvement des prix des denrées. Voici d'abord le relevé du prix moyen de l'hectolitre et du quintal métrique, année par année, depuis 1870 jusqu'à 1879 inclusivement, pour les principales céréales :

Froment^ MéteiL Seigle. Orge. Avoine^

Années, Hectol. Quintal. Ileclol, Quintal. Hectol. Quintal. Hecloi. Quintal. Hectol. Quintal.

fr. fr, fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr. fr.

Moyennes 22.85 29.48 19.08 24.49 15.13 20.69 13.07 20.65 10.16 21.76

On voit que c'est en 1870, en 1875 et en 1876, que les prix du blé sont descendus le plus bas; une seule année, en 1875, le prix; moyen de l'hectolitre est tombé au-dessous de 20 fr. L'année 1879 vient en quatrième ligne, avec une différence en moins de 87 centimes seulement par hectolitre sur la moyenne de la période décennale. En ce qui concerne les autres céréales, les cours des deux dernières années se rapprochent des moyennes établies pour la période de dix ans.

Il n'est pas moins intéressant de suivre le mouvement des prix du bétail sur l'ensemble des marchés français. Les relevés publiés par l'administration de lagriculture nous fournissent, à cet égard, les indications suivantes pour les années 1870 à 1879. Les prix moyens, pour les diverses sortes de viandes de boucherie, ont été par kilog. :

Années. Bœufs. Vaches. Veaux. Moutons. Porcs.

fr. fr. fr. fr. fr.

Moyenne des dix années 1.56 1.42 1.64 1.70 1.62

Le mouvement ascendant des prix du bétail, pour toutes les espèces d'animaux domestiques, que nous avons tant de fois signalé, est confirmé de la manière la plus éclatante par ces chiffres. Il n'y a eu d'exception que pour les porcs durant l'année 1 879, et encore cet arrêt n'a été que transitoire; les cours sont remontés, pendant les derniers mois, aux taux les plus élevés qu'ils aient jamais acquis. Le prix de la viande ne peut que se maintenir et s'accroître; car, ainsi que nous l'avons établi dans l'enquête de la Société nationale d'agriculture, malgré les grands progrès réalisés, la consommation annuelle de la viande n'est encore que de G6 kilog. 750 par tête dans les villes au-dessus de 10,000 âmes, et de 25 kilog. 920 dans les autres communes. Depuis dix ans, la consommation s'est accrue de

10 pour 100 dans les grandes villes et de 20 pour 1()0 dans les campagnes ; elle ne peut qu'augmenter encore.

IV. — Concours pour des emplois d'adjoint à ^inspection de VagricuUure.

Dans notre dernière chronique (p. 202) nous avons annoncé l'ouverture du concours ouvert à Paris pour trois places d'adjoint à l'inspection générale de l'agriculture. Nous avons lait connaître la composition du jury, ainsi que les noms des candidats. Ce concours a duré du 2 au 6 août. Le Journal officiel du 8 août en rend compte dans les termes suivants :

« Le jury chargé, par arrêté de M. le ministre de l'agriculture et du commerce, en date du 21 juillet 1880, de procéder au concours pour l'admission à l'emploi d'adjoint à l'inspection générale de l'agriculture, vient de terminer ses opérations.

« La première réunion des membres du jury a eu lieu le 2 août au ministère de l'agriculture et du commerce : 13 candidais se sont présentés pour subir les épreuves du concours : celles-ci se sont poursuivies sans interruption.

« Elles comprenaient une partie obligatoire et une partie facultative.

« La partie obligatoire consistait dans la rédaction de deux mémoires. Le premier sur une question se rattachant à l'agriculture ou à l'une des sciences appliquées à l'agriculture; le deuxième sur une question de droit administratif concernant le service de l'agriculture

<' Le jury a choisi pour la première épreuve le sujet suivant :

« Exposer les bases scientifiques sur lesquelles repose l'alimentation rationnelle du bétail : ce qu'on entend par équivalence nutritive des fourrages; rations d'entretien, de travail, d'engraissement, — Rations équivalentes. — Règles à suivre pour les établir.

« Relations entre la composition des fourrages et celle des déjections solides et liquides produites par les animaux de ja ferme soumis aux divers modes de rationnement.

« Gomment peut-on, en partant des données expérimentales de l'alimentation rationnelle, déterminer pour une exploitation rurale bien conduite : 1" la quantité, 2" la qualité, et 3° la valeur argent des fumiers produits et les pertes éprouvées dans une ferme mai dirigée? «

Le sujet que le jury a donné ensuite pour la deuxième épreuve a été ainsi formulé :

« Du concours de l'État dans les opérations et entreprises d'intérêt agricole :

ft 1» Opérations et entreprises qui peuvent obtenir ce concours (chemins vicinaux, dessèchements, drainages, irrigations, redressement et curage des cours d'eau, plantations, reboisement et gazonnement; création des fruitières, défense contre les épizooties, délense des vignobles contre le phylloxéra) •

c^ 2° Forme sous laquelle le concours de l'État est donné pour chaque nature d'opérations et entreprises (exemption d'impôts, concessions, plus-value, subventions, prêts, facilités d'exécution, syndicats, etc., etc.).

« Préciser la nature de ce concours pour chaque opération et entreprise.

« g" Conditions dans lesquelles ce concours est donné (lois, règlernents, formalités à remplir, instruction préalable). »

« Cinq heures ont été accordées aux candidats pour chacune des compositions écrites.

« A la suite de cette double épreuve, ont été reconnus, conformément à l'article 6 de l'arrêté ministériel du 2 mai 1879, aptes à remplir les fonctions d'adjoint à l'inspection générale, les candidats dont les noms suivent dans l'ordre alphabétique :

« M. Foëx, professeur départemental d'agriculture et directeur de la station agronomique de l'Yonne, à Auxerre.

« M. Philippar, directeur de T'école d'irrigation et de drainage du Lézardeau.

« M. Randoing, ingénieur agricole.

« M. Vassillière (Frédéric), professeur départemental d'agriculture delà Haute- Vienne, à Limoges.

« M. Vassillière (Léon), professeur départemental d'agriculture de la Vendée, àla Roche-sur-Yon.

ce Pour la partie facultative, les candidats étaient admis à justifier des connaissances en langues étrangères.

« Le jury leur a, en outre, donné des notes : î° sur les qualités et aptitudes professionnelles; 2» sur leurs titres, publications et travaux antérieurs.

« Le procès-verbal du concours sera transmis au ministre avec une liste de classement des candidats suivant l'ordre de mérite que leur assigne le résultat général des opérations.

« La session a été close le vendredi 6 août, à 7 heures du soir. »

C'est au ministre de l'agriculture qu'appartient la nomination des adjoints à l'inspection générale. Trois places sont aujourd'hui vacantes.

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