‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 173 sur 752 · V. —Le phylloxéra · texte numérisé non relu

V. —Le phylloxéra

Les communications sur le phylloxéra continuent à être assez rares. Toutefois nous devons signaler la lecture d'un mémoire de M. Laliman à l'Académie des sciences et à la Société nationale d'agriculture sur le phylloxéra des racines et celui des galles des feuilles. M. Laliman a continué ses observations sur les cépages français qui peuvent nourrir le phylloxéra gallicole, et vivre malgré ses atteintes. Un nouveau cépage lui paraît remplir ces conditions, c'est le malvoisie de la Drôme qui, chez lui, se trouve couvert de galles phylloxériques, et qui, depuis que l'on a placé dans son voisinage un pied de Taylor, lui communiquant tous les deux ans cet insecte, ressusciterait avec une étonnante vigueur. M. Laliman conclut qu'il faut encore faire de nouvelles études sur les cépages américains qui sont susceptibles de résister au fatal puceron. Ces études se poursuivent sur un grand nombre de points, et il est probable que toutes les parties de cette importante question seront bientôt élucidées. Dans tous les cas, il y a aujourd'hui quelques variétés dont la résistance est un fait désormais bien acquis et qui ont prouvé leur vitalité, en même temps que leur aptitude à servir de sujets pour le greffage des vignes françaises.

VL — Les maladies charbonneuses.

Les études sur les maladies charbonneuses qui attaquent les animaux domestiques se poursuivent avec beaucoup d'ardeur. Récemment nous avons publié les importantes expériences de M. Pasteur sur les causes de la diffusion des germes du charbon dans les terres cultivées. Aujourd'hui, nous devons signaler une communication faite à l'Académie des sciences par M, Toussaint, professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse, sur l'identité de la septicémie expérimentale aiguë et du choléra des poules. Ses recherches l'ont amené à cette conclusion : que le choléra des poules n'est autre chose que la septicémie ?/iguë, contractée spontanément par ces oiseaux dans les lieux qu'ils habitent, et qu'il est nécessaire, pour que le choléra existe, qu'il y ait à leur portée des matières en putréfaction. — En même temps, M. Toussaint a demandé à l'Académie l'ouverture d'un pli cacheté qu'il avait déposé dans la séance du 12 juillet dernier, et qui estrelatif à un procédé pour la vaccination des moutons et des jeunes chiens contre le charbon. Cette dernière note offre un intérêt direct; nous la reproduisons en entier :

« J'ai tout d'abord employé la filtration du sang charbonneux provenant du chien, du mouton ou du lapin. Pour cela, je recueillais le sang d'un animal inoculé au moment où il allait mourir ou immédiatement après sa mort. Ce sang était ensuite défibriné par le battage, passé sur un linge et filtré sur dix ou douze feuilles de papier. C'est avec ce procédé qu'ont été vaccinés trois chiens de trois mois et la première brebis. Mais c'est un moyen dangereux et nullement pratique, car souvent

les filtres laissent passer les hactéridies que le microscope reconnaît difficilement, parce qu'elles sont très rares, et l'on tue les animaux que l'on voudrait préserver.

« En face de ces accidents, et ne pouvant me procurer de filtre donnant la matière filtrée en quantité suffisante, j"ai eu recours à la chaleur pour tuer les bactéridies et j'ai porté le sang déûbriné à 55" pendant dix minutes. Le résultat a été complet. Cinq moutons, inoculés avec 3 ce. de ce sang, ont été inoculés depuis avec du sang charLonneux très actif et ne s'en sont nullement l'essenlis.

« Mais cependant il est nécessaire, pour assurer l'innocuité complète, de faire plusieurs inoculations. Ainsi, après la première inoculation préventive, j'ai inséré, sous la peau des oreilles de deux moutons, du sang charbonneux de lapin et des spores de culture. L'un d'eux mourut avec une immense quantité de bactéridies clans le sang. J'inoculai alors de nouveau les quatre moutons restants avec le sang même du mouton mort, après l'avoir porté à bi,", et, depuis cette époque, chaque mouton a été inoculé deux fois avec du sang charbonneux sans en ressentir le moindre mal.

« Non seulement les animaux sont réfractaires au charbon, mais les inoculations les plus chargées de bactéridies ne produisent aucun effet local inflnmmatoire; les plaies se cicatrisent comme des plaies simples, ce qui me porte à penser que l'obstacle au développement du charbon n'est pas seulement dans les ganglions, mais aussi dans le sang ou la lymphe, dans les liquides de l'économie, qui sont devenus impropres à nourrir les parasites.

« Les moyens pratiques qui pourront servir à inoculer tous les animaux d'un troupeau vont être recherches immédiatement. J'espère que les difficultés seront faites à surmonter et que, d'ici à peu de temps, je pourrai rendre pubfique la méthode renfermée dans cette note. »

Cetto note renferme des faits très intéressants, mais dont l'explication n'est pas encore donnée. Dans tous les cas, il y aurait lieu à poursuivre sur une i^rande échelle, dans un pays infecté par le charbon, des expériences qui permettraient d'établir la valeur de l'inoculation des moutons, et la durée de l'efficacité de cette opération.

Yn. — Annales agronomiques.

Le deuxième fascicule de la sixième année des Aimales agroncmiques , publiées sous la direction de M. Dehérain, vient de paraître. Parmi les principaux mémoires qu'il renferme, nous citerons un mémoire de M. Duclaux sur la fabrication, la maturation et les maladies du fromage de Cantal; un travail de M. Renouard sur la statistique comparée de la culture du lin et du chanvre; des recherches sur les rutabagas, par M. Philippar; des études sur la composition chimique de la graine de lin, par M. Ladureau; un mémoire de M. Guignet sur l'agriculture au Brésil; une note sur la composition des cendres de blé et une étude sur l'asparagine, par M. F. Meunier; une note de MM. I. Pierre et Lemétayer, sur l'escourgeon comme fourrage vert; une note relative à l'influence du froid sur les pins maritimes, par M. Bréal; les recherches de M. H. Pellet sur l'existence de l'ammoniaque dans les végétaux, dans la chair musculaire et la levure. Ce fascicule se termine par l'analyse de plusieurs travaux publiés à l'étranger.

Page 1