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X. — Ouverture de la chasse

Les préfets viennent de prendre, dans la plupart des départements, les arrêtés fixant les dates de l'ouverture de la chasse en 1880. Voici, pour les départements dont les dates sont jusqu'ici, connues, l'époque à laquelle la chasse sera ouverte :

« Le 8 août, dans le département de la Corse.

« Le 15 août, dans les suivants :

ce Basses-Alpes, Alpes-Maritiraes, Aude, Bouches-du-Rhône, Gard, Haute- Garonne, Gers, Gironde, Hérault, Landes, Lot-et-Garonne, Hautes-Pyrenées, Tarn-et-Garonne, Yar, Vaucluse.

« Le 22 août, dans les suivants :

« Ardèche, Ariège, Aveyron, Cantal, Gorrèze, Drôme, Haute-Loire, Lot, Lozère, Puy-de-Dôme, Tarn, Haute- Vienne.

« Le 29 août dans les suivants :

« Ain, Allier, Hautes-Alpes, Charente, Charente-Inférieure, Côte-d'Or, Creuse, Dordogne, Doubs, Indre, Indre-et-Loire, Isère, Jura, Loire, Haute-Saône, territoire de Belfort, Rhône, Savoie, Haute-Savoie. »

Nous ferons connaître les dates de l'ouverture de la chasse dans les autres départements, lorsqu'elles seront fixées.

XL — Exposition internationale de laines.

Une exposition internationale de laines, de lainages et des produits des industries qui s'y rattachent, aura lieu à Londres en 1881. Celte exposition se tiendra au palais de cristal, du mois de juin au mois d'octobre. Des sections spéciales y seront ouvertes pour les laines en toison, les mérinos fins,, les laines à peigner, à carder, etc., ainsi que pour les déchets de laine, les peaux de mouton et d'agneau. Cette exposition offrira à ceux qui y prendront part, des avantages sérieux. XII. — Décoration pour services rendus à l'agriculture.

Nous apprenons avec plaisir que M. le docteur Sillen, directeur en France de la maison Aveling et Porter, vient d'être nommé, par l'em*pereur de Russie, chevalier de l'ordre de Saint-Stanislas. Cette haute distinction lui a été conférée pour reconnaître les services qu'il a rendus à l'empire russe par l'introduction et la propagation des locomotives routières et des appareils de labourage à vapeur.

» J.-A. Barral.

SOCIÉTÉ NATIONALE D^AGRIGULTURE,

Séance du 11 août 1880. — Présidence de M. Chevreul. M. le ministre de l'agriculture envoie un exemplaire des tableaux statistiques indiquant les résultats des récoltes delà France en 1879

et les prix moyens des principaux produits. Les observations que provoque l'examen de ces tableaux sont présentées dans la chronique de ce numéro. A ce sujet, M. Bouquet de la Grye et M. Bella ajoutent quelques réflexions sur la méthode adoptée pour faire les moyennes des mercuriales des marchés aux bestiaux.

M. Targioni-Tozzetti, correspondant de la Société, envoie une note sur les résultats de l'hiver aux environs de Florence (Italie); il insiste particulièrement sur les dégâts causés aux forêts de pins par le froid anormal.

M. Patou envoie une note sur un procédé qu'il a imaginé pour la destruction du phylloxéra.

M. J. B. Lawes, membre étranger, envoie le résultat de ses dernières expériences sur la culture de diverses plantes à Rothamsted, ainsi que plusieurs travaux qu'il a publiés en collaboration avec M. Gilbert, notamment sur des prairies permanentes maintenues pendant plus de vingt ans sur le même sol, et deux mémoires sur le climat de l'Angleterre et ses récoltes de blé, et sur la production, les importations, les prix et la consommation du blé depuis 1 852 jusqu'en 1880.

M. le secrétaire perpétuel donne lecture d'une lettre de M. Jules Maistre sur les résultats qu'il a obtenus, dans ses vignes de Villeneuvette, par l'emploi combiné de l'eau et du sulfocarbonate pour combattre le phylloxéra. M. Maistre se loue tout parliculièrement de cette méthode qui lui a permis de reconstituer des vignes qu'on pouvait considérer comme perdues.

M. Demarson envoie une note sur un projet de création d'une fermeécole d'application à Reims, d'un [dépôt et d'une école de dressage. M. Lavallée fait hommage de la première livraison de V Icônes seleclce arborum et fructicum m horiis segrezianis collcclorum, dont il a commencé la publication. 11 donne des détails spéciaux sur les essais de culture et les qualités d'un noyer du Japon, Juglans Sieboldiana, décrit dans cette livraison. M. Chevreul insiste sur l'importance des cultures expérimentales analogues à celles que M. Lavallée poursuit à Segrez.

JVL Gayot donne lecture d'une note dans laquelle il insiste spécialement sur l'extension prise par l'élevage du bétail aux Etats-Unis d'Amérique et sur l'accroissement des exportations d'animaux vivants et de \iandes abattues. M. Barrai fait remarquer combien il importe de se garder de toute exagération dans les appréciations de ce genre; il insiste sur la nécessité de n'avoir recours qu'à des documents absolument certains; il signale les contradictions que renferme une des publications citées par M. Gayot. M.Risler ajoute quelques explications sur l'extension que pourraient prendre les cultures fourragères et la production du bétail dans plusieurs parties de la France où l'on cultive presque exclusivement les céréales.

M. Bouchardat présente un rapport sur une brochure de M. Ott, relative à la culture de la vigne en Algérie ; il signale l'extension que la production du vin dans notre colonie africaine a prise depuisquelques années. M. Barrai et M. Chevreul présentent quelques observations sur les méthodes d'analyse des vins et sur les résultats que ces analyses peuvent donner suivant les méthodes employées.

Henry Sagisier.

M. Desprès. — Jetons tout d'abord un coup d'œil rapide sur les 250 hectares de châtaigniers qui attirèrent, ainsi que les autres cultures du domaine des Planes l'attention du jury en 1870. '

Réglés par coupes de 18 hectares et périodes de 14 ans, la plupart de ces châteigniers étaient exploités autrefois tous les six ans et ne rapportaient que des cercles et du charbon d'un prix très avili

M. Desprès a été des premiers à substituer les futaies aux taillis, et là où il retirait 30 et 35 francs de ses plantations, M. Desprès retire aujourd'hui le double.

La moyenne de 1865 à 1878 ne luia donné, il est vrai, d'après mes calculs, que 56 francs;... il faut l'attribuer à la grande dépréciation des dernières années' dépréciation qui a pesé également sur les taiUis.

Et ce produit des futaies serait certainement bien plus élevé, si sur ces terrains en pente, à sol friable et difficile il est vrai, on s'appHquait, en général, à établir des chemins d'exploitation et à seconder ainsi l'administration des ponts et chaussées.

Les chemins d'exploitation assez rares dans ce pays seraient l'arme la plus terrible contre les importations de châtaigniers de Naples et de la Sardaio-ne ou des chênes de Trieste et de l'Amérique. Qu'on se rappelle les transports à dos d'hommes!

Qu'est-ce que l'impôt à côté de cette dépense journalière des transports qui grèvent les bois comme tous les produits de la culture?

Il est impossible d'entrer ici dans les prix de revient des deux systèmes d'exploitation, le taillis ou la futaie, chez M. Desprès, ni de s'étendre sur la destination de la douelle selon ses dimensions pour le denii-muid, la bordelaise, le barrilat ou la samalisse, je le fais dans mon rapport; mais telle est la tendance des propriétaires de suivre l'exemple etde subir les méthodes de M. Desprès.

Voyons plutôt les progrès réalisés depuis le dernier concours, car tel est le but de notre visite :

M. Desprès s'est livré tout particulièrement àl'étude des forêts, — il y apuisé la onnaissance approfondie des ressources que pouvait lui fournir encoi'e son domaine.

Mais M. Desprès que noblesse des concours oblige n'a pas seulement pensé à sa ferme, il s'est encore préoccupé du département qui comporte cent mille hectares de terres incultes ou boisées, c'est-à-dire le quart de sa superficie.

Nous le voyons, dans cette période, étudier et résumer en ses écrits les conditions minéralogiques des montagnes, l'exposition, l'altitude, la manière dont s'y comporte la végétation, et il trouve à faire jouer un rôle à chacune des parties de ce vaste champ où, à des altitudes diverses, il peut assigner telles ou telles essences qui donneraient au département la plus riche collection forestière.

Le chêne-liège et le micocouHer; le châtaignier et le cliêne; le hêtre le bouleau, le pin et le sapin qu'il examine tour à tour, donnent un effet utile à 600 mètres, à 800 mètres et au delà de 800 mètres, toutes conditions d'ailleurs gardées d'exposition et de fond,... voilà ce qu'écrit M. Desprès.

Toutefois, ce n'est là qu'une étude qui étabbt sa compétence sur une base désormais solide. —Il s'attache alors aux essences dont l'expérience a pu faire constater les avantages.

Le chêne-liège doit, avec le temps, fournir des ressources importantes, il le plante chez lui ! Le châtaignier qu'il a développé sur sa ferme en grandes plantations et le pin peuvent, dit-il, chacun à sa zone correspondante, remplacer le hêtreet les autres essences propres seulement à l'usage des forges, tandis que le châtaignier et le pin, bien que susceptibles du même emploi, sont destinés à tous les services comme bois de tonnellerie, d'œuvre et de construction, et il fait de ses terres qui restent à boiser un champ d'expériences, une école dendrologique où il réunit : le pin maritime, le pin d'alep. le pin pignon, le pin larricio, le pin noir d'^Autriche, le pin lord Weimouth, le pin Cembro", le pin sylvestre, variétés remarquables de cette importante famille de> Conifères qui croît dans les régions les plus diverses depuis les neiges éternelles et les climats rigoureux de l'Amérique

1. Eïtrait du rapport lu au concours régional de Perpignan. — Voir le Journal du 7 août, p. 21 1 de ce volume.

septentrionale jusqu'aux contrées les plus chaudes de l'Archipel indien et très propres aux zones diverses du départenaent*.

C'est ainsi que M. Desprès, l'ancien lauréat, oublie de se reposer sur ses succès et que son domaine, aujourd'hui comme hier, est digne de nos éloges les plus mérités.

Le domaine des Planes, d'une vajeur triple de ce qu'il était au début, aujourd'hui rehaussé par ses pépinières, par ses prairies nouvellement créées, par la captation d'une source importante, est devenu un exemple de ce que peut l'homme qui, tout en servant ses propres intérêts, vise encore au bien public et s'en préoccupe.

En quittant M. Desprès et nous dirigeant sur les bords de la Tet oii sont MM. Malègue, Alahcrt, Hainaut, nos concurrents de la plaine, nous descendons encore dans la vallée du Tech,

Bientôt à Arles apparaît folivier associé à la vigne, l'olivier dont M. le ministre de l'agriculture se préoccupe en présence de la fraude odieuse dont les huiles d'olive sont l'objet. La fraude n'est pas la liberté commerciale!

Le fond de la vallée, comme un casis resserrée des aspres, se couvre de toutes sortes de cultures depuis Paialda surtout jusqu'à Géret. A côté des prairies, des maïs, des luzernes, viennent se grouper les arbres à fruits, cerisiers, figuiers, pommiers !

On dirait toutes ces plantes, tous ces arbres descendus des hauteurs pour se désaltérer dans le Tech, tant ils se pressent sur ses bords; mais non, les arbres fruitiers n'ont pas grand besoin d'eau, ils pourraient prospérer et donner de grands produits dans les aspres comme sur les terres sèches de la Provence, et la rente des terres monte jusqu'à 3u0 fr. l'hectare.

Le noisetier fait l'objet d'un commerce si important qu'on fonde sur lui les plus grandes espérances; le mûrier, dont la feuille a une valeur si considérable, eu égard aux autres régions, et le système Pasteur, ont fait prospérer dans ces dernières années la sériciculture; mais, dit M. Labau, les petites éducations ont adopté partout la sélection des graines et diminué d'autant l'industrie du Roussillon.

Abandonnant le Tech dont une partie des eaux se perd dans des couches sablonneuses et qui, par ses dérivations, va fertiliser Maureillas, Saint-Grcnis, Palan del Yidre, dont les terres ont doublé de valeur par le canal des Albères; montant sur ces hauteurs auxquelles le Ganigou sert d'appui, nous laissons derrière nous ces grandes montaones, pays d'élevage au haut desquelles sont les lieux de transhumance pour l'été. Pauvres du côté de Prats-de-Mollo, plus ou moins fertiles depuis Prats-de-Mollo jusqu'en Ariège, très riches du côté de Prades et dOlette à Mosset, à Urbanya, comme à Mantet, Evol, où vivent des

1. La France du dix-huitième siècle s'est occupée de ces arbres résineux, c'est à elle que l'on doit l'introduction de quelques-uns d'entre eux par les Duhamel, les Fenil de Varennes, et personne n'ignora les services qu'ils ont rendus avec Brémontier sur les dunes ou bien dans l'intérieur des Landes et delà Sologne: les services qu'ils rendent à la malheureusa population duCapcir!

Malheureusement cette question des reboisements se heurte à celle des communaux.

Nous n'avons pas besoin de bois, disent les communes, c'est de l'herbe qu'il nous faut, comme on disait dans les Alpes au rapport de M. de la Grye, conservateur des forêts, comme on disait dans les Landes où une brejais pouvait bien valoir de 4 à 5 francs, il y a trente ans, et où la valeur des terres est montée depuis, de 3 à plus de mille francs l'hectare par la plantation.

Cependant l'herbe ne favorise pas la création de ces sources si utiles à la plaine, de ces sources que l'on a vu disparaître et revenir avec les déboisements et les reboisements, et elle n'amène le plus souvent, par sa rareté sur la montagne, qu'une privation pour le bétail, au dire des plus experts. Elle n'abrite pas enfin ces cultures arbustives si souvent compromises par les gelées et sur lesquelles reposent le véritable avenir et la fortune du Midi.

Les Cévennes et les Alpes protcyaient autrefois nos régions; les bois étaient en tel excès sous Charles IX 'lue, disent les chroniques de Provence, on fat obligé de faire couper une grande quantité d'arbres sur sa route pour permettre à son carrosse de passer.

On a accusé la Révolution; or, la première gelée qui ait tué nos oliviers et nos mûriers date de 1709; vinrent ensuite les gelées successives de 1746-1789 et dans cette période les parlements firent entendre bien souvent leurs doléances contre les déboisements que notre siècle lui-même a continués en 181o, 1830, 1848, 18b2, au point de restreindre de moitié la réserve forestière de 1792 qui étiit de l,70i!,C00 hectares au dire de M. de Nast.

Aujourd'hui et partout s'etl'ectuent des reboisements confiés à cette grande et belle administration forestière qui ne lutte que trop souvent contre le mauvais vouloir intéressé des uns et 1 ignorance des autres. Les particuliers reboisent aussi, mais faudrait-il avoir pour les bois quelque chose de ce respect que j'ni entendu réclamer bien souvent dans ce département, de ce respect qui fut si graad chez des peuples très avancés en agriculture qu'il allait jusqu'à la superstition, et superstition ici veut dire religion tutélaire des intérêts! Faudrait-il encore pour encourager les plantations, réprimer les dévastations, permettra le pâturage des bois défensables, concilier ainsi les intérêts de la plaine et de la montagne.

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bœufs, chevaux, moutons venus de tous les environs et de l'Espagne. Les moutons du' pays viendront en général dans les plaines de Prades, d'IU, de Vinça, de Thuir ou de Millas, où la valeur des terres s'élève de 7,00J à 8,000 fr. ou à Sahore et Vernet-les-Bains; mais les moutons du Gapcir iront dans les basses Aspres, à Canet, pays des prés salés et des blés renommés, à Alénya, Elne et Argelès, et ils trouveront là une nouri-iture moins forte, mais certainement plus hygiénique.

Ces montagnes, pays d'élevage, cachent à nos yeux le Gapcir, la Gerdagne, Mont-Louis, si curieux, si intéressants à visiter, régions présentant les mêmes contrastes que le Roussillon, et dont je voudrais parler, et puis les fruitières de Formiguièces et de Llagone; Fontpédrouse, population à part et malheureuse, Olette, enfin, où commencent encore de ce côté, comme à Arles, l'olivier et la vigne.

Mais les hauteurs où nous sommes olfrent le plus beau panorama. Elles sont comme le fond d'un vaste amphithéâtre, s'inclinant par des pentes mamelonnées vers la mer, ayant pour galeries latérales les Gorbières et les Albères, le Tech et la Tet, et pour scène la mer avec ses pêcheries de Bircarès et de Banyuls dont les produits diffèrent, et ses navires transportant les richesses du Roussillon.

Vers les Albères, à droite, s'accoudent : le micocoulier^ ce représentant d'une petite industrie mais digne d'intérêt, absolument vaincu et perdu dans sa lutte inégale avec l'Italie.

Le chèae-liège qui combat avec les produits du Portugal et de l'Algérie, demandant à ces pays les 2/3 nécessaires à sa fabrication, mais qui résiste.

L'olivier qui succombe et dont s'empare l'Australie riche en laine, alors que l'Amérique cherche en perfectionnant nos méthodes de tabrication à l'introduire à côté de ses maïs, de ses biés, de ses bœufs

Les vieilles vignes de Collioures atteintes par un nouvel insecte, le Vesperus, trouvé par M Oliver.

Les vignes récentes de Banyuls, Port-Vendres et-Gosperons, remarquables comme les précédentes par leurs grenaches, mais dont la réputation a été jadis considérable aux Etats-Unis avec le Burgondy, port comparable aux vins de Constance.

Et enfin de-s essais d'acchmatation du Ramié introduit de Rio-Janeiro en 1868, par M. Palms Bohé, un ancien lauréat de nos concours.

G'est là, vers les Albères et devant nous, au Boulon, à Tressère, à Brouilla, à Ortaffa, Thuir, Ponteilla, Sainte-Golombe, au mas Deu, jusqu'à la mer, à Ganet, à Alénya, dans cette région en partie faiblement arrosée, et surtout aride et sèche, dans ces aspres, en un mot, que nous allons quitter et qui méritent au plus haut degré nos sympathies, que régnait en maîtresse, il y a trente ans, la culture patriarcale avec ses propriétaires s'associant à leurs fermiers dans un égal amour pour l'agriculture; que régnait la culture à métayage, jachère, blé, avec ses transhumances d hiver, vesces et orge sur les hauteurs, lupin et trèfle incarnat dans les bas-fonds, avec ses forêts d'oliviers mesurant alors la richesse des propriétés, avec ses blés renommés, ses mérinos améliorés par Grilbert.

G'est ici qu'aujourd'hui la vigne renversant l'olivier providentiel pour les aspres, renversant la culture et son bétail, vient demander asile au Roussillon, l'obtenir presque sans partage et donner en échange ses richesses.

Puisse la vigne nouvelle se régénérer au contact des vignobles justement célèbres de ce pays, ou puisse plutôt la Providence la faire triompher de ce fléau qui a ruiné la Provence et une partie du Languedoc, sans décourager les vrais amis de l'agriculture I

Sur les bords de la Tet où nous arrivons, rien n'est beau comme cette végétation luxuriante des cultures : les assolements remarquables donnent jusqu'à cinq récoltes en deux ans. G'est ce qui faisait dire à Arthur Young que cette vallée était d'une remarquable fertilité. Les maïs et les bœufs sont les deux agents principaux de la fertilisation. En fait d'instruments, c'est le dental qui domine. Les arbres fruitiers abondent en variétés différentes de la montagne. Ces variétés sont dues aux meilleures greffes, chez M. Robin, pépiniériste : tels l'abricotier rouge 'hâtif, le cerisier Saint-Georges, le pommier Fenouillet, le poirier beurré Glergeau; mais en présence d'une végétation si riche d'éclat, l'esprit reste confondu; aucun arbre n'est taillé dans les jardins, c'est l'excès opposé de ce qui a lieu pour l'olivier mutilé. De Perpignan à Pézilla l'eau coule à pleins bords des fossés d'ar-

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rosage. L'asperge de Montreuil et l'artichaut renouvelé tous les ans, à côté des melons et des tomates échalassées, attirent notre attention.

M. Malègue. — M. Malèfi;iie que nous rencontrons à Pézilla de la rivière, sur les bords de la Tet ; M. Malègue, que tout le monde ici connaît de réputation^ était bien jeune encore quand il prit en mains, vers 1853, par considérations de famille, l'héritage paternel, et qu'il osa se charger, à titre de fermier, au prix de 200 francs l'hectare, des deux parts revenant à ses deux sœurs.

Le domaine de 55 hectares qu'il allait diriger, n'avait rien qui put séduire un jeune homme étranger jusque-là aux choses de l'agriculture. Les bâtiments de ferme situés dans le village même de Pézilla, loin du centre de l'exploitation, étaient dans un état déploi'able et les terres dispersées y formaient deux divisions très éloignées l'une de l'autre.

Sur l'une de ces divisions, dans les Grarrigues, à 2 ou 3 kilomètres, les vignes se mouraient sous l'atteinte de l'oïdium ; sur l'autre, tout près de Pézilla, les terres de valeur et soumises à l'arrosage se trouvaient épuisées par les fermiers sortants.

Restituer aux terres de valeur leur ancienne fertilité, sauver les vignes des coteaux et établir une étroite solidarité entre ces deux cultures si éloignées en les faisant prospérer l'une par l'autre, voilà quel fut le plan du jeune agriculteur.

Deux voies s'ofl'raient à lui : l'une qui lui permettrait de réaliser les améliorations avec le temps et l'économie, en laissant prédominer la force productive du sol, l'autre de marcher plus vite en soumettant cette force productive à celle des capitaux. Cette dernière voie était évidemment la plus conforme aux conditions économiques de sa ferme située près d'un grand centre, Perpignan,... jouissant de l'arrosage, d'une main-d'œuvre suffisante et ayant une valeur locative élevée.

M, Malègue emprunta de l'argent, chose critique en agriculture; il acheta son matériel d'exploitation.... On le vît dès lors baser sa culture sur le labourage et le pâturage, selon l'expression du grand Sully, ou, si l'on préfère, sur la culture et les bestiaux, principe de la fécondité des terres.

On le vît créer des prairies artificielles, nom que leur avait donné le maître enseignant du grand ministre, et distiller la betterave, cette plante précieuse dans laquelle Olivier de Serres enfin, avait reconnu le premier la présence du sucre.

Pour mieux utiliser ses fourrages, se livrer à l'élevage des races précoces, des Durhams, des Gharollais qu'il avait remarqués dans les concours ;

Et, finalement améliorer ou replanter ses vignes des coteaux, recevant partout sur sa ferme, dans les concours régionaux, et auprès des hommes entendus, les éloges les plus mérités, les récompenses les plus flatteuses.

Combien ne sommes -nous pas déjà loin des fermes de la montagne qui, dans leurs conditions, tout autant que la ferme de M. Malègue, suivent les principes de la raison d'être en conservant la jachère et le bétail de parcours, et non la routine, mot impropre et dont on abuse trop souvent?

Eq 1868, obligé de restreindre sa culture par suite de maladie, M. Malègue abandonne en partie l'élève de la race bovine et se met dans le mouvementqui, après les traités de 1860, portait le Midi vers une plus grande extension de la vigne, vers la spéciaUsation de la culture arbustive.

Le phylloxéra venait d'être découvert, la guerre allait avoir Heu. Sacs la guerre et le phylloxéra nous devions tous nous enrichir!

Examinons tout d'abord la culture arable pour parler ensuite de la vigne :

Dans cette deuxième période, la culture arable restreinte sera toujours néanmoins le pivot de l'exploitation. Elle sera soumise dans ce but à un assolenient triennal très intensif dans lequel figureront sur 7 hectares : les racines, l'avoine, le blé, avec cultures dérobées de maïs-fourrage, de seigle en vert, de turneps, qui doubleront ainsi la surface cultivée en plantes épuisantes ; naais, sur 4 hectares en dehors de l'assolement, seront établies des prairies artificielles et naturelles,

La production sera presqu'en entier fourragère, la culture vivra par le bétail d'engrais acheté et renouvelé tous les ans,

M. Malègue obtiendra, d'après nos calculs, 145,000 kilog. de fourrages ramenés comme appréciation nutritive au foin de pré !

L'emploi d'un outillage perfectionné, coupe-racines, concasseur de tourteaux, • charrues à versoir, charrues défonceuses qui font un moment oublier l'adage du vieux Gaton sur le dental si répandu dans les Pyrénées-Orientales ;

Des bâtiments remis à neuf et un bétail choisi dans les foires de l'Aude ou de

l'Ariège en connaisseur qui a fait ses preuves et qui pense peut-être que le bétail précoce n'a pas été sérieusement expérimenté ;

Une culture très serrée, des fumures abondantes, et, notons ce fait : un ari'osage bien disposé et bien dépensé non pas seulement pour apporter la fraîcheur nécessaire, mais pour préparer la terre à la semence ou l'enrichir par le limon et concourir dans une mesure bien établie à une décomposition proportionnée aux besoins des plantes, — tel est le caractère essentiel de la culture arable de M. Malègue.

Si théoriquement et pratiquement, d'après mes calculs, cette culture ne se soutient pas par elle-même, et je n'hésite pas à le dire à M. Malègue, il faut l'attribuer surtout aux exigences de la culture intensive à laquelle nous devons comme compensation le développement des engrais artificiels, l'utilisation des matières organiques autrefois perdues, l'emploi de substances minérales laissées inertes dans nos gisements.

Mais la ferme de M. Malègue est du moins comme un laboratoire très remarquable où, à l'aide d'engrais achetés, de détritus de maïs ou d'autres substances manipulés ensemble, notre concurrent obtient encore 73,000 kilog. de fumier, qui, s'ajoutant à celui produit directement par les animaux, forment les 300,000 qu'il applique et quiiui sont nécessaires.

Si nous examinons les rendements, nous trouvons que dans les cinq dernières années delà comptabilité, le blé a rapporté 27 hectolitres à l'hectare. Ce ^rendement donne l'idée des autres cultures.

C'est la meilleure preuve que l'exploitation est bien pourvue d'engrais ; que les bonnes terre^ ont repris leur fertilité; qu'elles peuvent sur une faible étendue, entreteûir un bétail nécessaire aux vignes en assurant à ces dernières comme à la culture arable, une bonne répartition dans le travail. Ainsi se trouve atteint le but poursuivi.

En vain M. Malègue aurait-il cherché à aller plus loin, à soutenir avec le fumier de la culture arable la culture de la vigne qu'il nous reste à signaler :

Le sol des vignes dans le Roussillon n'est pas toujours propice aux gros rendements, car il n'est souvent constitué que par la roche fendillée sous une couche de terre peu épaisse et c'est à travers les fissures des rochers que les racines vont chercher leur subsistance et la fraîcheur, ou par une couche de terre plus ou moins profonde reposant sur le tuf et desséchée. *

Les vignes, en raison de ces faits, sont taillées le plus souvent sur un nombre de portants restreints et sur un seul œil; on les prive des soins de la taille d'été et cette force ainsi perdue pourrait être utilisée au profit de la bonne végétation.

Le vin qu'un heureux cKmat favorise, au contraire, estgénéreux et solide en générai contre les altérations. Il gagne en vieiUissant. Tantôt il sert aux coupages, tels les vins de Brouilla et de Rivesaltes dont quelques-uns atteignent 17 et 18° et tantôt à ces vins de liqueur si connus.

M. Malègue a porté l'étendue de ses vignes de 23 à 34 hectares. Il a défoncé, dans ce but, 1 1 hectares de terres profondes, excellentes en qualité ; il taille à deux yeux, nettoie, ouvre et charpente bien ses souches, mais ne tient pas assez compte de la taille d'été. La végétation de ses vignes de la plaine est remarquable.

En présence du phylloxéra, M. Malègue s'est rendu adjudicataire des fumiers de la gendarmerie de Perpignan. Il avait essayé jusque-là de divers engrais commerciaux. Le grenache et le carignan forment le fond de ses plantations. Il soutire ses vins secs moins alcooliques de la plaine à l'abri de l'air, et ses vins des garrigues dans les conditions contraires, parce que ces derniers dont il fait des vins de liqueur, contenant plus d'acool, sont plus résistants à l'altération.

Ce principe chez lui découle de l'observation que les vins vieux ayant de la valeur alcoolique gagnent en bouquet par l'oxydation des matières organiques.

Et c'est ainsi que M. Malè,^ue que nous avons vu distiller la iûetterave, faire l'élevage du bétail perfectionné, viser à la plus haute production des récoltes par la fumure, comme si les voies ordinaires ne suffisaient pas à son activité, fait aujourd'hui de l'industrie avec ses vins de liqueur et obtint pour récompense la, médaille d'or à l'Exposition universelle de 1878.

Mais que va devenir cette branche importante de son exploitation ?

Il a déjà pris ses mesures : il se prépare d'un côté à la submersion, il sème des plants américains qu'il greffe, il fait delà culture maraîchère, s'associe des ouvriers et ensile ses maïs en attendant l'orage.

Son capital engagé était de 270 fr. par hectare en 1855, il monte à 390 en 1858;

Au dernier exercice, son capital s'est élevé de 3,500 par hectare, il a eu un bénéfice, en chiffre rond, de 24,000 fr.

M. Malègue a rendu depuis longtemps l'argent qu'il avait emprunté et fait sa culture florissante. Il compte désormais parmi les agriculteurs dont le département doit être fier.

La Commission, en donnant une médaille d'or grand module à M. Malègue, regrette de n'avoir pu lui accorder une plus haute récompense dans la première catégorie des prix culturaux, car elle a envisagé M. Malègue plutôt comme propriétaire que comme fermier, la dernière partie de son exploitation étant la moins importante.

{La suite prochainement.) Emile Mourret.

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