‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 196 sur 752 · X. — Nouvelles de l'état des récoltes · texte numérisé non relu

X. — Nouvelles de l'état des récoltes

Les travaux de la moisson peuvent être considérés comme terminés. Les battages se poursuivent et les agriculteurs se rendent compte des rendements. Sur la situation dans le département d'Ille-et- Vilaine, AL de la lAlorvonnais nous envoie la note suivante, du manoir de Bruz, à la date du 1 7 août :

« Le beau temps de la semaine dernière a permis de travailler activement à la récolte. Mais, il a plu abondamment dans la nuit de dimanclie à lundi, et le temps lest orageux, mais le vent est toujours au nord-est et le baromètre assez haut.

« On est satisfait de la reçoit j d'orge et d'avoine, les froments laissent plus à désirer; il y en a de maigres et de restreints, et la quantité ne sera p&s grande. Les sarrasins sont fort beaux partout; les récoltes fourragères, choux, betteraves, trèfles, exceptionnellement belles,

« Les pomimes de terre sont très belles. Quelques bonnes espèces ont été importées , les fusks de Jersey notain-.nent, m'ont donné plus de vingt fois la semence*

« Les pommes à cidre sont fort chères et rares, l'hiver d'ailleurs a détruit beaucoup de pommiers. »

D'après la note que M. Vincent nous envoie de Treffort, à la date ^u 1 4 août, on se montre satisfait de la plupart des récoltes dans cette partie du département de l'Ain :

« Le 5 de ce mois j'allai voir fonctionner la batteuse du pays, et je demandai à plusieurs personnes quelle est la qualité du grain. Très bonne, me répondit-on unanimement; même le veste des récoltes va bien; il n'y a que la pauvre vigne., hélas ! Donc il y a lieu d'être content de la récolte dans notie région.

« Les avoines donnent un rendement exceptionnel. Les fèves sonide toute beauté. Les betteraves promettent beaucoup. Les ]jommes de terre ont un fanage exubérant ; les précoces que l'on a déjà arrachées, piésentent de beaux tubercules : celui qui écrit ces lignes en a trouvé récemment, dans son jardin, comme produit d'une seule mère de Merveille d'Amérique, un ensemble de très grosses, de moyennes et de petites, du poids total bien constaté de 3 kilog. 500; ses voisins ne pouvaient pas en croire leurs yeux.

« Les fourrages abondants en montagnes, ont été maigres dans les terrains bas.

« Quanta la pauvre vigne, on voit par-ci par-là quelques bonnes grappes : le grain est généralement gros. Il se peut que l'on en voie davantage, lorsqu'il commencera à j-e colorer. L'année dernière l'oïdium et l'anthracnose avaient fait leur première apparition ici dès le milieu de juin : cette année, on ne voit encore, et dans de rares places seulement, qu'un feuillage jaune pâle ; le grain est resté intact jusqu'ici. »

Sur la situation dans le département de la Dordogne, M. de Lentilhac nous envoie de Saint- Jean-d'Ataux, à la date du 14 août, les renseignements qui suivent :

« La canicule (du 25 juillet au 25 août) -se fait sentir cette année dans nos contrées avec une persistance de chaleur qui présage pour tous les fruits, pour le raisin en particulier, une bonne maturité. Quant aux autres produits, ils commencent à souffrir sensiblement de la sécheresse; les regains de prairies naturelles et artiticielles, sur lesquels on comptait beaucoup pour réparer les pertes de la première coupe, ne poussent plus; les haricots se flétrissent avant d'avoir formé leurs grains; la pomme de terre est frappée d'une maturité anticipée; le maïs et le blé s'étiolent. — Les labours des chaumes de blé, qu'on s'était empressé de commencer pour ensecjencer la rave, cette précieuse ressource que rien ne remplace en Périgord, ont dû s'interrompre, les quelques pluies survenues après la moisson n'ayant pas suffisamment humecté le sol pour la charrae. Si la deuxième dizaine d'août se passe sans pluie, voici encore un produit compromis.

« Le battage du blé est commencé ; les rendements varient beaucoup trop pour qu'on puisse encore préciser avec quelque exactitude la valeur de la récolte, j)

Dans la lettre qu'il nous envoie de Tridon, à la date du 16 août, M. Leyrisson constate que la plupart des récoltes donnent d'assez bons rendements dans le département de Lot-et-Garonne :

« Les dépiquages étant presque partout terminés, on constate généralemeat une bonne moyenne : le grain est très propre et la qualité est excellente.

« La vigne est envahie par l'oïdium, plus encore que l'année dernière ; tandis que le phylloxéra fait chaque jour de nouveaux ravages.

« On arrache actuellement le chanvre qui, sous le rapport de la quantité, comme de la qualité, ne laisse rien à désirer : malheureusement ce textile est délaissé de plus en plus vu la cherté toujours croissante des ouvriers alors que les prix de vente restent stationnaires.

« La sécheresse persite encore dans nos environs, les tabacs s'en ressentent plus que tout autre récolte.

« On n'a pas encore pu, dans de très rares cas, faire les semailles de trèfle incarnat, navets, jarousses, etc.

« Les pommes de torre scmt vivement attaquées par la maladie, toutefois la variété Early Rose l'est, ici, moins que toute autre.

«Les maïs-fourrag,is souffrent beaucoup de la sécheresse, mais les porte-paines sont encore de toute beauté. « La betterave dont la croissance est arrêtée faute de pluies, prendra encore du développement si le temps lui devient favorable.

« Sauf pour ce qui a trait à la qualité, la récolte fruitière est oa ne peut plus magnifique, et nous aurons probablement une abondante provision de miel, car depuis déjà longtemps les abeilles ont trouvé sous les fruits, une surabondance d'abricots, pêches, poires sans compter les pommes, plus abondantes encore et dont certaines espèces commencent déjà à mûrir.

<i En somme l'année peut être considérée jusqu'ici comme une assez bonne année. »

La deuxième dizaine da mois d'août a été remarquable par son régime sec, et par ia chaleur, intense qui a régné dans la plus grande partie de la France. Ce temps, favorable à la vigne, aux: betteraves, aux pommes déterre, ainsi qu'aux fruits, a permis de rentrer les céréales coupées, dans de bonnes conditions. Si, en ce qui concerne ces dernières, les appréciations sur le rendement présentent des divergences, on est unanime à constater l'excellente qualité du grain.

J.-A. Barral.

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