‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 199 sur 752 · DANS LA HAUTE-GARONNE ET LE TARN · texte numérisé non relu

DANS LA HAUTE-GARONNE ET LE TARN

Je voudrais confondre dans une note unique quelques renseignements sur la récolte du blé dans la Haute-Garonne et le Tarn, départements qui se touchent; ils paraissent, du reste, au point de vue de l'envahissement du phylloxéra, conserver de bons rapports de voisinage.

Cette contusion est impossible, il est même très peu aisé à l'heure actuelle de dire que la moyenne dans la Haute-Garonne sera de 16 hectolitres à l'hectare, dépassant de 2 hectolitres la moyenne que nous donnaient les grandes statistiques. QueL|ues agriculteurs traitent avec un certain dédain ceux qui au lieu de dire : la récolte est t)onne, excellente, mauvaise, veulent traduiie le renseignement par un chiffre. Ce derrier mode de procéder est plus précis, il indique une réalitédilficileà atteindre, je le veux : il n'y a nul péril à agir ainsi. Ce qui rend l'appréciation difficile c'est l'extrême variation que l'on constate dans un très faible, rayon, c'est la donnée meilleure que d'ordinaire dans de mauvais sols; tandis que tel domaine à haut rendement, a au contraire une gerbe ti es volumineuse et ne laissant échcipper sous les coups du batteur que peu de grains.

Le brouillard est cause, assure-t-on, de ce maigre résultat. Nos blés avaient été un peu éprouvés par l'hiver, tels pieds semés et implantés trop à la surface onlpéii, les voisins ont profité de l'air et de l'espace qui leur était abandonné ; ils ont pris un très grand développement herbacé, l'épi a été longtemps à mûrir, des ondées sont venues, soumettant cette partie fragile et précieuse de la plante à des alternatives d'humidité et d'insolation funestes. Je connais des champs dont la moyenne est 20 hectolitres à l'hectare, l'hectolitre pesant 76 kilogrammes, qui cette année donnent 15 hectolitres, du poids de 72 kilogr.

Si notre moyenne en blé, en céréales d'hiver, n'est guère supérieure aux temps ordinaires, nos maïs nous donneront un très beau rendement, leur récolte est assurée. Nos cultivateurs pourront commencer à se remettre des pri\ations de toute nature que les calamiteusv s dernières am ées leur ont imposées.

Nos marchés aux bestiaux, nos foires se ressentent de ce douloureux passé, il se fait peu de transactions. Celles que l'on peut conclure se foi)t à bas prix, peu réniunér^trices; notre disette fourragère en est aussi en partie la cause. On nous a bien parlé de mais fourrages; certes, si l'on transformait tels champs, portant maïs, en ressources alimentaires pour nos bestiaux par les excellents procédés que nos agronomes nous ont indiqués, la disette se changerait en aboodan.e. Il y a un obstacle à ce mode de faire : on a semé le maïs pour la vente et non pour autre chose, parce que l'on sait que le chai p qui a [lorté cette culture, est grevé pour longtemps d'une stérilité notable, pour le blé surtout; il faudrait, pour effacer la trace de cette culture, des engrais appropriés, des travaux spéciaux ; on ne possède ni engrais, ni outils II y a beaucoup à f .ire pour éclairer les cuhivateurs sur l'utilité, la possibilité d'ace mplir cette réforme.

Dans le département du Tarn, la moyenne en blé sera supérieure à la donnée ordinaire. Les renseignements que j'ai pu prendre m'en donnent l'assurance, belle îécolte et bonne récolte.

Si je donne pour les céréales cette note heureuse, il n'en pourra être de même

Eour une autre culture qui a, dans le département, une autre importance : celle de i vigne. La récolte pendante est sans nul doute, très belle; on peut apprêter, comme dit le proverbe, lonnfs&i è vrrt/v elle sei-a excellente comme qualité. La pluie est arrivée à 1 heure voulue pour. que l'élaboration de la sève s'accomplisse avec la lenteur voulue, pour apporter aux raisins les sucs qui donnent aux vins leurs qualités précieuses. Le revers de la médaille estla découverte incessante de l'iasecte, du puceron, de l'ophidien : on en trouve partout. Ce n'est plus parle traitement d'une tache isolée qu'il faudra bientôt procéder ; ce sera fensemble du vignoble qu'il faudra désinfecter, si ce n'est pour anéantir le parasite, tout au moins pour modérer son ardeur dévastatrice. A. de Puy-Montbrun.

M. Alaherl. — En nous vendant chez M. Alabert, à. Prades, nous laissons encore derrière nous la Salanque, caractérisée par i'atiplex alimus et le tamaris, enrichie par les débris organiques, granitiques et calcaires descendus des montagnes; nous laissons Pia, visitée le 17 juillet 1787 par Arthur Young, et Rivesaltes qui n'était du temps du célèbre voyageur qu'un village à vin renommé. La valeur des terres arrosées était, à Pia, de 1,980 francs et des terres non arrosées 1,180 francs; la rente de ces dernières de 58 francs.

Aujourd'hui, et d'après les renseignements que je dois à M. le maire de Pia, la terre arrosée vaut 4,5û0 francs, la terre non arrosée 3,000 francs; la rente fixe des terres arrosées est de 200 francs, et des terres non arrosées de 120 francs ^

Jusiu'à Prades, sur les bords de la Tet, nous accompagnent les arbres fruitiers renommés et entre autres les pêchers d'Ile, les riches assolements, les lieux de transhumance pour l'hiver, les arbres fruitiers renommés, les oliviers. Prades enhn apparaît'.... Capitale du Gonflans, elle est le pendant de la vallée de Palalda; mais plus riche, elle est le joyau du département. C'est le centre de ce système d'irrigations à la fois le plus simple, le plus curieux, le plus intéressant à étudier. Il faut descendre à pied de Montlouis à Perpignan pour se faire une idée de ses splendeurs!

Simple cultivateur, travaillant de ses bras, M. Alabert a pour toute fortune une famille composée de neuf enfants, deux garçons et sept filles, pour faire marcher son exploitation, quelques outils et trois paires de bœufs qui travaillent à tour de rôle, pâturent en liberté sur les regains de prés ou mangent le plus souvent les foins grossiers, devenant à la fois animaux de rente et de travail.

Mais telles sont les conditions qui entourent l'exploitation que les circonstances les plus favorables semblent s'y être réunies. — L'eau en abondance comme nulle part est à peine mesurée aux cultivateurs ; le sol est foncièrement fertile, la main-d'œuvre sulhsante; un chemin de fer et des routes bien entretenues assurent la prospérité de l'agriculture. Aussi, la rente y est-elle à un taux élevé. — Notre concurrent paye 3,780 francs pour 12 hectares 60.

Ce que nous avons de plus intéressant à constater dans cette petite exploitation, c'est le mode de faire valoir : notre concurrent vend le plus souvent la plus grande partie de ses pailles et de ses fourrages et achète l'engrais qui lui est nécessaire.

Les circonstances, a dit M. Dombasle, font seules les bons systèmes de culture et vouloir réduire la bonne agriculture à l'adoption de tel ou tel assolement, de tel ou tel bétail, de telle ou telle pratique, c'est ignorer complètement la portée de l'art.

Nous le savons, la viticulture s'emparant des terres de bonne qualité a rehaussé considérablement la valeur de la luzerne, elle en a fait une culture industrielle ; la valeur de la paille a suivi le même mouvement.

Il y a donc le plus souvent dans le cas de M. Alabert, intérêt à faire de l'argent immédiatement réalisable, sans passer par ces aléas qu'entraîne le bétail.

D'ailleurs M. Alabert connaît son métier, il a été et il est encore engraisseur au besoin; il suit sur les marchés la hausse et la baisse de la luzerne comme il suit, en même temps, la hausse et la baisse du bétail, toujours tout prêt à subordonner son exploitation aux circonstances.

Quelques détails nous donneront l'idée de cette culture :

La petite exploitation, avons-nous dit, comporte 12 hectares 60; la moitié de cette étendue est consacrée aux prairies artificielles et naturelles ; l'autre moitié est soumise à l'assolement biennal où figurent la première année les pommes de terre et les haricots et, la deuxième année le blé, l'avoine avec cultures intercalaires de maïs-grains, de fourrages d'hiver, trèfle incarnat, lupin et vesces.

La luzerne-fourrage de choix et la paille sont portées à Prades.

Les fourrages d'hiver, lupin et trèfle incarnat, très renommés dans la région de

1. C'est-à-dire que la valeur a augmente de plus du d .uble depuis Arthur Young. Mais c'est depuis une vingiame d'années qu'a eu lieu surtout l'aujmenlaiion, et si le piiylloxera ne nous envahit pas, dit M. le maire de Pia, le fermage et ia vente augmenteront encore prodigieusement. De son côté, M. Malè^fue m'a dit en parlant des girrigues de Pé/.ilta que les ter-es non arrosables s étaient accrues de plus d'un tiers uans leur valeur depuis vingt-cinq ans, et qu'aujourd'tiui oa n'en veut plus en présence du phylloxéra ; que les terres à l'arrosage valent au contraire de 0,000 à 6,000 fr., et qu'on les loue à "ilO fr.

Prades, sont vendus sur place à raison de 300 francs l'hectare aux troupeaux qui descendent en transhumance d'hiver et qui laissent leur iumier.

Le cham[) destiné aux pommes de terre est alïermé tout préparé ce fumé à raison de 3 Irancs l'are à des particuliers,

Le bétail de la ferme consomme le foin de pré et les pâturages de ce pré, les tiges de maïs cultivés pour grains, les fanes de haricots.

Toutes les autres denrées enfin, sauf la j)rovision du ménage, sont vendues comme le seront les bœufs quand ils auront fourni six mois ou un an de travail, itilisé les foins non vendables et se seront engraissés à ce régime sous l'iniluence l'un travail très modéré et très hygiénique.

Le chiffre de la production, en ramenant les denrées au foin de pré sans compter le b'é et les haricots, est de 70,000 kilog. environ, il n'est consomme que 35,00u kilog.; le déficit qui résulte de l'expurtation est comblé, d'une part, par l'achat du luinier, et de l'autre, par l'araélioiation qu'apporte toujours la luzerne en rentrant dans la rotation. Une chose l'attesterait encore mieux que tous les calculs établis dans mon rapport à M le ministre, c'est la vue des cultures luxuriantes que nous avons rencontrées chez M. Alabert. La théorie d'ailleurs juste des chiffres doit se taire ici devant la démonstration pratique

Voyons la comptabilité ; elle est bien simple ! D'un côté les recettes : ventes de denrées; de l'autre, les dépenses, parmi lesquelles figurent à côté des avances à la culture les dépenses d'entretien delà famille, en vêtements, chaussures, etc., etc. A la fin de l'année, il y a, bon an mal an, un excédent do recettes de 1,003 à 1,200 francs environ, ce sera l'épargne delà famille!

Tel est le résultat financier! Ainsi, chose digne d'intérêt, onze personnes de la même famille vivent et sont entretenues sur une petite ferme bien chèrement affermée ; c'est à peine si elle dépense 600 francs pour louer une machine à battre et se faire aider dans le courant de Tannée par la msin-d'œuvre étrangère!

L'union de tous est parfaite dans l'affection et le travail; le fils, exeirpté de la conscription comme soutien, vint se ranger volontairement sous nos drapeaux à l'époque de nos malheurs!

Quand on rencontre de tels sentiments chez un des membres de la famille, on ne doit pas s'étonner de l'union qui existe chez les autres, ni du succès de l'entreprise!

M. Alabert passe pour un bon cultivateur dans la plaine de Prades ; montrant l'exemple, il a dit à sa famille, comme ce laboureur si cher à notre enfance : « Travaillez, prenez de la peine, c'est le fonds qui manque le moins. » Et cette famille a répondu à la voix du père; elle a travaille, elle a réussi! M. Alabert appartient donc à cette catégorie de petits fermiers si nombreux dans la plaine de Prades qui luttent dans l'ombre, et que la Commission a voulu mettre en relief en attribuant à notre concurrent un prix cultural. Il est le seul fermier qui se soit présenté dans cette catégorie.

M. Denis Hainaut. — Le domaine de l'Eûle, qu'il nous reste à parcourir, fut acheté en 1838 par le père de M. Denis Hainaut, au prix de 70,00iJ francs pour 90 hectares. Il est situé près de Solers, à 9 kilomètres de Perpignan, p. Réduit aujourd'hui à 60 hectares d'un seul tenant, par suite d'un partage de famille, ce domaine était autrefois, disent les contemporains, une dépendance très négligée d'un bien de mainmorte, une sorte de lande en partie marécageuse, un rendez vous de chasse au marais.

Sur les parties hautes silico-argileuses, essentiellement perméables et sèches, où se trouvent aujourd'hui les vignes, on faisait la culture biennale, blé, jachère sans arrosagcî, bien que le domaine eiàt droit à une source obstruée dont je parlerai tout à l'heure. Le blé, dans ces conditions, ne rapportait que 10 liectolitres à l'tiectare.

Mais sur les parties basses, tourbeuses, effaçant l'empreinte du pied où est la culture arable, poussaient les herbes des terrains insalubres, les joncées, les renonculacées, les équisétacées, et quand on y envoyait paître des bœufs ou des moutons, ceux-ci étaient atteints le plus souvent et périssaient de la pneumonie.

C'est M. Hainaut père qui, de compte à demi avec M. Cuillier, propriétaire de la ferme-école alors dirigée par M. Labau, fit le grand canal de dessèchement mitoyen entre i'Eûle et Germainville, et marqua ainsi la première amélioration.

Le fils revendique cet honneur pour la mémoire de son père. Cette revendication est d'autant plus honorable qu'il en dirigea lui-même les travaux.

Cependant, l'assainissement obtenu par ce^'grand canal qui mesure 900 mètres

LA PRIME DHCNNEUa DES PYRÉNÉES-ORIENTALES. 295

de longueur, sur 7 de francs bords, 5 de plafond et l"\2b de profondeur, et dont les eaux en s'écoulant par une pente naturelle ont enrichi les communes inférieures de Soîers et de Toulouse, eût été bien insuffisant.... si notre concurrent n'eût fait un autre canal de 1,100 mètres; s'il n'eût encore entouré sa propriété de larges fossés; s'il n'eût, sous ses terres, établi des drains en pierres, venant aboutir à ces canaux, à ces fossés; car alors seulement s'est manifesté le triomphe de la culture sur la végétation marécageuse, à mesure que les eaux s'en allaient plus abondantes et de plus en plus enrichissaient les communes inférieures.

Mais en présence d'un résultat déjà si considérable, il y avait encore beaucoup à faire! ... M. Hainaut heureux dans sa pre;i3ièie entreprise, pouvait-il en eS'et se contenter de l'assainissement? laisser, sous un ciel brûlant, toutes ses eaux de drainage aller ainsi à la dérive sans utilité pour ses terres ?

Pouvait-il, notre concurrent, comme ses prédécesseurs, subir la sécheresse et oublier encore cette source obs: ruée dont j'ai parlé et quilui doit les 5/7 de son eau ? Non ! se servir des eaux de drainage et reprendre sa source, c'était là, au contraire, son idée fixe !

Et il ne devait pas hésiter à consacrer' encore des fonds au service de cette idée ! Pour retrouver sa source, il alla jusqu'à drainer un domaine limitrophe de sa propriété ; l'eau vint doublement abondante par ce nouveau drainage et la source dégagée s'ajouter aux premières eaux d'égouttement.

11 fit refluer ces eaux à l'aide d'une écluse vers un grand canal collecteur creusé sur la partie basse delà propriété, partageant celle-ci en deux dans le sens de la longueur, et là, à l'origine du collecteur, des vannes de captation élevèrent les eaux jusqu'aux parties les plus hautes de souterrain, laissant les quantités d'eau nécessaires aux parties basses du domaine suivre le fond du grand collecteur et aller dans un lac d'un demi-hectare, tout près des bâtiments, se reposer, s'améliorer pour l'arrosage.

Tel a été le passé de cette exploitation avec Tœuwe doublement remarquable de l'assainissement et de l'arrosage combinés à une époque où la découverte de John Read produisait un tel engouement que le mot drainage remplaçait le mot français assainissement, que le gouvernement édictait des lois d'encouragement, que les meilleurs écrivains, à la tête desquels était M. Barrai, mettaient leur plume au service du drainage, que ]\L Hervé Mangon estimait à 7 millions l'étendue des terres auxquelles on pourrait appliquer le drainage, et que celui-là passait pour un agriculteur émérite qui drainait quelques arpents ou savait simplement aux autres expliquer cette opération.

Aujourd'hui, messieurs, toutes 'les terres de l'Eûle sont nivelées, assainies, toutes les cultures, blé, maïs, pommes de terre, etc., etc., sont arrosées avec cette méthode et ce savoir que possèdent par excellence les Roussillonnais.

Les conduites d'eau sont en briques, tantôt en relief sur le sol, tantôt disparaissant sous terre pour porter les eaux plus loin, et toujours munies de petites vannes excessivement simples et faciles à manier. Le débit en est considérable, 250 litres à la seconde. Il y a ici enfin un luxe véritable dans lequel on est tout surpris de constater l'économie. Le blé donne de 20 à 25 hectolitres à l'hectare. Le sol est enfin désormais conquis à la culture progressive !

Les bâtiments de ferme remisa neuf et agrandis, la bergerie, les hangars, les greniers, les caves à côté de l'habitation personnelle de M. Hainaut, présentent cet espiit d'ordre et de libéralité qu'on rencontre bien rarement, presque jamais dans les fermes du Midi : M. Hainaut peut y logera l'aise 400 bêtes ovines, 20 à 25 bœufs ou mulets, 2,000 hectolitres de vin, tous se" instruments, tous ses grains, et manipuler aisément ses engrais dans une vaste cour.

Il n'est pas^ enfin jusqu'aux chemins rrexploitation, biea établis et bordés d'arbres, jusqu'aux pièces d'eau rendues utiles et jusqu'aux ombrages qui ne viennent s'harmouiser et faire"de la propriété de l'Eûle un séjour aimable.

Mais si l'on recherche aujourd'hui sur ce domaine quelques traces du passé, les prairies assainies n'en ont gardé aucun souvenir ! Les terres en jachère plantées en vignes ne regrettent pas pour le maître le blé misérable qu'elles apportaient! et dans ce tableau amoindri que je viens de vous présenter, la distance du passé au présent est si grande qu'elle mesure déjà le mérite du candidat.

Il faut aller plus loin et indiquer encore en quelques mots les progrès de la culture amenés par cette transformation du domaine de l'Eûle :

Nous avons vu M. Alabert se livrer à l'exportation des fourrages et contre-balancer cette exportation par l'importation d'engrais;

M. Goste faire de l'élevage et souteoir cette spéculation par le bétail de parcours ; ^

M. Malègue s'appliquer à produire le plus de fumier possible par l'engraissement des bœufs et obtenir les plus beaux rendements ;

Les cultures de M. Malègue et de M. Hainaut ont eu toutes deux le même but... la vigne ! Cependant toutes deux n'ont pas suivi la même voie dans la production, des fumiers par exemple ; l'assolement de l'Eûle n'a pas été en particulier aussi intensif que celui de Pézilla. A Pézilla, la terre avait plus de valeur, et quoique ruinée par les fermiers sortants cette terre avait une réserve dont M. Malègue a su tirer un grand parti.

Il faut direbien liaut, en considérant les succès des quatre exploitations, que rien n'est absolu en agriculture et que la raison d'être doit partout et toujours s'imposer aux opérations culturales, caractérisée ici par le climat, par le terrain ; ailleurs par des condiiions économiques particulières ; ailleurs enfin par les capitaux.

C'est la science de l'économie rurale avant la science des plantes qui fait le véritable agriculteur; c'est le jugement qui fait sa force.

Nos concurrents sont des hommes d'élite en agriculture !

Chez M. Hainaut : 17 hectares, sont consacrés à la culture arable, 14 aux prairies naturelles, 29 à la vigne.

La culture arable, après avoir abandonné le système très extensif du début, présente aujourd'hui un système d'assolement où le blé, l'avoine et l'orge se remplacent périodiquement sur la même sole : l'avome prenant la place du blé, la betterave celle du maïs, atténuant ainsi les exigences de la rotation, avec cultures intercalaires de trèfle incarnat, de lupin, et rendement de 20 à 25 hectolitres de blé au lieu de 10.

Les prairies naturelles'et artificielles fournissent, à côté des dépaissances économiques de la vigne, de bonnes coupes et un bon pâturage pour le gros et le menu bétail.

Le menu bétail, lui aussi, comme la culture, s'est amélioré, car si on suit la marche ascendante de la culture, on voit au fur et à mesure de l'abandon de la jachère, les bêtes ovines ayant moins de parcours viser à la viande par ces essais de croisements toujours difficiles et dont il est question dans mon rapport, montant ainsi cet échelon gui devient la condamnation acceptée du système pastoral ancien.

On voit les 200 brebis améliorées aller en transhumance d'été, et il y aurait à dire, car transhumarceetperfectionnement souvent jurentensemble. Les southdowns des dunes anglaises vivent sur des pâturages arides, mais trouvent au besoin dans les plaines voisines des fourrages abondants. Les montagnes des Pyrénées-Orientales sont souvent brûlées par le soleil.

On voit les bœufs enfin achetés et remplacés tous les ans, après une période de travail suivi d'une période d'engraissement, s'accroître en nombre et progressivement avec l'améhoration du sol, mais jouer ici etxlans le département, au milieu des plus belles cultures, le rôle de bêles déjà usées par l'âge et le travail,

29 hectares sont plantés en carignans, grenaches et mataros, vignes très belles et chargées de fruits.

Le carignan est le vrai plant de la plaine du Roussillon ; le grenache ou alicante, facile à couler, est plus spécial à la montagne'; le mataro est enfin au Roussillon ce qu'est au Languedoc le petit Bouchet.

M. Hainaut a eu recours au carignan et au grenache parce que leur mélange est sollicité par leurs qualités.

Si le carignan est plus abondant en vin, s'il donne plus de couleur, les qualités prime-sautières du grenache sont la finesse et la douceur qui corrigent agréablement l'âpreté du carignan.

Je n'insisterai pas sur cette culture primordiale de la vigne chez M. Hainaut, je ne vous parlerai pas non plus du phylloxéra, si ce n'est pour vous dire que notre concurrent a déjà commencé la lutte...

Mais si, opposant encore le présent au passé comme je l'ai déjà fait, je vous montrais d'un côtelés fermiers de 1848 s'adressant à M. Hainaut père, lui demandant la résihation d'un bail de 2,600 fr. pour les terres du domaine de l'Eûle et l'obtenant;

Si je vous montrais de l'autre côté M. Hainaut récoltant 70,000 fr. de vin en 1879, sur cette même propriété dont la valeur a quintuplé par le drainage et l'irrigation, je porterais encore plus dans vos esprits la conviction que c'est au domaine de l'Eûle que revenait la prime d'honneur.

Toutefoisla lutte a été vaillamment soutenue,je le dis bien haut, par MM. Malègue et Goste qui se sont montrés vraiment supérieurs dans leurs cultures.

Je n'ai donc pas eu tort, messieurs, de vous faire pressentir dès le début que les aspres et la vallée de la Tet avaient bien mérité dans ce concours.

Emile Mourret.

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