DE LA DISTOMATOSE OU CACHEXIE AQUEQSE DES MOUTONS
Il n'est pas possible de chiffrer, même approximativement, les pertes que la cachexie aqueuse a durant les deux ou trois derniers hivers fait subir à l'agriculture européenne. Celte maladie particulière aux ruminants cesse d'être commune chez les bêtes bovines, pour lesquelles la stabulation remplace de plus en plus le pâturage, mais elle est encore tnujours d'une fréquence extraordinaire chez les moutons , où elle fait périr une très grande partie, presque la totalilé des troupeaux qu'elle infecte. C'est à son influence qu'il faut surtout attribuer la diminution qu'a éprouvée en ces dernières années, la population ovine de la France et de presque toute l'Europe.
Au moment où nous écrivons ces lignes, on constate même une mortalité tout extraordinaire des moutons à la suite de la cachexie aqueuse, que pour notre compte nous préférons appeler la distomatose. Le Galkjnanis a récemment parlé des grandes pertes qu'occasionne la rot dropsy en Angleterre, et surtout dans les
contrées occidentales de ce pays, où la population ovine est horriblement décimée. En Allemagne les ydaintes relatives à l'7i'gc////u/e ne sont pas moindres, et, pour ne parler que de l'Alsace-Lorraine, nous pouvons déclarer que 90 pour JOO environ des moutons livrés dans ces derniers temps aux abattoirs de Metz, Forbaoh, Sarrehourg, Haguenau, Strasbourg, Schlestadt, Goliuar et Mulhouse, étaient atteints de la cachexie; que dans maintes communes où il y avait un troupeau de 250 à 400 moutons, l'on ne trouve plus à l'heure qu'il est que quelques individus. Durant tout l'hiver, les propriétaires ont vendu à vil prix ce qu'il y avait de plus fortement atteint ; ce qu'ils espéraient sauver, leur échappe en ce moment. La Société nationale est certainement mieux ri-nseignée que nous sur les désastres que l'on constate en France, et qu'on nous dit ne le céder en rien à ce qui arrive en Angleterre ou en Allemagne. Les pertes sont grandes aussi dans la Haute-Italie, dans certaines parties de l'Autriche, en Pplogne, etc.
Nous voulons, parla présente note, appeler sérieusement l'attention des agriculteurs et surtout des éleveurs sur l'étiologie réelle de cette maladie, telle qu'elle est établie par la science, et nous insisterons sur le remède qui se trouve ainsi naturellement indiqué. Ce que nous dirons n'est pas nouveau et surtout nous ne prétendons pas l'avoir trouvé, quoique nous en ayons déjà parlé dans notre dictionnaire de médecine vélérinaire de Hurlrel d'Arboval^ et cela, il y a déjà quelques années. Les iaiis scientifiques que nous allons rappeler, et que nous-empruntons à divers zoologistes, sont trop peu connus des propriétaires, trop peu connus de la plupart des vétérinaires et surtout nullement appliqués. Nous espérons que si la Société nationale d'agriculture de France approuve nos idées et les conseils excessivement simples qui en résultent, que si -à son tour, elle fait connaître le système aussi simple que naturel de combattre la distomatose du mouton pour ainsi dire à sa racine, nous espérons qu'alors les propriétaires adopteront nos manières de voir, appliqueront nos idées et trouveront l'heureux résultat qui ne peut manquer.
Si nous préférons le nom de distomatose, à celui de cacliexie aqueuse, ou de "pourriture, c'est que l'observation rigoureuse des faits prouve que la maladie est due à la présence dans l'économie de divers helminthes du genre distome : ceux-ci se logent dans les canaux biliaires du foie, quelquefois dans le vésicule biliaire. C'est de là que vient le nom de douve que les anciens donnaient avec raison à la maladie, celui de phtisie vermineuse du foie que lui donnait Fromago de Feugré; M. Wehenkel, d'accord avec M. Roell, l'a appelée la cachexie iclèro -ver mineuse.
Malheureusement la cachexie n'a pas toujours été considérée comme une maladie vermineuse et on y a vu trop longtemps, et même aujourd'hui encore, un état hydropique, une simple hydrohémie avpc anémie, où les parasites du foie seraient un simple accessoire, un accident. Cette opinion admise par Paulet et Rozier, a été celle de Huzard, Girard, Hamont, Fischer, Delalond, ainsi que de M. Reynal. L'opinion de Dupuy et de Gasparin qui en faisaient une maladie miasmatique, n'ayant pas été acceptée, nous ne la donnons que pour mémoire. L'opinion que nous soutenons aujourd hui a cependant toujours eu des adhérents comme Mortier, Guillaume, Schaetier, Waldinger et plus récemment MM. Davaine, Florance, Gerlach, Leuckart, Zûrn, Lydtin, etc.
Nous estimons qu'aujourd'hui cette nature intiine du mal qui nous occupe ne peut plus être révoquée en doute ; on ne peut plus se demander si les distomes sont causes ou effets. Les travaux des zoologistes modernes ne laissent plus de doute à cet égard. Quand on voit la gale, la bronchite vermineuse, une maladie pai-a^itaire quelconque des ruminants, s'accompagner de malaise général, de cachexie, à plus forte raison l'infection parasitaire du foie, de cet organe essentiel pour les fonctions nutritives, doit-elle produire des désordres plus graves et amener une altération profonde de l'économie et de toute la constitution.
La maladie est donc due essentiellement à l'invasion des canaux hépatiques
?iar le distome hépatique, plus rarement par le distome lancéolé, tous deux de la amille des iremaforfe^. Parfois les deux espèces de distomes existentensemble; alors le dernier, à cause de sa petitesse, pénètre plus avant que le premier dans les canaux biliaires Leur couleur est d'un gris verdâtre ; leur forme oblongue, ovale ou lancéolée; la longueur du distome hépatique varie entre 30 et 40 millimètres; la largeur de 6 à 13: le distome lancéolé n'a que le quart de cette longueur et le tiers environ de largeur. Us portent deux ventouses, l'une antérieure ovale, l'autre triangulaire, située sur le côté près de la première. Le tégument du distome hépatique est couvert d'épines plus ou moins aplaties; le distome lancéolé a le tégument lisse; c'est ce qui explique pourquoi le distome hépatique, grâce à ces armes,
206 SUR L'É'nOWGlE ÛË LA CACHEXIE AQUEUSE.
produit des lésions et des désordres plus forts que le lancéolé. Ces distomes sont ordinairement en nombre considérable, ec souvent les conduits hépatiques en sont comme bourrés; Delafond en a compté plus de cinq cents et Dupuy en a trouvé plus d'un millier chez un seul individu; le chiffre ordinaire est de cent à trois cents. Ils sont enroulés sur eux-mêmes en cornet dans les conduits d'un petit calibre, aplatis et fortement serrés. Les conduits hépatiques et même la substance du foie éprouvent des chan<^ements remarquables par l'accumulation des distomes. Ces lésions évidemment varient avec le degré de l'infection et la période de la maladie; il semble cependant inutile de les indiquer ici.
Il serait également superflu de faire ici une description des symp;ômes de la maladie; celle-ci n'est que trop bien connue des agriculteurs. Par contre, nous croyons devoir insister sur la marche de la distomatose, laquelle n'est pas suffisamment connue. Cette marche est généralement lenteet dépend de l'intensité du mal, des conditions dans lesquelles celui-ci fait son évolution. On peut, avec Grerlach, lui reconnaître quatre périodes, qui coïncident exactement avec les périodes de l'infection parasitaire, avec les altérations que les distoraes occasionnent au sein du foie. La première période, coïncidant avec la phiogosc du foie, avec sa tuméfaction inflammatoire, se constate dans les mois d'août, septembre et octobre, époque où les helminthes, déglutis avec les fourrages et reçus dans les voies gastro-intestinales, entrent dans les voies biliaires. Le parasite est encore très petit alors, et ne fait qu'irriter par sa présence; la bile est alors un peu mêlée de sang : c'est la période à peu près latente de la première intection et elle passe généralement inaperçue — La seconde périoJe qui coïncide avec un certaia resseri-ement du foie sur lui-même et avec l'épaississement des canaux cholédoques, appartient à la fin de septembre et va jusqu'en novembre, durant ainsi de six à douze semaines; les vers réunis en peloton sont dans une masse gluante et verdâtre mêlée de mucus ; cette période se dénote par l'anémie et la cachexie commençante, où l'animal est faible et abattu. — La troisième période, qui coïncide avec l'atrophie du foie, n'arrive qu'au bout de trois mois au moins et est à son sommum en janvier, février et mars ; durant cette époque, il y a chlorose avec ictère et la cachexie est au plus haut degré, entraînant souvent la mort du sujet; alors aussi les distomes ont pris tout leur développement se sont mutuellement fécondés, puisqu'ils sont hermaphrodites, et le l'oie, là où il n'est pas atrophié, est turgescent; les canaux hépatiques ont leurs parois fortement épaissies, très saillantes, souvent comme cartilagineuses et incrustées de phospliate de chaux. C'est en avril et jusque vers le mois de juin, un peu plus tard dans les pays du Noi'd, que les distomes quittent leur séjour d'hiver pour passer dans les intestins où ils sont digérés, mais non sans avoir soigné pour la conservation de respè::e. Dès le commencement de mars et durant les trois mois suivants, un grand nombre d'œufs, entraînés par la bile, sont expulsés avec les excréments; avec le microscope, à un grossissement de 70 diamètres environ, on reconnaît facilement les œufs de distomes ovales et munis d'un opercule; les œufs du distome hépatique ont environ un dixième de millimètre de long et leur contenu est granuleux ; ceux du distome lancéolé sont plus arrondis, foncés et environ quatre fois plus petits. M, Bunck en a compté de 2 à 6,000 dans un kilogr., d'excréments; dans une goutte de bile d'un mouton atteint de distomatose assez modérée nous avons compté de 50 à 60 œufs de distom>i hépaùque et une vingtaine seulement d'œufs du distome lancéolé; le nombie de ces œufs, pour une goutte de bile, dépassé
Sarfo's le chiffre de 200. Lors de cette dernière période, il y a de l'amélioration ans l'état général de l'animal, s'il n'a pas déjà trop souffert dans les périodes antérieures et n'est pas arrivé au dépérissement complet; souvent l'animal reste malingre, ce que l'olilitération des principaux canaux bihaires expliqu.; fort bien; dans les culs-de-sac qui se sont formés, on trouve alors des restes vie distomes plus ou moins crétifiés.
L'infection ne se faisant pas au même jour, en la môme proportion et pour tous les animaux d'un troupeau, il est évident que tous les individus qui constituent ce dernier ne peuvent pas se trouver ensemble dans la môme périoJe et que la durée de chacune doit être variable.
Par cela même qu'un trop grand nombre d'auteurs n'ont vu dans la cachexie aqueuse qu'une hydro-anémie, ils ont surtout attaché de l'importan e aux causes
Par lesquelles l'économie est pour ainsi dire sursaturée d'humidité, où, suivant expression de M. H. Bouley, les animaux se pénètrent d'eau comme le fait uriô éponge plongée dans ce liquide. Ces causes, en effet, ne manquent pas de se pré-
SUR L'ÉTIOLOGIE DK L.\ CACHEXIE AQUEUSE. 307
senter dans les localités où règne la distomatose ; l'historique des principales épizooties de la cachexie aqueuse nous montre que la maladie est surtout fréquente après les années humides ; elle est en outre propre aux pays à prairies marécageuses, à sol tourbeux ou argileux, aux vallées facilement submergées ; on l'observe aux environs de la mer, dans les pays d'étangs et d'eaux stagnantes, aux embouchures des Ileuves, après les inondations, etc. L'influence de ces causes de la cachexie ne saurait être contestés et ce n'est en effet que dans l'humidité que les moutons peuvent trouver les larves des distomes, les embryons sortis des œufs qu'ils ont avec leurs excréments laissés dans les pàtuiages du printemps. En outre, ces causes concourent à augmenter le lymphatisme des animaux et contribuent à la cachexie en diminuant les forces de résistance de l'économie.
Une autre cause de la distomatose se ti'ouve dans l'habitude où l'on est de faire pâturer les animaux. Autrefois, quand les bêtes bovines étaient moins condamnées à la siabulation, la cachexie aqueuse était plus fréquente sur cette espèce animale; aujourd'imi elle est surtout fréquente chez le mouton, qu'on ne saurait toujours gardera l'étable. La distomatose, ou cachexie aqueuse proprement dite, ne s'obseive pas sur le bétail stabulant ; tout au plus peut-on y rencontrer ["hydrohémie, la chlorose, mais alors sans distomes daus le loie et sans les graves désordres de la constitution animale.
Une mauvaise alimentation, qu'elle soit insuffisante ou de mauvaise qualité, trop aqueuse, ne saurait influer qu'en engageant les animaux à être plus gloutons dans les pâturages, en leur faisant avaler même les mauvaises herbes et celles salies par des mollusques; elle peut encore influer en facilitant l'état cachectique consécutif.
La cause réelle de la cachexie est donc la migration du distome, non pas que les moutons trouvent ces parasites tous formés dans les eaux des marais, comme l'admettaient Linné, Schaeffer et d'autres, mais ils les trouvent à l'état d'êtres agames, à l'état de larves qui ne deviennent distomes qu'après métamorphose; ce sont alors des êtres qui ne sont susceptibles de se reproduire qu'après un séjour de C[Ufclques mois dans les canaux biliaires du ruminant.
L'on n'a pas encore tous les renseignements exacts sur les migrations parlésquelles passe le distorae hépatique (ou le lancéolé) du mouton; l'on sait, par les expériences de M. Eaillet, que l'enibryon ne sort de l'œuf que vers le 60", parfois même plus tard, qu'il se transforme en un petit animal aquatique très mobile, assez analogues à des infusoires, notamment aux rotifères, ressemblant aussi aux cercaires. En se fondant sur les observations et les expériences de V. Siebold, Pagenstecher, A'an Beneden et Luckart, qui établissent crue l'état agam.e de plus de douze espèces de distomes ne sont que des cercaires !|ui vivent généralement sar ou dans des mollusques, des limaces surtout, quel([uefois des insecLes aquatiques, mais qu'on rencontre aussi tout à fait libres dans l'eau, en se fondant sur le fait que ces zoologistes ont réussi à développer des distomes sur des animaux nourris avec des cercaires et que ce n'est qu'à l'état parfait que les distomes se rencontrent chez les animaux appartenant aux quatre classes de vertébrés; on peut admettre que la larve du distome hépatique (ou du lancéolé) est. aussi un cercaire habitant les mares et flaques d'eau des pâturages humides, étant peut-être parasite de limaces, des lymnées, ou d'autres petits animaux aquatiques, lequel naît par progéniture gemmipare, et à plus de cent exemplaires, du pseudo-inf'usoire de M. Baillet, après que celui-ci est devenu sporocyste.
• Il est donc probable que dans les pâturages fangeux, submergés ou humides seulement par place, dans l'herbe ou le foin récollé daus ces lieux, dans les eaux stagnantes, on doit rencontrer des cercaires des helminthes hépatiques, ainsi que les limaçons, les lymnées, et peut-être aussi les insectes qui en sont infectés. Il est en eti'et très vraisemblable de supposer que les mollusques, si abondants dans les prés humides, les lymnées et autres petits animaux aquatiques, sont les principaux hôtes des cercaires, qui, introduits dans les réservoirs gastriques des bêtes ovines et bovines, donnent lieu à la foimation des distomes. Si on observe les distomes plus particulièrement sur les troupeaux qu'on fait pâturer trop matin ou immédiatement après la pluie, ce'a ne provient-il pas de l'habitude qu'ont les mollusques de grimper le long des tiges d'herbe après la pluie et lors de la rosée, et d'être ainsi plus facilement déglutés par les animaux?
Quoi qu'il en soit, il est certain que l'embryon du d'istome passe de quatre à six mois au dehors de son hôte, en dehors du mouton, deux mois dans l'œuf et un temj» encore indéterminé à l'état de larve ou de cercaire. L'infection des moutons
308 SUR L'i^TlULOGIE DE LA CACHEXIE AQUEUSE.
par les distomes ne peut donc avoir lieu qu'on automne, à partir du mois d'août jusque vers novembre. Les œufs du distorae ne peuvent se développer dans l'hôte (le mouton),- où ils ont été produits par la fécondation; il faut qu'ils sortent de cet hôte pour éclore dans un endroit humide. C'est ce que démontrent péremptoirement les expériences de Gerlach, qui n'a jamais vu naître de nouveaux distomes sur des moutons et des veaux auquels il faisait avaler des distomes féconds ou des œufs en grande quantité. Gela devait être; car si les descendants d'un seule distome, lequel a des milliers d'œufs, venaient à se développer, il y aurait de quoi tuer infailliblement l'hôte qui les nourrit. D'un autre côté, pendant l'été, -après le mois de juin, on ne trouve plus de distoraes dans les voies bilvaires du mouton, à moins qu'ils n'y aient été retenus par quelque abstraction de ces voies. On peut en retrouver déjà en septembre; mais alors ils sont encore petits et les œufs ne sont pas encore développés dans l'oviducte du ver.
Lorsque les distomes agames sont en automne introduits avec les aliments dans l'estomac, le mollusque-hôte et la capsule du cercaire, s'il y en a, sont digérés et dissous, et les parasites ainsi délivrés arrivent de là dans l'intestin grêle, pénètrent dans le canal cholédoque, d'où ils s'avancent vers les ramifications périphériques de celui-ci. Le distome élargit au moyen de sa tête les conduits hépatiques trop étroits, tandis que les écailles spiniformes qui revêtent la partie antérieure du corps, l'empêchent de glisser en arrière; c'est en appliquant alternativement la ventouse buccale et la ventouse ventrale, en raccourcissant et en allongeant le corps, que *le distome s'avance en entraînant la partie postérieure.
Dans les années de sécheresse, même dans les années qui ne sont pas pluvieuses, le plus ^rand nombre des larves de distome périssent, malgré leur grande force de résistance et quoiqu'ils jouissent des avantages des animaux dits ressuscitants, c'est-à-dire qu'ils ne perdent pas la vie quand ils se dessèchent pour quelque temps. Dans ces années-là, les moutons ou les bêtes bovines ne trouvent pas les larves de distomes dans les pâturages, l'immigralion d'automne n'a pas lieu et l'on constate que dans l'hiver suivant, il n'y a que peu ou point de cas de cachexie aqueuse.
Un pâturage, quelque humide et fangeux qu'il soit, qui n'a jamais été fréquenté par un animal atteint de distomatose, qui surtout n'a pas été pâturé par de ces animaux au printemps, ne saurait provoquera cachexie aqueuse. C'est là un fait qu'on peut facilement constater en ce moment; il y a bien des localités qui n'ayant pas importé de moutons et n'ayant pas eu la cachexie depuis quelques années; n'ont pas été visitées par cette infection, malgré les trois dernières années hti'-i-''' mides et malgré le mauvais état de leur pâturage. L'on ne constate pas non plus' de distomatose partout où les troupeaux pâturent beaucoup le long des chemins, partout où le pâturage en pente ou à sol perméable ne laisse pas séjourner l'eau et ne conserve pas les parasites en vie.
Les distomes, ou plutôt leurs larves, ne peuvent pas vivre d'une année à l'autre et s'il n'ont pas trouvé un hôte en automne, s'ils n'ont pas été déglutis, ils périssent sûrement pendant l'hiver.
Un traitement thérapeutique de la distomatose est généralement inefficace; il ne réussit plus dès qu'il y a altération organique des viscères. Il faudrait pouvoir la traiter dès le début et l'on sait combien cette période est difficile à saisir. L'on a conseillé l'usage des analeptiques, des toniques amers, des ferrugineux surtout; les grains grillés, la gentiane, l'écorce de chêne, les baies de genièvre, surtout combinés au sel de cuisine, peuvent en effet reconforter l'économie, empêcher un peu la cachexie, mais non pas guérir la distomatose. 11 faudrait ajouter des vei-micides, mais il est difficile de faire parvenir ceux-ci dans le foie; les bourgeons de sapin, la suie, si souvent recommandés, n'agissent pas assez en ce sens; tout au plus a-t-on obtenu quelques succès de l'emploi de l'huile empyreumatique, du pétrole et surtout de la benzine.
Le traitement de la cachexie aqueuse doit être prophylactique ; pour éviter l'infection il suffit d'éviter les pâturages trop humides, ceux où se trouvent les embryons des distomes; il faut surtout les éviter en automne; les pâturages où la cachexie se produit à peu près sûrement sont généralement connus des bergers. Le traitement de la distomatose est donc bien plutôt du domaine de l'hygiène, voir même de la police sanitaire, que de celui de la thérapeutique, et c'est par la première qu'on peut surtout prévenir le développement de la maladie, pour peu qu'on y mette de la bonne volonté et de l'intelligence. La cause première du mal résidant dans l'humidité du sol, dans les terrains fangeux et marécageux, où les
ruminants trouvent les larves des distomes, soit libres, soit eiles-raèmes logées dans des mollusques ou des insectes, il convient de dessécher ces terrains, en donnant écoulement à l'eau stagnante ou en les drainant; en général, en soignant mieux les pâturages, en leur donnant les amendements nécessaires, oq empêcherait souvent la maladie (jui nous occupe.
Si les animaux recevaient à l'étable le supplément nécessaire de nourriture, on pourait les laisser à Tétab'e pendant lesjournées de pluie ou de brouillard, on n'aurait pas besoin de les sortir de trop gr^nd matin.
On a quelquefois recommandé l'émigration des troupeaux; celle-ci ne peut cependant guérir un troupeau déjà infecté, et si elle a eu du succès, c'est quand on faisait quitter à un troupeau infecté le pâturage où il avait déposé ses œufs et où alors il ne s'infectait plus en automne, ainsi que nous allons le dire.
L'observation scientifique ayant démonfré que les excréments des animaux aSfectés de distomatose renferment des œufs de distomes au printemps, depuis le mois de mars jusque vers la fia de juin, que ces œufs, élément^^ de la conservation de l'espèce, constituent aussi le mode de propagation essentiel et unique de la cachexie aqueuse, il importe d'empêcher que ces excrém-nts ne soient portés sur des terres propres à un développement des embryons, et, si cela n'est pas possible, il faut au moins ne pas employer le fumier suspect sur des terres où plus tard des moutons où des bêtes bovines iront pâturer. Un éleveur intelligent ou un berger digne de ce nom, notera exactement les pâturages que des moutons malades auront fréquentés au printemps et auront inf-cté de germes de distomes, et il aura bien soin de ne pas y conduire ses moulons vers la fin de l'été ou en automne; il divisera donc son pâturage dès le printemps. Le fourrage qu'on récoltera sur les prés infectés au printemps par des moulons atteints de distomatose sera autant que possible donné exclusivement, aux chevaux; s'il faut en donner aux ruminants, ce ne sera pas en tout casa létat veit et non sans avoir bien secoué le foin qu'on en a fait. L'on veillera à ce que les moutons et les bêles bovines soient toujours abreuvées avec de la bonne eau et n'aient pas à boire aux étangs, dans des mares, dans les fossés des champs, où les germes de distomes peuvent vivre en liberté ; M. Lydtin admet que l'eau de puits ou de pluie recevant du purin d'étables. peut r niermer des germes de distomes, si dans ces étables il y avait au printemps des bêtes atteintes de la cachexie aqueuse.
Nous avons la conviction f|ue ces simples précautions, où, encoie une fois, il faut surtout de la bonne volonté et de l'intelligence, préviendront sûrement cette redoutable maladie et éviterontdes pertes considérables, incommensurables même, à lagriculturé. Aug. Zundel.
Strasbourg, mars 1880.
RAPPORT A LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'AGRICULTURE