LES PLANTES ALIMENTAIRES ET LE DOCTEUR TANNER
meilleures, comme qualité nutritive et renflement; elle a encore le grand avantage de résister, jusqu'à présent, à la maladie; et une fois hors terre, elle reste jusqu'au printemps sans pousser de germes.
Haricot Vavin. — Parmi les haricots nains, je dois mettre de coté tout amour-propre et signalep le haricot chocolat, qui porte mon nom dans le midi de la France. Le grain est petit, allongé, variant du violet au brun ai'doisé; il est de toute première qualité m;ingé en vert, il est nain, et il est recDunu comme le plus hâtif. Si on le sème dans le courant du mois de mai en pleine terre, oh peut en cueillir sur la m.ême planche, pendant deux, ou trois mois, si on ne le laisse pas venir en grains.
Chou Pé-lzaï ou chou chinois. — Je ne puis, en parlant de cet excellent chou, que citer textuellement ce que m'écrivait notre bien regretté prés'dent, le maréchal Vaillant :
« Je suis, toutes les fois que je déguste cet excellent légume, étonné qu'il ne soit pas plus cultivé, car il est délicieux en salade, et cuit accommodé avec de la viande. »
J'ajoute que ce n'est pas à cause des soins qu'il exige, puisque semé en place fin juillet ou les premiers jours du mois d'août, six semaines après, on peut déjà commencer à récolter les plus avancés.
Il faut laisser entre chaque pied, un intervalle de O^.^O environ. Celégimie, qui n'a nullement le goût du chou, se rapproche beaucoup de la chicorée, mais a beaucoup moins d'âcreté. Le point important, est d'enlever les grosses côtes avant la cuisson, il résiste assez bien à la gelée.
Ce qui fait que ce chou n'est pas plus cultivé en France, surtout par les maraîchers des environs de Paris, c'est que pour l'avoir bien franc, il faut absolument faire venir les graines de Chine, car celles que l'on recolle en France dégénèrent promptement.
Fenouil de Florence. — Dans les villes ou villages des Etats romains, il figure sur toutes les tables depuis janvier jusqu'en juin. La saveur, la finesse et l'odeur charment tout à la fois le goût et l'odorat; il est plus tendre que le céleri et il a, «ur ce dernier, l'avantage de pouvoir êlre cultivé, pendant près de sept mois. En médecine on lui reconnaît certaines qualités pour guérir ou soulager quelques maladies ; aussi suis-je étonné qu'il ne soit pas plus cultivé.
Nous chercherions inutilement les améliorations que peut apporter ce que vient d'entreprendre le docteur Tanner.
Nous a-t-il prouvé, par cet appauvrissement de tout son être, par cette inaction à laquelle il s'est condamné, que notre nature matérielle pouvait s'accommoder d'un p;ireil régime et que notre nature physique, tellement amoindrieetanéantie même, permettrait à ceux qui l'auraient accepté, d'augmenter les connaissances de la science, ainsi que le prouvent les recherches des travailleurs. Peut-on admettre que ne pas s'alimenter, soit un moyen de vivre ?
Que serait devenu noire pauvre Robinson dans son île déserte, si, comme le docteur Tanner, il avait voulu faire un pareil essai. L'auteur ne l'a pas pensé et il a bien fait. Il nous l'a présenté comme un être courageux, obligé toujours de s'occuper pour vivre ; mais non point absorbé seulement parce motif; car aurait il pu construire, cabanes, etc., et essayer des cultures, s'il s'était trouvé dans l'état de prostration du pauvre docteur ? Eue. Vavin.
A entendre les louanj^es que la presse entière vient d'entonner en l'honneur de la loi sur le dégrèvement de l'impôt des boissons, l'on serait tenté de croire que satisfaction a été donnée à l'opinion publique et que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Cet enthousiasme ne m'électrise pas, je dirai même que je ne le partage pas. Aussi, après examen de cette loi, suis-je porté à croire que M. le ministre des finances, tout entier à l'étude d'une réforme radicale de l'impôt des boissons, ne l'a présentée qu'à titre de ballon d'essai.
Il découle logiquement de ce qui précède, que je suis amené à développer la thèse suivante : démontrer que l'application de la loi du 19 juillet 1880 sur le dégrèvement de l'impôt des boissons aura pour effet de constituer le Trésor en pure perte, sans bénéfice réel pour les classes laborieuses et la propriété vinicole.
La perte annuelle que le Trésor subira par l'application de la loi ne saurait être mise en doute; elle s'élèvera, conformément aux déclarations de M. le ministre des finances, à la somme de 70,000,000 fr. Sur ce point il ne saurait y avoir de discussion, c'est un fait acquis.
Mais ce qui paraîtra extraordinaire à beaucoup, c'est que je vienne prétendre que l'abandon énorme que fait le Trésor ne puisse être considéré comme un dégrèvement égalitaire et tangible des charges qui pèsent sur les contribuables. Ce raisonnement, tout excessif qu'il paraisse au premier abord, est cependant juste et fondé.
A qui fera- 1 on entendre que la classe laborieuse profitera des 3 fr. 25 par hectolitre que l'Etat abandonne, en tenant compte des bonnes intentions des conseillers municipaux de Paris qui paraissent disposés à faire de leur propn'o molu une concession de 1 fr. 22 sur les droits d'entrie? Est-ce qu'il n'est pas incontestable, en présence du prix élevé, auquel le débitant paie les soutirages, et conséquemment du peu de bénéfice qu'il fait, que ce dégrèvement de 5 fr. par hectolitre n'affectera nullement le prix de vente?
Donc, le bénéfice de la mesure prise par le ministre des finances passera de ce chef en grande partie dans les mains de l'intermédiaire, dans celles de la classe aisée qui s'alimente directement à la production, et un temps soit peu dans celles des négociants en gros, en raison de la diflerence très minime en moins des droits d'entrée et d'octroi. Je dis au point de vue de la mise de fonds, car il serait par trop naïf de croire que le marchand de vins en détail oublierait, au moment de conclure un achat, de faire entrer en ligne de compte le dégrèvement des 5 fr. par hectolitre.
Le raisonnement que j'ai tenu pour les intermédiaires de la capitale, pouvant en tous points s'appliquer aux débitants des campagnes, le résultat sera donc le même partout.
Et maintenant, si l'augmentation de la consommation tant souhaitée et pronostiquée par suite de ce dégrèvement, qui n'aura eu d'autre résultat que d'être un trompe-lœil, ne se produit pas, ce qui est absolument vraisemblable, n'est-il pas indiscutable que la propriété n'aura point à se réjouir de la mesure que le gouvernement a prise à son égard. Non seulement je reste persuadé que la propriété vinicole n'en connaîtra point les avantages, mais je crains même qu'elle n'en reçoive un contre-coup fâcheux. Voici pourquoi : le ministre des
finances et le parlement, tiraillés en tous sens, forcés de satisfaire le plus de monde à la fois, ont répandu leurs largesses à droite et à gauche. Et dans le cas présent on n'aurait pu, m'a-t-on dit, résister aux sollicitations malencontreuses, selon moi, de certains viticulteurs des départements du centre, qui, aidés du concours intéressé des producteurs du Nord, réclamaient à grands cris le sucrage des vins à la cuve. Leur demande ayant été agréée, ils vont dès lors ressusciter une ancienne pratique, dite la science de vinificalion, que je ne critiquerai pas, voulant rester fidèle au principe de la liberté commerciale, tout en respectant les droits de chacun.
Si certains viticulteurs se montrent satisfaits de faire avec la même vendange deux, trois, quatre cuvées, qu'ils baptiseront de première, deuxième, troisième, quatrième cuvées, suivant les quantités de glucose ou de sucre et d'eau qui y auront été introduites, je suis à me demander s'il n'en est pas d'autres qui ne le seront guère. Et puis, sans vouloir m'appesantir trop brusquement sur les perturbations probables que cet état de choses devra apporter dans la position commerciale de nos collègues, les négociants en vins, ne suis-je pas en droit de me demander quelle sera, dans cette circonstance, la conduite de M. le ministre de la justice vis-à-vis de nos débitants ou marchands de vins en détail de la capitale qui, pourchassés comme des bêtes fauves, sont condamnés journellement à une amende plus ou moins forte, voire môme aux affiches et à la prison, pour mixtion supposée d'eau dans le vin qu'ils livrent aux consommateurs.
Mais si jamais je devenais ministre de la justice et que la législation qui nous régit existât encore, je commencerais par appliquer la loi à mon collègue, M. le ministre des finances, comme étant l'auteur indiscutable du délit, si la reconnaissance de l'eau dans le vin pût jamais en constituer un. Soit dit en passant, oe serait peut-être le moyen le plus efficace pour faire rentrer les marchands de vins en détail de la capitale dans le droit commun : la liberté commerciale.
Je croirais cependant, après cette critique, manquer aux sentiments de la plus simple reconnaissance, si je ne tenais à faire entrer en ligne de compte les heureuses modifications que la présente loi a introduites dans la taxe des vins et eaux-de-vie en bouteilles, des liqueurs et de l'absinthe et des manquants passibles, etc., etc.
Mais qu'est-ce que ce petit bagage de concessions failes à l'opinion pubhque en présence de ses multiples revendications ? Est-ce qu'il n'est pas honteux, sous un régime démocratique, de voir la France divisée en deux camps ; d'un côté les hommes libres, de l'autre les assujettis? Est-ce qu'il n'est pas douloureux d'assister journellement à ces inventaires qui portent les stigmates de l'inquisition la plus éhontée et delà violation flagrante du domicile?
Est-il en outre admissible que les contribuables puissent être tenus de verser annuellement trente millions pour payer des employés dont la seule occupation consiste à entraver nos relations commerciales. Exemple : cette grave question de creux de roule qui intéresse à un si haut point les négociants en spiritueux de Bercy et dont la solution, tant de fois promise, a toujours été écartée, malgré la parole donnée. Cependant, je dois vous avouer que j'ai bon espoir qu'elle reçoive une prochaine solution ; dans le cas contraire, vous me permettrez de vous en entretenir. Ch. Carré.
354 SOCTI-TI<: NATIONALE D'AGRICnf-TURE DE FRANCE.
SOCIETE NATIONALK DVVGRIGULTUIIE,
Séance du 25 aoiU 1880. — Présidence de M. Chevreul.
M. le secrétaire perpétuel, en signalant l'envoi de plusieurs volumes des comptes rendus sténoj^ra()liiques des Congrès de 1878, insiste sur le Congrès de botanique et d'horticulture et donne des détails sur quelques-uns di-s principaux travaux qui ont été préseatés-
M. Bailly, corres[)ondant de la Société dans le Loiret, envoie sur les principales 3iiitiires des renseignenients qui peuvent se résumer ainsi : bonne récolte de blé et d'avoine, mais- r^^colte médiocre de foin ; très belle apparence pour les cultures de racines.
M- Alfred Basin envoie plusieurs notices qu'il a publiées sur diverses questions agricoles.
]M. le seci'étaire perpétuel rend compte de la vente annuelle de pins .qui a eu lieu sur le domaine d'Harcourt appartenant à la Société j celte vente a donné d'excellents résultats.
]M. Gayot fait une communication relative à l'importation de chevaux d'origine française dans la plaine de Mitidja, en AIgé ie, pour remplacer les chevaux barbes qui, paraît il, ne donneraient plus de bons produits; il insiste sur le rôle que le trotteur du Norfolk, provenant de Bretagne où il est déjà acclimaté, pourrait jouer dans cette circonstance. IM. Bt'lla rappelle les dit'Ccultés que présente l'acclimatation de races transportées sous un climat très différent du leur, et il ajoute que, à ses yeux, il est plus prudent et plus sage de chercher à améliorer les races existantes que de faire venir des reproducteurs de pays très ditTéients. — A cette occasion, M. Chevreul fait remarquer que, dans les questions de ce genre, le temps seul peut donner une solution et indiquer la meilleure méthode à suivre; il rappelle que ce que l'on appelle l'atavisme est généralement mal défini, et il montre combien il est important, dans l'enseignement, de bien préciser les termes que l'en em[)loie' et de donner des notions exactes sur l'histoire du développement des sciences.
Bl. Delesse pi'ésenle le volume intitulé : Extraits de géologie pour les années 1877 et 1878, qu'il vient de publier en collaboration avec M. do Lapparent. 11 donne quelques détails sur les principaux travaux de géologie agronomique qui sont analysés dans ce volume; il insiste, en particulier, sur la valeur des caries géulogiques agronoïiii(jues de Prusse, exécutées par M. G. Berendt. A ce sujet, M. Chevreul présente quelques observations sur les méthodes à suivre pour déterminer l'imperméabilité des sols à l'eau, ainsi que sur les classifications adoptées par les géologues.
ÛI. Clievreul revient sur les travaux de M. Joseph Boussingault relatifs à la fermentation alcoolique rapide, et il en montre l'importance. M. Barrai ajoute quelques détails, qui sont donnés dans la chronique de ce numéro. Henry Sagnier.
(i8 AOUT 18^0).