DE LA VIGNE
La Vigne n'est pas exposée seulement aux attaques terribles du pliylloxera dont il est, hélas ! si difficile d'entraver les progrès envahissants ; elle a à souffrir en outre plus ou moins de divers parasites végétaux qui, sans être aussi redoutables que les petits insectes qui ont dévaste tant de vignobles, causent encore des dégâts parfois fort graves.
Je ne parlerai pas de ce qu'on nommait exclusivement, il y a trente ans, la maladie de la vigne. On sait aujourd'hui comment, grâce au soufrage, on peut se mettre à peu près àl'abri des dommages de l'oïdium; mais il est une autre maladie, à peu près inconnue aux environs de Paris, sur laquelle je désire attirer spécialement l'attention de la Société d'horticulture parce que j'en ai constaté la présence à Avon, près de Fontainebleau, et qu'il me paraît prudent de se préoccuper dès à présent des ravages que l'on aurait à redouter si elle envahissait quelque jour les cultures de Chasselas de Thomery. Pour combattre avec chance de succès une épidémie, le mieux est certainement de chercher à en arrêter la propagation aussitôt qu'elle apparaît et que l'on n'en voit encore que quelques cas isolés çà et là, sans attendre qu'elle soit assez répandue pour causer déjà à la culture de grands dommages. C'est quand le mal est encore peu apparent et qu'il semble sans importance et négligeable, c'est alors surtout qu'il est utile de le signaler, parce que c'est alors qu'on peut y remédier le plus efficacement.
La maladie des vignes, dont j'ai reconnu l'existence à Avon et aui paraît nouvelle pour les environs de Paris, s'est montrée dep:«'n i'^-? temps sur divers points de l'Europe et a été observée dans tous les climats où l'on cultive le raisin. On l'a décrite pour la première fois, à ma connaissance, en Prusse, sous le nom de petite vérole de la vigne iSchwindpockenkrankheit, voy. ^eyen, Pflanzenpalhologie, 1841, p. 204 et suiv.).Elle avait pris, de 1835 à 1840, un développement considérable aux environs de Berlin, où elle dévastait les treilles dans les jardins ; elle ravagea tout particulièrement les espaliers des terrasses du château royal de Sans-Souci, à Potsdam. Dans le midi delà France, où elle est depuis longtemps répandue, on la désigne souvent sous le nom de charbon. Dunal, de Montpellier, et Esprit Fabre, d'Agde, l'ont nommée anlhracnose, c'est-à-dire la maladie charbonneuse. Le terme anlhracnosc est formé de deux mots grecs : anthrax, charbon, et nosos, maladie. Cette dénomination a été généralement adoptée dans notre pays. En Allemagne, la maladieest désignée sous le nom de brûleur noir (ifre/i/zr'rj ; en Italie, sous celui de variole [Vajolo) ; onl'areconnue aussi en Suisse, où elle est fort répandue, et dans le midi de l'Europe, depuis le Portugal jusqu'à la Grèce, où elle dévaste de la façon la plus inquiétante les vignes de Corinthe.
Les caractères généraux de l'anthracnose sont très frappants, très nettement marqués, et chacun peut reconnaître aisément et avec certitude s'il a des vignes attaquées par cette maladie. Sur les vignes frappées par l'anthracnose, toutes les parties de la plante, jeunes sarments, feuilles, vrilles et grappes, portent des taches d'un brun noirâtre, de forme arrondie ou ovale, très nettement limitées et noires surtout au pourtour; souvent elles sont fort rapprochées les unes des autres, et elles s'unissent de bonne heure par les côtés en grandissant
et se confondent en une tache large à contours sinueux ; cela se voit très fréquemment sur les grains de raisin. 11 est toujours extrêmement aisé de distinguer à la netteté des contours les taches d'anlhracnosedes marques brunes à limites vagues que l'oïdium laisse sur les parties qu'il a couvertes.
Les taches d'anthracnose sont d'abord, quand elles apparaissent, d'un brun pâle; puis elles prennent une couleur plus foncée et ellee se dépriment vers le milieu. Là, le tissu frappé de mort commencs à se désorganiser; puis la nécrose atteint peu à peu les couches plus profondes, et la tache se transforme en une plaie pénétrante qui s'enfonce de plus en plus et dont le fond est toujours tapissé de cellules mortes et d'un brun noirâtre.
Si c'est un sarment qui est attaqué, la nécrose détruit d'abord les parties extérieures de l'écorce, sur les points correspondants aux taches ; elle ronge tout le parenchyme et ne respecte que les libres corticales qui se montrent souvent comme des fils blanchâtres, tendus à travers les grandes plaies noires qui pénètrent jusqu'au bois. Quand les taches charbonneuses sont nombreuses et qu'elles désorganisent profondément une grande partie de l'écorce en atteignant jusqu'au bois et même jusqu'à la moelle, elles entraînent souvent la mort des sarments. Sur les pieds fortement atteints, la nécrose des rameaux peut se propager jusqu'aux ceps et les faire périr. Un vigneron expérimenté des environs de Vendôme m'a assuré qu'un pied de vigne fortement attaqué est d'ordinaire perdu sans retour au bout de trois ans.
Les taches charbonneuses se produisent en grand nombre aussi sur les feuilles et elles y causent des dégâts qui sont essentiellement les mêmes que sur le bois. Seulement comme le tissu des feuilles est fort mince, chaque tache rongeante l'a vite percé à jour; à chaque tache brune correspond un trou. Sur les pétioles, sur les nervures, les suites de la désorganisation sont les mêmes que sur les tiges ; les plaies qui s'y forment se creusent et s'entourent de bourrelets tuméfiés. Quand les feuilles sont attaquées jeunes, elles se développent d'une façon très inégale; leur croissance est plus ou moins entravée par place et, quand elles ont grandi, elles se montrent non seulement criblées de trous qui s'unissent souvent les uns aux autres en longues déchirures irrégulières, mais elles sont contournées, gaufrées et déformées de la façon la plus bizarre.
La corrosioa des raisins est tout à fait comparable à celle des rameaux. Les dommages causés sont plus ou moins grands selon le moment où les taches apparaissent. Quand elles se produisent sur le pistil à peine gonflé, peu après la floraison, elles empêchent complètement le développement du grain. Si elles ne se montrent que quand les grains ont atteint déjà la grosseur d'une graine de chènevis, alors, si elles ne sont pas trop nomb;euses ni trop étendues, le raisin peut grossir et mûrir. Il se produit dans ce cas, au-dessous de la tache, une mince couche cicatricielle qui forme séquestre et protège la partie saine du grain : mais comme alors la croissance est inégalement entravée, il arrive souvent que le grain craque et se fend. Néanmoins, en général, les grains qui n'ont qu'une seule tache charbonneuse mûrissent le plus souvent après que celle-ci s'est cicatrisée, et ne diffèrent des graius intacts que par leur taille un peu plus petite.
On peut, d'après celte description des caractères de la maladie, juger combien elle est facilement reconnaiss ible et aussi combien elle peut causer de ravages sur les vignes où elle se développe avec intensité.
Les taches noires et rongeantes dà Tantliracnose sont dues à la pénétration dans les tissus d'un très petit Champignon qui a reçu de M. de Bary le nom de Sphiceloma ampelinum. Ce dangereux parasite est d'une telle ténuité et si caché, qu'on ne peut le distinguer même à la loupe et qu'il faut recourir, pour l'étudier, aux plus puissants grossissements du microscope. Il pénètre dans les tissus, mais couvre en été de corps reproducteurs la surface des plaies charbonneuses. Si on dépose une goutte d'eau sur une de ces plaies, elle devient bientôt un peu trouble, et le microscope montre alors qu'elle tient en suspension des milliers de très petits corpuscules reproducteurs. Une de ces gouttes déposée sur une feuille ou sur un jeune rameau d'une vigne saine y produit, quand les conditions sont favorables, une tache noire danthracnose.
A l'automne ou au commencement de l'hiver, il se forme des myriades de ces corpuscules reproducteurs à l'intérieur même de l'écorce. Je viens de le constater sur des sarments de Chasselas anthracnosés qui m'ont été envoyés d'Avon.
La situation du parasite de i'anthracnose à l'intérieur des tissus ne permet pas d'espérer que le soufrage puisse être un remède efficace contre la maladie. Il faut trouver une substance capable de détruire les germes du Champignon non seulement à la surface des plaies, mais jusque dans l'écorce. L'acide sulfurique étendu, le sulfate de fer paraissent pouvoir produire de bons effets. Ce dernier remède est particulièrement préconisé par un grand propriétaire de la Suisse, M. Schnorf, qui l'emploie avec succès depuis vingt ans.
Une note sur ce sujet, publiée dans la Scwheizer Monatsschrift fur Obsl-und Weinbau (1878, IX, 155), a été traduite en français par M. Reich et imprimée dans le journal la Vigne américaine, i^uhïié sous la direction de M. Planchon (3^ année, 187'J, p. lOt)).
Il peut être utile d'indiquer ici la façon dont il opère. Au printemps, avant que la vigne entre en végétation, il fait dissoudre du sulfate de fer dans l'eau bouillante, dans la proportion d'un demi-kilogramme de sulfate par litre d'eau. Après le refroidissement du liquide, on le verse dans des pots de terre dans lesquels les ouvriers chargés de l'opération trempent des chiffons avec lesquels ils frottent les sarments. L'opération ne se fait qu'une fois par an et à l'époque indiquée. M. Schnorf préfère le lavage des sarments avec un chiffon à l'application du liquide avec un pinceau ou une brosse ; il a reconnu que l'opération se fait ainsi plus rapidement et réussit plus complètement. Un ouvrier peut, dit-il, traiter 400 ceps par jour dans un pays où, comme en Suisse, ils sont très courts et ne portent qu'un ou deux sarments.
Je pense qu'il sera bon d'essayer ce remède, qui paraît fort praticable, là on reconnaîtra sur les vignes les caractères de l'anthracnose; mais il n'en faudra pas moins pour cela recommander avant tout d'enlever aussi complètement que possible et de brûler toutes les parties attaquées et tout particulièrement, dans le courant de l'été, les sarments à mesure qu'il s'y montre des taches, car ces taches
sont couvertes de myriades de corps reproducteurs qui peuvent se répandre dans les gouttes d'eau de pluie et être entraînées ainsi sur d'autres parties de la vigne ou sur des vignes voisines, oii elles vont germer et propager le mal. Les sarments, l'hiver, peuvent contenir des corps reproducteurs dans l'intérieur de l'écorce ; on devra soigneusement enlever à la taille tout le bois infecté et le brûler. Ce n'est qu'après celte opération préliminaire qu'on lavera le bois avec la solution de sulfate de fer pour détruire les germes du parasite qui peuvent rester encore soit à la surface, soit dans la profondeur de l'écorce. PiULi.n-ux,
membre de la Société nationale d'agriculture.
Monsieur le Directeur, je me proposais depuis longtemps de vous envoyer quelques renseignements sur mes travaux dans les graviers de la Durance et sur les opérations du colmatage en général.
Quand j'ai acheté les graviers qui sont situés en aval du pont des Mées (Basses-Alpes), ce n'était point pour faire une entreprise agricole, c'était pour donner du travail aux paysans dans les mortes-saisons, me proposant ainsi de pousser activement mes travaux, quand ceux du pays chômeraient, et de les ralentir ou de les cesser quand ces derniers reprendraient.
Ayant commencé sur une faible échelle, j'ai du, faute d'entente avec mes associés du Syndicat d'aval du pont des Mées, en arriver à acquérir les trois cinquièmes de l'entreprise, pour ne plus subir les lois d'une majorité syndicale avec laquelle je différais d'opinion sur la façon de procéder dajis nos travaux.
Dès ce moment, pour ne pas laisser improductif un capital pour moi assez considérable, j'ai dû étudier à fond la question et songer à en retirer un résultat pécuniaire.
Une fois cette résolution prise, je me suis mis en mesure de parcourir mes alluvions dans toute leur étendue; aussitôt que les crues s'annonçaient, je me portais sur les lieux, quelque temps qu'il fît, pour voir ce qui se passait.
Je ne tardai pas à reconnaître une grande loi concernant les colmatages en général; c'est que les matières étrangères, qui se trouvent dans l'eau bourbeuse, peuvent se ranger sous trois chefs principaux : celles qui se dissolvent (de nature argileuse), celles qui sont exclusivement en suspension (sables plus ou moins calcaires) et celles qui tiennent des deux à la fois (terrains ayant déjà appartenu à la culture, matières organiques, etc.).
Par suite de celte combinaison, je constatai que lorsque l'eau est contenue dans un canal et qu'elle est animée d'un mouvement rapide, toutes les parties sont maintenues en mélange; mais dès que la nappe d'eau s'étend et que le mouvement se ralentit, les dépôts commencent à se faire dans l'ordre suivant : gros sables, sables fins, terreaux, fumiers de ferme, feuillages, etc., et enfin argiles graduées suivant l'ordre où elles se dissolvent.
11 en résulte que si on laisse les eaux à leur cours naturel, sans les diriger, on forme trois qualités de terrain, les sablonneux, les terrains moyennement compacts et les argileux; de sorte que dans l'ensemble une faible partie forme de bons terrains bien propres à la culture ; parmi les autres, les sables consomment une quantité considérable de
fumier et n'arrivent à ùlre engraissés qu'au prix de sacrifices d'argent peu en rapport avec les modestes revenus que donnent les produits agricoles^ tandis que les argiles forment des terres tellement compactes que la main-d'œuvre ruine le propriétaire.
Pour remédier à cet état de choses, j'obtins de mes associés que, dans le canal syndical, chacun prendrait l'eau trouble qui lui revenait à proportion de sa surface et l'utiliserait à sa fantaisie dans la partie qui lui appartenait (car je dois vous dire que le lotissement avait été fait au début de l'association).
Ce résultat obtenu, je fis construire au pied des parties qui m'appartenaient de grandes chaussées, sufTisamment hautes pour ne pas être submergées, suffisamment épaisses pour ne pas céder sous la pression de l'eau. Une observation attentive me fit encore découvrir ceci : ccst que dans la cunstruction de ces chaussées il ne faut employer que dos terrains qui ne soient ni sablonneux ni argileux. Les premiers n'ont pas assez de cohésion, et les chaussées qui en sont faites aécroulent facilement. Les autres se fendillent sous l'action du vent et de la chaleur aussitôt qu'elles cessent d'être immergées; une fissure se produit, imperceptible d'abord, qui augmente graduellement, et bientôt une large brèche donnant passage à un courant intense proportionné à la hauteur de l'eau contenue dans le bassin ; il en résulte des dégâts énormes dont la réparation demande de nouveaux sacrifices et occasionne de grandes pertes de temps pour pouvoir opérer dans les parties qui étaient immergées et y prendre les matériaux nécessaires.
D'un autre côté, en tête de la propriété, je fis un travail de distribution au moyen d'un canal qui me permettait, suivant le point où j'établissais ma brèche, de faire entrer mes eaux sur les parties où je le jugeais convenable, me basant pour cela sur l'état plus ou moins argileux des dépôts antérieurs.
Je dois également vous faire remarquer que pour obtenir le maximum de production de dépôt, ma sortie des eaux avait lieu à côté de l'entrée et que, dans le bassin de colmatage, au fur et à mesure des exhaussements, je pratiquais de petites chaussées peu élevées, qui, n'ayant pas d'effort à supporter, étaient parfaitement suffisantes pour distribuer les eaux de la façon que je jugeais convenable, et leur donner le parcours qui me paraissait le plus conforme au résultat à obtenir. Cette disposition avait un second avantage, c'est de me permettre une surveillance très facile en mettant simultanément sous mes yeux, l'entrée des eaux troubles et la sortie des eaux claires; j'étais en même temps prévenu aussitôt qu'il se produisait une rupture quelconque sur un point de mes chaussées. Quand toute la partie centrale se trouvait au niveau de colmatage voulu (trente-cinq centimètres au moins sur les plus hauts graviers), j'abattais mes rives, et mes canaux se trouvant ainsi comblés, j'obtenais des terrains entièrement plans ayant une faible pente dans le sens de la rivière et dans la partie aval une certaine hauteur de terrain au-dessus du propriétaire inférieur, ce qui empêchait que mes terrains fussent aquatiques. J'ai obtenu, en suivant cette méthode, des sols de premier ordre, et sur le défrichement que j'ai replanté cet hiver, j'ai eu une très belle récolte de pommes de terre. J'ai planté également deux cent cinquante poiriers sur 2 hectares 40 environ, en coordonnant cette nouvelle plantation avec celle qui existait déjà.
Mais ici une. nouvelle difficulté se présentait; l'administration des
ponts et chaussées n'avait pu nous accorder qu'une vanne d'un mètre de large à travers la chaussée du pont des Mées, ce qui ne nous permettait de dériver de la Durance qu'un volume d'eau insuffisant pour mener rondement notre entreprise. Pour vaincre cette difficulté, j'employai la méthode suivante. Je divisai la totalité de mes terrains à colmater en deux portions : l'une du côté des berges^ contenant environ un tiers de la surface totale, l'autre du côté de la Durance représentant les deux tiers.
La première partie destinée à la culture des arbres fruitiers était conduite par le procédé indiqué ci-dessus et recevait les eaux en permanence jusqu'à complet achèvement.
La deuxième a été plantée en vignes par allées de trois mètres dans le sens de la Durance. Au pied de chaque parcelle de cent mètres de long, j'établis une chaussée, suffisante pour ne pas inonder mon voisin d'aval, en tête un canal pour la conduite et la distribution des eaux troubles.
La culture du pied des vignes une fois faite, je rejetai au moyen de la charrue les graviers et les terres des allées sur la partie cultivée à bras et quand les eaux venaient troubles, elles étaient versées dans l'espèce de canal qui restait au milieu et l'exhaussaient graduellement. La même opération se répète ainsi chaque année.
Il se tait de cette façon un exhaussement peu sensible, mais très réel, qui ne nuit en rien à la production des vignes et qui, au bout d'un certain temps, permettra d'avoir de bonnes terres à la place des graviers et de substituer telle culture que l'on jugera convenable, si le phylloxéra attaque la vigne et qu'on ne puisse la sauver par le moyen de la submersion.
Comme exécution de détail, cela m'a donné un peu de peine, car il m'a fallu d'abord traverser un bas-fonds de plus de deux cent cinquante mètres de long et ayant, sur certains points, jusqu'à P. 50 de profondeur. Ne voulant pas déchausser mes vignes, j'ai dû faire prendre le terrain nécessaire en amont de la chaussée du pont des Mées et le faire transporter au moyen de tombereaux sur l'emplacement que devait occuper le canal (je clioisissais dans ce but des terres ni sablonneuses, ni argileuses, mais à demi compactes, et cela à cause des raisons que j'ai exposées ci-dessus pour mes rives).
Le terrain ainsi transporté me revenait de quarante à quarante-cinq centimes le mètre cube.
Ce canal, servant de chaussée de colmatage, était dirigé dans le sens de la berge à la Durance, c'est-à-dire en travers de la direction des allées de vigne. Au moyen de chaussées longitudinales, je gagnais ensuite les points culminants de mes graviers et de là je les répandais sur tous les points, en suivant l'ordre de pente insensible.
J'en suis arrivé par ce moyen à arroser la totalité absolue de mes graviers et, pendant tout le cours de l'été passé, j'ai acquis la certitude que des arrosages très fréquents pendant toute la saison chaude donnent de très bons résultats.
J'ai fumé avec du tourteau de sésame certaines parties et j'ai pu me convaincre qu'à l'avenir en fumant à haute dose, ces graviers, purs de tout dépôt de terre, donneront encore de très jolis rendements, vu le prix élevé des vins. Ayant des eaux à peu près à discrétion, grâce aux canaux au moyen desquels j'ai ramassé collectivement toutes les
eaux, qui, s'échappant par les fossés d'arrosage si nombreux en dessus de mes alluvions, allaient auparavant se perdre dans la Durance, il me sera possible de fumer à aussi haute dose que je jugerai convenable, sans craindre les sécheresses de l'été et obtenir ainsi (je l'espère, du moins) des rendements considérables.
Mes canaux transversaux, étant d'assez grande dimension, forment une sorte de réservoir qui régularise ce que pourrait avoir d'intermitent la cliute des eaux dans mon canal collecteur.
Quand, au contraire, ces eaux deviennent momentanément trop abondantes, des déversoirs en pierre de taille échelonnés permettent au surplus des eaux de s'écouler dans la Durance, sans que le niveau puisse, dans les canaux, s'élever au-dessus d'une hauteur déterminée.
J'ai remarqué, en outre, que la présence permanente de l'eau dans les canaux permettait, par suite de la nature du sol, à l'humidité de s'étendre à droite et à gauche sur une certaine largeur et que, sur ces portions rendues humides, la végétation est beaucoup plus belle qu'ailleurs.
Voilà à peu près l'ensemble de mon travail. Je me propose de continuer mes observations et mes expériences, si les rhumatismes et les fièvres paludéennes que j'ai gagnés par ma présense dans les alluvions ne me clouent pas trop souvent dans un lit ; mais je ne manque pas de bonne volonté, comme le savent tous les habitants des Mées, et avec cela on surmonte bien des petites misères.
Dans un voyage à travers la Haute-Savoie, j'ai pu remarquer que les bords de l'Arve pourraient être le sujet d'opérations de colmatage très importantes, substituant ainsi des terres de premier ordre aux graviers incultes qui sont abrités par les digues qui bordent cette rivière.
11 est question, en outre, dans les Basses-Alpes, d'un grand travail d'endiguement sur la Durance. Une opération bien dirigée peut être très lucrative. J'ai fait sur cette question quelques études et je crois qu'en suivant certaines idées entièrement nouvelles qui mont été suggérées par ce travail, on pourrait avoir de magnifiques résultats, tant au point de vue pécuniaire qu'au point de vue agricole. Gabriel ÂRrsoux,
Propriétaire à les Mées (Basses-Alpes).