EN ILLE-ET-VILAINE
Malgré les progrès du bail à ferme, l'organisation traditionnelle du métayage se retrouve encore aujourd'hui sur beaucoup de points, et M. de Gasparin, dans son Guide des propriétaires de biens soumis au métayage, publié en 1832, pensait même que plus de la moitié des terres de la France reste régie par ce mode d'amodiation. Une statistique de quelque valeur sous ce rapport est chose difficile.
On s'est demandé à un autre point de vue que celui de la culture proprement dite, si ce contrat ne faisait pas taire la jalousie et la cupidité qui ne se manifestent que trop dans les pays de fermage direct, où un socialisme pratique a souvent revendiqué dans les moments de crise, la propriété du sol pour ceux qui l'exploitent? Nous le croyons, et nous croyons de plus que dans les conditions trop fréquentes encore où le bail à ferme ne trouve pas des preneurs ni assez riches, ni assez pénétrés de l'importance du capital d'exploitation, comme en Angleterre où l'exploitation du sol est considérée comme une véritable industrie, le métayage reste un instrument de progrès.
Un écrivain agricole des plus distingués, M. Victor Borie, mort dernièrement, et qu'on ne pouvait suspecter d'idées rétrogrades, considérait le métayage amélioré comme une des meilleures sources de l'émancipation du travail. Au lieu de salariés, l'agriculture, par le métayage, mettrait en œuvre, disait-il, des associés, et propriétaires et métayers partageraient la bonne comme la mauvaise fortune, ce qui ne s'est que trop réalisé depuis quatre ans d'une situation générale précaire où les revenus des propriétaires et métayers sont fortement réduits, à part peut-être dans quelques contrées herbagères.
Le métayage pour le preneur a, suivant nous, l'incontestable avantage de remédier à l'inconvénient, malheureusement si répandu, des baux à court terme si contraires aux intérêts de l'agriculture bien comprise, et à ceux des propriétaires et fermiers. Des baux de 3, 6 ou 9 ans au choix des bailleurs, suivant une clause trop usitée dans l'ouest notamment, ne permettent à vrai dire, aucun assolement régulier, ni aucune amélioration foncière, et maintiennent les preneurs dans la dépendance des propriétaires souvent tentés de profiter, pour une élévation de bail, des avantages ou des améliorations faites par les fermiers. Par le métayage, le système des baux de courte durée, ceux d'un an même, sont favorables aux métayers qui sont certains de rester, lorsqu'ils remplissent toutes leurs obligations, et aux propriétaires qui se garderont bien de se séparer de bons métayers.
Au reste la question du métayage a fait l'objet d'une discussion approfondie dans la presse agricole, et devant le Sénat où le bail à colonage partiaire a été l'objet de dispositions législatives résumées en douze articles soumis aujourd'hui à la Chambre des députés.
Dans l'intéressante discussion qui a eu lieu au Sénat, les divers orateurs se sont plu à reconnaître au métayage le caractère d'un contrat