‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 29 sur 752 · I. — Les progrès agricoles · texte numérisé non relu

I. — Les progrès agricoles

On trouvera dans ce numéro le compte rendu de la fête par laquelle les anciens élèves de l'Ecole nationale d'agriculture de Grand Jouan ont voulu honorer leur vénéré maître, M. Jules Riéffel, qui, il y a cinquante ans, est venu héroïquement planter le drapeau de l'enseignement agricole au milieu des landes de la Bretagne. iNous ne voulons ajouter aucun détail à la description que notre collaborateur M. Sagnier donne de cette fête de famille; mais nous croyons remplir un devoir en disant hautement que c'est là un événement dont la portée doit s'étendre bien au delà de la contrée dont on peut dire que M. Rieffel a fait la transformation. Il y a cinquante ans, on avait cette opinion que, pour apprendre l'agriculture il fallait être absolument éloigné des villes, en quelque sorte séparé du monde entier, et vivre le mancheron de la charrue à la main. M. Rieffel a accepté les conséquences de cette opinion, et il s'est mis bravement à l'œuvre dans un désert où l'on ne pouvait circuler qu'à cheval et oh l'on était à plusieurs lieues de tout centre important de population. Mais ses premiers soins ont dû se concentrer sur la nécessité de créer des chemins et des routes, le plus énergique instrument de l'agriculture progressive. Les voies ferrées qui déjà s'approchent de Grand-Jouan, y toucheront tout à l'heure. Alors le foyer de lumière allumé par M. Rieffel au milieu de la lande, aujourd'hui disparue, rayonnera avec toute sa puissance sur toute la contrée. Il y avait vingi-six ans que nous avions été à Grand- Jouan. Il y avait encore beaucoup de landes, les plantations paraissaient à peine, le seigle était la récolte principale, et la culture des racines s'introduisait avec quelque difficulté. Aujourd'hui on ne soupçonne plus l'aridité qui régnait alors. Partout du froment, beaucoup de racines, et puis des arbres admirables. La plaine est transformée en une série de parcs et de jardins sillonnés par de nombreuses routes. Les bâtiments ruraux sont transformés. On sent que l'aisance a pris possession du pays. Et, en effet, M. Rieffel nous citait tel ou tel domaine où un fermier qui , il y a trente ans, était misérable et parvenait à peine à payer les 500 fr. de son bail, aujourd'hui se trouve riche en payant 1,500 fr. avec la plus grande facilité. Le propriétaire et le cultivateur ont, en même temps, fait fortune. Tel est le résultat de l'œuvre entreprise par M. Rieffel. Que ceux qui ne croient pas à l'enseignement agricole, que ceux qui dénigrent la science, que ceux qui prétendent que l'agriculture fait des pas en nYrikue.

N« 587. — Tome II de 1880. — 10 Juillet.

aillent donc à Grand-Jouan ; qu'ils se fassent dire ce qui s'y trouvait naguère, et qu'ils comparent!

IL — Nécrologie.

En revenant de Grand-Jouan, j'ai éprouvé une vive douleur. Un vieil ami, un ancien collaborateur, un confrère qui siégeait à côté de moi depuis longtemps à la Société nationale d'agriculture, est mort au moment où j'arrivais, lorsque j'espérais que la maladie qui Favait atteint était domptée par la science. M. Victor Borie était devenu mon collaboiateur en 1852, et lorsque, des fonctions alors bien modestes, de secrétaire de la rédaction de mon journal, il s'est élevé à une haute situation, il n'oublia jamais ses débuts. Il a été un des meilleurs écrivains de la presse agricole, il a soutenu avec éclat les doctrines libérales, sans jamais faillir. Jl avait foi dans l'avenir de la démocratie rurale, et il voulait l'élever en l'instruisant. Les livres qu'il a écrits dans ce but, les rapports qu'il a faits, resteront. Extrêmement bienveillant, homme au cœur généreux, il a succombé, miné peut-être parles émotions patriotiques qu'il éprouvait trop vivement. Il avait été élu membre de la Société nationale d'agriculture en i 866, en remplacement de M. Dupin aîné, dans la Section d'économie, de statistique et de législation agricoles. Quand M. Tisserand a été nommé directeur de l'agriculture, il l'a remplacé comme ofhcier de la Société, au titre de vice-secrétaire. Nous écrivons ces lignes, alors qu'il est encore sur son lit de mort; nous aurons plusieurs fois le devoir de rendre hommage à sa mémoire, devoir plus cruel chaque jour, car nous restons, alors que tant d'hommes éminents nous quittent sur cette terre. Mais nous sentons qu'il faut dire le bien qu'ils ont fait, car c'est les immortaliser autant qu'il est possible dans le monde que nous traversons, pour n'y trouver guère que des douleurs, et où les joies sont toujours mêlées d'amertume.

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