I. — Les statues de Papin et de Pascal
Deux grandes solennités viennent d'avoir lieu : l'une à Blois pour l'érection de la statue de Denis Papin, l'autre àClermont-Ferrand pour l'inauguration de la statue de Biaise Pascal. L'agriculture ne doit pas laisser passer ces manifestations de reconnaissance envers la mémoire de deux grands hommes, sans y joindre un témoignage de gratitude particulière. Déjcà, dans la séance publique annuelle de la Société nationale d'agriculture, le 1^^ juin dernier, M. Ghevreul avait exprimé cette pensée que l'agriculture doit regarder Papin comme un de ses bienfaiteurs : « C'est parce que, a dit l'illustre doyen des savants du dix-neuvième siècle, la machine à vapeur a pris rang aujourd'hui parmi les machines appliquées à l'agriculture, que le nom de Papin, illustre à tant d'égards, est inséparable désormais de ceux qui ont contribué aux progrès de la culture de la terre. »
Denis Papin était né à Blois en 16'+T. Après s'être adonné à l'étude de la médecine, il se consacra entièrement à des recherches de physique; il ne tarda pas à faire de nombreuses inventions. D^s 11590, dit Arago, il avait publié un mémoire dans lequel se trouve la description la plus méthodique et la plus claire de la machine à feu, connue aujourd'hui sous le nom de machine atmosphérique, et même celle des bateaux à vapeur. Il inventa aussi le digesteur, c'est-à-dire le moyen d'amollir les os et de faire cuire toutes les viandes en même temps au moyen de la vapeur. Par une autre invention encore, par celle d'une pompe, le nom de Papin se rattache aux choses directement utiles à l'agriculture. Mais, ajoute Arago, l'homme de génie est toujours méconnu quand il devance trop son siècle, dans quelque genre que ce soit. Il est, de plus, arrivé que les divisions politiques et religieuses chassèrent Papin de son pays. C'est en Allemagne, sur le Weser, que l'illustre inventeur dut essayer son bateau à vapeur; le? barbares bateliers du fleuve allemand mirent en pièce la machine nouvelle. C'est l'éternelle histoire des grandes découvertes. Papin, pauvre et abandonné, fut réduit à faire des copies pour se procurer un morceau de pain, et l'on ne peut même pas fixer exactement la date de sa mort. Tout ce que l'on sait, c'est qu'elle arriva au delà de 1714, et que le pauvre vieillard, chargé de famille, était accablé de misère. La statue élevée à Blois est une sorte de résurrection, mais elle
N» 596. — Tome III de 1880. — 11 Septembre.
atteste une fois de plus l'odieuse indifférence des contemporains pour les hommes de génie.
Pascal aussi fut malheureux; mais ce sont surtout les tar.tur.es iâe l'âme qu'il endura. L'agriculture lui doit d'être aujourd'hui en pos- Bession d'un moyen cerlain de prévoir les prochains changements de tem,ps. Pascal a inventé des machines puissantes, et particulièrement la presse hydraulique. Il doit doncéùre mis au rang des bienfaiteurs de l'agriculture. 11 était né à Clermont-Ferrand en 102:3. 11 mourut à Tâge de trente-neuf ans, accablé par la maladie, tourmenté par les doutes religieux. L'inauguration de la statme qui s'élève itnaijn tenant sur une des principales places de sa ville nntale, a été faite à i'occaeion du concours régional agricole. La solennité a été grandiose, lues magnifiques discours de MM. Mézières, Cornu, lanet et JUardotra,, prononcés au nom de l'Académie française, de l'Académie des sciences, de l'Académie des sciences morales et {)ol)tiques, et enfin au nom de l'Auvergne, ont été un brillant hommage VAndii à l'auteur des Provinciales et des Pensées, en même temps qu'au grand physicien et au graTïd géomètre. C'est un des plusibeaux génies que la 'France ait produits. L'agriculture doit être heureuse d'-avoir été associée, qnuMqtQe occasionnellement seulement, à l'hommage rendu à sa mémoire après deux siècles. Sa statue est aussi 'une résurr«?ct^ion au sein de l'Auvepgne.