‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 321 sur 752 · I. — Les vendanges et les récoltes d'automne · texte numérisé non relu

I. — Les vendanges et les récoltes d'automne

Les vendanges sont commencées dans le Midi^ et bientôt on fera les dernières récoltes de l'automne. Partout les choses se passent mieux qu'on ne l'avait espéré, et jles ^cultivateurs travaillent en reconnaissant que la terre a bien rendu ;, vu Tes circonstances au milieu desquelles la végétation a accompli ses diverses phases durant l'année 18S0. En ce qui concerne la vigne, après le terrible hiver que l'on a traversé, et malgré les désastres causés par le phylloxéra, ou aura sans doute un assez bon vin, si la quantité fait défaut. Quant au fléau, on le combat avec énergie, et non pas sans succès, comme en témoignent les nombreux membres du Congrès internationnal de viticulture qui, avant-hier, terminait une laborieuse et brillante session à Lyon. Les viticulteurs ne se sont pas abandonnés à l'inertie; ils n'ont pas poussé éternellement d'impuissants gémissements sur les malheurs qui les accablaient; ils ont cherché des moyens de résistance contre le mal et de reconstitution de leur prospérité. Ils ont trouvé. Le fait est certain, quoique les ruines faites n'en soient pas moins déplorables. Il en sera de même, et cela d'autant plus sûrement qu'il n'y a pas de cause permanente, pour les souffrances des pays à céréales. C'est dans le perfectionnement des systèmes de culture que gît la solution du problème, et non pas dans des modifications de la législation douanière, modifications sans cesse variables en tous sens à travers les siècles et qui n'ont jamais fait de bien que lorsqu'on est revenu à la liberté. En toutes choses, la liberté (non pas la licence) est notre drapeau; nous demandons aux agriculteurs d'y être toujours fidèles, ce à quoi les invite la nature au milieu de laquelle ils vivent. Pour cette année, n'est-il pas évident que leurs affaires vont mieux et qu'elles iront mieux encore parce que les entraves diminuent, parce que les impôts décroissent, quoique trop lentement. Voyez l'industrie sucrière, voyez les cultivateurs de betteraves! Est-ce qu'ils ne bénissent pas l'arrivée du \" octobre, date à laquelle l'impôt du sucre va être considérablement abaissé. Et tous ceux qui produisent du vin ne salueront-ils pas aussi avec bonheur l'échéance de 1881, où les boissons seront allégées d'une partie des impôts qui les grèvent. Que le gouvernement de la République persévère dans cette voie, c'est' la b.mne.

IL — Le congrès viticole de Ciermont-Ferrand.

Dans notre précédente chronique (p. 404), nous avons donné un

N° 597. — Tome III de 1880. — 18 Septembre.

compte rendu du Congrès des vignes françaises à Clermont-Ferrand. Voici le texte exact des vœux émis par cette importante réunion :

« 1. Le Congrès émet le vœu que la Commission supérieure du phylloxéra et le gouvernement français veuillent bien continuer leurs efforts en vue (l'apportera la convention de Berne les modifications nécessaires pour sauvegarder les intérêts de l'horticulture, sans compromettre ceux de la viticulture.

« 2. Le Congrès, considérant qu'il résuite des renseignements -produits au cours des discussions, et dont l'origine semble commander toute confiance, que des résultats utiles ont été obtenus sur divers points par l'emploi soit du sullure de carbone, soit des suKocarbonates de potassium et de calcium, émet le vœu que le gouvernement et la Commission supérieure prennent toutes mesures pour rendre aux propriétaires ou syndicats intéressés l'emploi également facile de tel ou tel agent insecticide ci-dessus mentionné.

« 3. Considérant que l'œuf d'hiver du phylloxéra paraît jouer un rôle prépondérant dans la régénération de l'insecte et son invasion dans les vignobles, le Congrès émette vau que le gouvernement et la Commission supérieure accordent aux traitements dirigés contre l'œuf d'hiver les mêmes faveurs qu'aux traitements dirigés contre l'insecte vivant, et encouragent par tous les moyens en leur pouvoir les essais tentés dans cette voie.

« 4. Le congrès, considérant qu'il résulte de la discussion et des divers rapports dont il a entendu la lecture, que les vignes françaises peuvent être efficacement défendues contre le phylloxéra, émet le vœu que les pouvoirs publics s'imposent les sacrifices les plus larges pour assurer la conservation des vignobles français.

« 5. Le congrès émet le vœu que, dans l'intérêt de l'application des traitements administratifs prévus i)ar les lois de : 878 et i 879, les agents inférieurs qui forment les écfuipes et les moniteurs soient pris autant que possible parmi les gens éclairés et sérieux du pays dans lequel les traitements seront exécutés, ou les recherches pFatiquées. »

Avant de se séparer, le congrès des vignes françaises a décidé de se réunir l'année prochaine, à une époque et dans une ville qui seront ultérieurement fixées, et il a nommé une commission de permanence pour faire cette désignation et préparer les travaux du futur congrès. Cette commission, prise parmi les membres résidant habituellement à Paris, a été composée de MM. GuyotLavaline, sénateur du Puy-de- Dôme; Massot, sénateur des Pyrénées-Orientales; Mathey, sénateur de Saône et-Loire et membre de la Commission supérieure du phylloxéra; Calvet-Besson, membre de la chambre de commerce de Toulouse; de la Rochetterie, président de la Société d'horticulture du Loiret; de la Roque, délégué du comité de rédaction de la Vigne française; Masson, éditeur à Paris; Teissonnière, vice-président de la chambre de commerce de Paris; Vimont, vice-président du comice agricole d'Epernay. Dans notre prochain numéro, nous rendrons compte du Congrès international de viticulture de Lyon, qui a eu un très grand succès. IIL — Le phylloxéra.

Les constatations relatives aux résultats obtenus cette année dans la lutte engagée contre le phylloxéra, deviennent de plus en plus nombreuses; elles sont de nature à augmenter de plus en plus la confiance des viticulteurs dans les moyens de se défendre contre le fléau, dont ils peuvent désormais disposer. Au fur et à mesure que s'étend le périmètre sur lequel les vignes sont traitées, la pratique des traitements se fait avec une plus grande habileté, les résultats deviennent plus positifs, et on ne se laisse plus déconcerter par des insuccès partiels dont on arrive facilement à dégager la cause. Sans avoir la prétention d'enrayer de nouvelles recherches, nous pouvons dire avec une réelle conviction que les viticulteurs ont entre les mains des procédés applicables aux circonstances variables dans lesquelles ils peuvent se trouver, et que ces

GKRONIOUE AGRICOLE (18 SEPTEMBRE 1880)- 443

f)rocédés ont désormais donné la mesure de ce qu'on est en droit de eur demander. — Nous en trouvons une nouvelle preuve dans le rapport que vient de publier le bureau de l'Association syndicale de l'arrondissement de Béziers.

Les traitements effectués par cette association syndicale ont été pratiqués d'après les procédés recommandés par la Commission supérieure du pliylloxiira : submersion, sulfocarbonate de polassium et sulfure de carbone. Relativement à la submersion, nous n'avons rien à ajouter aux nombreuses constatations que nous avons déjà publiées ; le succès du procédé dû à M. Faucon est désormais indiscutable et indiscuté, sauf de très rares exceptions. — Pour le sulfocarbonate, le traitement a été appliqué sur 220 hectares environ par 21 propriétaires. La plupart ont fait un forfait pour ce traitement, à raison de 250 fr. par hectare, avec la Compagnie qui exploite les appareils de MM. Hembert et Mouillefert; on a mis par cep, à raison de 4,000 pieds en moyenne par hectare, 60 grammes de sulfocarboaate dilué dans 25 livres d'eau. « Les résultats, dit le rapport, sont satisfaisants; on constate la circonscription des taches apparentes, la couleur verte du feuillage, la supériorité des vignes qui ont été traitées sur celles qui ne l'ont pas été. » — Quant au sulfure de carbone, il a été appliqué sur 1,^5J hectares par i 09 propriétaires appartenant à l'association syndicale, et en dehors de celle-ci 500 hectares environ ont été traités par le même procédé. On a employé des doses de 25 à 30 grammes par mètre carré, soit 250 à 300 kilog. par hectare en une seule opération. Le rapport s'exprime ainsi à ce sujet : « L'emploi du sulfure de carbone paraît être entré dans les habitudes de nos cultivateurs, même les plus modestes. Les craintes qu'iJ inspirait dès le début se sont évanouies , et nos vignerons sont déjà très au courant des règles et des principes qui doivent les diriger. A côté du grand propriétaire traitant 50, 80, 1 00 et 1 1 0 hectares, nous avons des souscriptions de 24, 50, 75 ares. Bien d'autres se seraient joints à ceux-là, s'ils n'avaient craint, bien à tort, que de si minimes souscriptions ne fussent pas admises. Ces appréhensions n'existent plus; de très nombreuses demandes sont formulées de tous côtés^ pour le cas où une nouvelle Association se formerait pour la campagne 1880 81... Les résultats obtenus par l'emploi du sulfure de carbone peuvent se résumer de la manière suivante: première année, passables ; deuxième année, bons ; troisième année, excellents, reconstitution de la souche épuisée, souvent avec fruits. Les causes d'insuccès de la première année de traitement proviennent sans exception de dosages insuffisants, de traitements tardifs ou appliqués en saison inopportune; souvent plusieurs de ces motifs essentiels sont réunis. Partout où les traitements ont été exécutés en suivant rigoureusement les prescriptions de la compagnie P.-L.-M., le succès a été au gré du viticulteur, et lui a donné la conviction qu'il pourra conserver ses vignes un temps plus ou moins long, peut-être toujours; si, dans quelques cas, l'amélioration a été plus lente que dans d'autres, elle s'est néanmoins produite et le motif en a été vite trouvé par le propriétaire lui-même; il reconnaît qu'il a traité une année trop tard. »

Dans un précédent numéro, nous avons enregistré le vœu émis par le Conseil général de l'Hérault relativement aux encouragements à donner à la reconstitution des vignobles par les cépages américains résistant au phylloxéra. Nous trouvons, dans le rapport fait par M. Allein, à

4(à4 CHRONIQUE AGRICOLE (18 SEPTEMBRE 1880).

cette occasion, d'intéressants détails sur les résultats des plantations de cépages américains dans la commune de Saint-Georges :

« Votre rapporteur est très heureux de proclamer hautement que les propriétaires de la commune de Saint-G-eorges ont, à hi suite d'une impulsion très active, commencé déjà à reconstituer à force de zèle et de sacrifices, avec les cépages américains, leurs vignobles d'autrefois.

« Il y a déjà, dans cette commune, enviion soi>ante-quinze hectares de plantations de diverses variétés américaines dont quelques-unes remontent à huit années. D'autres, plus étendues, datent de six ans.

« Le Clinton et le Cohcord seuls furent adoptés à cette époque. Ils ont, depuis, été greffés avec diverses variétés françaises.

« Ces grefl'ages donnent depuis deux ans de belles récoltes, pouvant s'élever à environ cent trente hectolitres.

« Les Clivions greffés conservent toujours une vigueur remarquable et nourrissent de très beaux fruits. Les Concords^ au contraire, après avoir donné de la récolte, succombent actuellement sous l'action de l'insecte. On peut voir telle vigne française qui, mourante il y a six ans, a été régénérée par le greffage fait sur elle avec des Clintons, qui, vivant ensuite parleurs propres racines, ont pu, après la disparition de la souci e française, servir de porte- greffes à des plants français de toutes qualités. Cette vigne est aussi belle aujourd'hui qu'avant la maladie. La double opération du greffage a seulement laissé quelques vides, que l'on garnira aisément cet hiver.

« Depuis cinq ans le Taylor a été beaucoup planté à Saint-Georges. Ce cépage s'y est même développé plus vite et plus vigoureusement que le Clintoni.

L'étendue des Taylors plantés dans cette commune s'élève à environ vingt hectares.

« Une plantation de Taylors d'un hectare, faite il y a cinq ans, a été greffée il y a trois ans avec toutes sortes de variétés françaises. La partie greffée a donné l'an passé une belle récolte et est encore cette année chargée de fruits.

«Le Jacquez de pied franc s'e^t aussi admirablement développé dans cette commune où on l'a planté depuis trois ans. Il commence à porter des fruits.

« Toutes les autres variétés de cépages américains : Cunvigham, Herbemont, Rulanders, Solonis, Riparia, Viala, Gas'on BaziUe, Yoi^k Madeir, Oporto, Rupestris. Cyntlnano, Black-July, Elvira, ont été ])lantées à Saint-Georges et se sont toutes très bien développées dans ce terrain silico-ferrugineux, à l'exception du Rulander qui meurt.

«En résumé, l'état des plantations de Saint-Georges est on ne peut plus satisfaisant, et vu le grand développement qu'elles prennent, il est à présumer que cette commune récoltera sous peu les quantités et surtout la qualité supérieure que lui donnaient autrefois les anciennes vignes. »

M. Coste vient de communiquer à l'Académie des sciences les résultats de ses recherches sur plusieurs insectes qui s'attaquent au phylloxéra gallicole. Ces insectes appartiennent à la grande famille des Acariens. M. Coste a ainsi constaté que le Trombidium fuliginosum ^ le Gamasus viridis^ plusieurs Thrips, et enfin et surtout une larve du genre Scijmnus font au phylloxéra des galles une chasse acharnée. Malheureusement, les moyens de multiplication de ces insectes sont beaucoup trop limités pour lutter contre la fécondité du phylloxéra, et ils n'ont d'ailleurs aucune action contre le puceron des racines. C'est surtout sur les galles des trois cépages américains, le Clinton, le Viala et l'Oporto, que M. Coste a constaté la présence et l'action de ces parasites du terrible puceron. Des études nouvelles élargiront probablement le cadre des constatations faites déjà sur cet intéressant sujet.

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