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IV. — Le Phylloxéra dans le département du Gard

Parmi les nombreux travaux sur le phylloxéra que nous avons eu tant de fois à signaler, il en est peu qui présentent une importance égale à celle d'une étude que vient de publier M. Dejardin, secrétaire

de la Commission centrale du phylloxéra dans le Gard. Faite naturellement au point de vue spécial des moyens pratiques de conservation et de reconstitution des vignobles dans ce département, elle peut être d'une grande utilité dans beaucoup d'autres départements.

M. Dejardin passe en revue toutes les expériences tentées et les résultats obtenus par la submersion, les plantations dans le sable, les sulfocarbonates, le sulfure de carbone et les vignes américaines. De l'enquête à laquelle s'est livrée la Commission du phylloxéra, il résulte que ce département comptait, avant l'invasion, 104,411 hectares de vignes; 97,794 hectares ont été complètement détruits. Aujourd'hui 65 hectares seulement ont été traités par des insecticides, presque tous par le sulfure de carbone; en outre, 535 hectares ont été récemment plantés dans des terrains submersibles, 3,903 dans le sable, et 1 ,323 en cépages américains. 1 50 propriétaires ont répondu à l'enquête et ont indiqué les résultats qu'ils ont obtenus.

Pour la submersion, ici comme partout, le succès a été complet; d'année en année, les superficies submergées prendrontune importance plus grande. Les populations attendent, avec une vive impatience, l'exécution du canal dérivé du Rhône.

Les plantations dans le sable ont pris une grande extension dans la commune désormais célèbre d'Aigues-Mortes, et dans une partie de la Camargue. Pour l'application pratique du procédé, M. Dejardin donne les indications suivantes :

1» Ne faire la plantation qu'après s'être assuré que le sol contient 60 pour 100 au moins de sable pur, tenu et mobile, sur une épaisseur minimum de 60 centimètres.

2" Procéder à la plantation ainsi qu'on le faisait avant l'invasion du phylloxéra (défoncement et nivellement).

3" Se bien garder de modifier la nature du sol par l'apport de terres et n'employer d'autres engrais que celui de ferme, bien consommé, ou des engrais pulvérulents.

En ce qui concerne les insecticides, les applications du sulfocarbonate ont été très restreintes. Mais le sulfure de carbone a donné d'excellents résultats dans un certain nombre de circonstances. « C'est, dit M. Dejardin, de tous les insecticides, celui qui donne les résultats les plus affirmatifs; mais il n'est utilement applicable dans le département du Gard qu'aux terrains facilement perméables au pal, où la diffusion des vapeurs sulfocarboniques ne risque pas d'être entravée par la nature argileuse ou sablonneuse du sol, et dont le grand rendement peut permettre une avance de fonds considérable. »

Aux yeux de l'honorable rapporteur, l'ensemble des procédés qui viennent d'être indiqués ne peut pas être appliqué sur plus de 30,000 hectares environ; il y aurait donc 60,000 hectares de vignes qui ne pourraient pas être reconstitués autrement que par l'emploi des cépages américains. Il faut ajouter que, dans l'état actuel des choses, les autres cultures sont ou impossibles ou si peu rémunératrices qu'elles ont du être abandonnées sur la plus grande partie de cette surface. C'est pourquoi M. Dejardin a fait sur les vignes américaines, une étude minutieuse qui permettra aux viticulteurs de se rendre compte exactement de la valeur de chaque cépage. La triple question de l'adaptation des cépages au sol, au climat et à la greffe, est, en effet, capitale. L'enquête de M. Dejardin embrasse 698 observations; chaque point est indiqué avec le plus grand soin, afin de rendre la

vérificalion facile. A i'caide de ces observations, il a tracé un tableau graphique très iiif^énieux et tout à fait nouveau, reaiermant les courbes de végétation des douze variétés de cépages américains qui sont les plus répandues dans le département du Gard. Ce tableau met en pleine lumière la valeur de chaque cépa2;epour des sols déterminés, lien ressort les conclusions suivantes qi*eM, Dejardin résume ainsi :

Clinton. — Ge cépage peut être utilement planté dans tous les terrains où la silice domine, daus les terrains schisteux, graniticfues, dans la dolomie du lias, dans les lerrains argilo-calcaires et d'alluvion frais, ainsi que dans les terrains sablonneux et humides.

( 0)1 cor d. — II ne doit être planté, dans le Gard, que dans des terrains dans lesquels la silice est dominante ainsi que dans les sols sablonneux et d'alluvion frais ,

Cuniniiham. — Nous estimons que le Gunningham peut être planté dans tous les terrains du Gard.

Herbemont. — L'Herbemont peut être planté dans tous les terrains du département, en en exceptant toutefois les terrains à sous-sols imperméables.

Jacqnez. — Le Jacquez peut être planté dans tous les teiTains, en dehors deceux qui sont sujets aux brouillards et à l'humidité.

Norton s Virginia et Cynlhiana. — Ne doivent être plantés que dans les ter rains siliceux, granitiques, schisteux et frais,

Riparia et Solonis. — Peuvent, dès aujourd'hui, être plantés dans tous les ters rains où prospère le Clinton, et ils auront sur lui l'avantage d'être moins sensibleaux piqûres du phylloxéra.

Taylor. — Demande les mêmes terrains que le Clinton, mais peut être utilisé avec plus d'avantages que lui dans les terrains calcaires, argilo-calcaires, et dans les terrains un peu secs,

Viala, Franklin , Blae clyrr. — Peuvent être fructueusement plantés dans la généralité des sols du département, en exceptant toutefois les terrains argileux et secs.

Nous avons analysé brièvement le travail de M. Dejardin; mais ce que nous en avons dit suffit pour en montrer l'importance. Il faut ajouter que toutes ses afiirmations s'appuient sur des documents et des observations qu'il cite, absolument dignes de foi.

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