‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 349 sur 752 · I. — Les encouragements à l^ agriculture · texte numérisé non relu

I. — Les encouragements à l^ agriculture

La cause de la propagation des irrigations m'a encore appelé dans les Alpes. Parmi les encouragements que l'tn peut donner aux agriculteurs, il en est peu qui produisent plus de bien que ceux que le gouvernement peut faire porter jusque dans les villages des montagnes, car le paysan des hameaux éloignés ne connaît guère l'Etat que par le percepteur, et il est bon que, au lieu de lui prendre toujours, l'Etat lui fasse porter des prix ou des médailles, en entrant en communications avec la famille rurale dans sa modeste chaumière. Les prix du concours d'irrigation des Hautes et Basses-Alpes ont été distribués solennellement avant-hier sous la présidence de M. Vernet, préfet des Hautes- Alpes, assisté de M. du Peyrat, inspecteur général de l'agriculture de la région. Nous y avons été lire un rapport sommaire que nous publierons prochainement. Ce que nous tenons à constater, c'est que nous avons vu des cultivateurs ayant fait à pied plusieurs dizaines de lieues, qui étaient descendus de leurs hautes montagnes que la neige commence à recouvrir à des altitudes de 1,800 à 2,200 mètres, pour recevoir des médailles d'argent ou de bronze, souvenirs précieux pour eux. qu'ils remportent au milieu des leurs, et qui deviennent des objets d'émulation pour ceux qui veulent réaliser des progrès.

Les récompenses qui prennent ainsi un cachet gouvernemental acquièrent, aux yeux des agriculteurs éloignés des grandes villes une valeur particulièrement précieuse. Dans nos visites agricoles, au sein des populations rurales des pays les plus délaissés, nous avons rencontré quelquefois de vieux laboureurs très fiers d'avoir obtenu, il y a trente ou quarante ans, une médaille constatant leurs efforts ou bien même une simple lettre ministérielle contenant quelques paroles d'encouragement. Ces objets sont conservés comme des reliques, avec des sentiments de reconnaissance qui nous ont touchés. On ne sait pas assez le bien qui peut être fait par des récompenses ainsi données. L'éclat que répandent les villes appelle les hommes jeunes et fait que naturellement les campagnes sont souvent abandonnées. L'émigration se produit. On s'en étonne et même on en fait un grief aux paysans qui ne consentent pas à rester malheureux. Nous avons toujours trouvé très injustes les reproches adressés aux populations d'émigrer des lieux oîi elles vivent misérables, pour aller tenter fortune ailleurs.

N» 598. — Tome III de 1880. — 25 Septembre.

Le perfectionnement des voies de communication devait amener ce résultat. JMais laites que l'agriculture devienne prospère dans les contrées déshéritées, et le paysan qui aime singulièrement la terre retournera toujours la cultiver. Dans les habitudes actuelles, on donne dans les grandes villes du travail à certaines populations rurales durant l'été et on les renvoie dans leurs chaumières oii la vie est si rude, précisément pendant la saison d'hiver. C'est le contraire qui devrait être fait. En outre, que ce soit un honneur souvent constaté que de bien cultiver les pays les plus pauvres, que les encouragements ne leur soient pas distribués avec parcimonie, c'est le vœu que nous formons dans l'intérêt public. Nous avons donné la preuve de notre profonde conviction à cet égard, car nous avons fait 325 lieues et passé quarante heures en chemin de fer, pour pouvoir serrer la main des cultivateurs de Vasr, Ristolas, Arvieux, villages qui se transforment par le bon aménagement de leurs eaux, par l'emploi des engrais et même des instruments perfectionnés. Il est bien de prodiguer les encouragements aux riches cultures, mais il est bien aussi de ne pas négliger ceux que la nature a traités en marâtre.

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