‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 35 sur 752 · XI. — Le phylloxéra · texte numérisé non relu

XI. — Le phylloxéra

La compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la JMéditerranée vient de publier le rapport sur les travaux de l'année 1879 et sur les résultats obtenus dans l'application du sulfure de carbone au traitement des vignes phyiloxérées. C'est le quatrième rapport annuel que nous avons à signaler ; c'est en 1876, en etîet que, sur l'initiative de M. Paulin Talabot, la Couipagnie a entrepris, sur une vaste échelle, le traitement des vignes malades. Ce rapport est du, comme les précédents, à M. Marion, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, membre de la Commission supérieure du phylloxéra. Il est divisé en deux parties. La première partie a pour objet les observations nouvelles faites sur les mœurs du puceron, et l'analyse des traitements culturaux opérés. Elle renferme plusieurs notices d'un réel intérêt sur les pucerons épargnés par les opérations insecticides hivernales, sur les migrations estivales des aptères radicicoles et sur le rôle des phylloxéras de première génération. La première impression qui ressort des détails donnés sur les traitements culturaux pratiqués dans les champs d'expérience de Marseille, est celle d'un soulagement véritable et d'une confiance raisonnée : il y est démontré, par les faits, que la viticulture a, dans les mains, une arme puissante qui lui permettra de lutter contre le phylloxéra. La" même impression se retrouve à la lecture de la deuxième partie du rapport de M. Marion; celle-ci renferme, en effet, les documents relatifs aux traitements opérés par un grand nombre de viticulteurs. Nous ne pouvons insister sur les détails de ces documents; mais nous devons dire que tous expriment la même opinion. D'ailleurs la confiance des viticulteurs dans le sulfure de carbone est démontrée par la progression des quantités de cet agent expédiées par le service spécial de Marseille durant les quatre dernières années. Ces quantités ont été les suivantes :

du P' janvier au 30 septembre 1877 1,085 barils de 100 kiL

du 1" octobre 1877 au 30 septembre 1878- 2,382 —

du 1" octobre 1878 au 30 septembre 1879. 4,230 —

du 1" octobre 1879 au 31 mars 1880 6,253 —

Dans les quantités relatives à la campagne 1878-1879, les traitements administratifs n'ont employé que 524 barils. Dans les 6,253 barils appliqués pendant la première partie de la campagne 1879-1880, l'Etat n'a reçu pour ses opérations que 733 barils^ de telle sorte que les viticulteurs ont employé pendant l'hiver dernier 5,520 barils de 100 kilog. On comprend toutes les difficultés que cet accroissement des demandes a dû entraîner. Il devient nécessaire, ajoute avec raison M. Marion, de provoquer une fabrication plus con-

sidérable de sulfure de carbone. — Afin que les viticulteurs puissent étudier à loisir cet important travail, la Compagnie des chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée a mis à notre disposition un certain nombre d'exemplaires. Nous le ferons parvenir à ceux de nos lecteurs qui, avec leur demande, nous feront parvenir 0 fr. 35 en timbres-poste pour l'affranchissement.

Dans une note qu'il vient d'adresser à l'Académie des sciences, M, Henri Mares donne des détails sur les résultats du traitement de ses viennes par le sulfocarbonate de potassium. Tout d'abord il constate cette année sur toutes les vignes traitées à Launac, et particulièrement sur celles qui ont reçu du sulfocarbonate de potassium dissous, une reprise dans la. végétation qui dépasse de beaucoup celle de l'année dernière. Sur quelques points, la vigne a retrouvé l'étal normal qu'elle avait perdu sous la double influence du phylloxéra et de la sécheresse. En 1879, il a fait deux applications de sulfocarbonate dilué à raison de 250 kilog. de l'insecticide et de 120 mètres cubes d'eau par hectare, la première en avril, la seconde fin juillet et aoiàt. Il recommence cette année, avec l'espoir d'un succès encore plus complet. M. Mares insiste sur la nécessité de traiter toute la surface des vignes; à ses yeux, le traitement des seuls points d'attaque d'une vigne envahie ne peut aboutir à aucun résultat sérieux; dans ce cas, le phylloxéra se déplace, et s'étend beaucoup plus rapidement sur les surfaces encore vigoureuses de la vigne. C'est une observation sur laquelle il est important d'insister.

Nous recevons, d'autre part, deux rapports de M. F. Artigue, délégué départemental dans la Gironde, sur les résultats obtenus dans le traitement des vignes au moyen du sulfure de carbone, par deux syndicats : le syndicat Mortier, à Saint-André de Cubzac, et le syndicat Danflous, s'étendant sur les communes de Saint-André de Cubzac, de Cubzac, Aubie et Espessas. Dans le premier syndicat, une superficie de 45 hectares a été traitée^, et la dépense a été de 147 fr. 70 par hectrre; dans le second syndicat, 43 hectares ont été traités, et la dépense est ressortie à 131 fr. 52 par hectare. On se loue des résultats obtenus; les vignes traitées sont en très bon état, comparativement à ce qu'elles étaient l'année dernière, et leur végétation fait un grand contraste avec celle des vignes qui n'ont pas été traitées. Ce sont encore ici des résultats absolument propres à ranimer la confiance chez les viticulteurs.

XII. — Élection à la Société nationale d'agriculture. Dans sa séance du 7 juillet, la Société nationale d'agriculture a procédé à l'élection d'un membre titulaire dans la Section de mécanique agricole et des irrigations, en remplacement de M. le général Morin. Sur 36 membres votants, la majorité étant 19, M. Fernand- Raoul Duval a obtenu 19 voix, contre 13 données à M. Grandvoinnet, et 4 à M. Mille. En conséquence, M. Fernand-Raoul Duval a été proclamé membre de la Société. Grand propriétaire dans le département d'Indre-et-Loire, il a remporté la prime d'honneur en 1873; il s'est livré à de nombreux et importants essais sur l'emploi des machines agricoles.

Xin. — Sur l'analyse des engrais.

L'analyse des échantillons d'engrais est la meilleure garantie qu'un

fabricant puisse donner aux agriculteurs auxquels il livre des engrais . S'il y a des doutes entre les résultats de deux analyses, on peut avoir recours à une troisième pour les départager. Nous n'avons pas d'exemple, quant à nous, dans notre longue pratique de près de quarante ans, qu'on ne soit pas parvenu à se mettre toujours d'accord, de manière à donner complète satisfaction à l'agriculture. C'est la seule observation que nous ayons à faire pour précéder la lettre suivante dont l'insertion nous est demandée :

« Monsieur, nous avons vendu dernièrement à un fabricant de sucre du département de l'Aisne, un lot important d'engrais chimiques sous la dénomination d'os dissous, avec la garantie de titrage concernant l'azote organique, ammoniacal et nitrique, l'acide pliosphorique soluble dans le citrate d'ammoniaque alcalin à froid et la potasse.

« Cinq chimistes ont fait l'analyse sur dos échantillons prélevés contradictoirement, et ont trouvé les résultats ci-inclus. Les noms des quatre chimistes représentés par les numéros 1,2, 3, 4, importent peu pour le moment; le cinquième est M. Vivien, de Saint-Quentin (Aisne). II émet cette singuhère prétention sur laquelle s'appuie notre acheteur pour contester notre mode de règlement, que les quatre chimistes qui ont fait l'analyse en même temps que lui, opèrent mal. Voici, du reste la lettre qu'il nous écrit par l'intermédiaire de notre agent, à Laon :

« Monsieur, les différences constatées dans le dosage des phosphates solubles « proviennent, ainsi que je m'en suis assuré chez M... à Paris, de ce que ces « Messieurs ont opéré suivant la méthode Joulie et en broyant l'engrais en préce sence de la liqueur citro- magnésienne.

« Cette manière d'opérer est fausse, car le phosphate fossile, dans ces condi- <c tions, donne du phosphate soluble et rétrogadé, ce qui ne peut être. »

« Agréez, etc. Signé : A. Vivien.

« Cette question, qui peut vous paraître toute personnelle, intéresse à un tel point la vente à l'analyse chimique des engrais, que nous venons vous prier de vouloir bien publier notre lettre dans votre estimable Journal, car c'est pour nous le seul moyen de protester contre la prétention de M. Vivien.

« Si, en effet, les chimistes les plus raisonnables doivent être tenus en suspicion d'ignorance, ainsi que le soutient ce dernier, nous serons obligés, ainsi que nos confrères fabricants d'engrais chimiques, de renoncer à la vente à garantie !

« Nous espérons. Monsieur, que vous voudrez bien accueillir favorablement notre demande d'insertion, et en attendant votre réponse, nous vous prions de vouloir bien agréer, etc. E. et J. Toché, fils.

Azote ammoniacal 2.93 2.45 2.863 { c: ko 2.352

— organique 3.00 2.';2 2.637 j ^'*° 2.963

— nitrique 0.26 0.59.^0.184 0.39 0.173

Azote total 6.19 5.76 5.684* 5.87 5.488-

Acide phosphorique soluble dans l'eau 4.47 4.63 4.538 4.48 4.800

— le nitrate. 4.73 5.31 4.622 4.12 1.452

— — insoluble.... 0.96 0.92 1.179 1.30 4.480

Acide phosphorique total 10 16 10.86 10.339 9.90 10.7:3^

Potasse 0.85 2.17 1.088 1.80 2.765

Moyenne des analyses \ S pho^pho-i'- .'i lo:3Î5 dont 9.225 soluble 1,2, 3 et 4 ) Potasse............. 1.478

La prétention soulevée contre la méthode de M. Joulie n'est pas sérieuse. Dans tous les cas, cette méthode était prescrite dans la garantie faite par le vendeur; par conséquent, son application, toute discussion de doctrine mise de côté, devait faire loi dans l'exécution du marché.

Nous regardons l'analyse comme un moyen tellement efficace pour éviter la fraude dans le commerce des engrais, que nous applaudissons de toutes nos forces à une décision que vient de prendre la Société d'à-

gricultiire de Meaux. Cette société, reconnaissant que les fraudes peuvent être commises de deux manières, lors de la vente par une spéculation sur l'ignorance de certains cultivateurs qui ne connaissent pas la valeur réelle des éléments de fertilité contenus dans les engrais proposés, et lors de la livraison par une infériorité de dosage des éléments utiles qui ont été vendus, a adopté les résolutions suivantes :

^i-t. 1". — II est formé entre tous les membres de la Société d'agriculture de Meaux une ligue contre les falsificateurs d'engrais.

Art. 2. — Un comité de six membres élu par les membres de la Société et renouvelable chaque année par moitié, sous la présidence du président de la Société, est chargé de rédiger des instructions nettes et précises sur la valeur des engrais et sur leurs conditions de vente, de façon à édifier parfaitement chacun des sociétaires pour la conclusion d'un marché. Ces instructions seront envoyées aux membres delà Société et chaque année le cours des éléments utiles leur sera également adressé.

^rt. 3. — Les analyses d'engrais présentés par les sociétaires seront faites aux frais de la Société d'agriculture, conformément à une convention entre la Société et le directeur de la station agronomique de Seine-et-Marne. Les échantillons d'engrais à analyser, avec les conditions de la vente, seront adressés à un membre du comité institué par l'article 2. Ce membre, élu annuellement, sera chargé de transmettre les échantillons au directeur de la station agronomique et le résultat des analyses au destinataire.

Art. 4. — Dans tous les cas de fraude manifeste, indiquée par l'écart entre les éléments utiles constatés par l'analyse et ceux promis par la vente, le comité en délibérera et chyrgera s'il y a lieu le président de la Société de signaler le fait au parquet.

Art^ 5, — Le comité se réunira tous les mois, le jour de l'assemblée de la Société, et, en cas d'urgence, un des samedis dans le courant du mois sur la convocation soit du président, soit du membre délégué chargé de transmettre les échantillons et les résultats des analyses.

Une commission a été formée pour l'exécution de ce programme en 1880. M. Emile Gatellier, ingénieur à la Ferté-sous-JouaiTe, a été délégué pour la transmission des échantillons d'engrais et des analyses. Il a rédigé, avec la collaboration de M. Gassend, directeur de la station agronomique de Seine-et-Marne, des instructions qui peuvent servir de guide aux cultivateurs à la fois sur la valeur des engrais, et sur les précautions à prendre pour prélever les échantillons.

J.-A. Barral,

Séance du 7 juillet 1880. — Présidence de M. ChevreuL M. le secrétaire perpétuel donne lecture d'une lettre du fils de M. Victor Borie, annonçant la mort de son père décédé le G juillet. M. le président exprime les vifs regrets de la Société pour cette perte cruelle.

MM. d'Havrincourt, de Chavanne, de Larègle, Denille, Hecquet d'Orval, Verrier, Mares, de Lentilhac, de l'Espine, Boisselot, Liazard, envoient leurs réponses à l'enquête ouverte devant la Société sur les dégâts dus aux froids de l'hiver. Renvoi à la Commission spéciale.

M. Chevreul annonce qu'il a présenté à l'Académie des sciences, dans sa dernière séance, les deux volumes renfermant les résultats de l'enquête faite par la Société sur la situation agricole en France, ainsi que la brochure contenant les lectures faites dans la séance publique du 13 juin.

M. Delesse fait une communication sur les études agronomiques de M. G.-H. Gook, dans le New-Jersey. Il présente en même temps une

carte géologique agronomique dont le même savant est l'auteur, en insistant d'une manière spéciale sur les données que ces travaux renferment au point de vue de l'emploi des roches qui peuvent être utilisées comme amendements ou engrais.

La Société procède à l'élection d'un membre dans la Section de mécanique agricole et des irrigations. M. Fernand-Raoul Duval est élu.

M. Aristide Dumont donne lecture d'une note sur le projet de canal d'irrigation du Rhône, et il présente des détails sur l'importance des souscriptions déjà effectuées. M. Barrai insiste sur la valeur de l'œuvre poursuivie par M. Aristide Dumont.

M. Gayot présente les 16 premiers numéros du journal La Vigne française, spécialement cousacré à l'étude des moyens de combattre le phylloxéra.

M. Barrai présente de la part de M. Paulin Talabol^ directeur de la Compagnie des chemins de fer de Paris-Lyon-Méditerranée^ le 4* rapport du à M. Marion sur l'application du sulfure de carbone au traitement des vignes phylloxérées. Cet important document est analysé dans la chronique de ce numéro.

Il est décidé que, à raison de la fête nationale du 14 juillet, la prochaine séance est reportée au jeudi 1 5 juillet. Henry Sagnier.

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