‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 36 sur 752 · GOXGOURS RÉGIONAL AGRICOLE DU MANS · texte numérisé non relu

GOXGOURS RÉGIONAL AGRICOLE DU MANS

Le concours d'animaux reproducteurs, d'instruments et de produits agricoles institué chaque année dans la région comprenant les départements du Calvados, de l'Eure, d'Eure-et-Loir, de la Manche, de l'Orne, de la Sarthe et de la Seine- Inférieure, s'est tenu du 5 au 14 juin dans la ville du Mans sous la direction de M. de Lapparent, commissaire ge'néral, inspecteur général.

L'aménagement de ce concours a été très bien compris. Sous les grands arbres de la promenade étaient placés les animaux de l'espèce bovine Au bâs, sur la grande place étaient exposés les instruments, machines et engins de toute sorte de l'agriculture qui, devenant chaque année plus nombreux, semblent toujours être à l'étroit où ils sont placés.

A l'extrémité de cette exhibition étaient l'exposition des produits, et l'espèce ovine. L'ensemble de cette installation était complétée très agréablement par un magnifique jardin qui a remplacé avantageusement la butte aux canons.

L'espèce bovine était admirablement représentée.

La race normande comptait 140 sujets.

Rien d'étonnant de voir tant de normandes ; disons que la vache normande dans les petites exploitations semble avoir remplacé la mancelie dont la couleur est tantôt d'un rouge blond uniforme, tantôt d'un rouge blond mêlé de blanc surtout à la tête. Les arrondissements de Ghâteau-Gontier dans la Mayenne, de Segré et deBeaugé dans Maine-et-Loire, et de la Flèche dans la Sarthe en étaient surtout peuplés. On a prétendu que la disparation de la mancelie tient à ce que les vaches nourrissent à peine leurs veaux ; quant aux bœufs, ils sont mous au travail, mais ils engraissent facilement et même assez pi^omptement dans la jeunesse ; aussi tous les herbagers normands en font-ils un cas tout particulier.

A la ferme de Bure, commune de Neuvy-en-Champagne, à6 kilomètres de Conlie et cultivée par M. Pancher, la Commission de la prime d'honneur a trouvé cependant une vacherie entièrement composée d'animaux de la race mancelie pure. Et elle s'est demandé, en voyant ces beaux spécimens de nos races françaises si l'on n'aurait pas pu tirer un excellent parti, en leur prodiguant les soins et en pratiquant la sélection comme on le fait pour des races étrangères. Les produits que M. Pancher retire de ses nouvelles vacheries semble être une protestation contre la médiocrité dont cette race a toujours été accusée, médiocrité inexplicable quand on songe qu'elle doit son origine à des croisements opérés avec ses voisines de la Normandie, de la Bretagne et delà Vendée. M. Sanson explique son infériorité d'aptitude pour le lait ainsi que pour le travail par la déplorable habitude de l'a limentation parcimonieuse du bétail pendant l'hiver.

La race mancelie a paru aux zootechniciens être le résultat d'un métissage et

peut-être ce fait de la réunion de plusieurs sangs est-il la cause de la réussite des croisements durham-manceaux si répandus maintenant dans la région et dont certains cultivateurs tirent un parti avantageux. Ainsi, M. Drouin , fermier à la Gour, commune de Janzé, qui exploite 38 hectares de terre arable et 55 en herbages ou prés lauchables, sèvre par an 20 veaux dont 8 proviennent de ses vaches et les autres sont achetés. A 3 mois ces veaux sont envoyés dans la prairie où ils restent, sauf pendant l'hiver, jusqu'à l'âge de 30 mois, époque à laquelle ils sont vendus aux herbagers de l'Orne qui les recherchent pour l'engraissement.

Aussi l'exhibition des Durham et des croisements durhams était magnifique, nous en avons rarement vu une plus belle collection. On y comptait plus de deux cents sujets.

Les croisements Durham-manceau et Durham-normand étaient également très remarquables,

M. de Villepin, directeur de la fermeécole deLa Pilletière adonné dans la région une sérieuse impulsion à l'élevage des Durhams, il est arrivé à former une belle ekable de Durham et de croisements durhams.

Les veaux femelles de croisement sont généralement vendus au boucher. Les mâles castrés de bonne heure sont élevés pour être vendus à l'âge de 3 ans du poids moyen de 550 kilogr. à des éleveurs normands qui les recherchent et les paient un prix rémunérateur.

Tous les veaux pur sang Durham mâles ou femelles sont élevés, sauf les défectueux qui sont livrés à la boucherie.

Les mâles, en dehors du taureau de service, sont mis à la disposition des cultivateurs à des prix raisonnables; s'ils ne sont point achetés, on les coupe pour en faire des bœufs d'herbage, comme les croisements, et ils ne donnent pas les moindres bénéfices.

Tous les soins sont donnés à ces pui'-sang pendant la première année seulement; plus tard, ils n'ont plus de soins particuhers.

Avec ces soins, cette bonne nourriture, M. de Villepin obtient de bons produits, des ventes fréquentes à de très bons prix.

L'élevage Durham au point de vue exclusif de la viande de boucherie est donc profitable; quant à la race mancelle que M. de Villepin a essayé d'améliorer parle régime de la sélection, les produits les mieux réussis ne lui ont jamais donné une prime de plus de 10 francs sur les marchés. Aussi ne faut-il pas s'étonner que l'élevage des Durhams et des croisements Durhams ait pris tant de développement dans cette région; néanmoins, l'engraissement du bœuf est loin d'être aussi avantageux. D'après la comptabihté du directeur de la Pilletière, le bénéfice brut entre le prix d'achat des bœufs et leurs revenus à l'état gras est de 0 fr. 90 par tête et par jour d'engraissement; il estime la nourriture à 1 fr. 35 par tête et par jour^ il reste donc 45 cent, par tête et par jour pour représenter le fumier, tandis que le iumier de la gendarmerie du château du Loir ne coiite que 30 centimes par tète et par jour.

Quoiqu'à la ferme-école, M. de Villepin n'ait pas tiré grand profit de la spéculation du beurre avec de bonnes vaches normandes, nous sommes convaincu que les petits cultivateurs de la Sarthe qui savent entretenir suffisamment cette vache peuvent en tirer un profit avantageux.

L'exhibition de l'espèce ovine, sans être très nombreuse, présentait cependant un certain intérêt.

Les animaux exposés devaient être nés avant le 1" mai 1879 à l'exception toutefois des agneaux et agnelles devant faire partie des lots d'ensemble.

La 1" catégorie comprenant la race mérinos et les métis mérinos ne comptait que 25 têtes appartenant à des éleveurs de l'Eure-et-Loir. La Sarthe n'élève guère le mérinos, on y préfère les races anglaises plus précoces, plus faciles à engraisser; nous avons cependant remarqué quelques berrichons et quelques cauchois. Les moutons berrichons sont robustes, vigoureux et rustiques, ils s'engraissent assez facilement, gras ; ils rendent au moins 50 pour 100 d'une viande de saveur très délicate et très recherchée.

Quant aux moutons cauchois ou normands si vilains de forme, nous ne voyons pas quel intérêt économique il peut y avoir à cultiver une variété qui laisse à désirer pour la viande comme pour la laine.

La race anglaise Dishley à laine longue, était représentée par 24 sujets et les Southdown par dix têtes. Le reste de l'espèce ovine était composé de croisements dishley-mérinos et dishley-Southdown.

Il y a déjà un certain nombre d'années que les Southdown sont introduits dans la Sarthe, M. de Villepin les avait adoptés comme race rustique s'accommodant mieux à ses maigres pâtures et ayant une aptitude très marquée pour engraisser. Il nous a paru que les dishley et dishley-mérinos réussissent très bien dans la région car il y en avait au concours de magnifiques spécimens

Les dishley sont des moutons qui s'accommodent mal delà chaleur et de la sécheresse, mais qui résistent beaucoup mieux que d'autres à un certain degré d'humidité atmosphérique ; cette race a acquis à cet égard une sorte d'accoutumance. En Angleterre, ils vivent presque constamment dehors dans une atmosphère brumeuse au miUeu des champ de turneps.

Les dishley-mérinos ont été créés, comme on sait, en vue de produire des moutons ayant une certaine finesse de laine, avec une viande plus abondante. Mais on sait aujourd'hui combien il est difficile de fixer ce croisement.

En tant qu'animaux producteurs de viande, les dishley-mérinos, ne diffèrent guère des purs dishley, atteignent les mêmes poids vifs, variables comme les conditions de milieu dans lesquelles ils sont produits. Leur valeur individuelle à cet égard n'est point contestable. Elle dépend surtout de l'habileté personnelle des éleveurs.

Comme le fait observer avec raison M. Sanson, la toison chez le dishleymérinos a toujours une valeur inférieure à poids vif égal de l'animal qui la porte, à celle du pur mérinos. Le poids de cette toison n'est jamais aussi élevé, la cfualité est toujours moins bonne. Aussi le professeur de l'Institut agronomique en tire la conclusion qu'étant donné, que la régularité de conformation et la précocité si grandes qu'on le suppose chez les dishley-mérinos, ne surpassent point celles des purs mérinos de la variété précoce, et en laissant de côté la question de variabilité désordonnée, qui ne serait cependant pas négligeable, il est évident qu'au double point de vue de la production de la viande et de la production de la laine, les métis en question n'ont aucune place utile à prendre en économie rurale. Le temps nous dira si la doctrine de M. Sanson n'est pas exacte; les éleveurs sauront bien se rendre compte s'il est plus profitable de cultiver le dishley, le dishley-mérinos, ou le southdown, plutôt que d'améliorer nos races trançaises, de rendre nos mérinos plus précoces, d'en faire des moutons de laine et de viande.

L'espèce porcine comprenait 19 sujets de races indigènes pures et croisées entre elles, parmi lesquels il y avait quelques types normands et craonnais.

Les races étrangères pures ou croisées entre elles, étaient représentées par 22 sujets : berkshire, yorkshire, new-leicester et anglo-normand.

Quant à l'exposition des animaux de basse-cour elle était intéressante; la race de La Flèche, qui, depuis quelques années, a remporté les prix d'honneur dans les concours, était admirablement représentée : grâce à ses qualités, cette race a acquis une réputation européenne justement méritée.

Cette race est tardive, mais ce n'est pas là un inconvénient, car les produits arrivent sur le marché quand ceux des autres ont cessé d'y paraître. On confond généralement la race de la Flèche avec celle du Mans. Cependant, les éleveurs les distinguent; celle du Mans aurait pour caractère distinctif une demi-huppe retombant sur l'occiput, avec crête triple, volumineuse, frisée, des barbillons ronds et assez longs, un plumage avec des reflets verts.

Quoi qu'il en soit de cette distinction, il n'est pas moins vrai que la race de La Flèche est excellente et que de tout temps elle a été recherchée par les gourmets et que Racine a choisi un chapon du Mans pour en faire le héros de sa comédie des Plaideurs. L'exportation des volailles, comme celle des légumes et des fruits pour Paris, constitue une industrie ancienne qui ne fait que se développer ; les races de Houdan, de Crèvecœur, étaient également bien représentées. Nous avons aussi remarqué de beaux dindons, des oies, des canards, des pintades et des pigeons, et enfin une belle collection de lapins et de léporides.

L'exposition des produits ne représentait guère ce que donne le département de la Sarthe, ainsi que les autres départements de la région. Et cependant M. de Lavergne constate que le Haut-Maine, qui forme aujourd'hui le département delà Sarthe, avait atteint, dès 1789, une assez grande prospérité. Ce département occupait le premier rang parmi nos départements, pour la production du chanvre.

Parmi les produits de la région du concours, nous signalerons les blés et avoines de M. Charles Dumontier, de Claville (Eure); les produits divers de M. Girard, du Mans, et surtout ceux de M. Lépine, à Rouez-en-Ghampagne ^Sarthe), la belle

5i CONCOURS REGIONAL DU MANS.

collection de pommes de terre françaises, anglaises, américaines et allemandes, de M. Alfred-Jean Pellier, à Jupilles-Fessard (Sarthe) ; la collection d'avoines et de trèfle de M. Roche-Papillon, de Chartres; les cidres de M. Fournier, à Sainte- Marguerite (Calvados) ; les cidres mousseux de M. Floquet, à Pont-Lévêque (Calvados). Nous avons enfin remarqué à l'exposition des produits, des tourteaux alimentaires de graines de coton d'Egypte fabriqués par M. Darier de Rouffio, à Marseille. D'après de nombreux témoignages ces tourteaux donnent de bons résultats quand on les mélange avec des betteraves ou d'autres racines, avec des pulpes de pommes de terre, des résidus de distillerie, avec du foin, de la paille, ou même avec du fourrage vert; ces tourteaux sont employés à la ferme-école de la Pilletière, pour les bœufs à l'engrais, et pour les vaches laitières dans les proportions suivantes :

Foin haché, 14 kil.; betteraves fermentées, 40 kil..; tourteaux de coton, 6 kil.; farine d'orge, 1 kil., féveroles arrachées, 0 kil. 500 ; sec, 0 kil. 040.

Le tourteau de graines de coton très bon pour l'espèce bovine et ovine, ne doit pas être employé pour l'espèce porcine.

L'exhibition des instruments agricoles était aussi complète que possible, il y avait plus de mille engins agricoles. Les concours d'instruments qui ont eu liau ont été très intéressants.

Les essais d'instruments d'extérieur de ferme ont été très suivis, aussi bien ceux des charrues, que des faucheuses et des râteaux.

Le premier de ces concours a eu lieu, dans des conditions difficiles, sur un sol dur, gazonné depuis longtemps et semé de cailloux, bien fait, du reste^ pour éprouver les instruments,

La condition du travail était un labour de déchaumage à 8 centimètres de profondeur environ.

Sept bisocs et trisocs ont pris part au concours. Deux ont été obligés, par la résistance du sol, de cesser la lutte. Les autres ont donné un bon travail, et surtout le trisoc Hornsby présenté par M. Pécard de Nevers, le trisoc Ransome, le bisoc Candelier qui, comme on le verra, ont obtenu les prix; mais nous nous sommes demandé si un concours de polysocs était bien utile dans un pays de petite culture.

Les brabants doubles ont eu plus de succès aux yeux des cultivateurs du pays ; manœuvrant dans un champ caillouteux, divisé en planches de 20 centimètres environ, et recouvert d'un vieux gazon, ils ont donné un excellent travail surtout les brabants de MM. Henry frères. Fondeur, et Delahaye, constructeurs dont la réputation n'est plus à faire.

Près de l'importante usine à farine de M. Leroux et Jamin à trois kilomètres environ de la ville du Mans a eu lieu le concours des faucheuses, dans un pré dont la récolte était très inégale.

Les faucheuses étaient au nombre de 19, ayant chacune 9 ares de surface à couper. Elles ont exécuté leur travail en dix à onze minutes, certaines ont mis trente minutes, en raison des difficultés et des obstacles du terrain qui était inégal en certains endroits et couvert de taupinières. Les faucheuses sont aujourd'hui très perfectionnées, ce qui a rendu la tâche du jury très difficile.

La faucheuse Aultmann a donné incontestablement le meilleur travail ; c'est du reste un instrument construit dans d'excellentes conditions.

Le bâti de la faucheuse est tubulaire et fermement supporté de fer battu, de manière à bien combiner la résistance de ce métal avec la rigidité de la fonte.

La barre coupeuse est d'acier étiré, ce qui lui donne une grande rigidité. Les doigts sont de fer et acier forgés et les deux sabots de fonte malléable; les sections des lames sont fortes et dressées des deux côtés.

Cette machine est balancée de telle sorte qu'il n'y a pas de tirage de côté, de même que son équilibre est parfait lorsque le conducteur est sur le siège ; ce qui supprime tout poids inutile sur le cou des chevaux.

Le levier de hausse, le levier d'inclinaison de la barre coupeuse et le levier d'embrayage manœuvrent facilement et sont à la portée du conducteur.

Le démontage et le remontage de cette machine peuvent se laire en quelques minutes avec le seul secours des outils contenus dans la boîte : un catalogue des pièces de rechange est joint à chaque machine ; de cette façon le cultivateur luimême peut y faire les réparations nécessaires.

Après l'Aultmann les faucheuses qui ont le mieux fonctionné sont la Wood, celle de M. Albaret, la nouvelle Samuelson, celles de M. Renou et de M. Hidien.

Le concours de râteaux n'a pas donné les résultats habituels. Les conditions

d'opération étaient très mauvaises. Le foin coupé le matin n'était pas sec. Le ramassage se faisait difficilement, les dents laissaient échapper péniblement leur contenu, et il y avait toujours un intervalle dans lequel le foin n'était pas ramassé. D'autres râteaux à dents trop légères laissaient glisser l'herbe et traînaient leur andain.

Néanmoins au milieu de ce travail que l'humidité du foin ne permettait pas d'accomplir aussi régulièrement que s'il eût été sec, les râteaux de MM. Renou, Gerbouin et Waite Burnell, Roi, Decker et Mot, ont assez bien fonctionné; nous avons surtout remarqué les dents accouplées du râteau Grerbouin qui retomlîaient plus facilement que celles des râteaux, des autres concurrents.

Une expérience de la machine à charger le foin présentée par la maison Pilter a eu lieu sur le champ du concours et a beaucoup excité la curiosité des visiteurs. Cet appareil s'adapte au moyen d'un crochet à l'arrière d'une charrette à deux ou quatre roues sur laquelle doit être chargé le fourrage disposé en andains. Le bâti de bois repose sur un essieu supporté par deux roues. Les moyeux de fonte sont munis de deux engrenages enfermés dans une boîte et commandant à la vitesse voulue l'essieu qui sert d'arbre moteur à tout le système au moyen d'un encliquetage qu'on amorce à volonté.

Detax autres roues intérieures de fonte reçoivent six rouleaux de bois sur lesquels sont fixés des dents d'acier de forme recourbée. Quand les engrenages sont mis en contact et que le véhicule marche, ces rouleaux tournant librement dans les trous ménagés dans les jantes des roues de fonte, il en résulte que les dents prennent le foin avec autant de perfection, que le meilleur râteau et le déposent sur un tablier sans fin qui peut l'élever sur le véhicule récepteur jusqu'à cinq mètres de hauteur.

La quantité de fourrage ramassée et élevée est assez considérable pour occuper deux hommes sur une charrette.

Cet ajipareil, qui supprime les chargeurs à la fourche et diminue les frais de main-d'œuvre, a très bien fonctionné.

Le jury en se retirant du champ du concours a eu la satisfaction de croire que les expériences qui avaient eu lieu auraient une utilité pour les cultivateurs.

Les essais d'instruments d'intérieur de ferme ont été également très intéressants et très difficiles à juger.

L'arrêté du concours portait comme récompenses ; une médaille d'or, une d'argent et une de bronze pour machines à battre à vapeur, vannant et criblant pour grandes exploitations. Les machines qui, dans les conditions du concours, ont été jugées comme ayant le mieux fonctionné et présentant la meilleure construction sont celles de MM. Hidien, Del, à Vierzon, puis celles de M. Brouhot à Vierzon et Filoque, à Bourgtheroulde.

Il y avait d'autres machines à battre, également très bien construites et qui ont donné de très bons résultats. Le jury a eu l'excellente pensée de récompenser également ces machines à battre à grand travail donnant le grain vanné, criblé, trié. Le ministre a accordé trois prix pour ces machines. Ils ont été mérités par MM. Albaret, Roi et Gautreau de Dourdan.

Deux autres concours ont encore eu lieu : un de trieurs, et un autre de hachepaille à manège, ou à vapeur et à bras. Dans le premier concours, les constructeurs qui ont obtenu les prix sont : MM. Marot, à Niort ; Brisson, à Bourges; Fare, à Tonneins (Lot-et-Garonne).

Pour les hache-paille à manège ou à vapeur, ce sont MM. Albaret, Pécard et Waite -Burnell; pour les hache-paille à bras: MM. Waite-Burnell, Rigault, à Paris; Beurez, à Ghatenay (Sartbe).

Parmi les autres instruments qui ne concourraient pas, on peut citer comme méritant de fixer l'attention ; l'élévateur de paille de M. Roi, le monte-paille de M Albaret; la bouche de four de M.Bernard; le moteur à gaz Bisschao de MM. Mignon et Rouart, la machine à vapeur avec petite grue de M. Lefèvre. au Mans ; les meules automatiques de M. Guedon-Fois, à Amiens, et les plaques tournantes de M. Decauville, à Petit-Bourg.

Signalons enfin une bonne innovation. Depuis longtemps déjà on récompense dans les comices, les ouvi'iers des fermes qui sont restés pendant un certain nombre d'années chez les mêmes patrons. L'administration a eu l'excellente idée de mettre deux médailles d'argent, quatre de bronze et une somme de 300 francs, à la disposition du jury pour récompenser les plus habiles conducteurs des machines aux concours et aux démonstrations publiques.

En résumé, leconcours régional du Mans a été brillant et a été rendu très agréable par les belles fêtes que la municipalité a su organiser, et par la courtoisie qu'elle a mise, ainsi que M. le Préfet, à bien accueillir les membres du jury.

Quant aux résultats agricoles, comme l'a dit M. Girerd, sous-secrétaire d'État au ministère de l'agriculture, l'agriculture a fait des progrès importants. Les céréales et les bestiaux ont pris un grand développement. Dans h Sarthe, la culture des céréales a été transformée. Les terres qui produisaient autrefois du seigle et du sarrasin produisent aujourd'hui du froment.

Si l'on compare les années Ibkb et 187^1, on remarque, a dit M. le sous-secrétaire d'État, que, en 1845, pour ne parler. que du département de la Sarthe, il y avait 65,042 hectares ensemencés en froment, tandis qu'en 1874, il y en avait 75,483. D'autre part, en 1845, le rendement était de 12 hectolitres; en 1874, année exceptionnelle sans doute, il était de 19 hectolitres. Ainsi la production totale s'est élevée de 780,000 hectolitres à 1,448,273. Elle a presque doublé.

Les bestiaux ont été transformés tant par les croisements et la sélection, que par l'améUoration des herbages: une race nouvelle a été .pour ainsi dire créée. La précocité permet de livrer aujourd'hui à trois ans, pour la boucherie, des animaux dont on ne voulait autrefois qu'à six ans. On produit donc en six ans deux fois plus qu'on ne produisait autrefois.

Nous ne voulons pas contester les progrès accomplis. Il est certain que le département de la Sarthe n'est pas resté à l'arrière depuis trente ans.

Le conseil général a donné une vive impulsion à la vicinalité. Il a été intelligemment secondé par M. Delanney, agent voyer chef; on remarque aujourd'hui que le département est sillonné de routes et de chemins admirables. Une chaire d'agriculture départementale a été créée au concours; elle est occupée par un professeur distingué M. Launay, qui prépare les élèves de l'école normale à l'enseignement agricole et qui saura rendre plus généraux les progrès accomplis dans la Sarthe. Sans doute avec des agriculteurs comme MM de Yillepin, Jouanneau, Pancher, Drouin, Girard, Courtillier et autres ; l'agriculture progresse, la production à l'hectare augmente; mais pour se rendre exactement compte de l'agriculture de la Sarthe, il faut voir aussi les petites exploitations et alors on comprend que les progrès constatés ont besoin d'être généralisés, car on trouve encore la culture en sillon, de mauvais instruments, des logements insalubres, un bétail insuffisant ou absolument défectueux.

Enfin l'élan est donné. Espérons qu'avec l'instruction primaire agricole et le crédit ouvert à la culture, le progrès s'étendra partout.

Voici la liste complète des récompenses décernées :

Prix culturaux.

V^ Catégorie. — Propriétaires exploitant leurs domaines directement ou par régisseurs et maîtres-valets. Un objet d'art de 500 fr. et une somme de 2,000 fr. : à M. Lépine, au Baudray, commune de Rouez-en-Champagne.

2° Catégorie. — Fermiers, cultivateurs, propriétaires, tenant à ferme une partie de leurs terres en'culture ; métayers isolés cultivant des domaines au-dessus de 20 hectares. Un objet d'art ;\ M. Jouanneau, fermier à la Grenochère, commune d'Auvers-le-Hamon.

y Catégorie. — Propriétaires exiiloitant plusieurs domaines par métayers. Un objet d'art : non décerné, aucun concurrent ne s'étant présenté.

4e Catégorie. Métayers isolés, propriétaires ou fermiers de domaines au-dessus de 5 hectares

et n'excédant pas 20 hectares. Un objet d'art à M. Legears, métayer, au Perray, commune d Yvré-l'Evèque.

Prime d'honneur consistant en une coupe d'argent de la valeur de 3,500 fr. et remplaçant l'objet d'art de la 2^ catégorie. — M. Jouanneau, fermier à la Grenochère, précité, lauréat du prix çultural de la 2' catégorie, pour l'ensemble des progrès qu'il a réalisés sur son exploitation, et l'excellent exemple qui en résulte pour la contrée.

Médailles de spécialité: — Médaille d'or grand module. — M. Paucher, fermier a Bures, commune de Neuvy-en-Champagne. , ^. , , ,,„ T. .

Médailles d'or. — M. Drouin, à la Cour, commune de Janzé; M. Girard, a 1 Hernene, commune du Mans. —Médaille d'argent (grand module), M. Henri a'iné, au Bois, commune d'Ecorpain. — Médaille d'argent, M. Diouet, métayer à Bidoux, commuue de 'Vivoin.

Prix spécial des fermes-écoles, un objet d'art. — M. de Villepiu^ directeur de la Ferme-Ecole de la Pillelière. . .

Récompenses aux agents des exploitations qui ont obtenu des prix culturaux. — 1"= Catégorie. — Ferme de Biudray, exploitée par M. Lépine. — Médailles d'argent, MM. François Blossier, premier valot- Constant Guyet, palefrenier ; Pierre Berthelot, aide-palefrenier. — Jtftdtu'Ues de bronze, MM. Henri' Abrivart, laboureur , M" Blossier, femme de ménage; Guyet, femme de basse-cour.

2' Catégorie. — Ferme de la Grenochère, cultivée par M. Jouanneau). — Médailles d'argent. M. Jean-Baptiste Jouanneau ; M= Angèle Jouanneau, ménagère ; — Médailles de bronze, MM. François Leblanc , vacher; Alphonse Chanteau, domestique; Mlle Marie AUain, métivière. ■ 4e Catégorie. — Ferme de Perray, cultivée par M. Legears. — Médailles d'argent, M. Auguste Legears, laboureur ; Mlle Eugénie Legears, ménagère; — Médaillede bronze, M. Auguste Buon, domestique.

Pria: ^peciai lies fermes-écoles. Ferme de la Pilletière, cultivée par M. de Villepin. Médailles d'argent. — MM. Delhaye, berger; François Guillaumet chef de pratique. — Médailles de bronze, MM. Layé, jardinier ; Coilliot, surveillant comptable.

Animaux reproducteurs. — Espèce bovine.

{''Clause, i" Catégorie. Race normmde. — Mâles. — l'= Sech'on. Animaux de 6 mois à 1 an l"prix, M. Laverge Emmanuel, à Lasson (Calvados) ; 2^ M. Maillard Céran, à Sainte-Marie-du- Monl (Manche) ; 3" M. Leneveu Auguste, à Matliieu (Calvados) ; Prix supplémentaire, M'' veuve Lecoispellier, à Gagny (Calv;idos); mention honorable, M. Barassin Gustave, àSaint-Martin-de-Fontenay (Calvados). — V Section. Animaux de 1 an à 2 ans. 1" prix, M. Gillain Victor, à Carentan (Manche); 2% M. Leconte, à Hubert-Folie (Calvados); 3% M. Hervieu Louis, à la Mancellière (Manche) ; 4"? M. Quemm Delphin, à Montville (Seine-inferieure) ; 5°, M. Sauvage Thomas, à- SainteMartin-de-Fontenay (Calvados); 6», M. Nepveu Jules, fils, à Sainte-Geneviève (Seine-Inférieure) ; 7', M'* veuve Lecoispellier; Prix supplémentaire, M Capey Auguste, à Méautis (Manche); mention honorable, M. Houdeville, à Saint-Aubin-sur-Mer (Seine-InCérieure). — 3' Section. Animaux de 2 à 3 ans. 1" prix, M. Touzari Hippolyte, Montmarliri-en-Graignes (Manche) ; 2% M. Barassin Gustave;— Prix supplémentaire, M. Capey, M. MaiUardCèran ; mention honorable, Mme veuve Lecoispellier. — Femelles. — l" Section. — Génisses de 6 mo's à I an. — I"' prix, M. Nepveu Jules, fils ; M. Maillard Céran ; 3% M. Touzard H.; mention honorable, M. Hervieu L. — 2^ Section. — Génisses de 1 an à 2 ans. 1" prix, M. Maillard Céran -, 2° , M. Cahour J., à Montbray (Manche) ; 3% M. Leconte; 4* M. Leroy-Portien, à Laigle (Orne) ; 5' M. Her ieu L. ; 1" mention honorable, M. Leconte; M. Ménager Auguste, à la ferme de la Cour (Sarihe). — 3= Section. Génisses de 2 à 3 ans. 1" prix, M. Maillard Céran ; 2% M= veuve Lecoispellier; 3% M. Hervieu Amédée à Vorceville (Calvados); 4°, M. Victor Gillain ; b% M. J. Cahour — 4" Section. — Vaches de plus de 3 ans. — 1" prix, M. Leconte ; 2% M. Thomas Sauvage ; 3% M. Céran Maillard; 4°, M.Alexandre Ménager, à l'Ormeau (Sarthe) ; 5", M. V. Gillain; 6", M. Houdeville; 7% Mme veuve Lecoispellier; 8% M. J. Nepveu.

Bandes de vaches laitières (en lait). — 1" prix, Mme veuve Lecoispellier; 2", M. H. Touzard; 3", non décerné.

Prix d'ensemble. — Ce prix qui consiste en un objet d'art, a été décerné à M. Céran Maillard.

2" Catégorie. — Race Durham. — Mâles. — I" Section. — Animaux de 6 mois à 1 an. — i^"' prix, M. le marquis de Grosourdy de Saint-Pierre, à la Vente-Silly (Orne); 2', M. Lépine, au Baudray (Sarthe). Rappel de '2", M. GroUier, à Durtal (Maine-et-Loire); 3% M. le marquis de Talhouet-Roy, au château du Lude (Sarthe); 4', M. Daniel Daudiar, à Niafie (Mayenne); b", Mme la comtesse d'Armaillé, à Saint-Amadour (Mayenne). Mentions honorables, M. Grollier; M. Aimeric de Chatauvieux, aux Haiiies (Ub-et-Vdaine) ; M. Louis Souchard, à la Cochinière (Sarthe); M. Lépine. — 2" Section. — i^nimaux de 1 à 2 ans. — 1^' prix, M. Daniel Daudier ; 2*, Mme la comtesse d'Armaillé; 3% M. le marquis de Talhouet-Roy ; 4% M. le baron Le Guay, à La Meignane (Maineet-Loire) ; 5% M. P. de Villepin, à Jupilles (Sarthe); 6% M. Grollier. Mentions honorables, Mme la comtesse d'Armaillié; M. le marquis de la TuUaye, à Ménil (Mayenne). — 3* Section. — Animaux de 2 à 4 ans. — 1" prix, M. Léon Gandon, à laBouchardière (Mayenne); 2', M. de Villepin; 3", M. Ferdinand Després, au Temple (lUe-et-ViIaine). Rappel de 3^, M Grollier. Mentions honorables, M. Lépine; M. le comte Rœderei", à Bois-Roussel (Orne); M. le marquis de Grosourdy de Saint- Pierre. — Femelles. — I" Section. — Génisses de 6 mois à 1 an. — r" prix, M. Auguste Massé, à Germigny (Cher) ; 2% M. de Villepin; 2% M. le marquis de Talhouet ; 4«, M. le baron Le Guay. Mention très honorable, M. Aimeric de Chateauvieux. Mentions honorables, M. le marquis de Talhouet; M. Lépine; M. le marquis de Nicolay, à Montfort-le-Rotrou (Sarthe). — 2" Section. — Génisses de 1 à 2 ans. — 1" prix, M. le marquis de Grosourdy de Saint-Pierre; 2% M. Lépine ; 3°, M. le marquis de la Tullaye; 4°, Mme la comtesse d'Armaillé ; b", M. Clément Girard; au Mans (Sarthe). Mentions honorables, M. de Viilepin; M. Grollier; M. Girard — 3" Section — Génisses de 2 à 3 ans. — 1" prix, M. Grollier; 2% M. le marquis de Grosourdy de Saint-Pierre ; S", M. Lépine ; 4°, M. Ferdinand Després ; 5% M. le marquis de Talhouet. Mentions honorables, M. Clément Girard ; M. de Villepin ; M. le marquis de la Tullaye. — 4" Section. — Vaches de plus de 3 ans. — ]"' prix, M. Grollier; 2% M. le baron Le Guay. Rappel de 2'', M. le marquis de Grosourdy de Saint-Pierre Rappel de 3% Mme la comtesse d'Armaillé. Rappel de 3% M. Lépine; 3°. M. le marquis de la Tullaye ; 4", M. de Villepin; 5", M. Lépine; 6% M. le marquis de Talhouet. Mentions honorables, M. le baron Le Guay; M. de Villepin; M. Clément Girard.

Prix d'ensemble. — Ce prix, qui consiste en un objet d'art, a été décerné à M. Paul de Villepin.

3^ Catégorie. — Croisement durham. — Mâles. — I" Section. — Animaux de 6 mois à 1 an. — 1" prix, Mlle de Rougé, à Précigné (Sarthe); 2% M. Baiière, à Valmont (Seine-Inférieure). — 2" Section. — Animaux de 1 à 2 ans. — \" prix, M. Joseph Lemoine, à Doucelle (Sarthe); 2", Mlle de Rougé; 3", M. Niéceron, à la Corbinière (Sarthe); mention honorable, M. le vicomte Ch. de Charnacé. — 3^ Section. — Animaux dn 2à 3 ans. — Prix unique, M. le comte Rœderer; mention très honorable, M. Henri Goutard, à la ferme du Grand-Léard (Sarthe). — Femelles. — 1" Section. — Génisses de 6 mois à 1 an. — l""' prix, M. de Villepin ; 2°, M. Louis Souchard, à la Cochinière (Sarthe); 3", M. le vicomte de Charnacé; mentions honorables, M. Donon, à Lonray ; M. Louis Souchard. — 2"= Section. — Génisses de 1 à 2 ans. — l^'prix, M. le vicomte de Charnacé; 2", M. de Villepin; 3% M. le comte Rœderer; 4% Mlle de Rougé; mentions honorables, M. Jean Joanneau, à la Grenochère (Sarthe) ; M. le vicomte Ch. de Charnacé. — 3' Section. — Génisses de 2 à 3 ans. — 1" prix, M. le comte Rœderer ; 2^ M. de Villepin ; 3% Mlle de Rougé ; 4% M. Donon ; 5% JI. Joanneau; mention très honorable, M. le comte Rœderer: mention honorable, M. Auguste Grégoire, à Almenèches (Orne). — 4" Section. — Vaches de plus de 3 ans. — !*■■ prix, M. le vicomte Ch. de Charnacé: 2% M. le comte Rœderer; 3-=; M. Jules Hubert; 4% Mlle de Rougé; mention très honorable, M. le vicomte Ch. de Charnacé ; mentions honorables, Mlle de Rougé ; M. le comte Rçederer; M. le marquis de Nicolay; M. Jean Joanneau.

Prix d'ensemble. — Ce prix, qui consiste en un objet d'art, a été décerné à M. le vicomte Ch. df Charnacé.

Espèce ovine.

1" Catégorie. — Races mérinos et méti5-mérinos — V Section. — Animaux de 18 mois a plus. —Mâles. — l"-prix, M. Donatien Gouache, à Ollé (Eure-et-Loir); 2% M. Anatole Legendr

à VilIez-ChampJûininel (Eure); 3% M. Pierre Hellard, au Cormier (Eure); mention très lionorable, M. Lcroy-Portien, à Lai^le (Orne). — Femelles. — 1" prix, M. Sédillot-Delaleu, à Ormoy (Eure-et- Loir) ; 2% M. Legendre ; 3°, M. Hellard. — 2" Section. — Animaux de plus de is mois. — Mâles. — 1" prix, M. Gouache; 2', M. Bailleau, à lUiers (Eure-et-Loir); 3'', M. Hellard; mention honorable, M. Leroy-Portien. — Femelles. — T"- prix, M. Sédillot-Delaleu; 2% M. Bailleau; 3% M. Hellard.

2° Catégorie. — Races françaises diverses. — Mâles. — 1" prix, M. Gouache ; 2% M. de Villepin, à Jupilles (Sarthe). — Femelles. — 1"' prix, M. Louis Engrand, à Saint-Ouen (Seine-Inférieure); 2", M. de Villepin.

3° Calrgorie. — Races étrangères à laine longue. — Mâles. — 1" prix, M. Céran Maillard, à Sainte- Marie-du-Mont (Manche) ; 2», M. Louis Abafour, à Miré (Maine-et-Loire); 3% M. H.-F. Signoret, au Clos Hy (Nièvre); mention très honorable, M. Céran Maillard. — Femelles. — l-'prix, M. Céran Maillard ; 2% M. Alphonse Tiersonnier, au Colombier (Nièvre) ; 3=, M. Victor Gillain.

A" Catégorie. — Races étrangères à laine courte. — Mâles. — l" prix, M. de Villepin; 2*, M. \V;i(idington, à Saint-Remy-sur-Avre (Eure-et-Loir) ; 3', M Louis Engrand. — Fsmelles. — 1" prix, M. Waddingion ; 2", M. .te Villepin; 3% M. Engrand.

5" Catégorie. — Croisements dishley-mérinos. — Mâles. — V prix, M. Emile Bonnet, à Bréqueille (Eure-et-Loir) ; 2%, M. Donatien Gouactie; ;,", M. de Villepin. — Femelles. — l" prix, M. de Villepin; 2« et 3" prix, 'pas d'animaux présentés.

6' Catégorie. — Croisements divers. — Mâles. — 1" prix, M. Royneau, à Aufl'erville i Eure-et- Loir); 2% M. Gouache; mention honorable, M. Royneau. — Femelles. — 1" prix, M. Royneau; 2% M. Waddington.

Prix d'ensemble — Un objet d'art à M. Royneau.

Espèce porcine.

r= Catégorie. — Races indigènes pures ou croisées entre elles. — Mâles. — 1" prix, M. Évode Chevalier, à Anceaumevillc (Seine-Inférieurp) ; 2", M. Louis Mouroeq, à Gréville (Manch^;); 3°, M. Labbé, à Omriiéel (urne). — Femelles. — l"' [)rix, M. Louis Hervieu, à la Mancellière (Manche); 2", M. Louis Dupuy, à Saint-Mars-d'Outillé (Sarthe) ; 3°, M. Louis Mouroeq; prix supplémentaires, M. Auguste Gordelet, à Challes (Sarthe) ; M. Labbé.

2" Catégorie. — Races étrangères pures ou croisées entre elles. — Mâles. — 1" pri.x, M. Auguste Desvignes, à Bazouges-snr-le-Loir (Sarthe); 2', M Charles Dumoutier, à Claville (Eure); 3= et 4* non décernés. — Femelles. — 1*' prix, M. Auguste Desvignes; 2^, M. Dumoutier; 3» et 4* non décernés; mention honorable. M. Desvignes.

3° Catégorie. — Croisements divers entre races étrangères et races françaises. — 1" prix, M. Evode Chevalier; 2', M. Clovis Lasnun, à Montville (Seine-Inférieure); mention honorable, Mme Vve Lecoispellier. — Femelles. — 1" prix, M. Evode Chevalier; 2", M. Lasnon.

Prix d'ensemble. — Un objet d'art à M. Desvignes.

Animaux de basse-cour.

1" Catégorie. — Coqs et poules. — 1" Section. — Race de Houdan. — 1" prix, M. Izart, au Mans (Sarthe) ; 2% M. Voitellier, à Mantes (Seine-et-Oise) ; 3°, Mme Aillerot, née Lusson, à La Flèche (Sarthe); 4°, M. Brichet, au Mans (Sanhe). — 2° Section. — Race de Crèvecœur. — 1" prix, M. Jean Farcy, à Foulletourte (Sarthe); 2% M Trouillart père, à La Suze (Sarthe); 3", M. Izart; 4% M. René Voisin, à La Suze (Sarthe); mention très honorable, M. Jean Loyau, à Louplande (Sarthe); Mentions honorables, M. Corbin, à Villaines-sous-Malicorne (Sarthe); M. Farcy. — 3^ Section. — Race de La Flèche. — 1" prix, M. Voisin; 2", M. Corbin; 3% M. Izart; 4*, M. Trouillard père; prix supplémentaire, M. Farcy; mention honorable, Mme Aillerot, née Lusson. — 4* Section. — Races françaises diverses. — 1" prix. M. Izart; 2% M. Jean Loyau; 3% M. René Voisin. — r,<=' Section. — ° Races étrangères diverses. — 1" prix, Mme Aillerot, née Lusson; 2% M. Ixart; M. Loyau; mention très honorable, M. Loyau; mentions honorables, Mme Aillerot, à La Flèche (Sarthe); M. Farcy. — 6'= Section. — Croisements divers. — 1", 2° et 3° prix non décernés.

2' Catégorie. — Dindons. — l" prix, Mme Aillerot, née Lusson; 2", M. Joseph Loiseau, à Perdereau (Sarthe).

3^ Catégorie. — Oies. — 1" prix, M. Jean Loyau ; 2°, M. Louis Deaprés, à jSainl-Pavace (Sarthe) ; 3% M. Brichet; mention honoraiile, M. Evode Chevalier.

4' Catégorie. — Canards. —1°' prix, M. Izart; 2% M. René Voisin; 3% Mme Aillerot; 4% M. Voitellier,

5= Catégorie. — Pintades et pigeons. — 1" prix, Mme Aillerot; 2°, M. Izart.

6= Catégorie. — Lapins et léporides. — l"'' prix, M. Després; 2% M. Izart.

Prix d'ensemble. — Un objet d'art, à M. Izart.

Serviteurs primés, employés chez les lauréats et récompensés pour les bons soins donnés aux animaux primés. — Médailles d'argent, MM. Louis Jouault, vacher chez M. le vicomte de Charnacé ; Vasselin Boum rice, vacher chez M. Céran Maillard; Claude Délaye, vacher chez M. ue Villepin; Mousset, berger chez M. Royneau. — Médailles de bronze. — MM. Baptiste Cousinard, berger chez M. Gouache; Pierre Cartier, bergrer chez M. Grollier; Pierre Levitre, domestique chez M. Chevalier; Adolphe Blanche, vacher chez M.Grosourdy de Saint-Pierre; Constant Guyet, vacher chez M. Lépine ; François Têtu, vacher chez Mlle de Rougé. — 30 fr. à MM. Pierre Hébert, chez M. Louis Hervieu; Catherine Jules, domestique chez M. Victor Gillain; Gouabault, vacher chez M. Sédillot.

Machines et instruments agricoles.

Concours spéciaux d'instruments. — 1'° Section. — Essais d'instruments d'extérieur de ferme. — Charrues brabant doubles. — 1" prix, médaille d'or, MM. Henry frères, à Dury-les-Amiens (Somme); 2", médaille d'argent, M. Pol-Fondeur, à Viry (Aisne) ; 3°, médaille de bronze, M. Bajac- Delahaye, à Liancourt (Oise); mention très honorable, M. Caadelier, à Bucquoy (Pas-de-Calais).

Charrues po!y--ocs. — 1" prix, médaille d'or, M. Pécard, àNevers (Nièvre) ; 2", médaille d'argent, MM. Decker E. et Mot, à Paris; 3% médaille de bronze, M. Candelier; mention très honorable, MM. E Decker E. et Mot.

Machines à faucher les prairies, — 1" prix, médaille d'or, MM. Aultmann et Cie, à Paris; 2°, médaille d'argent, MM. Gerbouin frères, à Sablé (Sartne) ; 3% médaille de bronze, M. Albaret, à

Liancourt (Oise) ; mention très honorable, MM. Gerbouin frères; mentions honorables, M. Hidien, à Chàteauroux (Indre); M. Renou, à Abilly (Indre-et-Loire).

Râteaux à cheval. — 1='' prix, médaille d'or, M. Renou; 2°, médaille d'argent, MM. Gerbouin frères; 3", médaille de bronze, MM. Waite, Burnell et Cie, à Paris ; mention très honorable, M. Roi, à Nantes (Loire-Interieure); mention honorable, MM. E. Decker et Mot.

2° Section. — Essais d'instruments d'intérieur de ferme. — Machines à battre à vapeur, donnant le grain nettoyé, pour grandes exploitations. — 1" prix, médaille d'or, M. Hidien, à Chàteauroux (Indre) ; 2% médaille d'argent, M. Del; à Vierzon-Forges (Cher); 3", médaille de bronze, MM. Brouchot et Cie, à Vierzon (Cher); mention très honorable, M. P'iloque, à Bourgtheroulde (Eure).

Trieurs. — !" prix, médaille d'or, M. Marot, à Niort (Deux-Sèvres); 2°, médaille d'argent, M. Presson, à Bourges (Cher) ; 3% médaille de bronze, M. Clert, à Niort (Deux-Sèvres) ; mention très honorable, M. Fau, à Tohneins (Lot-et-Garonne).

Hache-paille, à manî'ge ou à vapeur. — P'prix, médaille d'or, M. Albaret; 2% médaille d'art gent, M. Pécard ; 3", médaille^ de bronze, MM. Waite, Burnell et Cie ; mentitfn honorable, MM. Gerbouin frères.

Hache-paille à bras. — 1" prix, médaille d'or, MM. Waite, Burnell et Cie; 2% médaille d'argent, MM. Rigault et Cie, à Paris; 3^, médaille de bronze, M. Beurez, à Chantenay (Sarthe) ; mention honorable, M. Maury, au Mans (Sarthe).

Mentions honorables décernées en vertu de l'article 15 de l'arrêté ministériel, parles deux sections du jury réunies. — Mentions très honorables, la Société du matériel a'gricole de la Sarthe, au Mans; MM. Gerbouin frères; mentions honorables, M. Roi: M. Albaret; MM. Bernard père et fils, à Tours (Indre-et-Loire); MM. Mignon et Rouart, boulevard Voltaire, 137, à Paris; M. Lefebvre, au Mans (Sarthe); MM. Budan et Capelle, à Tours (iDdre-et-Loire): M. Guédon-Fois, à Amiens (Somme) ; M. Decauville aîné, à Petit-Bourg (Seine-et-Oise).

Récompenses attribuées à des conducteurs de machines et à des contre-maîtres, en vertu de l'article 13 de l'arrêté ministériel, par les deux sections du jury réunies. — ilédailles d'argent, M. Isaac Trolly, conducteur d'instruments d'intérieur de ferme chez M. Pécard, à Nevers. (Nièvre, M. Jules Serein, mécanicien-conducteur chez MM. Aultmann et Cie, à Paris. — Médailles de bronze, M. Charles Girault, conducteur d'instruments d'ex.érieur de ferme chez M. Renou, à Abilly (Indre-et-Loire) ; M. A.-F. Guillonneau, contre-maître chez M. Voruz, à Nantes; M. A. Renaud, conducteur d'instruments d'intérieur de ferme chez MM. Gerbouin frères, à Sablé; M. G. Lesimple, monteur de machines chez M. Gautreau, à Dourdan (Seine-et-Oise); 30 fr.; M. A. Argence, contre-maître chez MM. Brouhot et Cie, à Vierzon; M. P. Polet, conducteur de batteuse chez M. Cheael, à Nantes; 25 fr., M. Waast, conducteur de machines d'intérieur de ferme chez MM. Decker et Mot, à Paris; M. Brin; monteur de machines chez M. Lotz, à Nantes: M. Michaux, conducteur de batteuse à la Société française du matériel agricole, à Vierzon; M. L. Carly, conducteur de machines chez M. Del, à Vierzon.

Produits agricoles et matières utiles à l'agriculturea

Concours spéciaux. — l" Beurres frais. — 1" prix, médaille d'or, M. Julien Toreau, à Laval (Mayenne); 2% médaille d'argent, M. Join, à Auvers-le-Hamon (Sarthe); 3% médaille de bronze, non décerné.

2° Fromages à pâte molle, frais. — Pas de prix décernés.

3° Fromages à pâte molle, affinés. — 1" prix, médaille d'or, M. François Fournier, à Sainte- Marguerite-de-Viette (Calvados) ; 2% médaille d'argent, M. Victor Paynel, à Ghamposoult (Orne) ; 3% médaille de bronze, M. Champion, au Chalet (Ille-et-Vilaine).

4" Produits maraîchers, cultivés en grand. — 1"'' prix, médaille d'or, M. Alfred-Jean Pellier, à Jupilles-Fessard (Sarthe); 2% médaille d'argent, non décerné. •

5° Cidres et poirés. — l" prix, médaille d'or, M. Alfred Hélie, à Canteloup (Calvados); 2" , médaille d'argent, M. Charles-Constant Guérin, à Saint-Germaiu-de-Talvende (Calvados) ; 8^, médaille de bronze, M. Fournier.

6° Produits de distillerie. — 1" prix, médaille d'or, M. Hélie: 2^, médaille d'argent, M. Alexandre Floquet, à Pont-FEvèque (Calvados) ; 3% médaille de bronze, M. Alfred Picquot, à Saint-Pierresur-Dives (Calvados).

7° Plants, arbres, arbustes et produits forestiers. — 1" prix, médaille d'or; 2% médaille d'argent; 3^, médaille de bronze, pas de concurrents.

Produits divers. — Médailles d'or, M. Clément Girard, au Mans (Sarthe); M. Lépine, à Rouez-en- Champagne (Sarthe).

Médailles d'argent, M. Bailleau, à Illiers (Eure-et-Loire) ; M. Pierre Hellard, au Cormier (Eure); M. Leroy-Portien, à Laigle (Orne); M. Sédillot-Delaleu, à Ormoy (Eure-et-Loir); M. Vétault- Rouault, à la Bo:re-Croissante (Maine-et-Loire).

Médailles de bronze, M. Baillargeon, à Sens-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) ; MM. Bessède fils, à Marseille (Bouches-du-Rhône); M. Aimé Ghauffour, à Mareuil-sur-Ay (Marne); MM. Darier de Rouffiou et Cie, à Marseille (Bouches-da-Rône); M. Anatole Legendre, à Villez-Champ-Dominel (Eure) ; M. Jean Loyau, à Louplande (Sarthe); M. Léon Rézé, à Beaumont-Pied-de-Bœuf (Mayenne); M. Roche-Papillon, à Chartres (Eure-et-Loir).

Ernest Menault*

Je viens de lire, avec l'attention qu'il mérite, l'article sur la nourriture des chevaux que vient de donner aux lecteurs de ce Journal le vénéré M. Villeroy (voir le Journal du 29 mai, tome II de 1880, p. 334).

A constater la clarté des idées, la netteté du style, ceux qui, comme moi, lisent depuis bientôt trente ans les publications de notre si dévoué directeur, éprouvent une vive satisfaction, celle de savoir que la Providence accorde généreusement, mais à bien juste titre, des faveurs aussi

marquées à un tel lutteur arrivé à un âge où il est rarement donné à un homme, non seulement d'étudier, mais encore de goûter même le repos.

En analysant le contenu de chacun des petits paragraphes affectés à un aliment donné, tous les praticiens y reconnaîtront le jugement d'un maître. Aussi pour justifier mon titre, me bornerai-je, sur l'alimentation du cheval, à quelques courtes observations. En dehors des qualités nutritives des aliments, il a été et est encore fort discuté par intervalle, sur le mo.dc d'administration, c'est-à-dire sur la préparation à donner aux aliments, soit qu'il s'agisse de les couper ou hacher, aplatir, concasser, soit qu'on fasse intervenir dans les manipulations qu'on leur fait subir, la cuisson, la macération, la fermentation.

J'ai écouté bien des praticiens, les uns pour, les uns contre telle opération. Comme il est d'ordinaire que, de deux hommes d'une valeur incontestable qui ne peuvent s'entendre sur une question de pratique, il n'en est pas un qui ait absolument raison ou tort, j'ai, il y a quinze anspassés, expérimenté les préparationsalimentaires ci-dessus énoncées. Aux chiffres sont venues s'ajouter depuis des observations, des conséquences nouvelles, que j'ai trouvées sur le chemin frayé par mes expériences.

Que peut produire le fourrage coupé ou haché? Un cheval alimenté de foin hache consommera un poids de cet aliment en un temps moitié moindre qu'un poids égal du même foin donné au naturel. Ce fait, je l'ai constaté montre en main. Autre fait : toute déjection d'un cheval qui a mangé du foin haché présentera ce foin, ou mieux les particules, dans le même état de longueur et de largeur qu'elles affectaient au sortir du hache-paille. Les conséquences pratiques de ces faits se déduisent très facilement.

1° Un cheval n'aurait-il que peu de temps pour ses repas, il devra être progressivement habitué à absorber son foin ou sa paille hachée. T D£fns ces conditions, la mastication et l'insalivation étant incomplètes, la digestion stomacale et intestinale enlèveront une somme moindre des substances assimilables du foin; de plus l'animal absorbera une plus grande quantité d'eau pour subvenir à l'eau fournie en moins pendant une déglutition d'une vitesse doublée.

Il en résulte qu'il est utile, au point de vue de l'économie du temps, de faire certains mélanges de foins qui ne sauraient, vu leur odeur, leurs défauts, être mangés à l'état naturel. Le procédé du hachage est contreindiqué pour des chevaux, ayant un temps suffisant pour leur repas, qui réaliseront alors, par une mastication et une insalivation suffisantes, un travail ou un rendement supérieur eu égard au même poids de fourra absorbé.

J'ai langtemps expérimenté les effets de l'avoine aplatie. Je dirai d'abord qu'elle vaut moins à poids égal. En donnant dans les deux cas même poids, c'est-à-dire autant de kilog. d'avoine au naturel que d'avoine aplatie, je constatai une résistance moindre au travail dans le cas de nourriture avec la dernière.

Voulant après l'expérience avec l'avoine aplatie, répéter, sous forme de contre-expérience, avec l'avoine au naturel, je constatai, non avec étonnement, que les chevaux n'avaient pas broyé ni digéré quantité de grains. L'habitude d'avaler plus lestement, les forces digestives moins > sollicitées et par conséquent affaiblies, avaient produit ce résultat.

Il me paraît donc résulter de mes observations sur ce point qu'à part les animaux vieux ou en dentition l'avoine ne doit être fourragée qu'au naturel. Je n'ai pas expérimenté l'avoine concassée c'est-àdire coupée en deux ou trois parties.

Au sujet de l'avoine^ je dois ajouter que sa qualité^ d'après maintes expériences, dépend de la richesse du sol, des engrais, de l'année de sa culture : que toutes choses égales, l'analyse chimique a constaté chez moi que la noire, ainsi que le croient les voituriers, est plus nutritive de 1 0 à 1 5 pour 1 00 que la blanche. Averti par l'expérienceje donne d'habitude, à mes jeunes chevaux à l'élevage, mêlé à leur avoine, un volume de balles double de celui du grain. La présence de ces Ijailes, indépendamment de leur valeur nutritive, provoque selon moi une mastication et surtout une salivation qui exercent sur la digestion, la plus heureuse influence. La démonstration de ce que j'avance m'a été fournie par un élevage opéré par l'un de mes parents.

De 6 mois à 18 mois, mes poulains, qui alors ont une grande disposition à grandir, sont généreusement nourris et mangent de 6 à 8 litres d'avoine par jour plus 2 litres de son à midi; plus tard ils sont successivement descendus à 4 et 6 litres avec 4 litres de son. Mon parent donne son avoine sans balles; de plus avant et après boire — l'avoine doit se donner après boire — et quoiqu'il donne 2 à 3 litres d'avoine de plus à ses poulains que moi aux miens, les siens sont moins en état. Le son doit se donner à peine humecté; en barbotage il donne la diarrhée ou relâche les intestins.

D'après mes expériences, les racines, sauf les pommes de terre, n'ont pas avantage à être cuites.

Des chevaux nourris chez moi d'orge, en place d'avoine, sont devenus mous, suant bien plus facilement. J'ai aussi donné des germes d'orge sans inconvénient, du maïs. Est-il nécessaire d'ajouter que mes chevaux, dans aucun cas, n'avaient ni la vigueur, ni la chair ferme que donne l'avoine?

J'estime beaucoup les fèveroles données modérément, soit à raison de 1 litre ou 1 litre et demi par tête et par jour.

Dans ma pratique, j'ajoute une importance capitale à ne donner à mes animaux, de quelque espèce qu'ils soient, que le moins d'eau possible, de quoi assurer à leurs déjections une consistance solide, sans qu'elles soient luisantes, coiffées.

Par ce procédé, les élèves ne prennent pas de gros ventre et les inconvénients qui résultent du contraire : dos ensellé et poitrine resserrée n'ont pas lieu.

L'espèce bovine, quoique moins difficile dans le choix des aliments, nécessite des soins non moins entendus.

On sait le danger de donner aux vaches des fourrages inférieurs : ceux des prés bas marécageux produisent un lait à réaction acide. De pareils foins sont dommageables aux animaux et aux enfants qui en boivent le lait. C'est une inconséquente pratique, celle de boire du lait non .cuit : que de maladies ne se prennent pas par le lait qui se boit chèrement non cuit pour guérir. Il est établi aujourd'hui que le lait des vaches phthisiques donne la phthisie. J'ajouterai ici, autorisé de l'expérience, que des parents soucieux de la santé de leurs enfants ne devront jamais leur laisser boire de lait non cuit, dangereux surtout pour les enfants en bas-âge, et particulièrement lorsque la nourriture

verte est donnée aux animaux. C'en est dire assez pour conclure.

La fermentation et la macération sont des pratiques qui ne peuvent être que passagères dans une- étable d'élevage, elles donnent, longtemps continuées, naissance à la ladrerie ou phtliisie des organes internes.

Si la drèche augmente la quantité de lait, la qualité en est mauvaise; les chairs des animaux ainsi nourris sont peu nutritives et de conservation très difficile. Bien autrement meilleurs sont lait et viande produits par de bon foin ou de bon regain, auxquels s'ajoute comme ration complémentaire 1 kilog. par tête et par jour de son et surtout de tourteau de lin, le meilleur des tourteaux après le tourteau de noix, ou aussi,- par ordre de valeur descendante, de tourteaux d'arachides décortiquées, de sésame, de coton, de palmiste. Ce dernier est généralement aujourd'hui le plus mauvais dans le commerce.

En parlant de Fespèce bovine, combien recommandé-je de ne jamais rien brusquer dans la nourriture : les transitions dans le fourrage et la manière de nourrir doivent être lentes. A l'occasion de nouveaux aliments, le vacher introduira adroitement une poignée desdits aliments dans la bouche de ses bêtes, puis leur maintiendra les mâchoires fermées un instant. C'est ainsi qu'elles se décideront le plus vite, sans quoi, bien souvent, on entendra dire : les animaux ne veulent pas de telle ou telle nourriture. Ce qui vient d'être dit pour les adultes s'applique d'autant plus aux veaux. Que l'on calcule et l'on verra que 1 0 litres de lait produiront chez un aussi petit animal 1 kilog. d'augmentation du poids vif; c'est, au point de vue de la raison et de la comptabilité, le lait maternel qui est l'aliment le plus avantageux. Il doit, après le troisième mois, être supprimé successivement et par demi-litre et remplacé par 20 à 30 grammes — pour commencer — de tourteau-x de lin. On procède ainsi en diminuant 1 litre de lait par huit jours; mais on continue le plus longtemps possible 2 litres par jour, c'est-à-dire jusqu'au- sixième mois, s'il y a lieu et si le sujet est de mérite. Jamais il ne faut, lorsque le veau a seulement 2 litres de lait, par exemple, ajouter de l'eau. Offrez-lui de l'eau pure, s'il a soif, il boira ; autrement, il rééditera l'anecdote de l'ivrogne qui boit son litre mêlé à 2 litres d'eau.

Pour les ruminants, c'est une erreur aussi de croire à l'effet utile d'une grande quantité d'eau absorbée; les dommages sont ceux qui s'observent chez le cheval. Les taureaux surtout sont abîmés par l'eau pendant l'élevage ; si on ne les rationne pas, ce qui se fait en leur donnant trois fois par jour 4 à 5 litres d'eau, jamais on ne réalisera chez eux de belles formes.

Que dire du porc, qui se nourrit de tout? Généralement on mêle sa nourriture à trop d'eau : erreur regrettable qui ne permet pas une insalivation suffisante, et entraîne une assimilation incomplète. Comme à tous nos animaux, offrez-lui de l'eau pure.

De tous les animaux de la ferme les moins bien soignés, dans bien des localités, sont les espèces ovipares : poules, dindes, canards,, qui peuplent nos basses cours. Si encore on leur octroyait beaucoup d'eau fraîche et pure, les affreuses maladies typhoïdes, le choléra, puisqu'ainsi se désigne un mal qui naguère a fait de nombreuses victimes, seraient inconnus chez elles. Pour les poules, il faut se rappeler que, granivores, la nourriture sèche et non diluée d'eau qu'on leur pré-

sente si rarement, leur est nécessaire. Les grains, le sarrasin, Forge, ■ des pommes de terre cuites et bien écrasées, mêlées à du son, leur font une bonne pitance.

Depuis quelques années, d'intelligents éleveurs ont entrepris l'élevage artificiel des animaux de nos basses-cours. Le succès couronne leurs efforts. Quelle occupation plus digne d'intéresser, par l'agrément qu'elle occasionne et le peu de capitaux qu'elle comporte, des populations des campagnes où le sol est très morcelé, comme dans le Nord et l'Est de la France, en Alsace. A l'œuvre, mesdemoiselles les fermières! Si vous ignorez que ce petit monde de volailles a épris de grandes dames dont il a fait et fera encore les charmes, songez aux termes à payer par vos besogneux parents et croyez aux grandes facilités qui vous sont offertes, par une élève soignée de la volaille, pour alléger leurs charges, en venant de votre pas le plus pressé, remettre avec un gracieux et malicieux sourire au caissier de la maison, — le père ou la mère — le net produit de votre petit monde emplumé. A l'œuvre, mesdemoiselles! Il n'y a pas de petit métier; ne sont sottes parmi nous que celles qui placent toutes leurs forces dans ces charmes extérieurs, habits ou minois, qui tous deux sont les jouets du temps et disparaissent avec lui !

Faire naître, élever, c'est par la pensée s'élever vers Dieu le grand créateur. Jean Kiener. •

LE CINQUANTENAIRE DE dRAND-JOUAN

Le 4 juillet 1880 est, pour l'Ecole nationale d'agriculture de Grand- Jouan, une date qui restera désormais tracée en lettres d'or dans ses fastes, et dont le souvenir demeurera gravé dans le souvenir de tous ceux qui, ce jour-là, entouraient M. Jules Rieffel, le vénéré fondateur de l'Ecole.

Grand-Jouan compte, en 1880, cinquante années d'existence. A cette occasion, les anciens élèves de l'Ecole ont pensé, avec raison, qu'il était de leur devoir de témoigner, par une fêie solennelle, et de leur reconnaissance pour l'école oi^i ils ont reçu l'instruction agricole, et de leur affection pour son fondateur dont la verte vieillesse se rit des injures du temps. Un comité fut constitué sous la présidence de M. Londet, professeur d'économie rurale à Grand-Jouan, pour organiser la fête du cinquantenaire et offrir à M. Rieffel un souvenir de l'affection de ses anciens élèves. Ce comité comptait, avec son président : M. Belot comme vice-président; M. Saint-Gai, comme secrétaire, M. Ronchail comme trésorier, et il était complété par MAI. Chazely, Roussille, Bouscasse, Sensarric, Massabiau, Fiévet et Lucien Lembezat. Ce comité fit appel à tous les élèves de Grand-Jouan, ainsi qu'aux amis de l'agriculture. Une souscription fut ouverte pour offrir à M, Rieffel un objet d'art destiné à perpétuer la reconnaissance de ses élèves.

L'origine de la fête étant indiquée, nous devons en faire connaître les détails à nos lecteurs. Mais il est des choses qui ne se racontent pas, ou dont le suave parfum est perdu quand on les fige sur le papier. La fête de Grand-Jouan a été surtout une fête du cœur ; nous nous avouons incapable à retracer ici la profonde émotion qui en a été le grand caractère. La joie de leurs enfants et petits-enfants est la cou-

ronne des vieillards; M. Kieffela eu, dinianelie, lapins belle couronne qu'il ait pu rêver pour ses cheveux blancs.

L'afïluence des anciens élèves et des amis de l'agriculture qui avaient tenu à donner à x\I. Rieffel ce témoignage de respect, était nombreuse. Nous devons citer quelques noms : M. de Lapparent, inspecteur général de l'agriculture représentait le ministre de l'agriculture. A côté MM. Dutertre, directeur de l'école nationale de Grignon, Barrai, Lecouteux, Bobierre, de la Haye-Jousselin, Despretz, Salvat, Abadie, Pensiot, Leroux, Billot, Baron-Lacroix, Touzard, Boudy, Aubert, Léonard, Bouche, Chenel, Leroux, Garnier, Lorza, Sorin, Drouard, Aillet, de Fontenay, de Beaufond, autant de noms dont quelques-uns sont illustres dans l'agriculture. Puis un grand nombre d'anciens élèves, les autorités du pays, etc., etc. Parmi les visiteurs, il y en avait beaucoup qui n'étaient pas revenus à Grand-Jouan, les uns depuis vingt ans, les autres depuis vingt-cinq ou trente ans. C'est à ceux-là surtout que nous avons demandé leurs impressions. Elles étaient unanimes. Non seulement l'école elle-même a exercé une puissante influence de tous les côtés par les mille jeunes gens qu'elle a formés; mais elle a transformé le pays tout entier. Jadis la lande l'entourait à perte de vue; aujourd'hui, nous venons de le voir de près, la lande est devenue l'exception. La population a gagné en nombre et en richesse, elle a appris à manger du pain de froment ; tout entière elle a appris à bénir le nom de M. Rieffel comme celui du rénovateur du pays. Mais pourquoi en dire davantage, alors que l'histoire de Grand-Jouan est si bien racontée dans les discours que nous allons reproduire.

A trois heures, l'association amicale des anciens élèves de Grand- Jouan tient sa séance annuelle. Elle est ouverte par la lecture d'un télégramme des élèves de Grignon qui ont tenu à envoyer ici un témoignage de la confraternité cordiale qui unit les écoles d'agriculture. A la suite de cette séance, a lieu la remise solennelle de l'objet d'art offert à M. Rieffel par ses anciens élèves. M. Londet préside, assisté de M. Saint-Gai; M. Rieffel est entouré de sa famille : M™ Lembezat, sa fille, qui a été pour lui un véritable collaborateur, et dont les vertus et la bienveillance sont bénies dans tout le pays ; M. Lembezat, inspecteur de l'agriculture, et leurs enfants formés à l'école de leur grand-père et de leur père.

M. Saint-Gai donne lecture de l'adresse à M. Rieffel, rédigée par M. Belot qu'une mission agricole a retenu loin de Grand-Jouan, au moment de la fête. Voici ce discours qui a été plusieurs fois interrom- ■ pu par les applaudissements unanimes :

« Monsieur le Directeur,

ce Au nom de la Société des anciens élèves de Grand-Jouan, au nom de tous les amis de l'agriculture, qui ont bien voulu s'associer à notre œuvre et dont je suis heureux d'être Tinterprète, je viens vous prier d'accepter un témoignage de notre sympathique reconnaissance et de notre profonde affection.

« Formé à l'école de ce grand maître, Mathieu de Dombasle, vous êtes venu dans l'ouest continuer son œuvre.

« Vous êtes arrivé bien jeune dans ce pays, seul, au milieu des landes, vous ne vous êtes point découragé; c'est que vous apportiez avec vous le savoir, l'énergie et la confiance dans le succès, trois éléments indispensables à l'homme qui veut réussir et sans lesquels il doit, tôt ou tard, mais fatalement succomber.

« Autrefois les conquérants plantaient leur épée dans le sol ennemi pour en prendre possession; vous, vous y avez fait passer cet instrument de la paix et du progrès, la charrue, pour montrer que désormais cette terre vous était asservie.

LE CINQUANTENAIRIi DE GRAXD-JOUAN. 65

« Par cinquante années de luttes contre les éléments, contre les préjugés, vous nous avez donné l'exemple de la persévérance; par la transformation de 500 hectares de landes incultes en terres productives, vous avez montré l'action de riiomme instruit sur la nature, vous avez fait mentir ce vieux proverbe breton qui assurait aux landes leur éternité; par les progrès réalisés dans toutes les branches de l'industrie agricole autour de Grand-Jouan, vous avez rendu évidente l'influence des bons exemples sur les populations; et 8,000 hectares de landes défrichés dans le canton de Nozay y ont amené l'aisance et le bien-être.

« Par la fondation de Comices agricoles et surtout de l'association bretonne dont vous êtes encore le Directeur, vous avez été le promoteur des exhibitions d'animaux dont sont sortis plus tard les concours régionaux.

« Par la création de l'Ecole de Grand-Jouan, vous avez répandu l'instruction agricole dans toutes les classes de la société, et vos nombreux élèves ont eu une influence ; marquée sur le progrès. Vous leur avez appris à se servir de la science, tout en s'aidant du savoir du pays où ils cultivent et à toujours marcher avec un plan bien médité.

« Par vos écrits, vous avez enseigné ceux qui ne pouvaient vous entendre et exercé ainsi, au loin, votre action sur la marche de l'a^'riculture; vous avez développé le goiit des champs chez les grands propriétaires en leur montrant qu'aucune profession n'est plus noble ni plus utile que celle de l'agriculture.

a Dans votre monographie du rutabaga, vous avez, le premier, montré les précieuses qualités de cette crucifière au début des défrichements et toutes les ressources qu'on pouvait en tirer.

« Par vos nombreux mémoires insérés dans Y Agriculture de V ouest, vous avez développé les grands principes de l'exploitation du sol; vous y avez surtout étudié cette question si complixe des défrichements ; vous avez fait connaître les résultats de votre expérience, et démontré des principes à peine entrevus par vos devanciers.

« Enfin votre ouvragiî sur le métayage étudie dans ses plus minutieux détails, ce mode d'exploitation, et montre combien dans certaines conditions il est avantageux.

« C'est une transition nécessaire, par laquelle doivent passer les peuples, pour arriver à la plus grande perfection culturale de la civilisation moderne : le fermage.

« Quant à vos anciens élèves répandus, on peut le dire, sur tous les points du globe, fiers d'avoir reçu directement les leçons d'un tel maître, ils en conserveront toujours le souvenir.

« Ceux qui ne peuvent.se trouver aujourd'hui avec nous, s'y associent de cœur et regrettent profondément de ne pouvoir assister à cette fête du cinquantième anniversaire de la fondation de l'Ecole, pour vous témoigner combien nous sommes heureux de vous retrouver, vous, le Fondateur et le Directeur, depuis cinquante années toujours sur la brèche à votre poste de combat.

« Maintecant, messieurs, permettez-moi encore, au nom de la Société des anciens élèves de Grand-Jouan d'adresser les plus sincères remercîments à M. l'Inspecteur général de la Région qui, par sa présence à cette fête, montre tout l'intérêt qu'il porte à notre Ecole; et à tous les amis de notre vénéré Directeur qui, en collaborant ^à notre œuvre, ont voulu laisser une marque durable de leur attachement pour lui, »

C'est avec une vive émotion que M. Rieffel se lève pour répondre, par une allocution écrite avec la clarté, la précision et la bonne foi qui ont toujours caractérisé son talent. Nous tenons à la reproduire, parce que le simple exposé des faits qu'elle rapporte suffirait pour démontrer la grandeur de l'œuvre accomplie. M. Rieffel s'est exprimé dans les termes suivants :

« Messieurs,

« Après avoir i-endu grâce à Dieu, qui a bien voulu me conserver la vie et la santé jusqu'à ce jour, je vous prie d'agréer tous mes remercîments, tous les témoignages de ma reconnaissance pour votre présence ici. Quelques-uns sont venus de fort loin, et ce voyage, possible aujourd hui, eût été bien difficile il y a cinquante ans.

« Quelles transformations se sont faites autour de nous pendant cette période de temps ! Permettez-moi de vous en parler, moi qui ai vu toutes ces transforma-

lions naître, grandir et contribuer à la richesse du pays. A ce sujet, vous voulez J3ien me rappeler mes travaux de dét'riehements. Tous les hommes de ma génération, a-t-on dit cette année au conseil général de la Loire-Inférieure, ont tenu à honneur de prendre part au défrichement des bruyères, et ils ont eu le bonheur de mener l'entreprise à bonne hn dans ce département.

« Avec les nouvelles terres labourées par de meilleures charrues, les cultures se sont étendues et enrichies, les emblavures de fi'oment ont assez promptement remplacé les emblavures de seigle. Ces dernières ont aujourd'hui à peu près disparu, et tout le monde s'est mis à manger du pain de froment. L'homme a commencé par sa propre satisfaction, et c'était assez juste; c'est, d'ailleurs, un encouragement à faire mieux.

<f En efl'et, après lui, le cultivateur songea à ses animaux, et nous avons vu s'élever l'ère des fourrages. Le chou a ouvert la marche avec les pommes de terre. Le chou pour les bœufs et les vaches ; la pomme de terre pour les porcs. Puis est venu le rutabaga, la plante des défrichements. Peu à peu, et avec l'amélioration du sol, la betterave s'est fait sa place Le topinambour commence aussi à se faire la sienne. Je ne peux pas oublier ici, que, dans le cruel hiver que nous venons de traverser, tous' nos bestiaux ont eu sans cesse une bonne nourriture fraîche, grâce à une excellente récolte de topinamhours. Tous les choux étaient gelés.

« Pendant que se développait cette culture des racines, entrait aussi en ligne celle des plantes de la famille des légumineuses, les trèfles violets et les trèfles incarnats, auxquels il faut ajouter les vesces. Ces riches plantes sont aujourd'hui en plein succès dans notre heureux canton de Nozay; et, tandis qu'ailleurs elles périclitent, elles gagnent ici du terrain chaque jour.

« Quels ont été les résultats de cette extension fourragère? La récompense légitime due au travail, une augmentation et une amélioration de tous les animaux, la plus grande source des profits dans la ferme.

« L'histoire du bétail dans le pays de Nozay, depuis cinquante ans, est excessivement intéressante.

« Commençons par le cheval. Autrefois nous n'avions pas de routes, par conséquent il n'était pas question de voitures. Tout le monde allait à cheval, hommes, femmes et enfants. C'étaient de petits chevaux d'une valeur moyenne de 50 fr., nourris sur les bruyères. La construction des routes, à partir de 1833, fit naître les véhicules, et les véhicules demandèrent des chevaux plus forts. Il devint nécessaire de mieux nourrir les chevaux, et j'ai dit comment les cultivateurs ont successivement augmenté leurs fourrages.

« La station d'étalons a engagé les cultivateurs à faire naître et à se livrer à l'élevage du cheval. Cette industrie est réellement nouvelle, car autrefois elle n'existait pas. Ce sera une source de profits.

« L'espèce bovine a reçu l'encouragement le plus énergique par les prix de plus en plus rémunérateurs qu'elle a obtenus. Les bœufs, les vaches, les veaux se vendent aujourd'hui deux et trois fois plus qu'autrefois.

« Mais ce sont surtout les moutons qui ont gagné. Loreque je formai le premier troupeau à Grand-Jouan, il y a près de cinquante ans, j'achetai soixante-dix brebis à la foire de Beaulieu, au prix moyen de 5 fr. chacune. Aujourd'hui, le prix moyen d'une brebis est de 20 fr. C'est un produit quadruple, auquel il faut encore ajouter l'agneau et la laine bien plus chers qu'autrefois,

« Il est excessivement intéressant de bien se rendre compte, dans l'étude d'une contrée, des bénéfices ou des pertes des cultivateurs. Il y a bien longtemps que j'ai fait cette remarque : cpaana les fermiers sont riches, tout le monde est riche et satisfait,

« Cependant cela frappe moins que la proj)osition contraire ; quand les fermiers sont pauvres, tout le monde est pauvre. Voyez ce qu'ont fait en France deux mauvaises récoltes; d'un bout à l'autre du territoire on se plaint, on crie misère.

« Cependant, les salaires ont partout doublé et triplé. Mais cela ne suffit pas ; lorsque le cultivateur n'a pas d'argent, il ne prend qu'un valet au lieu de deux, il diminue le nombre de ses journaliers et de ses journalières, il n'achète plus rien chez le drapier, chez le cordonnier, chez le charron; il prend peu chez l'épicier; tout le monde souffre de la souffrance de ce grand distributeur des richesses que l'on appelle un fermier ou un métayer,

« Après ces études rétrospectives sur les changements survenus, depuis cinquante ans, dans la contrée, au point de vue de son agriculture, parlons de nos écoles. Je me suis occupé d'enseif^nement toute ma vie.

« L'entreprise financière de Grand-Jouan ayant été faite primitivement par une société d'actionnaires, on avait dû publier des prospectus pour la faire connaître. Il est résulté de cette publicité que, dès les premiers temps de l'installation, un certain nombre d'élèves se sont présentés pour les deux Ecoles, que j'avais l'intention d'établir. Il ne faut pas oublier que, pendant plus de quarante ans, nous avons eu deux écoles qui ont commencé ensemble : l'Ecole nationale et la Ferme- Ecole.

« Cette dernière n'existe plus malheureusement à Grrand-Jouan. Mais l'idée en a été féconde; et, quand je fus appelé à Paris, en 1845, au sein de la commission qui préparait le projet de loi sur l'enseignement de l'agriculture, j'ai pu la 'faire adopter par mes collègues. C'est ainsi que l'ensemble de l'enseignement devait comprendre: 1° un Institut agronomique supérieur; 2" des Ecoles nationales; 3° des Fermes-Ecoles.

a Je possédais seul alors les éléments nécessaires à l'organisation d'une Ferme- Ecole, puisque celle de Grand-Jouan fonctionnait depuis 1830. Elle a servi de type à toutes les autres, et mes chiffres ont été adoptés par l'administration d'alors Le nombre des apprentis sortis de cette Ferme-Ecole a été arrêté au chiffre de 467; et, parmi eux il y a eu des hommes de valeur; beaucoup sont entrés dans les écoles nationales, et même à l'Institut agronomicpe. Mon excellent sous-directeur, M. Ronchail, a passé par les deux écoles; et, déjà, son prédécesseur, M. Besnard, aujourd'hui professeur au Chili, avait suivi la même filière.

« L'école nationale d'agriculture, dont nous fêtons aujourd'hui le cinquantième anniversaire, a vu passer sur ses bancs le nombre de 570 élèves.' Ses commencements ont été très modestes. Le matériel d'un simple enseignement pratique est déjà très coûteux en instruments et machines. A plus forte raison, lorsqu'il faut ajouter à ce matériel une bibliothèque, un laboratoire de chimie et de nombreuses collections. "

« Après la société d'actionnaires dont j'ai parlé, j'avais pris l'entreprise à ma charge, et l'on comprend dès lors pourquoi, dans les premières années, l'enseignement a dû être économique. Ce n'est qu'au bout d'une dizaine d'années que le gouvernement se chargea, peu à peu, d'une partie du matériel de l'enseignement et du payement des professeurs dont les appointements n'avaient alors rien de brillant. Malgré cela, professeurs et élèves ont travaillé avec courage et j'ai conservé de ces temps-là les meilleurs souvenirs. Je désire vivement qu'il en soit de même des anciens qui vivent encore. Je dois ici un témoignage de reconnaissance à M. de Sainte-Marie, qui a été pendant longtemps notre inspecteur généra!, et nous a toujours apporté son concours le plus dévoué. Arriva l'année 1848 et M. Tourret deviût ministre de l'agriculture. C'est lui qui avait p.^ésidé, en 1845, la commission d'enseignement dont j'ai parlé. Il se souvint de nos travaux et de nos projets d'organisation générale de l'instruction agricole. Il se hâta de réunir au ministère tous les éléments que nous avions élaborés et présenta à l'Assemblée nationale la loi dite du 3 octobre.

« Il m'appela immédiatement à Paris pour la réorganisation et la transformation de l'Ecole de Grand-Jouan, en Ecole du gouvernement à partir du l'"' janvier 1849. C'est aloi"s que furent faites les constructions qui existent aujourd'hui; et le ministre me demanda si, pendant les travaux, je ne jugerais pas à propos de licencier l'Ecole pendant un an. Nous avions alors une cinquantaine d'élèves, restant des promotions montant au chiffre de soixante-trois; le cœur me saigna de faire perdre une année entière à ces jeunes gens, auxquels j'étais naturellement attaché. Je répondis d'eux, et ils furent logés à Nozay chez des particuliers, comme les soldats; un restaurateur était chargé de la nourriture. Je n ai eu qu'à me louer de ma résolution et de la conduite de ces excellents jeunes gens qui venaient tous les jours à Grand-Jouan pour les cours et les travaux pratiques. Personne n'a perdu son temps. C'était alors un beau coup d'œil de voir la jeune et vaillante population qui nous entourait, composée des cinquante élèves de l'Ecole nationale et des trente apprentis de la Ferme-Ecole.

« Comme toutes les institutions humaines d'une aussi longue durée, celle-ci a connu de bons et de mauvais jours, des jours de pluie et de soleil, ressemblant en cela à la vie du cultivateur. Je vous ai entretenus de nos constructions et de l'heureuse solution que j'ai obtenue, en 1849, dans l'intérêt des élèves. Les constructions ne sont pas complètes ; l'administration avait mis à ma disposition une somme de 200,000 francs. Dans l'intérêt des ouvriers du pays^ je demandai à faire durer les travaux pendant deux années. On dépensa, en 1849,

120,000 francs. Puis, quand, en 1850, je réclamai les 80,000 francs restant, les idées avaient changé, nous avions d'autres ministres et il fallut me contenter d'une somme de 500 francs pour parachever les travaux commencés. Ge fut ma première déception.

a La nation française est ainsi faite qu'il lui faut de continuels changements. Peut-être est-ce le secret de sa grandeur. Dans tous les cas, l'Ecole de Grand- Jouan n'eut pas à se féliciter des changements qu'elle a subis. Après avoir été largement dotée de 300 hectares de terre et d'un nombreux et magnifique bétail, l'Ecole a vu successivement diminuer cette dotation, pour arriver aux plus faibles proportions possibles, il y a quelques années. Les conséquences ne se sont pas fait attendre ; les étrangers, les visiteurs et les élèves ne trouvant plus les attraits d'autrefois, sont devenus de plus en plus rares,

« Aujourd'hui, ces temps nébuleux me paraissent être à leur fin ; et de l'excès du mal naîtra le bien, ainsi qu'il arrive toujours. De nombreux symptômes favorables apparaissent de divers côtés, et je veux en prendre date avec vous, à cet anniversaire que nous fêtons ensemble. *

« En somme, les deux Ecoles, qui ont été fondés sur le domaine de Grand- Jouan, ont donné l'instruction agricole à un nombre total de 1,037 jeunes gens, instruction qui leur a été utile dans toutes les phases de leur existence.

ce A leur tour, ils auront répandu cette instruction soit par l'enseignement direct, soit par leurs relations.

« Lorsque l'on examine l'état de notre civilisation, ses besoins, sa production et sa consommation, on arrive toujours à cette conclusion, savoir : que dans l'intérêt de l'humanité nous ne produisons pas assez de denrées de consommation. Il faut donc apprendre à produire, et former des agriculteurs producteurs en nombre immense.

« Il n'y en aura jamais assez pour le bien général. »

M. Londet, entourédes membres du comité, remet ensuite à M. Rieffel le magnifique objet d'art qui sort des ateliers de Christophle, et dont tout le monde reconnaît le caractère à la fois sobre et élégant. Une renommée s'élève au milieu d'emblèmes agricoles et écrit, sur une table, le nom de M. Rieffel, avec les deux dates de 1830 et de 1880. Ensuite, sous la direction de M. Ronchail, sous-directeur, de MM. Londet, Saint-Gai, Chazely, Roussille, Bouscasse, professeurs, et de MM. Fiévet et Lucien Lembezat, répétiteurs, on visite l'école. C'est alors surtout que les anciens élèves se plaisent à reconnaître les transformations que le temps a opérées : les collections pour l'enseignement forment un musée parfaitement organisé; les laboratoires, sans avoir encore toutes les ressources dont ils pourraient disposer, sont bien agencés; dans deux galeries, sont installés les nombreux instruments d'intérieur et d'extérieur nécessaires pour les démonstrations du génie rural; enfin les champs et jardins d'études sont organisés et cultivés avec un goût et un soin qui font le plus grand honneur aux professeurs et au jardinier M. Moitié. L'avis unanime est que Grand-Jouan possède, dans son corps enseignant et dans les outils mis à sa disposition, tous les éléments nécessaires pour prendre rapidement un grand ossor et ajouter encore d'immenses services à ceux qu'elle a déjà rendus. L'École n'est plus comme jadis, dans une sorte de désert. Le chemin de fer de Nantes à Chateaubriant passe à une dizaine de kilomètres et une nouvelle voie ferrée qui va être construite, aura une gare à Nozay., tout près de l'Ecole.

La fête s'est terminée par un banquet très bien organisé sous une vaste tente ornée avec le plus grand goût par les organisateurs. Partout des fleurs, des guirlandes et des festons. Inutile d'insister sur la cordialité qui n'a cessé d'y présider, mais nous devons indiquer en quelques mots les toasts qui en ont été le couronnement. M. Londet

parle le premier au nom de l'association des anciens élèves ; M. Rieflel lui répond, mais à plusieurs reprises l'émotion l'interrompt, et c'est par un tonnerre d'applaudissements que ses paroles qui vont au cœur, sont accueillies. M. de Lapparent promet à l'École son concours le plus dévoué et boit à sa prospérité. M. Salvat salue, au nom des anciens élèves, Mme Lembezat qui, pour tous, est l'image du dévouement filial et.de la suprême bonté. Puis, successivement, M. Dutertre, au nom de l'École de Grignon; Me Barrai, au nom de la Société nationale d'agriculture; M. Lecouteux, au nom de la presse agricole; M. Ronchail, pour les anciens élèves de la ferme-école et de l'Ecole; M. Chenel, saluent en termes chaleureux, souvent éloquents, le fondateur de Grand-Jouan et son œuvre. M. Lembezat, au nom de la famille de iM. Rieffel, adresse à tous les remercîments les plus vifs et les plus complets.

Le soir, grande illumination et feu d'artiPce. Plusieurs milliers d'habitants sont accourus de tous les lieux d'alentour saluer aussi le vieil athlète de leur pays C'est un magnifique couronnement de la fête. Pour notre part, rarement nous avons vu spectacle plus émouvant; c'est qu'on n'a pas tous les jours devant soi un demi- siècle de vertus élevées et de travail fécond. De quelque vénération que le nom de Rieffel soit entouré aujourd'hui, il rayonnera bien plus vivement dans l'avenir, quand tout le monde comprendra, par expérience, la nécessité de l'instruction agricole. Ainsi qu'on l'a si bien dit hier, trois grands noms resteront à jamais illustres dans les fastes de l'agriculture nationale, et leur gloire ira sans cesse en grandissant : Mathieu de Dombasle qui a créé Roville, Auguste Bella qui a créé Grignon^ Jules Rieffel qui a créé Grand-Jouan. Henry Sagnier.

Grand-Jouan, 5 juillet 1880.

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