VENTE DU TROUPEAU DE M. WILLIAM MAC COMBIE
On se rappelle, sans doute, cette belle troupe d'animaux sans cornes, de race Angus, que M. William Mac Comble, de Tillyfour, près d'Aberdeen, en Ecosse, exposa à notre grand concours international, en 1878, sur l'esplanade des Invalides à Paris. Cette belle troupe, si homogène dans ses fermes trapues et compactes, et dans son pelage noir, fourré comme celui d'un ours, si béate et si placide dans la physionomie de sa tête chauve de cornes, qu'on eût dit qu'elle avait conscience de la fatalité de sa destinée, ou plutôt du but exclusif de son existence, c'est-à-dire l'étal du boucher; cette belle troupe, dis-je, valut à son exposant, le prix d'honneur de l'espèce bovine. On se rappelle aussi le revers de cette grande médaille d'honneur, lorsqu'il fallut subir les ennuis du retour en Angleterre. J'ai raconté dans les pages de ce Journal les conséquences sérieuses de la quarantaine que les animaux anglais eurent à subir à leur retour en Angleterre. On s'en souvient,,! plusieurs des plus précieux lauréats périrent sous ces affreux han- ■ gars des docks de Londres, et les animaux qu'on put sauver ne rentrèrent dans la possession de leurs propriétaires qu'après avoir payé une rançon des plus formidables. L'histoire qu'en raconta M. Mac Comble, sous forme de requête au gouvernement de Sa Majesté la reine, était lamentable et navrante au plus haut degré; mais la loi de cette quarantaine était formelle, il avait fallu s'y soumettre avec d'autant plus de résignation que c'était la gent agricole elle-même qui l'avait le plus ardemment imposée au Parlement.
C'est le 26 août dernier que le célèbre troupeau du grand, éleveur écossais a été finalement dispersé. Hélas! celui-là aussi vient de disparaître, et cette vieille phalange d'éleveurs éminents dont un grand nombre de mes lecteurs ont connu la renommée, sinon les personnes, par mes chroniques agricoles de l'Angleterre, tels que Bâtes, Whetherell, Jonas Webb, Stratton, Fisher Hobbs, lord Spencer, lord Ducie, Mac Comble, le colonel Townely, Eastwood, les Booth, et tant d'autres, dont hélas ! le souvenir m'échappe, semble s'être finalement séparée des générations actuelles par la rupture du dernier anneau qui la rattachait encore à notre temps, en la personne de Mac Comble. De tous ces grands éleveurs qui avaient marqué leur existence dans le monde par un genre spécial et particulier, et dont les noms retenrj
tissaient dans l'agriculture comme dans une armée ceux de grands,-' généraux, comme dans le monde politique ceux de grands hommes d'Etat, il ne reste plus que leur impérissable mémoire et l'influence de leur exemple. Leur présence parmi nous a pris fin, mais leurs œuvres restent après leur mort. Leurs troupeaux dans lesquels ils avaient accumulé tant de qualités héréditaires, ont été dispersés sous le marteau du commissaire-priseur, et comme des semences précieuses que le vent emporte et dissémine au loin, ces types reproducteurs ont emporté avec eux et implanté là où se sont fixées leur existence et leur culture, les germes améliorateurs qui régénè-