LA. RAGE D'ANGUS
s'adjuge à 7,280 fr., et une autre, elle aussi de très belle apparence, ne trouve acheteur qu'à tout au plus 801) fr., et quelques-unes à 400 fr. N'en déplaise aux éleveurs fanatiques de la race Angus, cette différence de prix ne repose point sur une différence adéi[uate de mérite. Le motif qui excite les surenchères, c'est surtout le prestige qui s'attache à un animal renommé, autour duquel s'illumine une auréole de gloire admise par l'opinion publique, puissance qui peut se fourvoyer tout aussi facilement que n'importe quelle autre impulsion de la nature humaine en élevage comme en politique, et qui est bien le guide le moins sûr et le moins infaillible auquel on puisse se fier. Ce prestige, c'est ce qui fait souvent gagner les prix dans les concours, et ielle toujours un éclat séducteur dans les ventes des troupeaux qui en reçoivent les reflets. Généralement, on se souvient du nom de celui qui, dans une vente célèbre, a poussé jusqu'à un chiffre des plus extravagants le prix d'un animal déjà connu par ses succès et parla réputation de son mérite individuel, ou de celui de la famille à laquelle il appartient. Il n'en faut pas davantage pour attirer le bon public, et le tour est joué. Le troupeau qui comporte un tel phénomène, devient renommé. La vente est annoncée avec un boniment dont la ritournelle est l'existence de ce phénomène, et on se précipiteaux enchères. Souvent un nouveau spéculateur achète à un prix encore plus élevé le susdit phénomène, pour jeter, à son tour un grand éclat sur sa marchandise, et tant que dure l'animal en question, il remplit les mêmes fonctions, et sert la même spéculation.
Il faut tirer de ces faits incontestables une autre morale; c'est que ce sont les concours qui, malgréleur incontestable utilité théorique, servent le mieux et le plus directement ces calculs pernicieux. C'est surtout chez nous que cet abus est devenu intolérable. Dans mon opinion, aucune institution sociale, en France, ne réclame une réforme plus radicale que celle de nos concours régionaux et surtout de ceux de nos comices locaux. D'un côté l'influence politique des préfets, de l'autre, celle des magnats locaux qui cherchent à faire triompher leurs pentes routinières, font parfois de ces assises qui devraient être de si précieuses écoles de progrès, une véritable intrigue dont le nœud et le stimulant sont le triomphe d'un intérêt politique ou personnel, ou bien la satisfaction d'un préjugé ignorant. F.-R. de la Trehon.nais.