LA RACE D'ANGUS
qui lui est exclusif. Aucune autre race ne le possède à un degré aussi absolu. La couleur de la race Devon est bien rouge, mais ce rouge présente des nuances et les produits du croisement Durham-Devon, présentent souvent une nuance modifiée par ce croisement. Il en est de même pour les Hereford, dont le corps est rouge avec la tête blanche, une raie dorsale blanche et le ventre blanc; on dirait un animal blanc recouvert d'un manteau rouge ouvert sur le dos ne .se joignant point sous le ventre, et laissant passer la tête blanche. Là encore, les nuances sont diverses, et facilement attaquées par le croisement. Il en est de même des races de la Hollande, du Holstein, et de toutes nos races françaises dont la couleur est facilement modifiée par le croisement des Durham. En France, la couleur la plus tenace, c'est celle des Charolais, mais comme la couleur blanche est aussi celle de la race Durham, conjointement avec la couleur rouge, il s'en suit que les croisements Durham-Charolais sont presque toujours blancs. Mais avec le noir des Angus, il n'existe aucune compromission. Cette couleur est tellement fixe, tellement rebelle à toute intrusion, atout mélange que, quel que soit le type reproducteur avec lequel on croise ceLte vieille race, le produit reste noir. C'est du reste cette persistance d'aspect dans la couleur et dans l'absence de cornes, dans les croisements, qui a fîivorisé l'accouplement des vaches Angus avec des taureaux Durham, croisement dont les éleveurs écossais ont depuis longtemps reconnu les grands avantages, car le produit reste Angus dans son aspect extérieur, et acquiert ces qualités de précocité et d'aptitude à l'engraissement qui sont essentielles chez une race de boucherie.
Il existe une autre qualité précieuse au point de vue général, que le croisement Durham n'a pu réussira donner entièrement à la race Angus : c'est la qualité laitière. Néanmoins, on remarque que les produits croisés Durham donnent plus de lait que les vaches de sang pur. Mais malgré cette heureuse modification d'un défaut inhérent à la race, les Angus ne sont pas laitiers. C'est une race essentiellement à viande ; cela ne veut pas dire qu'elle ne donne point de lait. J'ai vu des vaches provenant d'un croisement Durham donner de bonnes quantités moyennes delaitj mais, en général, la race Angus n'est point laitière.
Sur les grands marchés, les bouchers donnent aux bœufs Angus une préférence marquée qui se traduit par des prix plus élevés, et cette préférence est pleinement justifiée par la qualité supérieure delà viande et par le rendement. Voilà le grand mérite de cette race. En Angleterre dans les comtés du Nord, on engraisse des Angus ; mais on n'en élève que dans le comté d'Aberdeen, et les éleveurs ont raison; car l'élevage de cette race ne peut réussir que dans un pays oii l'engraissement se fait en stabuialion quasi permanente, à cause du climat, et là aussi où la culture du turneps, par des causes également locales et climatériques, est la base de l'agriculture et la source presque exclusive où l'on puise l'alimentation des troupeaux. Il est d'ailleurs reconnu que l'élevage de la race Angus même croisée avec le Durham, ce qui est devenu une pratique générale, même dans le comté d'Aberdeen, ne peut être profitable que là où se rencontrent ces conditions de climat, de sol et de culture. C'était donc à bon droit que le professeur de zootechnie de l'Ecole de Grignon, s'étonnait d'avoir vu des Angus en Champagne. Sa surprise sur ce point était légitime, mais je n'en dirai pas autant de son appréciation de la race ovine Shropshire, qui, elle, a sa raison d'être
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en Champagne comme ailleurs, où, il faut s'en réjouir, cette admirable race tend à se répandre avec rapidité.
Ce préambule est bien long, sans doute, mais j'ai pensé qu'avant de donner les résultats extraordinaires de la vente du troupeau de Tillyfour, mes lecteurs seraient bien aises de connaître un peu cette race Angus dont il s'agit, et de comprendre à quels titres elle jouit d'une faveur si marquée dans le pays oii elle fleurit.
Le troupeau de feu William Mac Comble, au moment de la vente, comprenait en tout 70 têtes dont 28 vaches, 13 génisses, 15 veaux femelles et 14 mâles de tout âi^e dont deux veaux nés en 1880. Ainsi que je l'ai remarqué en commençantM. Mac Comble avait déjà vendu la plus grande partie de son troupeau en 1 878 peu de temps après le concours de Paris. Il ne conserva alors que quelques vaches âgées, mais donnant encoredes produits, et le groupe lauréat toutentier du concours de Paris.
Le troupeau qui vient d'être vendu se composait de cette première réserve autour de laquelle, avant de mourir, l'éminent éleveur avait réuni, de-ci de-là, les meilleurs animaux qu'il avait pu rencontrer, et, autantque possible, descendant de la race qu il avait lui-même créée à Tillyfour. Il en résultait dans l'ensemble de ce troupeau une certaine absence d'homogénéité, mais néanmoins, on avait rarement vu un pareil assemblage de bons animaux dont quelques-uns étaient véritablement hors ligne. Aussi l'assemblée des acheteurs venus de tous les points de l'Ecosse et même d'Angleterre, était-elle très nombreuse et surtout très distinguée; comprenant au nombre de près de quinze cents, tous les agriculteurs, propriétaires et fermiers les plus éminents du pays.
Comme c'est la coutume universelle, la vente a été précédée d'un lunch plantureux devant lequel les quinze cents convives se sont assis, sous la présidence du marquis de Huntley, et lorsque ces quinze cents appétits lurent rassasiés, ce qui comporte une consommation pantagru-élique de victuailles substantielles, d'ale forte et de wisky, dont la dépense a du absorber la valeur de pas mal des animaux vendus, on s'est dirigé vers l'enceinte circulaire autour de laquelle, en guise d'amphithéâtre, on avait aligné des chariots de toute espèce et de tout calibre, lesquels munis de planches en guise de sièges, permettaient à tous de voir et d'apprécier chaque animal, au fur et à mesure qu'on le faisait entrer dans l'enceinte.
La moyenne réalisée par les 70 têtes a atteint le chiffre de 48 livres sterling un sheUing et 4 pences, ce qui, au taux actuel du change, représente 1,218 fr.55.
Ces chiffres, ainsi généralisés, ne donneraient aucune idée de la valeur relative des Angus de 31. Mac Comble, s'ils n'étaient soumis à une analyse. Ainsi, dans la section des vaches, c'est-à-dire des femelles âgées de quatre à huit ans, il y en a eu cinq dont la moyenne a atteint le chiffre énorme de 4,309 fr. 50. L'une de ces cinq vaches {Pride of Aberdeen 9") a été adjugée au prix de 7,28G fr. 70. Il faut remarquer que ces cinq vaches d'élite appartiennent presque toutes au groupe lauréat de l'exposition de Paris.
En dehors de ces cinq vaches, la moyenne des autres n'a pas dépassé 800 fr. Ce contraste frappant demande une explication; car en rendant compte d'une vente oii des chiffres si disparates se produisent, il importe que la galerie comprenne pourquoi une belle vache