IV. — Les égouls et les 'matières fécales
Les agriculteurs savent que des plaintes très vives contre les mauvaises odeurs qui sortent des égouts ec des usines oi^i sont traitées les matières fécales autour de Paris, sont chaque jour émises par les habitants de plusieurs quartiers de la capitale. L'émotion publique est devenue générale depuis que, le 25 septembre, quatre ouvriers ont été retirés morts d'un égout du boulevard Rochechouart qu'ils étaieat chargés de curer. Il y a là des faits d'une hautj importance pour la santé publique et pour l'agriculture. Il nous paraît nécessaire d'en faire la distinction.
Les égouts, dans l'origine, ont été destinés à enlever les immondices liquides et les eaux pluviales des voies publiqLies. Depuis quelques années, on a voulu étendre leur destination et les charger d'enlever aussi d'abord les matières liquides, puis môme les matières solides des fosses d'aisance. Enfm, il est même arrivé, cet hiver, qu'on y a jeté au moment des neiges qui ont encombré les rues, toutes les immon-
dices imaginables. On avait pensé que des lavages avec des quantités suffisantes d'eau enlèveraient tout inconvénient à ces opérations. Si les quantités de liquides sortant des égouls selrouvaientchaque jour plus considérables, et étaient, en outre, tellement nauséabondes qu'il était impossible de continuer à les dévei-ser dans la Seine, on avait le projet de les répandre en irrigation, non seulement dans la plaine de Gennevilliers, mais encore sur de vastes terrains de Saint-Germain et des communes voisines. D'un autre côté, la fabrication du sulfate d'ammoniaque avec les urines et en général les matières des vidanges des fosses, est devenue une industrie très florissante depuis que l'agriculture se sert avec profit de ce sel et l'achète à des cours qui atteignent et dépassent même 50 fr. par 100 kilog. U n'y a pas d'autre source de sulfate d'ammoniaque que les eaux ammoniacales des usines à gaz et les liquides des fosses d'aisance. Par conséquent, l'usage de plus en plus habituel que l'agriculture en fait, en rendant la demande du produit plus fréquente, multiplie l'établissement des usines qui peuvent se procurer la matière première. De là, les dépotoirs et les fabriques de sulfate d'ammoniaque qui se sont établis à Billancourt, à Nanterre, à Choisy-le-Roy, dans la plaine de Saint Denis, à Maisons- Alfort, etc. Ces usines ont été autorisées comme n'étant pas suffisamment insalubres. Il faut convenir que, pour la plupart, elles sont d'un voisinage peu agréable, si ce n'est t'angereux. Naturellement leurs directeurs soutiennent qu'elles sont absolument inoffensives.
Une autre cause avait été encore attribuée aux mauvaises odeurs dont se plaint Paris. On sait que le sous- sol de la capitale est noirâtre dans les rues, et particulièrement autour des tuyaux qui conduisent ie gaz. M. Chevreul, il y a de longues années, a expliqué comment une terre contenant du sulfate de chaux, produit, en présence des matières organiques, du sulfure de calcium. M. Henri Sainte-Claire Deville vient, devant l'Académie des sciences, de reprendre la question, et il conclut de ses recherches et de ses obser vations, à l'innocuité des odeurs provenant de la terre noire placée au-dessous des pavés, à cause des produits empyreumatiques et antiseptiques qu'y apporte constamment le gaz d'éclairage.
Il est évident que les égouts et les conduites de gaz sont indispensables à la vie d'une grande ville. lis ne peuvent pas avoir été plus nuisibles en 1880 que les années précédentes, à moins qu'il n'y ait eu des abus. Rien n'a été changé au sous-sol des rues de Paris ; il faut laisser cette question de côté. Pour ce qui concerne les égouts, nous croyons qu'on a commis une grande faute le jour où l'on a autorisé d'y déverser des matières fécales directement des maisons, à la condition, il est vrai, d'un grand épandage d'eau. En effet, dans les matières fécales, à certaines époques d'invasion de maladies contagieuses, il peut se trouver les germes mêmes de ces maladies, ainsi que cela paraît bien constaté en ce qui concerne le choléra. Nous avons toujours été partisan de la conservation des fosses d'aisance dans les habitations, et dans la prescription de leur étanchéité absolue, comme l'a demandé M. Chevreul. Les égouts doivent être réservés exclusivement pour l'écoulement des eaux pluviales ménagères et le lavage des rues. Même dans ces conditions, elles ne doivent pas être déversées dans les cours d'eau publics. Dès 1857, nous avons écrit sur ce sujet une lettre à M. deMonny de Mornay, alors directeur
de l'agriculture et qui était notre confrère à la Société d'agriculture. Nous appelions son attention sur la convenance qu'il y aurait à prolonger 1 egout collecteur jusque tout auprès de l'Océan dans les vastes espaces à peu près incultes que laisse la Seine dans un de ses derniers détours, avant d'arriver à Quiliebœuf. 11 y a là des milliers d'hectares qui pourraient être transformés en terres riches par les irrigations avec les eaux d'égout; lorsqut; ces dernières seraient en trop grande quantité, la mer recevrait l'excès. D'un autre côté, ce serait aussi vers ce rivage que l'on pourrait diriger toutes les vidanges des fosses d'aisance, et en établissant dans cette contrée isolée des fabriques de sulfate d'ammoniaque et autres engrais provenant des urines et des matières fécales. La distance à Paris est de 50 lieues, il est vrai, et la ditîerence de niveau n'est que de 2G mètres, soit, 13 cent-millièmes par mètre, ce qui est faible. Il faudrait doncfaire des chasses par machines, ou établir à bon marché une voie lerrée pour les fosses des vidanges.
Il m'a été objecté alors que l'exécution de ce projet coûterait trop cher, il a été enfoui et rejeté au fond des cartons. Je reste néanmoins convaicu qu'on y arrivera, parce que, après tout, la dépense ne dépasserait pas une cinquantaine de millions et que certainement on proiiiguera chaque année plusieurs millions pour des solutions qui ne donneront satisfaction à personne. En Angleterre, la question des égouts de Londres a cessé d'agiter l'opinion publique, depuis que l'égout collecteur a été prolongé vers la mer. Quoiqu'on fasse, il en sera de même en France pour les égouts de Paris. Si l'on veut une véritable salubrité, il faut prendre les moyens de l'obtenir. Jusqu'à présent on n'a eu recours qu'à des palliatifs. Lorsque la population de Paris passera de 2 millions à 3 et 4 millions, comme c'est arrivé pour Londres, le danger des émanations pestilentielles sera tellement considérable qu'il fauiira bien chercher une solution radicale, à moins que la grande ville n'ait été auparavant dépeuplée par quelque peste qu'elle aura engendrée elle-même, par suite du manque d'énergie de la part des pouvoirs publics.
Y. — Expériences de batteuses à Joinvilk-k-Pont,
D'intéressants essais de machines à battre se font actuellement par les soins d'une commission de la Société des agriculteurs, à la ferme de la Faisanderie, près de Joinville-le-Pont. Pour la première fois, on essaie ces sortes de machines au moyen du dynamomètre, afin de se rendre bien compte de la dépense de force nécessaire pour les opérations de battage et de nettoyage du grain.
Les machines qui concourent pour ces essais sont seulement au nombre de six, savoir : deux machines anglaises de Garrett, amenées par iM. Pilter; deux machines Marshall, envoyées par M. Waite Bur nell; une machine américaine, amenée par M. Aultmann, et enfin une mac'iine française de M. Pécard, de Nevers. — Les expériences ont commencé le 23 septembre; elles vont durer jusqu'au V octobre. Elles présentent un véritable intérêt. Nous engaoeons les agriculteurs a aller les voir entre une heure et quatre heures de l'après-miili.
Les machines qui fonctionnent sont à grand travail, et présentent des dispositions remarquables. Ces essais sont instructifs, et pour les constructeurs, et pour les agriculteurs.