LEUR VALEUR RESPECTIVE
Lorsque, dans i'un de mes derniers articles sur la race Durhain, j'ai affirmé qu'il n'existe point en France un seul vrai durham, ni à Gorbon, ni dans aucune étable particulière, j'appréhende que bon nombre d'éleveurs se sont dit que je voulais trop prouver, et que mon argument reposait sur des propositions exagérées. Je viens aujourd'hui répéter, avec preuves à l'appui, qu'en dehors des familles dont la filiation est bien authentiquement établie par des pedigrees remontant sans mélange de sang aux souches que j'ai fait connaître, il n'y a pas de durhams véritablement purs, quelle que soit d'ailleurs la longueur de leurs généalogies. Ces généalogies, qu'on trouve dans le Herd-book, ne prouvent qu'une chose, c'est qu'une vache est fille de sa mère. jMais si cette inscription suffisait pour établir la pureté de sang d'un animal, il n'y a point de variété de l'espèce bovine, dans tous les pays du monde, qui ne soit capable d'aligner de nombreuses générations remontant à des souches aussi antiques que celles de la race Durham. C'est tout bonnement une affaire de temps. La généalogie d'un animal n'est point une preuve de la pureté du sang qui coule dans ses veines, ni de l'existence de la seule chose qui constitue sa valeur : l'hérédité. Or, l'expérience a prouvé que les anciens éleveurs avaient bien raison lorsqu'ils ftiisaient un choix si rigoureux des taureaux auxquels ils accouplaient les femelles des familles remarquables dont les produits manifestaient cette précieuse prérogative de l'hérédité, laquelle n'existe que dans ces familles. Je vais en citer une nouvelle preuve fournie par les résultats des ventes qui viennent d'avoir lieu en Angleterre.
La première de la série a eu lieu le 24 août dernier à Blebo, en Ecosse. Les animaux exposés en vente comprenaient le troupeau tout entier de M. Bethune, plus quelques sujets d'élite provenant des étables de deux éminents éleveurs, MM. Michel et Cruickshank. 11 y avait à cette vente 45 femelles et 4 taureaux. La moyenne des femelles a été de 640 fr., celle des taureaux de 500 fr.
Le 8 septembre suivant, le môme commissaire-priseur, ?tL John Thornton, assemblait autour d'une arène improvisée, sur une des fermes du château d'Underley, une assemblée d'élite, comprenant tous les grands éleveurs de l'Angleterre venus pour se disputer les animaux du troupeau appartenant au comte de Bective, l'un des principaux éleveurs de durhams en Angleterre. Cette vente comprenait 56 femelles de tout âge, depuis onze ans jusqu'à deux mois, et 16 taureaux. La moyenne des 56 femelles, jeunes vêles comprises, s'est élevée à 4,500 fr.; celle des taureaux à 2,300 fr.
La veille, dans le môme district, à quelques kilomètres seulement d'Underley, M. Thornton vendait le troupeau appartenant au capitaine Chambley, au parc de Skirsgill. En voici le résultat : 47 femelles ont réalisé une moyenne de 730 fr., et 7 taureaux une moyenne de 330 fr. seulement.
Deux jours après, le même M. Thornton faisait une autre vente, près de la cité d'York. A cette vente, 33 femelles ont réalisé une moyenne de 930 fr., et 9 taureaux une moyenne de 608 fr.
Pour que le lecteur se rende mieux compte de ces résultats, et pour
14 LES VRAIS ET LES FAUX DUliHAMS.
en rendre la comparaison plus facile, j'arrange le tableau suivant