‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 389 sur 752 · TABLEAU DES MOYENNES · texte numérisé non relu

TABLEAU DES MOYENNES

Ventes. Femelles. Taureaux. Moyenne totale.

Blebo, le 24 août 18S0 640 fr. 500 fr, 630 fr.

Skirsgill, le 7 septembre 1880 730— 330— 650 —

IJiiderley, le 8 seplembie 1880 4,500— 2,3C0 -> 4,000 —

ThicketPriory, près York, le 10 septembre 930— • 608 — 860 —

Un contraste si frappant dans la valeur respective d'animaux de la môme race, vendus, à l'exception de la première vente, dans la même région, demande une explication, et c'est dans cette explication que je puiserai la preuve de ma proposition : qu'il y a de vrais et de faux durliams, et que ce sont les vrais seulement qui ont une valeur transcendante, et que les feux, quelque soit leur mérite personnel et la longueur de leur pedigree, n'ont abolument qu'une valeur de foire déterminée par leur aptitude à la sécrétion laitière et à l'engraissement, ce qu'on peut voir par la moyenne obtenue dans les deux premières ventes indiquées au tableau ci-dessus. Dans ces ventes, les prix qui varient de 350 à 800 fr., ne dépassent pas ceux de nos vaches de races françaises. Il y a des vaches normandes qui se vendent plus cher, et la moyenne des vaches hollandaises que l'on importe en France est au moins de 600 fr.

On remarquera que la dernière vente indiquée au tableau ci-dessus présente une moyenne plus élevée que celle des deux premières; l'explication de celte différence en plus dans la vente d'Underley et dans celle de Thicket Priory est aussi très facile à expliquer. C'est que dans la vente d'Underley, la majorité, pour ne pas dire la totalité des animaux, appartient à des familles de sang pur et non mélangé. Chez ces animaux, comme nous allons le voir dans l'analyse de ces ventes, la filiation est immaculée, ce sont de vrais Durham, dont le sang est absolument pur ; les deux lignées, mâle et femelle, remontent et^descendent, sans rupture aucunQ, une échelle généalogique, dans laquelle il ne manque aucun échelon; tandis que les autres troupeaux, à l'exception du dernier, oi^i il y avait quelques Waterloo qui ont relevé la moyenne, ne comprenaient que de bonnes vaches laitières, ayant des deux côtés du sang Durham bien constaté par de très longues généalogies, mais resté sans hérédité, et soumis à l'incertitude d'une filiation rompue, d'accouplements hétérogènes, et offrant le chaos d'un écheveau embrouillé. Ces vaches n'ont donc qu'une valeur purement individuelle, et n'atteignent que le prix de marché, car leur mérite s'arrête à leur individualité. Ce sont de bonnes et belles vaches, que l'on paye à leur valeur intrinsèque, au point de vue de leurs qualités particulières et des avantages immédiats qui peuvent en résulter pour l'agriculture; en un mot, ce sont des animaux de rente et pas autre chose.

Pour les animaux du troupeau d'Underley, c'est autre chose. La première vache qui se présente dans l'arène, est une pure Gwynne. Cette vache est âgée de onze ans, cependant elle trouve un acquéreur au prix de 1,750 fr., parce que la famille des Gwynne, remonte en ligne directe à Princess par Favourite (252), cette vache célèbre qui, a elle seule, a fait la renommée de Robert Colling, et dont, plus tard, je raconterai l'histoire.

La seconde vache est une pure Waterloo, famille dont j'ai raconté

rhistoire, et qui compte parmi les meilleures du troupeau de Kirklevington. La troisième est une Gazelle^ remontant à la vache Uillicenl par V rince of Waterloo, et l'une des bonnes familles laitières et parfaitement pures de la véritable race Durham. Puis viennent en succession, une Wild Eyes, autre grande famille de Bâtes, qui réalise 2,800 fr., puis une autre Gazelle achetée par Son Altesse Royale le prince do Galles, au prix de 4,250 fr. Puis vient une autre Wild Ei/es, vendue 2,0U0 fr.; une Winaoïne Duchess de la môme famille que les Wild Eyes qui trouve acheteur à 10,650 fr. Vient ensuite une Princess remontant directement à la Princess par Favourite (252), de Robert Colling, que M. Loyd ne craintpas de payer 10,800 fr.; une quatrième Wild Eyes réalise une couple de mille francs. Une Acomb, autre famille très laitière et remontant à une vache de Bâtes, dont la fille Acomb par le fameux Belvédère (1,706), a donné son nom à cette tribu des purs Durham, réalise, sur l'enchère du colonel Kingscote, la somme de 1 ,300 fr. seulement, somme qui représente à peine la moitié de sa valeur. Une autre Wild Eyes échoit à la convoitise de M. Lovatt qui reconstitue son troupeau dispersé l'autre jour, au prix de 1,600 fr. Puis vient une Inrklevington Princess^ branche de la famille Gicynne, qui réalise 4,500 francs. Voici une Barringlon qui, sous le nom de Lady Edith Bâtes, est adjugée à M. Fox, au prix de 8,000 fr. A ce point de la vente, on introduit dans l'enceinte une génisse de deux ans, qui semble singulièrement surexciter les esprits. En effet, c'est une véritable Duchesse. Après un moment d'hésitation et de recueillement, la lutte s'engage, lutte vive, fiévreuse, où les coups de guinées s'échangent par cinquante et cent. Le vainqueur est lord Faversham, mais il laisse étalés sur le champ de bataille, comme prix de sa victoire, la somme de 53,255 fr.

Voici un autre spécimen du sang Bâtes ; c'est une Red Rose qui réalise le prix très respectable de 8,000 francs. Puis se présente un autre spécimen de la famille des Gwynne^ qui trouve acheteur au même prix de 8,000 francs. Un spécimen de la famille de C/terr^, famille bien tracée et très laitière, remontant à la vache célèbre Old Cherry, atteint le prix de 1,900 francs. Ici, survient une autre Wild Eyes qui soutient la réputation de la noble famille en réalisant un prix de 3,750 francs. Une génisse de deux ans, fort belle, fille du taureau pur Duchesse, Duke of Underley (33, 745) et pleine d'un autre taureau pur Duchesse, Grand Duke, 36'' (43,306', mais n'appartenant à aucune famille de sang pur, bien qu'ayant une bonne généalogie, subit les conséquences de son sang mélangé et ne réalise que 750 francs. Après cette génisse à bon marché, voici un spécimen de la famille Oxford, qui relève les enchères et les enlève jusqu'à 25,800 francs. Un autre spécimen de la famille des /u>/l;/6'um^/o« réalise 10,700 francs; puis viennent trois magnifiques génisses sang mélangé, qui ne réalisent qu'une moyenne de 600 francs, leur prix de marché malgré, leurs longs pedigrees dûment inscrits au Herd book, et malgré leur mérite incontestable, mais malheureusement individuel.

Une génisse de dix-huit mois, appartenant à la. îamille Cherry déjà nommée, réalise 2,800 francs, et un nouveau spécimen des Wild Eyes est adjugé pour 2,700 francs. Ici intervient une génisse de sang mêlé qui, malgré son mérite exceptionnel, ne trouve acquéreur qu'à 850 francs ; une autre gazelle réalise 1,300 francs. Puis vient une

Acomb, à 1 ,600 francs, une Butterfly h 1 ,250 francs, une Kirklemngtonk 9,500 francs, une Princess 1 1 ,500 francs, une WUd Eyes 0,000 francs, une fValerloo 3/250 francs, uneOxfonl 13,000 francs, encore une Will Eyes 2,500 francs, une Gwynne 4,500 francs, une autre Gwynne 2,250 francs, et enfin G génisses de sang mélangé dont la moyenne n'a pas dépassé 500 francs.

Comme résumé, je donne le tableau suivant qui indique la moyenne de chaque famille distincte et celle des Durliam à sang mélangé :

Femelles, vaches et vèles^ Taureaux et veaux mâles.

Numbieaaiii- Moyenne Nombre

Familles. maux vendus, en francs. Familles. des télés. Moyenne.

Oxford l 53,255 Duchesse 2 12,000

Wildeyes 11 3,558 Red Rose i-i 2,880

Cherry 4 1,880 Kiiklevington . 2 2,8:55

Gwyiiiie.. . . 4 1,880 Gwvnne t 7,800

Princess , 2 10,850 Daisy 1 2,750

Barrington... 1 8,050 WildEyes.... 2 815

Gazelle 4 1,530 Flora 1 2,650

Waterloo 3 2,000 Cherry 1 925

Kirklevingion . 4 8,000 Gazelle 1 530

Oxford 2 19,650 Sang mêlé 3 775

Red Rose 1 9,000

Acomb ... 4 1,450

Sang mêlé 15 1,000

Cette statistique démontre, avec une évidence incontestable, que ce qui existe aujourdhui sous le nom de race Durham, se divise en deux classes bien distinctes. L'une comprend toutes les familles bien tracées, remontant à des souches connues et appréciées, et cela sans mélange aucun, sans mésalliance, et qu'on peut ranger dans la catégorie des Durhams véritablement purs. L'autre comprend tous les Durhams issus d'animaux purs et inscrits, mais ne remontant point en ligne directe aux souches de la race pure, ayant été mélangés sans système, sans sélection, sans ordre, produits de taureaux de hasard, eux-mêmes produits de la même façon, et par conséquent n'ayant d'autre valeur que celle du marché, c'est-à-dire celle qui ressort de leur valeur individuelle.

De ces faits indiscutables, il faut naturellement conclure que tous les Durhams qui n'appartiennent pas aux familles privilégiées de la race pure, et c'est le cas des Durhams français sans exception, inclus ceux de Corbon, sont de faux Durhams. Ce sont tout au plus de bonnes vaches à lait et à viande, incontestablement supérieures aux vaches de races françaises, mais sans aucune valeur exceptionnelle pour la reproduction. Les prix obtenus par les animaux de cette catégorie ne dépassent pas, à mérite individuel égal, ceux des vaches communes sans pedigree. Il faut encore conclure que les éleveurs français, depuis l'introduction delà race Durham en France, ont absolument fait fausse route, et que ce qu'ils croient être de purs Durhams, n'est que du bétail ordinaire, n'ayant aucune valeur de reproduction.

Les ventes que j'ai citées en commençant ne sont que des exemples queje n'ai point choisis pour les besoins de ma cause. Ces quatre ventes étaient successives, et toutes, à l'exception d'une seule, ont eu lieu dans la même semaine et dans le même district. Le même commissaire-priseur y a présidé, et toutes mettent en évidence les mêmes résultats, lesquels d'ailleurs sont toujours les mêmes, depuis longtemps déjà. On a vu par le tableau des moyennes de ces ventes, que celle de Thicket Priory a réalisé une moyenne plus élevée que les

autres à l'exception de celle d'Underley; le résultat est du à la présence de quatre Waterloo , dont la moyenne a atteint près de 2,000 fr. Ce résultat prouve que, dans toutes les ventes, les représentants des familles pures sont seuls recherchés des acheteurs et que tous les autres se vendent au prix: de marché, comme les vaches ordinaires non inscrites au Herd book, et pas plus cher, à mérite égal.

Comme conclusion pratique de ma proposition, et comme preuve que mon appréciation est juste, je n'hésiterais point à m'engager à livrer tous frais payés, à Dieppe, n'importe quel nombre de vache? et génisses Durliam, en aucun point "inférieures aux plus belles qui existent en France, bonnes laitières, avec des mètres de généalogies inscrites au Herd book, mais de sang mêlé, au prix de 800 à 1 ,000 fr. par tête, comme prix maximum, tandis que quand il s'agit d'animaux appartenant aux familles de sang pur, ces prix doublés et triplés sont des minima au-dessous desquels on ne peut rien acheter.

F. R. DE LA TUÉHONNAIS.

Le sixième concours départemental d'animaux reproducteurs organisé par la Société des agriculteurs de la Sarthe a eu lieu au Mans le 1 8 et le 19 septembre. Quoique suivant de près notre très brillant concours régional et malgré le mauvais temps, il y a eu un grand succès.

Le nombre d'animaux exposés était à peu près le mêma que l'année dernière.

La race Durham était admirablement représentée. Des agriculteurs de plusieurs parties de la France sont venus à ce concours pour acheter de jeunes taureaux Durham et ils n'ont eu que l'embarras du choix. Les principaux succès ont été pour les étables de M. Lépine, de M. de Villepin et de Mademoiselle de Rougé.

La catégorie des croisements Durham était très remarquable sous tous les rapports.

Quant à la catégorie des races du pays, toujours la plus nombreuse, elle présentait un ensemble des plus satisfaisants ; il y figurait des sujets hors ligne et on n'y rencontrait pas un animal défectueux,

Les espèces ovine et porcine étaient plus largement représentées que les années précédentes. La plupart des animaux exposés dans ces deux classes étaient très bons ; mais c'est surtout dans l'espèce porcine que se trouvaient les sujets les plus remarquables.

Quant à l'exposition des animaux de basse-cour, elle était, comme toujours, très brillante, tant par le nombre des lots exposés que par la qualité des animaux qui composaient ces lots. Les plus beaux sujets du département dans les races fléchoise, de Houdan, Crèvecœur et oies de la Sarthe, se trouvaient là réunis.

Il est de toute évidence que le progrès, en ce qui concerne l'élevage des bêtes bovines notamment, s'accentue de plus en plus dans notre département, et certes le concours départemental de chaque année sous l'habile direction de M. Courtillier, a sa large part dans les améliorations rapides que les agriculteurs sont unanimes à constater.

Après la belle réussite du concours de cette année, malgré les conditions défavorables dans lesquelles il se trouvait, il y a tout lieu d'en espérer un très brillant pour l'année prochaine. D'ailleurs un nouvel élément de succès viendra s'ajouter à ceux déjà réunis.

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