IMMUNITÉ DES MOUTONS ALGÉRIENS CONTRE LE CHARBON
ce L'iniluence des lieux frais et humides est tellement certaine, dit M. Bouley, que les fermiers n'hésitent pas à acheter des troupeaux sous le coup ou déjà atteints du sang de rate, persuadés qu'en les faisant pâturer sur des terrains saturés d'eau ils arrêteront les progrès de cette dernière maladie; en effet, quelques jours de ce régime suffisent pour modifier l'économie, diminuer l'état pléthorique et redonner au sang la quantité d'eau qu'il a perdue par une alimentation saine, abondante et substantielle. »
L'anémie des moutons algériens diffère essentiellement de l'anémie hydrohémique, si connue en France, désignée sous les noms de cachexie aqueuse, gamadure, pourriture, etc. Tandis que cette dernière se caractérise surtout par l'existence de distomes dans les canaux biliaires, par des infiltrations dans le tissu cellulaire, etc., etc., on constate chez les sujets algériens anémiques que le foie ne présente aucun distome et qu'il n'existe pas la moindre infiltration séreuse; les muscles, au lieu d'avoir une belle teinte rouge, sont de couleur rose. Cette décoloration musculaire est surtout manifeste à la surface du large muscle sous-cutané qui recouvre l'abdomen et le thorax; d'un jaune vineux très pâle chez les algériens, ce muscle est d'une belle teinte carmin vif sur les moutons français pléthoriques. La chair des moutons algériens anémiques est peu nutritive; elle donne au pot-aufeu un bouillon clairet blanchâtre; rôtie, le jus en est pâle, décoloré et riche en eau.
L'anémie algérienne ne constitue pas un fait rare, exceptionnel; elle est au contr.iire très commune. Les moutons à queue large (barbarins, barbarins-syriens), au nombre de huit à dix mille, sacrifiés à Montpellier peu de jours après leur débarquement, pendant les étés 1879-1880, étaient tous anémiques à des degrés divers. L'anémie est aussi très fréquente sur les moutons à queue étroite, mais on rencontre dans cette variété bon nombre de sujets dont la coloration musculaire est égale à celle de nos beaux moutons français.
L'anémie paraît être le terrain favorable à la prolilération de la bactéridie charbonneuse; c'est elle qui donnerait l'immunité. Les faits suivants observés dans la pratique ne le prouvent-ils pas?
Tous les ans, bons nombre d'éleveurs de l'Hérault achètent, dans le courant du mois d'août, des africains destinés à subir un engraissement généralement terminé six mois après leur arrivée en France.
Lorsque ces moutons sont anémiques dès leur arrivée (ce qui est la règle générale à cette époque), on ne constate pas le moindre cas de sang de rate ; plus tard il se manifeste si une nourriture riche et abondante a modifié la constitution des animaux.
Il m'a toujours semblé que chez les africains à queue étroite l'état pléthorique se développait plus rapidement que sur les moutons à queue large. La coloration musculaire chez ces derniers est plus lente à se produire ; mais quand elle se produit, ainsi qu'il arrive chez les barbarins nés et élevés en France, l'affection charbonneuse ne tarde pas à se montrer alors que les animaux sont placés dans les conditions ûivorables au développement du charbon. Pourquier,
Médecin-vétéi inaire à Montpellier.