CONCOURS HIPPIQUE DE L'ASSOCIATION BRETONNE
La ville de Quinîin où s'est tenu cette année le concours hippique de l'association bretonne est située à la limite qui sépare l'élevage du cheval de selle del'élevafçe du cheval de trait, et ce sont piincipalement cps deux classes qui ont le plus contribué à l'exposition hippique ijailleurs fort remarquable, bien que peu favorisée par le temps.
Le Finistère qui produit en jjrand nombre le postier et le cheval d'attelage, n'a\ ait envoyé que fort peu de spfcimens; ce qui s'explique par la distance qui sépare Quintin du Nord- Finistère.
La classe des chevaux de selle était la plus nombreuse et comptait plus de cent sujets, et parmi eux de très remarquables comme élégance et comme conformation. Presque tous venaient du pays de Corlay qui depuis longtemps n avait pas produit d'aussi bons types. On le doit au soin judicieux apporté dans le choix des reproducteurs. En général, le cheval de pur sang anglais n'y donne jamais de mauvais produits, lorsqu'on ne saurait en dire autant du cheval anglo-normand. De l'aveu des gens compétents, la transformation qui s'est opérée dans la race dite de Corlay, tient à une modification orgunique résultant d'une alimentation plus substantielle. Grâce au calcaire qui pénètre aujourd'hui dans le centre de la Bretagne, le cultivateur obtient de très beaux trèfles et de très belles racines, et, par suite, peut nourrir plus abondamment ses animaux. 11 faut espérer que l'Administration des haras saura trouver dans la génération actuelle, des reproducteurs qui nés et élevés dans leur pays, contribueront mieux que la plupart de ceux qui sont envoyés du dehors, à perfectionner l'ancienne race de Corlay remarquable à tous égards.
La catégorie des juments de trait était très nombreuse, et on remarquait surtout parmi les juments de 3 à 8 huit ans, des sujets très beaux, venus des pays de Lamballe, Guingamp oii s'est formé le type du Percheron-breton. Les reproducteurs du Perche ont été presque constamment introduits dans les Côtes-du-Nord par les encouragements qui leur ont été donnés par le département et l'Kiat Aujourd hui, l'Admi-nislration des haras croit devoir recourir directement au sangoriental. En général, à part quelques exceptions, les poulains issus de ce croisement laissent à déirer comme dessous, et on pense que la race pourrait aujourd'hui être améliorée par clle-méiDe.
Encore quelques concours comme celui de Quintin, et l'on verra avant peu l'industrie chevaline des Cô'.es du-Nord et surtout celle de la Cornouaille, rivaliser ;ivec celles de la iNormandie et du Finistère, et ces concours répétés chaque année dans les divers départements de l'ancienne Bret.igne, seront dans l'avenir un des plus beaux titres de l'Association bretonne à la reconnaissance du pays.
A. DE LA JM0RV0.NNAIS.
UNE CONFÉRENCE VITICOLE AU PLAUD-CHERMIGNAC
En nous rendant le li) de ce mois, à la coniérence faite au domaine du Plaud-Chermignac ((Jharente-Iuferieure;, nous avons été frappé de ne plus rencontrer ces nombreuses pièces de vignes qui bordaient la roule de Saintes à Cherinignac et que le phylloxéra a détruites.
A la conférence, assistaient MM MoaUon, président du tribunal de commerce de dognac^ Paul Rouvier, conseiller général, Calvet, membre du comité central de Grissac, et divers viticulteurs venant de loin.
M. Menudier a exposé, que traitant, depuis trois ans, les deux tiers
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de son vignoble (c'est-à-dire vingt hectares) par le sulfure de carbone et les engrais, il en était tellement satisfait qu'il avait cru devoir montrer aux propriétaires les résultats obtenus en sols profonds ; et il n'a pas manqué de taire ressortir rmsnffisance de ces mêmes moyens sur les sols légers calcaires et superficiels : le prix du traitement est de 1 50 à 160 fr. par hectare mais qu'on peut réduire à moitié en ne l'appliquant que tous les deux ans.
M. Moullon a déclaré qu'il traitait huit hectares de vignes en sols profonds, à l'aide du sulfocarbonate de polassium et avec le plus grand succès.
M. le D*" Menudier a dit ensuite que pour les propriétaires dont les vignobles étaient ou non défendables ou détruits, il leur restait la ressource des cépages américains à racines résistantes et dont on peut employer les uns comme producteurs directs tels le Jacques, V Herbemont, ['Elvira, et les autres en greffant nos cépages du pays sur le riparia, le cordifoHa sauvage, le solonù, le york-niadeira, le viaVa^ etc.
A l'appui de la possibilité du gretîage, môme avec des boutures simples, M. xMenudier en a présenté plusieurs greffées par M. Boutin, cette année même, et qui étaient parfaitement soudées.
M. llouvier, à peine revenu d'un voyage dans les départements du Midi, a pris la parole, et a exprimé toute la satisfaction qu'il avait éprouvée en visitant les nouveaux vignobles créés avec des cépages américains résistants, et il ne doute pas de leur avenir dans les Charentes.
Après la conférence, les assistants ont parcouru les deux vignobles de M. le D"" Menudier, l'un au Plaud, l'autre au domaine du Chalet.
Il était impossible de ne pas être saisi d'admiration, devant ces magnifiques vignes, chargées de raisins, alors que celles des voisins sont arrachées, ou mourantes; 10 hectares, sur 30 hectares 50 ares de vignes françaises, n'étant pas défendables en raison de la nature du sol — et avec les moyens actuels -— M. Menudier les remj)lacepar des cépages américains résistants, plantés maintenant sur trois hectares, et qui vont être beaucoup multipliés l'an prochain.
Nous avons remarqué une pièce de /"o/Ze jaune, greffée en 1877 avec du jacqiipz, en vue de faire du plant, et qui est d'une végétation tout à fait luxuriante; la racine étant française, cette vigne est maintenue par le sulfure de carbone et les engrais.
Devant cette pièce, se trouve une plantation de 2 hectares, faite cette année avec des boutures simples de Jacquez, et qui donnera bien 00 à 70 pour 100 de reprises.
Plus loin, dans une antre pièce de vigne d'études, on rencontre mêlés les uns aux autres, différents cépages américains, afin de voir quels sont ceux qui s'adapteront le mieux au sol calcaire, et offriront le plus de résistance au phylloxéra.
Quelques-uns de ces cépages remontant à trois ans, présentent un fouillis impénétrable de branches et de feuilles et d'un aspect admirable. Là se trouvent aussi nos cépages français, greffés sur américains, et des mieux réussis ; dans une vigne où on a arraché des ceps morts par le phylloxéra, on a planté, comme essai, il y a trois ans, dans les mêmes trous des Jacquez et Herbemonts qui végètent très bien et luttent avec succès.
UNE CONFERENCE VITICOLE AU PLAUD-GHERMIGNAC. 31
Nous avons ensuite visité les cépages américains du jardin parmi lesquels, un Jacquez de six ans (le doyen du département) et d'une végétation phénoménale.
Nous avons exammé, avec le plus grand soin, les deux pépinières, l'une en jardin et l'autre en plein champ, parfaitement tenues et contenant environ 50,000 chevelus.
Nojs nous sommes retiré, avec la conviction profonde que certains vignobles de notre département peuvent être défendus avec profit et que dans ceux oii le sulfure de carbone n'est pas applicable, la reconstitution des vignes est des plus praticables à l'aide des cépages américains résistants.
Nous n'avons pu quitter M. le D'" Menudier sans le remercier, de nous avoir montré, à côté des préceptes^ d'excellents exemples et nous engageons fortement les viticulteurs à se rendre au Plaud où ils sont toujours sûrs, du reste, de rencontrer le meilleur accueil.
I. — Un négociant rusé proclamait, il y a quelque vingt ans, sur la façade de ses docks, que la concurrence est l'âme du commerce; c'est là un axiome que M. Prudhomme ne ferait aucune difficulté d'admettre, puisqu'il a écrit en une page de ses mémoires que le crédit est l'âme de l industrie.
Tous ceux des besoins sociaux dont la satisfaction peut être la source d'un bénéticc quelconque (honnête, ou uîême, il faut bien le dire, simplement légal) sont devinés par quelques initiateurs toujours à l'atTùt, qui proposent une solution bonne ou mauvaise, réussissent ou échouent, font fortune ou faillite; mais, ils ont posé la question, préparé les esprits, laissé entrevoir les moyens, ouvert la voie en un mot; s'ils tombent, tôt ou tard l'idée sera reprise, améliorée, perfectionnée peut-être.
Nous possédons des institutions de crédit commercial et industriel dont la multiplicité croissante répond à une nécessité dès longtemps évidente. L'agriculture qui, elle aussi, est bien une industrie, et qui réclame Torganisation d'un crédit spécial, n'a reçu qu'une minime satisfaction par la fondation des crédits foncier et agricole. Quant au crédit mobilier, personne n'a osé l'aborder encore, prétendant qu'il fallait, avant tout, modifier le Code civil relativement aux privilèges du propriétaire, arguant que l'agriculture ne peut utiliser que des prêts à longs termes et conséquemment à un taux onéreux. Cependant, il s'est fondé, depuis quelques années, des Sociétés de matériel agricole, des agences centrales et départementales, opérant à leurs risques et périls, sorte d'ébauche de crédit mobilier. C'est là un commencement de progrès, mais insuffisant en la crise que nous traversons actuellement dufaitdes circonstances climatériques.
Etant donné que l'industrie agricole ne peut être fructueusement pratiquée qu'à l'aide de deux systèmes appliqués l'un ou l'autre avec dicernement et suivant les circonstances, il faut bien reconnaître que pour établir cette division du travail, il nous manquera les capitaux ou le crédit.
Suivant qu'il s'agira de culture à hauts rendements ou de culture pastorale, il nous faudra: des améliorations foncières (drainage, création
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de prairies ou d'herbages, irrigation, defoiiceinent), des engrais, des instruments, du bétail de reproduction et de service, des semences de bonnes variétés, etc., etc.
Actuellement, l'agriculteur solvable trouve, avec crédit à assez long terme, des instruments, des engrais commerciaux, des fonds môme pour ses améliorations foncières. Mais combien souvent reçoit-il des instruments de pacotille, des engrais frelalés? Que de fois il dépense l'argent emprunté en drainages ou irrigations mal établies, en constructions aussi onéreuses que grandioses ? De quel prix d'ailleurs paiet-il ce crédit accordé ?
Ne serait-il pas possible d'organiser une inslitulion agricole qui, prélevant pour ses capitaux un intérêt suffisant, put offrir à la culiuie un crédit à long terme avec amorLissement progressif, se chargeant de lui fournir en nature les instruments, les engrais, les setnences dont elle a besoin, et tout cela de qualité et d origine garanties, de faire exécuter à ses frais, par des gens compétents, les améliorations qu'elle réclame?
II — Trois personnes, en 1869, avaient eu l'idée d'organiser ce système de crédit mobilier agricole en nature, et, ce projet, soumis' à un honorable député, propriétaire eta.ijjriculteur, l'avait si complètement séduit qu'il en avait acceplé le patronage et commençait à en poursuivre la réalisation, quand la funeste guerre vint suspendre toute entreprise de cette nature. Peu après, la mort enlevait le député patriote, le propriétaire intelligent, le patron du projet; et tout en resta là.
Le crédit mobilier agricole doit-il être une institution charitable, fondée avec les capitaux de l'Etat? L'agriculture, à coup sur, le repousserait s'il se présentait sous cette forme Aurirollura [ara da se; il faut que les cultivateurs français fassent leurs affaires eux-mêmes. LecréJit mobilier constitue-t-il une opération onéreuse pour celui qui l'entreprendra? Nous ne le pensons pas, et, nous appuyant sur l'observation constatée, nous rappellerons encore l'opinion exprimée, à cet égard, le 29 août 1864, parM. le gouverneur du Crédit foncier. Si l'agriculttiur ne peut accepter que des échéances à long terme, c'est que les transformations qui s'opèrent dans le sol, de matières premières en matières vendables, de l'engrais par exemple en froment ou en betteraves, exigent un certain laps de temps impossible à abréger; c'est que le drainage, le chaulage, le marnage, le dél'oncement, ne rentrent que par fractions annuelles et ne peuvent s'amortir que dans un temps variable. Mais, s'il ne peut pratiquer toujours l'exactitude de l'échéance, soumis qu'il est aux influences climateriques et aux fléaux de tout genre, le cultivateur n'est, pas moins que le négociant ou l'industriel, soucieux de remplir ses engagements; protégé contre la faillite, il n'a pas moins le culte de l'honneur, et le gouverneur du Crédit foncier se plaisait à lui rendre cet hommage.
La solution du problème semble consister à établir l'emploi de l'emprunt en dépenses reproductives, à proscrire sa consommation improductive. S'agirait-il de mettre le cultivateur en tutelle, de le placer sous la direction de quelques savants ou praticiens d'une compétence même indiscutable, de lui enlever toute mitiative ou toute liberté ? Nullement. Un parfait agriculteur devrait réunir toutes les connaissances, être à la fois chimiste, mécanicien, mgénieur, économiste, praticien. C'est l'idéal, et la réalité n'en approche que de bien loin ; d'ailleurs, à défaut
de connaissances, c'est le temps qui manquerait à notre homme pour ces études quotidiennes et complexes. Aussi, que d'industriels chontés vivent de ses sueurs, trompant effrontément sa bonne foi, spéculant sur son incompétence ou sur ses besoins !
Supposons qu'au lieu de cela, l'agriculteur puisse s'adresser à une institution intermédiaire, possédant un personnel spécial; celle-ci pourra, sur sa demande, lui fournir tels eni^i-ais désirés et dont elle aura fait l'analyse corrélativement avec celle du sol auquel on les destine; tels instruments choisis chez tel fabricant; s'agit-il de drainage ou d'irrigation, elle examinera les plans proposés, fera analyser le sol et les eaux, jauger les ruisseaux et pourra procurer des chefs de travaux exercés; est-il question de constructions, elle fera établir des plans et devis conformes aux lois de l'hygiène et de l'économie, compoi'tant les dispositions les mieux ordonnées; l'agriculteur désire-t-il vendre ou ach» ter des semences, des fourrages, des animaux reproducteurs, la Société sera en mesure d'acquérir d'un côté et de fournir de l'autre.
Certes, l'institution subira des pertes, tout comme les Sociétés de crédit et les banquiers; mais d'abord, intermédiaire le plus souvent entre les fabricants et les cultivateurs, elle aura, pour s'en couvrir, les remises et l'escompte des premiers dont elle prendra le lieu et la place; puis, achetant au comptant et vendant à terme, il lui restera d'autres ressources, et, c'est ici que se révèle l'idée non moins juste que nouvelle.
III. — Elle est due, cet idée, à un homme doué d'aptitudes spéciales et multiples, à un ancien commerçant doublé d'un ingénieur mécanicien. Celui-là, le premier, arésolu un problème agri3ole des plus importants, et, grâce à son incroyable persévérance, cette solution pénètre chaque jour à grands pas dans la pratique.
Dès 1848, il so demandait pourquoi les mercuriales des marchés à fourrages situés à de faibles dislances les uns des autres, reliés même entre eux par des lignes ferrées, présentaient simultanément des différences de 20, 30 et parfois plus de 50 pour 100; il constatait que, dans certaines années et en diverses contrées, les fourrages récoltés en abondance étaientgaspillés sans prévoyance, tandis qu'ailleurs ou en d'autres années, les éleveurs pressés par la famine étaient contraints de vendre leur bétail à tout prix et d'interrompre la production du fumier, au grand diHriment des récoltes prochaines et futures; il chercha pourquoi la multiplication des voies de communication ayant nivelé le prix des céréales et aboli les disettes pour l'homme, avait si peu influé sur le prix des fourrages et laissé subsister les famines pour le bétail.
Son jugement droit lui fit bientôt voir que, sous b volume d'un mètre cube et sous le poids de 750 à 800 kilog., le blé représentait une valeur de 200 à 225 fr. ; que sous le môme cube et sous un poids de 75 à 85 kilog. seulement, le foin bottelé ou en vrac, ne représentait qu'une valeur de 5 fr. 50 à 8 fr. ; qu'on pouvait par conséquent, transporter le blé trente cinq fois au moins plus loin que le fourrage. Puis, pénétrant dans les détails, il reconnut que, eu égard à sa densité, on peut charger tout attelage suivant sa force, tout véhicule suivant sa résistance, avec du blé ; tandis qu'avec du foin, il faut transporter un poids mort considérable du véhicule, et une faible charge utile; qu'un wagon à 5,000 kilog. de limite de charge ne pouvait recevoir que 2,500 kilog. de foin payant comme 5,000 kilog.
L'idée d'augmenter la densité du foin pour réduire son cube surgit des faits; il fallait comprimer les fourrages pour les rendre commerçables, c'est- à dire transportables à l'égal du blé, si possible était. Le foin est une matière élastique, compressible par conséquent; il n'y avait qu'à le soumettre à une presse. Au premier abord, cela paraît tout simple; le problème pourtant est très complexe et notre inventeur s'en aperçut bientôt. Il fallut faire essais sur essais, construire modèles sur modèles, résoudre des problèmes multiples, pourvoir à tous les détails comme à tous les besoins, lutter contre la déloyauté de ceux-ci, contre l'exploitation de ceux-là, bref, passer par la série des déboires fatalement suspendus sur la tête de tout inventeur.
La solution était juste, bien qu'elle ne dût être comprise et acceptée qu'à la longue. Aujourd'hui les nombreux systèmes de presses à fourrages que nous voyons apparaîtie dans toutes les expositions et concours, prouvent que le besoin était réel et que l'idée entre enfin dans la phase pratique; quant à ses conséquences, elles sont immenses pour Fagriculture.
[La suite prochaineinent). A. Gobin.