X. — Les fêtes de Niort
Le dimanche 3 octobre, des fêtes nombreuses ont réuni à Niort les populations du département des Deux-Sèvres. Parmi ces fêtes, figurait un concours agricole. M. Girerd, sous-secrétaire d'Etat au ministère de l'agriculture et du commerce, chargé de représenter le gouvernement, y a présidé la distribution des récompenses. A cette occasion, il a prononcé le discours suivant que nous croyons utile de reproduire :
« Par la variété d^i ses produits, par leur importance au point de vue de l'alimentation et de la richesse publique, par les débouchés qu'elle assure aux autres industries, par le nombre des ouvriers qu'elle emploie, en un mot par la somme du travail et des produits qu'elle donne, l'agriculture est véritablement notre industrie nationale. Aussi, rien de ce qui l'intéresse n'est de médiocre importance : un gouvernement soucieux des intérêts du pays ne saurait apporter trop de sollicitude à l'observation des faits qui la concernent.
« Mais il ne faut pas oublier qu'ils doivent être envisagés en même temps au point de vue des producteurs et d-s consommateurs.
« C'est pourquoi, quel que 5oit son désir, sa volonté d'aider et de protéger l'agriculture,, le gouvernement ne saurait accéder à tous les vœux qui sont parfois formulés en son nom. Il lui est facile de reconnaître que leur accomplissement serait souvent funeste à ceux-là mêmes pour lesquels ds sont émis et compromettrait, l'intérêt général.
« La France ne produit ni assez de blé, ni assez de bétail pour fournir le pain et la viande nécessaires à l'a iraentation de ses habitants. Il lui faut en emprunter aux nations qui produisent au delà de leurs besoins.
« Or, frapper, comme on le demande quelquefois, à leur entrée en France, les blés et les bestiaux étrangers, c'est, ou les empêcher d"y venir, ou en surélever les prix ; c'est piiver la plupart des consommateurs de ce dont ils ont besoin pour vivre; c'est nuire à l'alimentation et au bien-être des populations.
a Pour aider et protéger l'agriculture, il y a mieux à faire.
« Les résultats déjà obtenus sont à la fois la récompense des efforts qui ont été faits et un encouragement à persévérer dans la voie déjà tracée.
« Regardez autour de vous : comparez le tableau qui est sous vos yeux à celui que traçait, il y a auarante ans environ, un des vôtres, un de ces hommes qui,
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éclairés par le bon sens et inspirés par l'amour du l^ien public, sont des guides si précieux.
«t Quelque temps avant 1848, Jacques Bujault voyait dans ce déparleincat « une « plaine effritée, un sol peu ou point fumé », « des produits faibles 5>, « une po- « pulation pauvre et sans énergie, tourmentée par le besoin », « des bestiaux « mourant de faim », « une population rare parce qu'il y a peu de travail »
« A quelles causes attribuait-il cette situation? Il ne les dissimulait pas à ses contemporains ; il avait le courage de leur reprocher leur « ignorance et leur paresse. »
a Aujourd'hui tout est changé. Les enseignements de Jacques Bujault ont porté leurs fruits ; sans remonter jusqu'au lemips où il écrivait, vous po'uvez constater les progrès accomplis depuis moins de vingt ans.
« La charrue à conquis des milliers d'hectares sur les landes ; la jachère a été considérablement réduite; en 1879, l'étendue des terres cultivées dépasse de 33 000 hectares ce qu'elle était en 1862. — Les terres sont copieusement fumées et amendées ; aussi donnent-elles moins de méteil et de seigle, mais plus, beaucoup plus de froment, d'avoine, de maïs, de pommes de terre, de betteraves; on récolte 125 milhoiLs de kilogrammes de betteraves; le chanvre et le hn ont plia-s que doublé.
« L'amélioration est de même nature dans les prairies, et partant dans l'état du bétail : moins de moutons, plus de bœufs et de vaches.
« La somme de viande produite a notablement augmenté ; aussi l'alimentation générale a-t-elle suivi une progression constante : en 1862, dans les villes du département, la consommation en viande était en moyenne, pour chaque habitant, de 39 kilog. ; elle était de 40 kilog en 1872, et, en 1877, nous la voyons portée à 50 kilog. S'il est impossible de faire une semblable constatation pour les populations des campagnes, il n'en est pas moins vrai, et nul ne saurait le contester, que la progression est analogue,
« Les prix s'élèvent avec la même persistance et la même régularité.
« €e sont là des signes certains de l'accroissement de la richesse publique et du bien-êitre de tous.
a Ces progrès, c'est l'amélioration des méthodes de culture, c'est l'intelligence^ c'est le travail qui les ont réalisés.
« Ils montrent que vous êtes dans la bonne voie et doivent vous exciter à continuer. Le gouvernement de la République vous y suivra, vous y secondera de toutes ses forces.
« Par l'enseignement agricole, qu'une loi récente a décrété, le travail, plus raisonné, deviendra en même temps plus attrayant et plus productif; il retiendra aux champs les populations qui seraient tentées de les quitter.
« Par ses subventions à vos comices et à votre société d'agriculture, le gouvernemeirt continuera à favoriser la propagation des bonnes méthodes, des machines et des instruments perfectionnés.
« Par ses encouragements, il vulgarisera la pratique des irrigations, dont les effets sont si bienfaisants ; déjà, vous le savez, le ministre de l'agriculture et du commerce vient d'ouvrir, dans votre département, à côté du concours pour la prime d'honneur, un concours spécial pour un prix d'irrigation.
a Par l'améUoration des vcies et des moyens de .transport, par le dégrèvement des i.rupôts qui pèsent sur l'agriculture, — et déjà le dégrèvement opéré sur l'impôt des boissons et sur celui du sucre est un pas considérable fait dans cette voie, — le gouvernement améliorera de plus en plus les conditions économiques de la production agricole.
« C'est ainsi qu'il vous rendra plus facile la solution de ce problème qui s'impose à toute industrie : produire davantage et à meilleur marché. C'est ainsi qu'il conciliera, autant qu'il est possible, les différents devoirs qui lui incombent.
a Quant à vous, messieurs, par la persévérance de vos efforts, vous contribuerez de plus en plus à développer le travail national et la richesse publique. »
Les pensées développées dans ce discours ont trouvé un vif écho auprès des agriculbeurs présents à la réunion. Elles renferment des promesses dont les faits déjà acquis permettent de regarder la réalisation comme certaine. En outre, en rendant justice à Jacques Bujault et à i'intluence que ses conseils ont exercée sur l'agriculture de cette région, a fait ressortir avec vérité l'importance des progrès méthodiques.
CHRONIQUE AGRICOLE (16 OCTOBRE' 1880), g?