‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 465 sur 752 · L-. d'OuNOUS · texte numérisé non relu

L-. d'OuNOUS

secrétaire de l'Orphelinat protestant de Saverdun (Ariège),

LES RÉCOLTES EN VENDÉE

Maintenant que les battages sont terminés, on peut apprécier les résultats de la récolte dans notre arrondissement de Fontenay-le-Comte.

Les blés sont partout beaux et lourds, mais, dans nos plaines calcaires, les gelées ont éclairci le plant et les rendements ont été très médiocres. Les orges de printemps ou baillarges ont mieux réussi et les avoines semées en lévrier et'mars pour remplacer celles que l'hiver avait détruites, ont parfaitement graine. Elles rendent beaucoup au battage, mais elles ont généralement peu de poids.

La température de la première quinzaine de septembre a été très fa- "vorable à la végétation des racines et des fourrages verts. Les pommes de terre sont mûres et le temps de l'arrachage est arrivé. La maladie dont on redoutait les graves atteintes n'a pas fait de grands ravages et la récolte sera satisfaisante dans notre pays. J'ai essayé, cette année, la Champion, la Magnum Bonum et la Séguin. Les tubercules de ces trois variétés n'ont atteint qu'une grosseur moyenne. La Cliam-pion dont les tiges s'élèvent à 70 et 80 centimètres n'était pas assez espacée et n'a pu prendre un développement complet. J'aurai soin, l'année prochaine, de remédier à cet inconvénient. Je mets toujours .aux premiers rangs les pommes de terre ruban rouge, farineuse rouge, flocon déneige, elvander-vcer. Cette dernière convient spécialement à la grande culture et devient une sérieuse rivale pour la Reine-Blanche et la Chardon.

J'ai planté le 25 février dans un terrain d'alluvion, sur le bord de

LES RECOLTES EN VENDEE

la Vendée, quelques lurions de consoude ru joueuse du Caucase, (symphytum asperrimum). Cette plante très vigoureuse m'a donné trois coupes abondantes. Nos vaches l'ont d'abord refusée, mais elles s'y sont habituées et la mangent actuellement avec avidité lorsqu'elle 9St tendre.

Bien que les céréales cultivées dans mon champ d'expériences aient été moins productives que les années précédentes, leur rendement a dépassé de beaucoup celui des blés récoltés en plaine.

Le tableau ci-joint fera connaître les résultats obtenus. J'y ajoute quelques observations sur les variétés expérimentées :

Date de la Varicti's. semaille.

Blé perle (de Biscoii) 25 octobre

Blé inversable on du Roussillon 6 novembre

Blé Keissingland 7 —

Blé de Ncrac 7 —

Blé de Bergues ou de Flandre. . 27 octobre

Blé de Pologne 30 novembre

Blé bybride Galland 5 —

Blé de Roumélie 5 —

Blé Chiddam d'automne 8 —

Blé Hélène d'Orléans 6 —

Blé Victoria d'automne 27 octobre

Blé Hunter 29 —

Blé roseau... 28 —

Blé rousselin 20 —

Blé hérisson sans barbes 28 —

Blé red Chaff Dantzick 28 —

Blé Danicourt . 6 novembre

Blé bleu ou de Noë 4 —

Blé de la Tréhonnais 3 —

Blé hickling de mars 11 février

Blé Chiddam de mars 12 —

Escourgeon de Poméranie 25 octobre

Orge Que, grosse 25 février

Orge noire 25 —

Avoine d'hiver • 25 octobre

Avoine de Pologne 7 février

Avoine de Sibérie 14 —

Avoine noire de Tartarie ...... 14 —

Le blé perle m'a été envoyé, il y a quelques années, par un agriculteur belge, M. de Biscou. Le grain est blanc et ressemble à celui du blé de Flandre.

Ce dernier réussit toujours bien ici. Son rendement, cette année encore, est assez élevé (36 hectol. à l'hectare).

Le blé hybride Galland a dégénéré malgré mes soins. Sa production d'abord très abondante est devenue fort médiocre.

Le Chiddam d'automne et le blé Hélène d'Orléans sont deux variétés à grains blancs, très recommandables, qui m'ont toujours donné d'excellents résultats.

Le blé Hunter est beau, mais peu délicat.

Le blé Hérisson sans barbes, qu'on avait semé par erreur en blé d'hiver, a énormément souffert delà gelée. Aussi n'a-t-ilpu donner que 9 hectol. à l'hectare.

J'ai cultivé, pour la première fois en 1880, le blé Roseau et le blé Rousselin. Ils n'ont pas paru souffrir du froid, mais le premier s'est montré plus productif que le second.

Le blé de Roumélie et le blé de Nérac, que je dois à un de mes bons

Date de la

Rendei

ment

récolte.

l'hectare.

Observations.

26 juillet

26 hect.

Epi court peu graine.

1'= année de culture en Vendée.

Variété très productive

Variété nouvelle â grains blancs.

En partie détruit par la gelée.

Grain rouge, très lourd .

Variété belge très productive.

Complètement gelée.

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correspondants du Midi M- Léo d'Ounous, ont donné le morne produit (30 heet. à l'hectare;.

Le rendement des blés de printemps a été faible parce qu'on les avait semés sur une luzerne mal rompue pendant l'hiver. Malgré deux ou trois sarclages- les herbes adventices les ont envahis. Jamais peutêtre je n'avais eu une aussi faible récolte.

L'orge noire et l'orge nue grosse sont des variétés de collection qui offrent peu d'intérêt pour la grande culture.

Le blé de Pologne n'est aussi cultivé chez nous qu'à titre de curiosité.

L'avoine noire de Tartarie ou de Hongrie a été, cette année, bien supérieure à l'avoine blanche de Sibérie. Celle-ci sera désormais remplacée dans mes cultures par l'avoine de Pologne, dite canadienne ou Merveilleuse, dont le rendement est meilleur et le poids ordinairement plus élevé,

On s'étonnera peut-être de ne pas voir figurer sur cette liste l'orge Chevalier. Elle est depuis longtemps sortie du champ d'expériences pour entrer dans la grande culture; mais semée en février dernier, dans une terre ingrate, elle n'a pas répondu à mes espérances. Le grain était léger, mélangé de folle avoine, et a dû être livré aux hôtes de la basse cour.

Tous les blés d'automne, faits sur betteraves et sur pommes de terre, ont été semés en lignes espacées de 20 à 2'2 centimètres. Je ne sème à la volée que les blés de mars et les avoines. Les racines et les choux sont cultivés sur billons. Le fumier de ferme est le seul engrais employé* Le sol est calcaire, sec et peu profond.

J'ai adopté depuis plusieurs années l'assolement biennal alterne avec cultures dérobées de vesces, navets et maïs-fourrage. Pour suivre un pareil assolement, il faut avoir en dehors de la rotation des prairies naturelles, des luzernes ou des sainfoins dans la proportion du quart au tiers de l'étendue du domaine.

Les fumures toujours appliquées aux plantes sarclées doivent être renouvelées tous les deux ans. ■ E. Boncenne fils.

Notre année ai^ricole, dans le sud-ouest, se clôt dans des conditions favorables. Les départements du Tarn, de la Haute-Garonne notamment, pourront reprendre la série des améliorations agricoles interrompues par la gêne, la pénurie, que ces dernières années nous avaient apportées.

n est évident, pour celui qui suit le mouvement de notre industrie rurale, qu'il se produit une tendance manifeste vers le mieux. Sous la pression de cii'constances, de données diverses, nos cultivateurs ont compris qu'il fallait modifier leur faire. Ce n'est plus par distraction et sans but qu'on lit l'annonce d'un engrais, d'une machine nouvelle: On se hâte d'aller voir le résultat de la matière fertilisante, l'essor qu'elle a donné à telle culture. La machine nouvelle est également discutée, étudiée. Si le voisin n'a pas l'engin dont on parle, on ne craint pas d'aller au loin prendre les renseignements, les leçons de l'expérience.

Depuis peu de temps, des avis, des prospectus ont couru la contrée

indiquant le mode de faire potiF obtenir des marcs de vin soit avant, soit après pressurage, un liquide précieux pour augmenter la quantité de vin à livrer au commerce : vin hygiénique, naturel. Les sucres de maïs, les glucoses, nécessaires à ces manipulations, ont été enlevés dans les divers dépôts qui les offraient aux cultivateurs. Le prix était assez élevé. H y a quelques années, l'hésitation eut été grande ; bien peu eussent tenté Tessai. On eût traité de cultivateur fantaisiste, le téméraire qui eût acheté 1,000 kilogrammes de massé de maïs potir les mêler à un résidu de nos cuvaisons, dont on faisait à peine un engrais. Aujourd'hui tout le monde est lantaisiste ; ce n'est plus comme essai, ne disant presque rien, c'est en grand que l'on procède.

Si je parle de vin, vendange et revenus de nos vignobles, il faut dire un mot de ce phénomène bizarre qui s'est manitésté sur notre précieux arbuste. Vers les derniers jours de juillet, à notre grand étonnement dans le ïarn, dans la Haute-Garonne et je crois aussi, dans une partie du Gers, de l'Aude, de Tarn-et-Garonne, les feuilles de nos vigiles prirent l'aspect qu'elles ont d'ordinaire après une assez forte gelée, gelée qui se serait produite à l'insu de notre thermomètre. Le seul phénomène météréologique qu'il y eût eu à noter, c'est de forts orages exceptionnels survenus, après un mois d'une température assez élevée. Si je dis que nos vignes présentaient, quant à leurs feuilles, l'aspect qu'elles ont après une première gelée, je ne suis pas exact; la feuille de la vigne a commen*)é de se dessécher par les bords, elle se repliait sur elle-même, comme si une chaleur intense eût précipité sa dessiccation; elle se détachait au moindre choc. Du reste, que puis-je faire de mieux que de tracer tout au long ce qu'un de nos plus habiles viticulteurs en a dit, dans le journal de sa localité.

M. le docteur Ph. Thomas, viticulteur à Gaillac, a écrit, au Mémorial de Gaillac, la note suivante :

Encore un nouveau fléau de la vigne. — Apparition dans le département du Tarn, du Peronospin-a viticola (Berkeley). Depuis une quinzaine de jours, les viticulteLirs de l'arrondissement de Gaillac sont frappés de l'aspect insolite d'une grande partie du vignoble dont le feuillage rappelle en ce moment celui de nos vignes après les gelées blanches du mois de novembre.

Le mal fait de rapides progrès, et menace tous les vignobles. On le reconnaît aux caractères suivants : les feuilles jaunissent, brunissent par plaques, puis se crispent, se recoquillent, se dessècht^nt, sont comme grillées par le soleil, ou brunies par la gelée blanche. Elles tombent bientôt après, laissant les raisins à découvert. Ceux-ci conservent d'ailleurs leur aspect ordinaire. Dans ces conditions, le grain cesse de grossir, lavéraison et la miaturation s'opèrent mal, au grand préjudice de la récolte.

Toutes ces altérations sont dues à une infime moisissure qpi a reçu le nom de Peronospora vilicola, proche parent du Peronospora infestans, (Montagne), qui produit la maladie des pommes de terre.

Les feuilles malades présentent à leur face inférieure un aspect blanc, farineux, différent de celui de l'oïdium et qu'il ne faut pas confondre, non plus, avec le duvet cotonneux de novembre, plus ou moins abondant, qui existe sur cette partie de la feuille de beaucoup de nos cépages.

Vue à la loupe, cette sovte de poussière farineuse paraît formée par

une multitude de petits filaments dressés, branclius, terminés par une petite troupe de corpuscules brillants, vraie forêt en miniature.

Vus au microscope, à des grossissements de 200 à 500 diamètres, ces filaments dressés se montrent composés de tubes transparents, à bords nets et à cavité continue, c'est-à-dire non cloisonnée. Une cloison se montre souvent un peu au-dessous du point où chacun d'euK émet des branches latérales. Ces tube&, en effet, émettent latéralement dans leur quart supérieur 3 à 5 petites branches alternes desquelles se détachent des rameaux secondaires plus courts, portant chacun trois pédicules minuscules, terminés par un organe reproducteur appelé Sporange.

Le sporange est ovalaire, simple, non cloisonné et pourvu à une de ses extrémités d'une petite saillie papillaire à peine visible. Ses contours nettement accusés dénotent une enveloppe épaisse sous laquelle existe un contenu granuleux, d'abord incolore, puis jaune brunâtre dont l'issue laisse le sporange vide, transparent et plissé.

La marche du fléau est des plus rapides, tant au. point de vue de son extension que de ses effets sur les vignes attaquées. Notre plaine et nos coteaux sont en ce moment envahis sur de grandes et nombreuses surfaces, et tout nous fait craindre que l'entier vignoble de Gaillac ne soit infesté avant l'époque des vendanges, tant les conditions atmosphériques d'humidité, de chaleur, d'électricité, si exceptionnelles de la fin de cet été, sont favorables au développement de toutes les moisissures.

Gomme le prévoyait l'habile viticulteur de Gaillac, le mal s'est généralisé. Un journal agricole italien m'apprenait ces jours-ci que dans les environs de Padoue le vignoble entier est atteint, là, comme ici, on cherche un remède. Le gouvernement italien doit publier une instruction. Sous cette funeste influence, nos raisins ont peu mûri, ils résistent à la pression du doigt, ils sont acides. Il est à crain ire que nos vins ne s'en ressentent, comme quantité et comme qualité.

Il nous paraissait qu'avec la lutte contre l'oïdium, le phylloxéra, la pyrale, le gribouri, la gelée, la coulure, l'anthracnose, il y en avait assez. Le courage ne manque jamais aux agriculteurs; qu'on leur indique vers quels points ils doivent diriger leurs essais, et demain, ils seront à l'œuvre, pleins d'énergie et d'espérance.

De Puy-Mombrun.

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