CONGRÈS VITIGOLE DE SARAGOSSE
Le Congrès de Saragosse s'est tenu avec un éclat auquel nous sommes peu habitués en France pour des assemblées de ce genre. M. Fermin de Lasala, ministre de Fomento, est venu en personne ouvrir la session, et M. J. de Cardenas, directeur de l'agriculture, en a présidé toutes les séances avec une habileté et uue compétence des plus remarquables.
Diverses nations s'étaient fait représenter officiellement à cette réunion, sur la demande du gouvernement espagnol. L'Autriche avait envoyé M. le baron de Prato, le Portugal M. Batalha Reis et la France MM. Saint-Pierre et Foëx. De plus, MM. Planchon, Lichtenstein, J. Leenhardt, Hortolès et Bouscaren représentaient la Société d'agriculture de l'Hérault, et M. Meissner, de Bushberg (Missouri), la viticulture des Etats-Unis, dans ces grandes assises. L'accueil fait aux délégués étrangers a été des plus cordiaux et des plus gracieux, digne en tous points de la courtoisie espagnole, si renommée déjà de longue date. Banquets offerts par la municipalité, par le syndicat du canal d' Araion, excursions, rien n'a manqué pour rendre aux hôtes de la ville e Saragosse, leur séjour agréable et instructif tout à la fois.
La journée du 1" octobre a été consacrée à des séances préparatoires, pour la discussion du règlement et la nomination du bureau. Le 2, après-midi, séance officielle d'ouverture à laquelle assistent toutes les autorités en tenue officielle; la municipalité arrive précédée par ses alguazils à cheval et ses massiers à perruque, MM. de la Paz Graëlls, Plan-
chon, Batalha Reis et de Prato viennent successivement indiquer l'état de l'invasion en Espagne, en France, en Suisse, en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Portugal et en Italie. Partout le mal est en progrès, malgré les efforts faits parles divers gouvernements.
Le lundi 3, lecture des rapports de M. Bragat, ingénieur en chef forestier, et de MM. Berbegal et Robles, ingénieurs agronomes, qui venaient d'être envoyés en mission dans l'Ampourdanpour y juger les effets des traitements administratifs; ils ont constaté à peu près partout des résultats insuffisants, surtout dans les parties traitées par l'anhydride sulfureux de M. Monnier. La nature sèclie et rocailleuse du sol, qui rend difficiles la recherche des points d'attaque et Texécution des traitements, non moins que la résistance obstinée des populations, ont fait échouer les généreux et énergiques efforts de iM. Miret qui s'était consacré avec un zèle et un dévouement au-dessus de tout éloge à la désinfection de cette contrée.
Les séances suivantes ont été consacrées à des luttes oratoires un peu longues et a priori entre les partisans exclusifs des insecticides ou des viunes américaines. Les délégués étrangers, instruits par une plus longue expérience, ont cherché à ramener l'accord entre ces opinions trop absolues, en montrant comment chaque système a son heure et sa place, et que ce n'est pas trop du concours de tous les moyens proposés pour sauver la situation. Les questions pratiques relatives à l'emploi des vignes américaines, de la submersion, de la plantation dans les sables et des divers moyens culturaux ont été successivement traitées.
Enfin, il restait à formuler des conclusions qui pussent servir de base aux nouvelles mesures que le gouvernement espagnol compte prendre à la suite de l'échec des traitements administratifs dans l'Ampourdan et de l'extension du mal à Malaga. Le Congrès a adopté les résolutions suivantes :
« 1° Des mesures préventives et de défense seront prises contre le phylloxéra.
« 2° Des insecticides seront employés pour sa destruction.
a 3" Si ces insecticides sont inefficaces, l'emploi des cépages américains sera recommandé.
« 4° Des pépinières de ces cépages seront créées.
« 5° Les cépages américains seront importés sans racines et avec la plus grande précaution,
« 6° Le Congrès demande la revision de la législation actuelle.
C'est en somme la méthode que l'expérience a consacrée dans les pays anciennement phylloxérés: les insecticides en premier lieu et tant que l'on peut conserver l'espoir de sauver les vignes existantes, les vignes américaines ensuite pour remplacer celles qui ont succombé.
En vue de préparercette dernière solution, le gouvernement espagnol a l'intention de créer à Centa, sur la côte du Maroc, une pépinière analogue à celle que va établir l'Italie dans l'île de Pianosa. Les plants importés sous forme de bouture (c'est-à-dire probablement sans phylloxéra), seront cultivés et soumis à une véritable quarantaine pendant deux ou trois ans, et ensuite importés sans crainte dans la péninsule, si le phylloxéra n'apparaît pas sur leurs racines.
A la suite du Congrès, une excursion a eu lieu à la prise du Canal impérial d'Aragon; le ministre de Fomento y a associé les membres étrangers du Congrès. Parti à 8 h. 30 du matin de Saragosse (ligne de Saragosse à Pampelune), le train spécial qui emportait le ministre et