‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 489 sur 752 · RAPPORT SUR LES PRIX DE CULTURE · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LES PRIX DE CULTURE

Au nom du Comice départemental, je viens, comme chaque année, vous exposer les mérites des lauréats de nos concours et vous faire connaître les récompenses dues à leurs efforts et à leurs travaux.

Permettez-moi, en raison de l'extrême aridité du sujet, de réclamer votre indulgence, car parmi les auditeurs qui veulent bien nous prêter en ce jour quelque attention, certains sont plus accoutumés au langage scientifique et commercial, qu'au langage agricole. Nous essaierons cependant de vous intéresser aux incontestables mérites de ces infatigables travailleurs auxquels vous allez, dans un moment, remettre des récompenses vaillamment conquises.

Le programme décerne un objet d'art à l'agriculteur de la circonscription du Comice de Reims, cultivant plus de 50 hectares, dont l'exploitation sera la mieux dirigée et qui aura réalisé les améliorations les plus utiles.

Sept concurrents se sont d'abord présentés, un seul s'est désisté au dernier moment. Le jury, composé de MM. Ballot, Herment-Bidault, Vigy-Brémont, Mousseaux, Villiers-Herluison, Carinet, Bourel, Raymond Poasard que ses collègues ont nommé rapporteur, a visité les six exploitations qui restaient sur les rangs.

M. Lollier-Candon, fermier à Champigny, exploite, moyennant une redevance annuelle de b,2k0 tr., une ferme contenant 169 hectares de prés et terres silicocalcaires d'une culture facile et rapprochée.

Le froment donne à l'hectare une moyenne de 1,000 gerbes et Favoine de 8 Ou gerbes.

Le mobilier agricole est aussi complet que possible au point de vue des instruments nouveaux qui sont bien entretenus.

Les chevaux, au nombre de 12, sont bons et tous nés et élevés à la ferme. Les vaches, les porcs et le troupeau, représentant environ une 1/2 tète à l'hectare. sont dans un état satisfaisant.

La Commission a constaté avec plaisir l'ensemble des récoltes et surtout du troupeau.

M. Leconte fit l'acquisition de la ferme de l'Espérance en 1866: elle était à cette époque pour ainsi dire abandonnée ; mais M. Leconte, grâce à son énergie et à sa science en agriculture, ne s'est point effrayé. Il a triomphé de cette terre ingrate et a prouvé à tous que le nom de sa ferme n'était point un vain titre.

En pénétrant dans la cour on aperçoit des bâtiments bien aménagés, symétriquement rangés, un fumier parfaitement tenu et facilement arrosable à l'aide d'une pompe à purin bien établie.

Une pompe puissante, fonctionnant à l'aide du manège delà batterie, distribue l'eau partout et économise très sensiblement la main-d'œuvre. Une forte bascule permet de peser les fumiers, le bétail et les récoltes.

Sept chevaux participent aux travaux de la ferme. La vacherie, presque uniquement composée de hollandaises, renferme 16 laitières et 8 génisses très remarquables par leur état d'entretien toujours excessivement difficile à conserver dans nos terres calcaires où les prairies permanentes font complètement défaut comparativement à ces immenses pâturages hollandais, dont le bétail ne sort que chassé par les neiges. La porcherie est fort bien tenue et garnie de 25 têtes environ à divers degrés d'engraissement.

La proxunité de la ville explique parfaitement l'absence d'un troupeau. M Leconte tirant un excellent profit de son lait, y pousse avec raison; pour le même motif, la volaille est fort nombreuse et très variée. Indépendamment des fumiers de ferme, M. Leconte fait recueillir en ville des engrais liquides avec lesquels il exécute des arrosages iréquents, lui permettant d'augmenter ses récoltes dans des proportions considérables ; la végétation active qu'on rencontre dans certaines pièces de terres, notamment sur les betteraves, rend manifeste l'influence réelle des engrais chimiques.

Une comptabilité bien en règle permet à M, Leconte de contrôler toutes les opérations de la ferme.

M. Viville-Prévoteau, de Vitry-lez-Reims, est un bon propriétaire-cultivateur qui a amélioré sensiblement sa position à force de travail, de soins et d'économie bien raisonnée.

La culture de son domaine n'a rien de bien tranchant sur celle du voisinage, ses terres sont fort bien soignées.

Son assolement a ceci de particulier : c'est que la jachère ne revient que tous les huit ans. Achetant fréquemment, dans Reims, des fumiers de cheval à un prix modéré, il arrive ainsi, en les mélangeant k ceux de sa ferme, à produire une culture très intensive et ol)tient des récoltes réellement surprenantes et qui étonnent ses voisins. Son troupeau, en parfait état, est nombreux et cette abondance de récolte lui permet d'entretenir plus d'une tête de bétail par hectare, ce qui est considérable pour la nature des terres qu'il exploite.

Sans être un novateur, M. Viville est un de ces bons administrateurs qu'on aime à rencontrer, perfectionnant le plus possible ce qu'il remarque de bon autour de lui, qu'on doit citer avec éloges et signaler comme exemple à suivre.

M. Viville ayant débuté avec peu, est aujourd'hui, grâce à son travail, à la tête d'une belle position de fortune, arrachée du sein de la terre. .

M. Floquet Philippot, de Puisieulx, exploite la ferme de Mme Senart-Colombier, moyennant une redevance annuelle de 7,315 fr. Cette ferme, composée de terres argilo-calcaires, est d'une contenance de 196 hectares.

Les récoltes sont fort belles, les seigles et les blés donneront 1,100 gerbes à rhectare. Les luzernes sont bien fourmes et formeront de forts aaidains.

Les chevaux, au nombre de 9, et les vaches, au nombre de 14, sont en très bon état.

Le troupeau métis-mérinos est remarquable et compte près de 800 têtes. C'est incontestablement un des meilleurs troupeaux de la contrée, des plus suivis et présentant l'ensemble le plus régulier. Aussi, M. Floquet en retire-t-il chaque année un produit justifié dépassant 11,ÛC0 fr.

Les bâtiments d'exploitation, les fumiers, la fosse à purin sont en excellent état, et les dispositions générales très bien comprises sous tous les rapports.

M. Floquet, cultivateur intelligent et travailleur, a depuis longtemps compris l'importance des instruments agricoles, aussi la ferme de Puisieulx renfermet-elle ceux les plus perfectionnés.

Chef d'une nombreuse famille habituée de bonne heure au travail, M. Floquet, par sa persévérance, à l'aide d'ordre et d'économie, est arrivé à se créer une belle position que l'avenir ne peut que rendre de plus en plus prospère.

Nous arrivons, messieurs, à M. Bailliot-Deligny. Peu de concurrents éveillent autant de syaipathie que M. Bailliot. Il a su continuer et faire prospérer depuis mars IS*??, la culture de la ferme du château de Muizon.

M. Bailliot paye un fermag ! de 13,000 fr. et exploite 216 hectares de terres prés et bois.

Les rendements en céréales sont très élevés. Les betteraves, destinées à la sucrerie de Fismes, dépasseront cette année 40,000 kilog. à l'hectare. M. Bailliot est sur le point d'arriver au desiderata que nous cherchons tous en agriculture, et qui seul peut, sinon nous sauver, tout au moins nous prolonger, c'est de faire peu ou point de jachères. Des navettes, des rainettes, du jarros, des trèfles incarnats, tous fourrages verts et précoces avec lesquels il entretient en excellent état de santé et de produit son très nombreux bétail.

M. Bailliot est un véritable pionnier agricole : il a compris que le fumier de ferme seul ne peut, en raison de son prix élevé et des différences de récoltes que présentent certaines années, lui permettre d'arriver à une culture très intensive. 11 emploie comme adjuvants et à de très hautes doses les engrais liquides et chimiques ; le suKate d'ammoniaque, le nitrate de soude et le superphosphate d'os ont obtenu ses préférences.

Le troupeau, composé de 630 bêtes blancbes métis-mérinos, a été créé, amélioré et amené à la dernière perfection possible par M. I^ailliot; 72 béliers destinés à la reproduction sont loués chaque année par les cultivateurs du voisinage et aussi appréciés que recherchés.

Les lames de M. Bailliot sont à tel point estimées qu'elles lui ont été payées cette année 14 fr. 50 la toison.

Personne n'a atteint un aussi haut prix.

M. Bailliot a présenté à la Commission une comptabilité parfaitement régulière, établissant que les recettes dépassaient de beaucoup les dépenses.

La bonne tenue de la ferme, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, ne laisse absolument rien à désirer; les écuries, bergeries, étables, fumiers, tout est correct.

On sent qu'une volonté ferme' et énergique est à la tête de ce remarquable train de culture. Enfin, messieurs, le jury n'a eu que des éloges à adresser à M Bailliot et à sa famille. Alfred Lequeux,

(L« suite prochainement.) Secrétaire général du Comice de la Marne.

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