XV. — Nouvelles de Vèlat des récoltes
Les notes que nous recevons de nos correspondants n'apportent que peu de changements aux appréciations que nous avons déjà pu-
bliées. — Sur'la situation agricole dans le département de la Dordogne^ M. de Lamothe nous envoie de Mareuil-sur-Belle, à la date du 22 octobre, la lettre suivante :
c< Décidément les hirondelles ont eu tort de nous quitter à la fin du mois dernier. Les moucherons n'ont point disparu, et les chaleurs persévèrent ; il y a eu quelques jours de fraîcheur, mais qui n'ont pas duré.
« Pour en revenir à la température, elle est fort douce, plus même que tiède depuis mercredi surtout Aujourd'hui, vers deux heures de l'après-midi, le thermomètre marquait 21 degrés au-dessus de zéro et à sept heures du soir, encore 19. Quelques petites pluies ayant humecté la terre hier, on profite de cet état de chose pour activer les semailles de froment qui s'effectuent dans de honnes conditions. Nos regains sont rentrés. Ici, comme aux environs de Périgueux, ils ont réuni l'abondance à la qualité. Leur quantité a notablement dépassé celle du foin, assez rare, il est vrai, cette année. On a récolté les maïs du rendement desquels on est satisfait ; il y a beaucoup de pommes de terre et de topinambours On peut en dire autant des raves semées après la pluie, celles qu'on s'est hâté d'ensemencer de suite après le déchaumage, confiées à un sol sec, presque en poussière, ont, par contre, à peu près manqué. Il y a des châtaignes et des noix, ces dernières un peu froissées par la grêle, qui, dans plusieurs communes du canton de Mareuil et de la partie de la Charente qui les joint, ont nui grandement au froment et aux fruits d'été, non moins qu'au vm. Celui-ci n'abonde pas, par suite de ce fléau, de l'oïdium et du phylloxéra. La conséquence naturelle de ce déficit est qu'il est fort cher. Plusieurs propriétaires n'auront pas même leurs provisions. Je ne vous parle pas du tabac. L'administration, en cela fort mal inspirée, vient de retirer la permission de le cultiver à la seule commune du canton qui est parvenue à lui donner une place dans ses assolements et qu'il aurait fallu encourager à continuer. Par malheur, cette administration est loin d'agir toujours avec à propos en ce qui concerne la culture et les livraisons de la plante qu'elle a mission de protéger, tandis qu'elle nuit souvent à sa propagation et à son amélioration par ses chicanes et ses exigences sans motifs.
« En somme, notre contrée a été moins heureuse que plusieurs autres de la Dordogne en 1880. Voici plusieurs années de suite que nos propriétaires sont en pertes, aussi beaucoup d'entre eux commencent-ils à être découragés, »
Des pluies abondantes sont tombées depuis quelques jours sur la plus grande partie de la France ; elles ont, sur quelques points, provoqué le débordement des rivières et occasionné de véritables désastres, soit dans les champs, soit dans les villages. Partout elles ont entravé les travaux d'arrachage des betteraves ou des pommes de terre, ainsi que ceux de semailles ou de labours d'automne. Tel est le fait caractéristique de la situation présente. J.-A. Barr.\l.