RAPPORT SUR LES PRIX DE CULTURE. — II
La dernière exploitation qu'a eue à visiter la Commission est celle de M. Renard - Matras.
M. Renard, jeune homme laborieux, intelligent et doué d'une indomptable activité, est entré à Luthernay en 1863, prenant la suite d'un bail ayant enco!o huit années à courir et renouvelé depuis.
Le sol !e Luthernay, de nature argilo-calcaire et argilo-siliceuse, est compac', imperméable, exige une forte et fréquente culture et surtout une somme de travau pénible et considérable.
Indépendamment de ce sol extrêmement difficile, M. Renard, à son entrée, a trouvé la ferme en mauvais état de culture. N'écoutant que son courage, il se mit bravement à la besogne. M. Renard est d'ailleurs, pour Je Comice dépariemental, une vieille connaissance.
Il me semble encore entendre les applaudissements dont il fut à juste titre l'objet en 1877, au concours de Vitry-!e-François, pour un drainage, considéré comme impossible avant lui, de 15 hectares sur cette même terre de Luthernay et qui lui valut la médaille d'or. Je vous disais à cette époque : M. Renard-Matras est un de ces hommes d'une intelligence supérieure qui savent mettre en pratique cette devise qui, quoique ancienne, est toujours vraie : Aide toi et le ciel t'aidera. Eh bien! messieurs, n'avions-nous pas raison et ne voyez-vous pas aujourd'hui que M. Renard a triomphé de tous les obstacles?
La ferme de Luthernay, d'une contenance de près de 2tO hectares, est transformée, les labours profonds et les défoncements en ont rendu les terres plus meubles et plus friables ; les fumiers et les engrais sont devenus assimilables; mais au prix de quelles fatigues et de quels sacrifices !
Comme à Muizon, on ne voit déjà plus de jachères. Les blés rendent aussi en moyenne -28 à 30 hectolitres, l'avoine 36 et les betteraves 40,000 kilog.
Sur toute l'étendue du domaine les récoltes sont admirables. Les bâtiments de Luthernay sont vastes et bien distribués. La force motrice est représentée par douze magnifiques percherons et ardennais et par 14 puissants charolais d'attelage.
La vacherie, quoique peu impoi tante, est tenue avec le plus grand soin. Le troupeau de race mérinos est très beau, les instruments nombreux et bien appropriés au sol. Des brabants doubles donnent à ces terres tories une excellente préparation, ameublissent le sous-sol et lui rendent l'aptitude nécessaire aux récoltes à grands rendements qui peuvent seuls rémunérer d'aussi durs travaux.
En présence de deux concurrents aussi méritants à des titres divers que MM. Railliot et Renard, le jury a éprouvé une hésitation telle qu'il a été tenté de mettre les deux concurreLts sur une même ligne et de partager le prix.
Mais les termes du programme s'opposaient à ce partage. La prime d'honneur est un objet d'art indivisible. Le scrutin secret ayant été réclamé, 4 voix furent données à M. Renard et 3 à M. RaiUiot.
Après avoir apprécié en toute conscience la situation et les titres des divers candidats, la Commission a pris les résolutions suivantes et a ainsi décerné les récompenses (jue le programme mettait à sa disposition :
Prime d'honneur, objet d'art, à M. Renard-Matras, fermier à Luthernay.
Vu les mérites exceptionnels de M. Railliot, une médaille d'or, transformée en un objet d'art de valeur supérieure, est attribuée k M. Railliot-Deiigny, de Muizon.
Une médaille d'or à M. Floquet-Phihppot, de Puisieulx; une médaille de vermeille à M Leconte, de la ferme l'Espérance ; une médaille d'argent à M. Viville-