‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 523 sur 752 · LE FUMIER ET LES MATIÈRES MINÉRALES DE LA VIGNE · texte numérisé non relu

LE FUMIER ET LES MATIÈRES MINÉRALES DE LA VIGNE

Ce n'est pas chose facile que de déterminer les matières minérales qui sont enlevées par une récolte dans un vignoble. Les éléments sont complexes. Il faut tenir compte, non seulement des raisins, mais encore des bourgeons rognés ou pinces et du bois enlevé par la taille. Deux savants allemands, les docteurs Wagner et Prinz, ont étudié cette question sous toutes ses faces, et ont publié les résultats de leurs expériences. Je vais résumer leur mémoire pour les lecteurs du Journal de V Agriculture. Les essais ont été faits dans différents vignobles sur les cépages les plus répandus dans la vallée du Rhin, Y autrichien et le riesling ; ils ont toujours porté sur 8 à 12 ceps.

Les bourgeons rognés et les sommités pincées sont d'abord desséchés à l'air ; ils sont mis pendant huit semaines entre deux feuilles de papier, pesés dans cet état, ils donnent 107 kilog. par 1,000 ceps pour le cépage autrichien et 102 kilog. pour le rieslmg. Desséchés à MO degrés, ils pèsent 95\5 et 9lM4. Les autrichiens renferment par 1,000 ceps, 0\502 d'acide phosphorique, 1^847 de potasse, et les rieslings, 0\55 et 1^.957. Le rapport de l'acide phosphorique à la potasse est ^ff} pour l'autrichien et ^^^^5^ pour le riesling.

Quant aux raisins, Wagner et Prinz opérèrent sur 2 à 3 kilog. 100 ceps autrichiens portaient en moyenne 72". 3 de raisins, et 100 rieslings 56''. 6. Sur 1 ,000 ceps autrichiens, les raisins renferment u''.602 d'acide phosphorique et 2\790 de potasse, et sur 1,000 rieslings, 0''.474 et 2*. 064. Le rapport de l'acide phosphorique à la potasse est '^\qI^ pour les autrichiens, et ^ ^^ ^ g -"^ pour les rieslings.

Wagner et Prinz desséchèrent à l'air le bois coupé à la taille ; ils déterminèrent l'eau sur 30 grammes et les cendres sur 1 00 grammes. Ils trouvèrent que pour 1,000 ceps autrichiens le bois desséché à l'air pèse 164". 1 et 146". 8 desséché à 110 degrés, et 184". 0 et 165". 1 pour les rieslings. Le bois coupé de 1,000 ceps autrichiens renferme 0".386 d'acide phosphorique et 1".322 de potasse, celui des rieslings 0". 4'.^1 et 1".449. Le rapport de l'acide phosphorique à la potasse est ^^ pour les autrichiens et ^j^ pour les rieslings.

Toute la récolte (bourgeons, raisins, bois) enlève sur 1,000 ceps autrichiens 1".49 d'acide phosphorique et 5". 96 de potasse, et 1".47 et 5". 47 sur les rieslings. Le rapport de l'acide phosphorique à la potasse pour toute la récolte est, dans le premier cas, j^ , et dans le second, ^j^j^ Les chiffres cités plus haut ont montré que ce rapport est le même dans les bourgeons et le bois.

Pour 100 kilog. d'acide phosphorique, la vigne enlève au sol 400 kilog. de potasse. D'après les analyses de Wolff, le fumier de ferme contient sur 100 d'acide phosphorique, 250 de potasse. Le fumier est par conséquent pour la vigne un engrais trop pauvre en

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potasse. Quand on opère dans un vignoble peu riche en potasse, on peut donc se servir de fumier pour donner la quantité voulue d'acide phospLorique et recourir, en outre, aux sels de potasse.

Les cliifl'res que j'ai cités sont relatifs à 1 ,000 ceps; pour une vigne de i 0,000 ceps à l'hectare, ils montrent qu'une récolte de 6,445 kilog. enlève 58 kilog. de potasse et 14^7 d'acide phosphorique. Dans les vignobles rhénans, la récolte peut parfaitement s'élever à 8,000 kilog. de raisins. Elle enlève alors (bourgeons, raisins et bois) 18 kilog. d'acide phosphorique et 71 kilog. de potasse. Cette quantité d'acide phosphorique et de potasse est faible comparativement à celle qui est enlevée par les autres récoltes. 2,300 kilog. de blé renferment, y compris la paille, 29 kilog. d'acide phosphorique et 34 kilog. de potasse; 2,200 kilog. de seigle, 28 kilog. d'acide phosphorique et 48 kilog. dépotasse; 16,000 kilog. de pommes de terre, 30 kilog. d'acide phosphorique et 92 kilog. de potasse; 36,000 kilog. de betteraves, 43 kilog. d'acide phosphorique et 233 kilog. dépotasse; 36,000 kilog. de luzerne verte, 54 kilog. d'acide phosphorique et 163 kilog. dépotasse.

En général, les vignobles sont fortement fumés. Amsi, dans les pays rhénans, on mettons les trois ans 60,000 kilog. de fumier par hectare, ou 20,000 kilog. par an. A Éguisheim (Haute-Alsace), nous n'employons que 10,000 kilog. par an et nous obtenons des récoltes supérieures à celles des pays rhénans. Ces 20,000 kilog. renferment, d'après Wolff, 42 kilog. d'acide phosphorique et 1 04 kilog. de potasse; comme la récolte ne prélève que 18 kilog. d'acide phosphorique et 71 kilog. de potasse, le fumier enrichit annuellement le sol en sels minéraux. Wagner et Prinz ont malheureusement négligé de doser l'azote, de sorte que leur étude est inachevée. Ce travail devrait donc être complété. Il pourrait de même être repris par nos directeurs de stations agronomiques, qui auraient à déterminer le rôle du climat, de la taille, etc. Les expériences de Wagner et Prinz montrent que l'influence des cépages est nulle. Paul Muller.

Correspondant de la Société nationale d'agricullure.

CONCOURS DE NEUFCHxVTEL-EN-BRAY

La Société française de l'industrie laitière vient de tenir, du 21 au 24 octobre, à Neufchâtel-en-Bray, son deuxième grand concours. L'année dernière, à peu près à la même époque, s'ouvrait le concours de Meaux. Les sièges de ces deux concours ont été très bien choisis, car ce sont deux grands centres de production laitière : dans la Brie, la fromagerie domine exclusivement; dans le pays de Bray, elle est harmonieusement unie à la production du beurre. Ici tout le monde vit et s'enrichit par les herbages et le lait que les belles vaches, le plus souvent admirablement traitées, savent en tirer. C'est, pour le pays, une grande industrie profitable à tous, n'exigeant pas de grandes avances de capitaux, mais demandant à toutes les fermières des qualités spéciales qui en font souvent les véritables directrices de la fortune de la ferme.

Disons tout de suite que le concours de Neufchâtel a parfaitement réussi. Le président delà Société, M. deToustain, etM. Delalonde, son secrétaire général, n'avaient pas ménagé leurs peines, non plus que le Comice agricole de Neufchâtel, qui possède à sa tête un des agricul-

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