‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 539 sur 752 · VI. — Le phtjUoxera · texte numérisé non relu

VI. — Le phtjUoxera

Il est désormais indiscutable que les vignerons ontmaintenant entre les mains des moyens efficaces pour lutter contre la destruction de leurs vignes, mais que le plus grand obtocle à l'efficacité de la lutte ■est dans l'inertie ou l'indifférence d'un trop grand nombre de propriétaires. C'est celte même pensée qu'exprimait, au Congrès viticole de Clermont-Ferrand, en termes excellents, M. Langlois, président du Comité central de la Haute-Loire; c'est pou.rquoi nous croyons utile de reproduire cette partie de sa communication :

GHRCKNrQUE AGRICOLE (6 NOVEMBRE 1880). ^03

« Tâchons d'obtenir, dans notre région du Châtre, une mutuilité bien organisée, une surveillance incessante de la propriété viticole, un signalement instantané, si la chose est possible, des premiers sy.nptô.nes de l'envahissement, G3 n'est plus alors un hectare que vous ave/, à soignif, c'est un espice bMacoup moins étendu, et avec une dépanse minime, souvent insigniliante, vous arriverez à préserver, non plus un hectare de vignes, miis an vignoble tout entier.

« Ceci nous ramène directement à une phrase du début de cette trop longue communication : le pire des maux, c'est la résistance par inertie dis populations. Oui, messieurs, dans nos contrées, là est le véritable ennemi à combattre ; sur ce terrain surtout, nous devons nous grouper et lutter avec toute l'énergie rfue nous pourrons déployer. Faire comprendre aux propriétaires qu'il y a un danger imminent, sérieux; que leurs vignes tout entières, par conséi{uent la fortune d'un grand nombre d entre eux, sont menacées de mort; leur persuader que d'eux seuls, de leur surveillance incessante, de leur réunion en syndicats dépeni la |X)ssibilité d'enrayer l'invasion du fléau; leur bien expliquer que la lutte est possible, possible même à peu de frais s'ils veulent y prêter la main; mais que plus ils tardent, plus les résultats deviennent douteux et ne peuvent bientôt plus s'obtenir, s'il en est encore temps, qu'au moyen d'une énorraeaugmeatation dans la dépense; leur bien inculquer l'idée qu'en présence de l'ennemi implacable qui les poursuit, ils sont aujourd'hui les seuls conservateurs de leurs vignies et que, s'ils lei abandonnent, elles sont condamnées à une mort procJiaine.

« Quand nous serons arrivés à ce résultat, nous pourrons appliquer avec succès les moyens que nous fournit la science. »

La lutte, qui paraissait assoupie entre les partisans des insecticides et ceux des vignes américaines, menace de reprendre avec une nouvelle vigueur. A l'occasion de la note de M. Jules Maistre, insérée dans notre dernier numéro, M. Laliman nous adresse la nouvelle lettre suivante :

« Monsieur le rédacteur, je ne puis laisser passer la narration de M. Maistre au sujet de la visite dont il m'a honoré en compagnie de MM. Lenhardt et Meisaer, ce serait enterrer les vignes américaines résistantes, dont je suis l'ardent défenseur; et je dis plus, ce serait exalter les vignes américaines non résistintes, dont je suis l'en/zemi déclaré. « M. Laliman nous a dit qu'il cultivait des vignes américaines depuis vingt ans, et qu'au bout de douze ans, les vignes américaines mouraient du phylloxéra; enfin queies vignes américaines mouraient aux Etats-Unis. » Tels sont les paroles que me prête M. Maistre.

« Tandis ((ue j'ai dit : il y a plus de trente-cinq ans que je cultive les vignes américaines, et je n'ai aperçu la maladie qu'il y a quinze ans;, si j'avais importé le puceron a^ec elles, comment mes vignes françaises auraient -elles résisté au fléau pendant vingt-cinq ans? Elles seraient donc plus résistantes que les vignes américaines? et mes Labrusca non résistants auraient réd'itè vi'Kji-clnq ans! tandis que je déclare que certains cépages tels que le Vialla, le York, le Solonis, le Jacquez, le Gaston-Bazille, etc., n'ont en Europe que quinze années de résistance au phylloxéra, au maximum !

« J'ai bien dit : qu'en Amérique, les cépages que l'on nous vantait comme résistant, tels que les Goncords, les Clinton, les Hortefort-Prolific, et même certains autres, y mouraient aujourd'hui; mais depuis six ou sept ans seulement! qu'en Californie, les cépages européens et les Catawa, cultivés depuis deux siècles dans ces para^ies, partageaient ce même sort, vo;ilant par là prouver l'invasion récente phjlloxérique dans les deux mondes, et combattre l'origine américaine de i'Aphys.

« Mais aussi, j'ai ajouté : les vignes meurent en Amérique, parce que les Américains ne possèdent pas les véritables vignes américaines résistantes ; et que depuis bientôt dix ans, M. Riley et nos écrits universitaires les lanç.iieut dans 'a culture des Concords, Clinton, etc., alors que ces cépages, ainsi que je l'écrivais depuis 1869, étaient déjà morts chez moi, tués par le phylloxéra.

a Quanta soutenir, comme M. Maistre, qu'un arbuste qui vient dans un pays

f)lus frais que le noire, ne pourra pas venir en Europe, c'est méconnaître non seuement l'expérience, puisqu'aux Açores l'on récolte, depuis longtemps, des vins améiicains; puisqu'en Espagne et en Portugal, ces vignes y végètent, deouis longtemps, à merveille ; mais c'est encore oublier qu'il fait plus chaud, même à New-I'ork, pendant l'été, qu'à Madrid et à Lisbonne, sans oublier queies Florides,

le Texas, etc., sont encore plus chauds; ce que je prouve suffisamment dans mes dernières études phylloxériqueo, pour me dispenser de revenir sur la rudesse du climat de la Nord-Amérique, qui de 25 degrés de froid, passe sans printemps, à 25 degrés de chaleur!

« J'espère que ces explications prouveront que je ne suis pas un renégat des vignes américaines, comme le ferait supposer l'article de M. Maistre ; mais, au contraire, un défenseur d'autant plus sincère que je ne m'appuie que sur certains cépages que l'étude, et surtout noire grand maîl<-e, l'expérience, m'ont appris être résistants dans tous les sols, comme dans tous les climats, et cela depuis quinze ans, aux piqiàres du vastatrix.

« Veuillez agréer, etc. « L. Laliman.

« Château Latourate, 1" novembre 1880. »

D'un autre côté, nous avons reçu, à propos de quelques-unes des observations antérieures de M. Laliman, deux lettres de M. Morlot et de M. Meissner sur les conditions de la culture de la vigne en Amérique; nous les publierons dans notre prochain numéro.

VII. — Journal de la Société royale d'agriculture d'Angleterre.

La seconde partie du seizième volume (année 1880) du Journal de la société royale d'agriculture d'Angleterre vient de paraître ; il contient les articles suivants : 1° sur la production, les importations, la consommation et le prix du blé pendant vingl-hiiit années, 1852-53 à 1879-80, par J.-B. LawesetJ.-H. Gilbert; 2" un mémoire sur l'utilisation des substances perdues et l'emploi économique des machines et du matériel de la ferme, par Robert Scott-Burn ; 3" des notes sur l'entretien d'un troupeau de Durham, par W. Housman; 4° une notice sur la création des prairies, par James Howard; 5° un rapport sur les haras et l'espèce chevaline en Hongrie, par J. Collins ; G" un rapport sur les maladies du bétail dans l'île de Chypre, par Charles Heidenstam ; T une étude sur les sources d'approvisionnements du marché aux fruits et aux légumes de Manchester, par John Page; 8° le rapport sur le concours de 1880 pour les fermes du Cumberland et du Westmoreland, par Herbert J. Little ; 9" une note sur une nouvelle méthode d'essai du lait, par le docteur Vœlcker, et deux notes du même auteur sur la composition du lait de brebis et sur celle du lait de chèvre; 10" des rapports sur le bétail à l'exposition de Carlisle, en 1880, par le lieutenant-colonel Picton-Tubervill et par M. Finlay Dun; 11° un rapport sur les machines agricoles, par M. Frankish; 12° un rapport sur l'exposition et les essais des machines agricoles à Carlisle, par M. Robert Ne ville.

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