‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 552 sur 752 · LA CLAVELÉE ET LE BÉTAIL ALGÉRIEN · texte numérisé non relu

LA CLAVELÉE ET LE BÉTAIL ALGÉRIEN

rement tous les ans avec la même intensité et les mêmes desastres, démontrant mieux que tous les raisonnements l'impuissance des arrêtés, aurait dû provoquer de nouvelles recherches, à l'effet de trouver un moyen pratique de concilier les intérêts gravement compromis d'une deshranches très importantes du commerce algérien, avec ceux non moins respectahles des éleveurs du Midi.

Bien que des milliers de faits étahlissent clairement combien les arrêtés so«f veœatoires.... et parfaitement inutiles, n'est-il pas étonnant d'apprendre que M. Rougemont, au nom de la Société d'agriculture des Bouches-du-Rhône, a adressé une pétition à M. le préfet de ce département, demandant la stricte exécution des règlements en vigueur et, en outre, que les moyens de désinfection les plus puissants soient employés pour purifier les navires qui transportent les bestiaux.

On ne saurait nier l'efficacité de la désinfection demandée ; quant au restant, on peut répondre hardiment à l'honorable président : non seulement l'Etat est impuissant à empêcher la clavelée de pénétrer en France^ mais l'application stricte des mesures aura pour effet de faire supporter, par le bétail algérien seulement, toute la rigueur des arrêtés, tandis qu'il sera toujours facile d'y soustraire le bétail allemand, italien, espagnol, etc. Les éleveurs étrangers bénéficieront ainsi des capitaux que des lois injustes retireront de notre colonie algérienne.

L'explication de ce que j'ai l'honneur d'avancer est, tout entière, dans la connaissance pratique des phases diverses de la variole ovine. Cette maladie présente, en' effet, dans sa marche, deux périodes bien distinctes. Entre la pénétration du virus claveleux dans un mouton et la manifestation des signes caractéristiques de la maladie, il s'écoule un laps de temps varialile entre dix et vingt-quatre jours, pendant lequel il nest pas possible de la reconnaître; cest la clavelée quon ne voit pas.

A cette première période succède la seconde : de petites taches rouges, et, plus tard, des pustules apparaissent à la surface de la peau : c'est la clavelée qu'on voit; rien nesi plus facile à reconnaîlre.

Les gens habiles faisant le commerce des bestiaux n'ignorent aucune de ces particularités; aussi ne s'exposent-ils jamais à voir leurs animaux refusés aux postes de la douane française. Une visite du troupeau, faite quelques heures avant la visite officielle, leur permet de reconnaître la clavelée qui peut se voir; les sujets atteints sont mis soigneusement de côté, le restant du troupeau renfermant un certain nombre de moutons ayant la clavelée, qui ne se voit pas, franchit aisément la frontière. La loi est respectée, mais le but pour lequel elle a été faite n'est pas atteint. Il y a même celte circonstance aggravante, que ces animaux, déclarés sains par les inspecteurs, sont vendus aux éleveurs français, sans qu'il soit pris à leur égard la moindre précaution sanitaire. La clavelée apparaît bientôt et ne tarde à se propager de proche en proche ; telle est, le plus souvent, l'origine de la plupart des épidémies claveleuses.

Cette fraude si facile à mettre en pratique lorsqu'il s'agit du bétail allemand, espagnol, italien, etc., n'est pas possible pour le bétail algérien, soumis à l'inspection aussitôt après sa sortie du navire.

Les exemples suivants montreront l'odieux des arrêtés sanitaires appliqués à la clavelée.

M, Pierre, colon, achète en Algérie, quinze cents moutons qu'il

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