V. — Vente des vins des hospices de Beaime
La vente annuelle des vins des hospices de Beaune a eu lieu, ainsi que nous l'avons annoncé, le dimanche 7 novembre, devant une grande affluence de commerçants et d'agriculteurs, en même temps qu'avait lieu une exposition de vins de la Bourgogue. Cette exposition a donné à lieu une dégustation des vins nouveaux, faite par un jury présidé par M. le comte de Vergnette-Lamotte. Ce rapport sert chaque année de première base pour la future classification des vins de qualité; c'est pourquoi nous croyons devoir le reproduire ici, les viticulteurs y devant trouver de bons éléments d'appréciation. Voici le texte de ce rapport :
« Il s'est produit, cette année, pendant la végétation de la vigne, deux faits utiles à signaler : la formation du verjus dans de bonnes conditions et la vendange des raisins de la Côte par un beau soleil.
« Il en est résulté une fermentation assez prompte et les vins, au décuvage, présentent de la couleur et de la vinosité, de la franchise et de la fermeté.
« Cet ensemble satisfaisaot rend les vins dignes d'être présentés au commerce et par celui-ci à ses clients.
« On peut évaluer la récolte des vins fins de 1/5 à I/IO d'année moyenne, et pour les ordinaires à la moitié d'une année moyenne.
« Les vins blancs sont généralement bons.
« Cette appréciation s'étend à tous les vins de l'ancienne Bourgogne. »
En même* temps que l'exposition des vins, a eu lieu un concours d'instruments de viticulture. Trois catégories d'appareils ont seules été admises à y recevoir des récompenses. Celle-ci ont été décernées comme il suit :
f* Section. — Charrves vigneronnes. — ]" Prix : Médaille de vermeil avec 100 fr. de prime : M. Râteaux, fabricant à Yignolles, pour l'ensemble de son exposition. — 2" Prix : Médaille d'argent avec 50 fr. de prime : M. Pétrot, constructeur à Dijon, pour sa charrue à vigne. — 3^ Prix : Médaille d'argent : M. L Menault, fabricant à Sfe-Marie-la-Blanche, pour sa charrue à vigne. — 4*^ Prix : Médaille d'argent : M. Robert, constructeur à Auxerre (Yonne), pour l'ensemble de son exposition. — 5* Prix : Rappel de médaille de bronze: M. Boisselet, fabricant à Montagny-les-Beaune, pour sa herse et sa charrue à vigne.
2'"" Section. — Chaudières à échauder la vignp, Pyrophores. — l*"" Prix : Médaille de vermeil avec 100 fr. de prime : M. Boisson, constructeur à Belleville (Rhône), pour sa chaudière. — Rappel de médaille de vermeil : M Duteil-Marcenot, constructeur à Beaune, pour sa chaudière avec accessoires (hors concours). — 1''' Prix : Médaille de vermeil avec lOO fr. de prime : M. Bourbon, constructeur à Perpignan, pour son pyrophore. — 2.« Prix : Médaille d'argent avec 50 fr. de prime, M. Caillot, p)ur son thermophore. — 4^ Prix : Médaille de bronze, M. (j Paulin, propriétaire à Beaune, pour sa caisse rotative à échauder les échalas.
3'"^ Section. — Soufreuses. — Médaille d'argent : M. Terraud-NicoUe, propriétaire à Varennes, pour vulgarisation d'un appareil utile, la soufreuse inventée par M. Fojadelli. — Médaille d'argent : M. Vantelot-Béranger, constructeur à Beaune, pour vulgarisation d'un instrument utile, la soufreuse bordelaise, très employée dans le Bordelais. — Médaille de bronze : M. G. Paulin, propriétaire à Beaune, pour vulgarisation de la soufreuse à pomme d'arrosoir.
Ces récompenses signalent plusieurs excellents appareils, dont quelques-uns ont déjà fait leurs preuves dans de nombreuses circonstances.
Vr. — Sur le labourage à vapeur.
Les publications sur l'exposition du matériel agricole à Pans, en 1878, ont déjà été nombreuses. Parmi celles qui méritent spécialement d'appeler l'attention, nous devons signaler un livre de 160 pages environ, que M. P}'ro, professeur à l'Institut agricole deGembloux (Belgique), vient de publier sous le titre : Labourage à vapeur, exposé hisiorique et pratique. Les divers chapitres de ce livre répondent complètement à ce que l'on pouvait en attendre. Toutes les phases par lesquelles est passée la construction des appareils, tant en Angleterre qu'en France, y sont exposées avec beaucoup de détails ; la description de ceux qui sont aujourd'hui adoptés dans les divers pays, y occupe aussi une place importante; on y trouvera donc d'excellents renseignements. Les conditions du travail du labourage à vapeur sont extrêmement variables ; il faut donc se garder de porter des jugements absolus soit pour, soit contre ce système. Si la moyenne et la petite culture ne peuvent, dans l'état actuel des choses, à part les circonstances d'association, se servir avec avantage des appareils mus par la vapeur, il est, au contraire, pour les vastes exploitations un assez grand nombre de circonstances, dans lesquelles les appareils de culture à vapeur rendront des services importants. Les conclusions de M. Pyro sur ce sujet sont sages. D'ailleurs nulle part, en agriculture, il n'est prudent d'adopter des principes exclusifs.
VIL — Concours cVaniniaux reproducteurs.
Le concours d'animaux reproducteurs de l'espèce bovine organisé par la Société centrale d'agriculture de l'Aude a eu lieu le 20 septembre à Saint-Denis. Ce concours a été des plus brillants, d'après le rapport du jury que nous avons sous les yeux. Les principales récompenses ont été attribuées, pour les taureaux, les génisses et les vaches, à MM. Emile Rives, Edmond Combes, ïissié. Dans son rapport, M. Castel ajoute quelques détails sur les intéressants, sur les méthodes adoptées par M. Lades-Gout, sur son domaine de Fargues, à Saint-Denis, pour l'élevage de la race bovine de la Montagne-Noire. Il s'exprime en ces termes
« Chaque année, au 1"" novembre, le domaine de Fargues renferme 6 taureauv, dont 2 âgés de six mois,' 2 de dix-huit mois et 2 de trente mois ; 12 génisses, dont 4 âgées de six mois; 4 âgées de dix-huit mois; 4 âgées de treute mois; et 16 vaches adultes, âgées de trois ans et demi et au-dessus,
« Les génisses commencent à être saillies à trois ans et demi; la période de gestation dure neuf mois, et celle de l'allaitement trois mois ; chaque vache peut ainsi donner un produit tous les ans.
« On vend chaque année : deux jeunes bœufs, provenant de la castration des taureaux âgés de trente mois, et quatre vieilles vaches qui, à cause de leur âge, donneraient des produits défectueux. Sur les jeunes veaux de l'année, on en choisit six qui sont conservés pour remplacer les animaux qui ont été vendus; les autres sont livrés à la boucherie.
« Ainsi, sur un domaine de 180 hectares, qui renferme 60 hectares de terres labourables, 30 hectares de prairies, 15 hectares de bois, et 105 hectares de landes et d'ajoncs, on élève 16 animaux de travail et 18 animaux encore jeunes, destinés à entretenir et à renouveler le bétail.
« La faible production du fumier, dans un pays où les animaux sont presque eonstamment nourris sur les pâturages, limite la puissance culturale et restreint .l'étendue des terres labourables.
« Nous nous sommes permis cette digression sur l'élevage dans la Montagne- Noire, pour bien faire ressortir que l'espèce bovine de cette région est très appro-
CHRONIQUE AGRICOLE (13 NOVEMBRE 1880j. 245
priée aux services qu'elle est appelée à remplir; on doit néanmoins cherchera l'améliorer au moyen de sélections faites avec intelligence, et tâcher de la perfectionner par des croisements avec des races étrangères. »
Tous les efforts qui sont faits pour augmenter la production du bétail dans une contrée où il est encore trop clairsemé, duivent être encouragés La Société centrale d'agriculture de l'Aude est donc entrée dans une excellente voie.