X. — La vérification du lait
M. Eugène Marchand vient de présenter à la réunion du Conseil d'hygiène du département de la Seine-Inférieure un intéressant mémoire sur l'utilité de la vérification du lait. Sa conclusion est que
la vérification du lait est possible, et qu'e'îs d&t d'exécution facile, en permettant des conclusions positives lorsqu elle est faite avec convenance, conformément aux prescriptions de la science. Il y a, en effet, longtemps que, à Paris et dans plusieurs grandes villes, la vérification du lait se fait sans aucune difficulté; c'est une pratique qui doit être étendue à toutes les agglomérations de population un peu importantes. XL — Nouvelles de l'état des récoltes.
Les dernières récoltes ont donné, dans la plupart des départements, d'excellents résultats, ainsi qu'il résulte des notes que nous recevons de nos correspondants. M. de Lentilhac nous envoie de St-Jean-d'Ataux (Dordogne), à la date du 6 novembre, les renseignements qui suivent :
« Aujourd'hui que toutes nos récoltes sont retirées, nous pouvons faire le bilan de la campagne agricole qui vient de finir. On s'accorde à reconnaître que pour les céréales, le résultat pour la France est celui d'une récolte moyenne, pour le Périgord, nous n'hésitons pas à allirmer qu'elle est au-dessous: les blés ont réparé, il est vrai, plus qu'on ne pouvait l'espérer, les dégâts occasionnés par les froids de l'hiver; ils ont bien tallé, n'ont pas été atteints par la coulure, ont foirni un gram généralement bien nourri, mais n'ont pu compenser les nombreuses victimes des gelées. La récolte du maïs, très importante en Périgord, occupe cette année une bonne moyenne, son grain ayant parfaitement mûri même dans les ierrams froids.... Celle des pommes de terre est très bonne, et jusqu'à présent exceptionnellement saine... Les haricots ont peu donné, la sécheresse survenue en juillet ayant arrêté leur développement-... Les betteraves et carottes ont également souffert de la chaleur; il en a été de même des tabacs dont la ieuille n'a atteint qu'un faible développement.
« Le vin, ce produit d'un si grand poids dans la budget en Périgord, a donné, comme nous le faisions pressentir dans notre chronique de septembre, de tristes déceptions. Un peu supérieure comme quantité et qualité à celle de l'an dernier, la récolte de 1880 atteint à peine le sixième d'une année moyenne; le vin est vert à cause d'une maturité irrégulière du raisin, et peu coloré, les cépages rouges ayant été plus particulièrement frappés par la coulure et l'oïdium.... Beaucoup de propriétaires, pour assurer leurs provisions, ont eu recours aux marcs arrosés d'eau sucrée, mais ces seconds vins, dont on a beaucoup parlé, beaucoup exagéré les mérites surtout, sont loin, quoi qu'on fasse, de remplacer nos vins médiocres.
« La châtaigne est petite, mais abondante et très saine ; il n'en est pas de même des noix, qui ont été brouillardées dans leur coque, longtemps avant la maturité du fruit.
« Les noyers eux-mêmes ont eu leurs feuilles maculées de nombreuses taches et frappées de caducité anticipée.
« Le commerce du bétail offre peu d'animation.... Les bêtes d'attelage sont bon marché à cause du manque de foin, les bœufs gras d'un prix relativement élevé.... Les porcelets sont fort demandés, à cause sans doute de la bonne réussite de la pomme de terre et du maïs, mais surtout du glaod qui a rarement offert une pareille abondance. 5»
D'après la note que M. Leyrisson nous envoie de Tridon fLot-et- Garonne), à la date du i" novembre, les semailles ont été jusqu'ici peu favorisées par le temps dans ce département :
« L'année vinicole a été tellement triste que, de mémoire d'homme, on n'avait vu, ici, une telle pénurie de vin. On y obvie néanmoins par la fabrication de piquettes de pomme, ce dernier fruit ayant été d'une abondance prodigieuse. On a même imaginé dernièrement un très simple et très ingénieux petit pressoir, qui du reste, n'est autre chose qu'un levier de deuxième ordre, au moyen duquel on écrase et l'on pressure dans les meilleures conditions possibles.
« Les semailles, peu favorisées jusqu'ici par la température pluvieuse que nous subissons, jusqu'à hier, vont probablement prendre une meilleure voie, car maintenant le temps semble s'être mis au beau fixe. »
Tous les renseignements qui arrivent maintenant confirment les premières appréciations que nous avons données sur les résultats des
vendanges. A part quelques parties du Midi, le vin est très peu abondant, mais il est généralement d'une assez bonne qualité. Quant aux ponnnes de terre, elles ont donné une bonne récolte; il en est de môme pour le maïs dans un grand nombre des départements méridionaux. J.-A. Barkal.
Monsieur le Directeur, je vous demande la permission de répondre à la lettre de M. Laliman sur la résistance des cépages américains [Journal du 9 octobre.)
J'ai, en effet, perdu ma vigne dans l'Illinois sous les attaques du phylloxéra, aidé dans son œuvre de destruction par un autre insecte presque aussi funeste, VErythroneura vitis outhe (jrapeleaf hopper, sorte de très petite sauterelle ailée qui s'attache aux feuilles, en suce la sève et en amène la chute rapide. Le bois ne pouvant s'aoùter dans ces conditions déplorables, si l'hiver suivant est rigoureux, la vigne succombe. Tel fut le cas de mon vignoble, à la suite de l'hiver désastreux de 1875.
Le 30 septembre dernier, j'ai informé M. Laliman, sur sa demande, des trois causes présumées de la perte de ma vigne. Le 10 de ce mois, le lendemain de la publication de la note de M. Laliman, je lui ai de nouveau écrit, sur son invitation, les lignes suivantes :
« Je viens vous dire que je n'ai rien trouvé de plus sérieux, pour répondre à vos assertions sur les invasions progressives du phylloxéra, en Amérique, au lieu d'admettre la théorie de son état indigène dans ce pays, comme à celles qui onttrait à la non-identité de l'insecte sous les deux formes de vnslatrix eUÏe gallicole, que de consulter, sur ces matières controversées, les autorités acceptées comme compétentes en Amérique, MM. Ouderdouk,Berckraans et Campbell; je vous transmettiai leurs réponses sitôt qu'elles me seront parvenues. « Pour ce qui m'est personnel ou plutôt pour ce qui est particulier à ma vigne, elle a dû être envahie parle phylloxéra, dès l'année 1863, par des racines de Clintnn, achetés à Rochester, chez M. Frost et Cie, Etat de New-York.
« J"ai remarqué, en recevant ces plantes et en les mettant en terre, des nodosités ou renflements considérables et anormaux sur leurs racines, ne me doutant pas que j'inlroduisais chez moi le redoutable fléau. J'ai observé ausssi des gaVes sur ces mêmes Clmton.
« Depuis cette époque, j'ai acheté particulièrement des Labrusca pour avoir plus de rapport; mais le me suis aussi procuré dans d'autres maisons des Riparia ou Gordifolia et des Œstivahs pour l'établissement de mon vignoble. Peut-être ces maisons m'ont-elles envoyé avecleurs cépages, de nouveaux éléments de destruction, je l'ignore, n'ayant pas observé sur les racines les mêmes exostoses ijue sur le Clinton, venant de Rochester.
« J'ai acheté aussi des vignes françaises en 1861, chez M. André Leroy, d'Angers. Elles se composaient de onze variétés des plus méritantes, dans mon opinion. Une seule de ces vignes a fructifié une seule fois, le Pituau blanc de Saumur. La plupart étaient mortes dès la deuxième année de plantation. La dernière avait disparu la quatrième année. J'ignore les causes de leur perte.
« Quant aux vignes indigènes que je cultivais chez moi, elles ont presque toujours été à l'état de souffrance, à l'exception du Concord et du Norton, qui m'ont donné de beaux résultats. Le Concord surtout prospère magnifiquement dans l'Ouest, malgré la présence du phylloxéra, dont pas un vigneron ne s'inquiète en Amérique, si ce n'est la Californie qui est décimée, cumme nous, et se prépare à nous imiter en appliquant la greffe sur des racines résistantes. On replante même le Catawba, quoique l'insecte fait terriblement maltraité dans beaucoup de localités. Le vin de ce cépage est très recherché en Amérique, par les Américains et les Allemands. Les Français préfèrent le vin rouge, et le Concord, quoique produisant un vin commun se rapprochant de celui du Gamay, fournit leur boisson, en général. Ce vin se vend 35 centimes le litre, ou environ.
« Je l'améliorais sensiblement et je m'étais fait une réputation en le vinantà la cuve. Ce procédé que j'appliquais après la fermentation active ou tumultueuse est
indispensable pour rehausser cette variété en neutralisant les acides et en produisant l'éther, et je crois que si on l'employait en France, on pourrait, peut-être, réhabiliter ce vin dans la fâcheuse réputation qu'il a ici. Je le trouve, pour mon compte, bien supérieur au vin d'York-Madeira que vous m'avez fait goûter pendant le congrès de Lyon et que je récoltais dans l'IUinois. Quelques bouteilles venant de ma cave, importées en France, avaient gagné beaucoup de la traversée, au lieu d'en être amoindries. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que le Concord et Cives Seedling résistent à l'insecte, en Amérique, et qu'en France on les rejette. Je ne suis pas pas bien sûr que les motifs de cette proscription soient fondés.
« On commence à croire, en Amérique, f[ue le Tayinr n'est pas un Riparia pur sang ain^i qu'on l'avait supposé jusqu'à présent, mais un hybride accidentel entre un Riparia et un Labrusca inconnu. Ce qui fortifie cette opinion nouvelle, c'est que des semis du Taylor qui ont donné l'Elvira ont, par des semis de cette dernière variété, donné naissance à plusieurs autres variétés dont le vin présente ce goût foxé spécial au Labrusca, sans nuire toutefois à la finesse du vin, comme par exemple dans le Gatawba qui est un Labrusca. »
Il y aurait beaucoup à dire sur les points que JM. Laliman met en relief dans la note que vous avez publiée et pour lesquels il demande une enquête. Mes observations pourront déjà l'édifier. J'espère être bientôt en mesure de lui fournir des renseignements plus complets venant de voix plus autorisées. En attendant, qu'il veuille bien me permettre d'ajouter quelques informations à celles contenues dans ma lettre du 10 courant.
La vigne meurt en Californie, parce que ce sont les plants d'Europe, les vitis vinifera qui forment la masse des vignobles de ce pays.
Suivant les renseignements certains^ le Concord a produit cette année, dans l'IUinois, une récolte énorme et sans précédents. Un respectable fermier, mon voisin, m'écrit que son beau-frère afoit 14 barils et demi de vin sur 384 ceps ; un autre a récolté 24 barils sur 1800 pieds (première récolte), à quelques cents mètres de la vigne que j'ai perdue après une lutte de douze à quinze ans. Ces chiffres prouvent que le Concord est plus solide que les roses dont parle M. Laliman.
Je n'engage pas M Laliman à insister sur les documents qui prouvent quele Scuppeniong et la Herbemont sont seuls résistants en Amérique, cette assurance manquerait de fondement comme celle de M. Meissner, s'il a dit que tous les cépages résistent en Amérique. Ce sont deux exagérations.
Aucun rapport défavorable sur la résistance des Riparia ne m'est parvenu d'Amérique. Il est entendu que je ne fais pas d'allusions aux expériences faites en France.
Il est vrai que les Américains ne possèdent plus le Solonis et qu'il leur reste peu d'York- IMadeira. Ils n'ont pas non plus les hybrides Gaston-Bazille et Vialla, dérivés de Riparia et qui sont de création française, mais ils ont de précieuses et nouvelles ressources à offrir à la France. Quant au Jacquez, que M. Laliman se rassure, le véritable peut encore être obtenu, au Texas seul, par des millions de boutures.
La préférence qu'on accorde partout, en Amérique, à l'Herbemont sur le Jacquez, est motivée par le double avantage qu'on retire du premier pour le vin et le fruit, tandis que le Jacquez ne peut être utilisé que pour le vin. Aucune de ces deux variétés ne souffre de Fanthracnose au Texas.
Si je ne craignais d'abuser de votre hospitalité, j'expliquerais pour quelles causes tous les Labrusca sont, en dehors du phylloxéra, fatalement condamnés au sud de l'Amérique et que, partout dans ce pays, les vitis vinifera ont succombé sous les attaques de l'insecte, après
quelques années de lutte. Les mêmes causes qui font échouer les Labrusca et d'autres variétés au Sud des Etats-Unis, ont pu produire des effets analogues chez M. Laliman, malgré les belles apparences de vie et les grands résultats des premières années.
Je dirais aussi qu'au lieu de recommander les Rotundifolia comme stock pour porte-greffe pour les variétés d'Europe^ on les repousse, tandis que leur concours serait utile pour les OEstivalis du Sud.
Je termine avec le ferme espoir que mes remarques seront accueillies, n'étant inspirées que par des sentiments de déférence et de courtoisie envers l'un des plus distingués des initiateurs de la vigne américaine en France; mais surtout parce qu'elles relèvent d'un mobile plus sévère et plus élevé, parce qu'elles intéressent la cause de la viticulture et qu'elles m'imposent le devoir de dire ce que je crois la vérité.
Recevez, etc. G. Morlot.