SUR LA PRODUCTION DE LA LAINE ET DE LA VIANDE
Votre collaborateur nous reproche d'avoir fait « un livre de polémique passionnée. » Nous ne contestons pas la justesse de cette appréciation ; mais nous sommes persuadé que les hommes compétents qui liront le cinquième volume du Traité de zootechnie de ]\1. Sanson, et le nôtre, nous excuseront, nous absoudront même; et nous en avons pour garant certaines lettres de félicitations, émanant de sommités agronomiques et spécialement d'éleveurs distingués.
Mais passons et arrivons à la question de faits.
M. G. Tojan dit : « Nous comprenons et nous partageons l'admiration de M. Alfred Leroy pour son maître; mais nous trouvons qu'il va trop loin quand il reproche à M. Sanson de voidoir faire du nierions primitif, le mouton universel, le seul pouvant donner de la viande et de la laine fine* pour suffire aux besoins de la boucherie et des manufactures. Non, M. Sanson est un savant trop éclairé pour soutenir des thèses absolues; il est trop initié aux lois naturelles, aux exigences variables des contrées, aux nécessités des climats, pour recommander à ses disciples d'élever partout, à l'exclusion d'autres, la race mérinos. »
Nous n'avons pas reproché à M. Sanson de préconiser le mérinos primitif, ce qui eût été contraire à la vérité, mais bien d'avoir fait une vigoureuse campagne pour le mérinos précoce ou amélioré, comme on voudra; c'est-à-dire, pour la production abondante et simultanée de la laine et de la viande. Et cela, depuis 1862, dit-il en s'en félicitant, à la page 162 de son livre. Mais étant donné que M. Sanson soit « un savant trop éclairé pour soutenir des thèses absolues,» il n'en a pas moins dit et répété à satiété que le mérinos amélioré par sélection est la bête de toutes les situations.
C'est contre cette énormitéque nous avons protesté, en disant dans la préface de notre ouvrage, que de tous les troupeaux de mérinos précoces de notre département, il n'y en a pas un qui ne constitue son propriétaire en perte, si on distrait le « compte béliers » de celui du reste du troupeau.
Que celui qui peut nous démentir par des chiffres le dise!
Et quand M. G. Tojan ajoute : « Il est évident que le mérinos antique n'est point une bête de boucherie parfaite; son ossature est trop forte, sa tête est énorme, elle pèse avec les cornes 7 à 8 kilog. et se vend un franc! Avec ce qu'il a fallu d'azote et de phosphate pour la former, on aurait produit un bon petit mouton berrichon valant au moins 15 francs. C'est ce qu'a fait remarquer avec beaucoup de justesse M. Alfred Leroy; mais il oublie qu'on est parvenu à diminuer un peu cette tête gigantesque et il oublie volontiers les beaux spécimens des mérinos précoces dont les qualités sont si remarquables. »
M. Tojan se trompe. Ce sont « ces beaux spécimens de mérinos précoces dont les qualités sont si remarquables » qui ont des têtes de ce poids -là, et non le mérinos antique. C'est le mouton idéal de M. Sanson, celui qu'il a vu dans notre pays et dont il donne une gravure fig. 33, page 142 du V volume de son fameux Traité de zootechnie. Aussi, c'est précisément ce qui nous surpasse de voir le professeur de l'Institut agronomique donner le mérinos du Soissonnais comme le type du producteur économique de la viande. Car au chapitre de l'espèce porcine, l'auteur rend compte, page 257, d'une