‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 59 sur 752 · DISCOURS PRONONCÉ AUX OBSÈQUES · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCÉ AUX OBSÈQUES

DE M. VICTOR BORIE, au nom de la Société nationale d'agriculture, le 8 juillet 1880.

Messieurs, le confrère à qui, au bord de cette tombe, nous venons au nom de la Société nationale d'agriculture, rendre le suprême hommage, nous a été enlevé par un coup imprévu. Il y a quelques jours à peine, il était parmi nous plein de verve et d'esprit, détendant avec une rare vigueur les doctrines de la liberté dans l'économie rurale, encourageant par ses éloges, dans d'excellents rapports, les efforts d'homnit-s de progrès ayant pour but d'émanciper les habitants de la campagne de tous les préjugés, enfin, dans notre dernière séance publique, prodiguant de chaleureuses paroles à des instituteurs qui s'étaient distingués dans l'enseignement agricole au milieu des populations rurales. 11 avait pris à cœur le développement de l'instruction populaire, non pas seulement dans les villes, mais surtout dans les villages et les hameaux. Il était ardemment dévoué à la cause du progrès dans la démocratie rurale.

Victor Borie était né en 1818, à Tulle, dans la Corrèze. C'est là qu'il fit ses études sous la direction de son père, archiviste delà préfecture et de la ville. Placé dans une position modeste, il fut, dès l'âge de vingt ans, nommé vérificateur des poids et mesures. Il y avait alors peu de chemins et de routes dans ce pays de montagnes, qtie chaque jour le jeune employé parcourait à cheval, dans tous les sens, de l'aube au crépuscule. C'est là qu'il prit son premier goût pour l'économie rurale.

Tout jeune, il avait déjà un véritable talent d'écrivain. Aussi il livra de bonne heure à divers journaux des départements des articles qui appelèrent sur lui l'attention. Il fut distingué par une des plus grandes illustrations de notre siècle dans les lettres, et bientôt, sous ses auspices, il fut appelé à diriger un journal de province, poste périlleux pour un homme imbu des idées les plus libérales. Aussi, condamné pour qut^lques attaques vigoureuses contre les hommes qui allaient faire l'Empire, il dut prendra le chemin de l'exil et souffrir de toutes les misères de la pauvreté noblement supportée. Il publia en Belgique quelques ouvrages politiques qui eurent du retentissement, mais des succès littéraires ne pouvaient le consoler d'être éloigné de la France. Il voulut rentrer dans sa patrie, quoiqu'il sût qu'il allait y subir les rigueurs de la prison.

Lorsqu'il redevint libre, il nous fut recommandé par François Arago, et c'est ainsi qu'il est entré dans la carrière agronomique qu'il a si bien parcourue. Outre de nombreux articles dans les journaux agricoles, il devint collaborateur de la Presse, puis du Siècle. Ses premières années écoulées au sein des campagnes lui avaient laissé des impressions que son esprit judicieux avait changées en données

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