DES VIGNES AMÉRICAINES AU POINT DE VUE PRATIQUE. — II
Il nous reste maintenant à étudier à la fois l'adaptation et la résistance dans leurs rapports réciproques, à voir en un mot les modifications que toutes les influences que nous venons d'étudier peuvent apporter à la végétation des vignes américaines et à en dégager, si faire se peut, des conclusions pratiques, les seules qui importent réellement à la masse des agriculteurs.
Or, que voyons-nous quand nous étudions à ce point de vue un grand nombre de plantations de vignes américaines d'un certain âge, en puissance incontestable de phylloxéra, démontrée par la mort, soit des anciennes vignes françaises voisines, soit des nouvelles plantées comme témoins ? Nous nous trouvons en présence de trois états bien différents :
Dans une première série de faits, toutes ou presque toutes les vignes américaines sont atteintes de chlorose avec rabougrissement et meurent en peu d'années. Les pousses et les feuilles sont jaunes, les feuilles se dessèchent et tombent bientôt, les sarments sont minces, d'une consistance mollasse analogue à celle du caoutchouc et aoûtent mal ou n'aoûtent pas du tout. Les bourgeons axillaires émettent toute une série de petites feuilles jaunes qui se dessèchent bientôt à leur tour; la vigne se rabougrit, végète misérablement et meurt rapidement. Cet état est bien dû, comme je l'ai affirmé dès 1878, à une nutrition insuffisante, à une mauvaise adaptation, et c'est bien là la seule cause du mal ; transportez, en effet, ces vignes malades dans un terrain mieux approprié h leurs besoins, et toujours vous les voyez revenir à la santé dans le cours de la première année qui suit cette opération; c'est une expérience que j'ai répétée plusieurs fois et toujours avec des résultats identiques. Celte maladie ^e produit d'ailleurs avec ou sans phylloxéra sur les racines, et ces deux ordres de faits prouvent bien que si le phylloxéra exerce une influence quelconque, ce ne peut être qu'une influence secondaire, puisqu'elle cesse d'agir par la transplantation dans un autre terrain. Le phylloxéra peut bien dans ces cas contribuer à accélérer la mort de la vigne; mais, avec ou sans phylloxéra, elle serait morte tout de même et fort rapidement.
Dans ces circonstances, on trouve cependant sur les variétés qui ne font pas de phylloxéra, plus d'insectes qu'elles n'en portent habituellement, des nodosités plus volumineuses et des lésions plus sérieuses que celles que l'on peut considérer comme normales, mais ce fait s'explique parfaitement ; les racines participent en effet à cet état de