Voir le Journal du 6 novembre, page 211 de ce volume
ramollissement spécial que j'ai décrit pour le système aérien; elles sont molles, plus charnues, moins dures ; la sève mal élaborée qu'elles reçoivent ne leur permet pas de se lignifier avec aulant de rapidité et l'insecte a le temps de se loger dessus. C'est d'ailleurs un lait général dans la nature que cette préférence des parasites pour les individus affaiblis.
Cet état est donc entièrement le résultat d'une mauvaise adaptation des cépages, mais ici encore nous constatons des faits tout à l'avantage des variétés ne faisant pas de phylloxéra. Ce sont, en elYet, celles sur lesquelles on le constate le moins souvent, et je vous citerai le York's Madeira, par exemple, que M. Gaston Bazille qualifiait hier de Chevalier sans reproche, et pour lequel il n'a été signalé encore à ma counaissance que deux faits de cette nature, un qui m'est spécial dans une terre argilo-marneuse blanclie à sous-sol crayeux, et un autre, je crois, dans la région des Charcutes. Je ne connais pas de faits plus nombreux à mettre au passif du Solonis, un ou d^ux au plus; et, pour les Riparias, ils ne se produisent guère non plus que sur les variétés que j'ai déjà signalées comme faibles et délicates. C'est évidemment à la rusticité plus grande de ces variétés d'élite qu'il faut attribuer le peu de fréquence de ces cas de mauvaise adaptation.
En deuxième lieu, nous nous trouvons en présence d'un ordre de faits bien différent. Nous ne constatons plus de chlorose, plus de dépérissement dans le sens propre du mot, mais tandis que certaines vignes américaines se montrent splendides de développement et poussent sans interruption depuis le printemps jusqu'aux premières gelées de novembre, on en voit d'autres qui, après des promesses de végétation brillante au début de la pousse, s'arrêtent tout d'un coup vers les premiers jours de juin, ne poussent plus, perdent leurs feuilles et aoùlent leurs sarments de fort bonne heure; mais, je le répète, il n'y a pas de chlorose, pas de dépérissement dans le sens propre du mot, le tronc se développe peu, mais grossit cependant tous les ans. La période active delà végétation paraît seulement réduite à quelques mois au lieu de s'effectuer pendant les T ou 8 qui forment sa durée normale.
Ces faits se constatent surtout dans les régions à périodes estivales sans pluies, et dans les terres compactes et craignant la sécheresse. Quand le printemps est pluvieux, le moment d'arrêt de la végétation est reculé plus ou moins, suivant l'abondance des pluies, et quand il pleut dans le courant île l'été, il n'est pas rare de voir la végétation, déjà arrêtée, reprendre avec une certaine vigueur.
Ici, l'influence de l'humidité paraît prépondérante; il n'en est pas cependant tout à fait ainsi, la sécheresse ne suffit pas toute seule à produire cet état. Il faut les deux influences combinées de la sécheresse et de linsecte. On ne le constate jamais, en effet, sur les variétés qui ne font pas de phylloxéra. Les espèces de la deuxième catégorie le présentent seules et seulement en terrain sec et phylloxéré. Il est donc impossible de nier ici l'influence du phylloxéra, l'examen des racines en donne d'ailleurs des preuves suffisantes. A partir du mois de juin, dans les années sèches et dans ces conditions de terrain, le chevelu est presque entièrement détruit sur les variétés à phylloxéra. Les grosses racines sont presque saines. La vigne, ainsi qu'il résulte de l'intéressant mémoire de mon excellent ami et confrère, M. le docteur Coste, dont il vous a été donné lecture dans une des précédentes séances,
peut bien se soutenir par l'humiclité absorbée par endosmose au moyen de ses grosses racines, mais privée de la presque totalité do ses radicelles, c'est-à-dire de ses bouches absorbantes, elle cesse de végéter. Vers la fin de l'hiver, avant la reprise de la végétation et pendant la période de repos hivernal de l'insecte, les grosses racines émettent de nouvelles radicelles, et la vigne, pourvue d'un nouveau système radiculaire, reprend vigoureusement; l'insecte revient alors en avril, et trouvant un système radiculaire jeune et mal constitué, en a vite raison, d'où l'arrêt de végétation dès que l'humidité du sol n'est plus suffisante pour solliciter l'émission de nouvelles radicelles par lesquelles la vigne pourrait continuer à absorber les matériaux nécessaires à son développement.
Cet état, je le répète, et f insiste là-dessus parce que son importance pratique est de .premier ordre, n'est jamais présenté par les variétés qui n'offrent pas d'habitude de grandes quantités de phylloxéras et qui doivent celte précieuse propriété, comme nous l'avons vu, à la constitution spéciale de leurs racines.
Enfin dans un troisième ordre de faits, nous trouvons toutes les vignes américaines sans exception, dans un état luxuriant, et on peut dire alors réellement que dans ces conditions elles résistent complètement, l'influence de l'insecte sur leur végétation étant bien réellement et entièrement nulle.
Mais à l'examen des racines les résultats sont bien différents : tandis que sur les vignes qui ne font pas de phylloxéra, ce n'est qu'après des recherches répétées qu'on arrive à trouver un ou deux insectes ou quelques nodosités isolées; sur les autres, au contraire, celles qui font du phylloxéra, on en trouve des quantités innombrables, autant et peut-être plus que sur les vignes françaises, mais on constate alors que la racine de ces dernières est dans un état de travail incessant et qui se continue sans interruption jusqu'au moment où les premières gelées de novembre viennent interrompre la vie végétative de la plante. La puUulation radicellaire est, on peut le dire, énorme, et les radicelles se reproduisent au moins aussi vite que le phylloxéra peut les détruire. Mais en voyant cet incessant et fabuleux travail de Pénélope souterrain, on se demande comment les faits que j'ai signalés dans la seconde catégorie, ne sont pas encore plus fréquents ; toute cause de faiblesse ou de nature à détruire l'équilibre entre le système aérien et radiculaire de la plante doit les amener presque aussitôt, et j'ai pu les produire expérimentalement et pour ainsi dire à volonté.
Il y a donc là deux modes de résistance bien distincts 'pour les vignes qui ne font pas de phylloxéra, elles résistent et résisteront toujours, parce qu'elles n'offrent à l'insecte qu'un milieu où ses facultés de destruction et de pullulation sont réduites à un minimum qui ne lui permet plus de nuire en rien au végétal; les autres paraissent, au contraire, ne résister que par suite de leur vigueur propre qui leur permet, quand elles se trouvent dans des conditions favorables, de réparer les désastres avant qu'ils n'aient eu le temps de se produire.
Il faut cependant accorder quelque chose à la constitution propre de leur système radiculaire, puisque les grosses racines sont rarement atteintes gravement, et que l'insecte ne tue pas ces vignes même dans le deuxième état que j'ai décrit.
Avec le temps d'ailleurs et sur certaines de ces variétés, pas sur toutes, on dirait, et probablement sous l'inlluence de l'augmentation de dureté de tissus, que le pliylloxera montre une certaine tendance à les attaquer moins fortement; Tàge lend sous le rapport de la résistance à les rapprocher des variétés qui ne font pas de phylloxéra.
Quoi qu'il en soit, à mon avis et au point de vue pratique, elles doivent impitoyablement être mises de coté.
Est- il maintenant possible de tirer, de cet ensemble de faits que nous venons de passer successivement en revue, des conclusions pratiques au point de vue de la reconstitution des vignobles détruits? Je n'hésite pas à répondre aflirmativement.
Imi etiet, puisque nous nous trouvons en présence de vignes qui, dans leur état normal de végétation, ne présentent presque jamais d'insectes sur leurs racines; puisque la vigueur de ces variétés est au moins égale et souvent supérieure à celle des vignes de l'autre catégorie;
Puisque pour ces mêmes vignes qui ne tontpas de phylloxéra, les difficultés de l'adaptation semblent disparaître et paraissent, dans tous les cas, ne pas devoir être plus considérables que celles que nous pressentaient nos anciennes vignes françaises ;
Puisque, enfin, ces vignes doivent leurs facultés précieuses de résistance à leur constitution propre, à leur essence, si on peut s'exprimer ainsi, et qu'on peut affirmer que c'est une propriété persistante.
Layricukeur qui se trouve obligé de reconstituer son vignoble doit s adresser à ces variétés d'élite, parce que seules elles lui présentent toutes les garanties de réussite et de duré"" qiùm doit rechercher quand on entreprend une œuvre aussi coûteuse.
Les autres espèces peuvent bien dans certaines conditions donner ou avoir donné des succès ; elles n'en doivent pas moins être repoussées d'une manière absolue, parce que, comme l'a si bien dit mon excellent ami, M. Victor Gauzin, quand on peut employer de l'excellent, il ne ne faut pas choisir du médiocre. L. Despetis,
[La fin procliaineinent.) Viliciilleur à Floiensac (Hérault).