‹ Journal de l'agriculture (volume 5)Chapitre 62 sur 752 · LA QUESTION DU LIBRE-ÉCHANGE EN TOURAINE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU LIBRE-ÉCHANGE EN TOURAINE

Monsieur le directeur, la question du libre-échange se débat aussi en Touraine, avec la même vivacité qu'à Paris. Nous avons surtout un ^azetier qui fait rage dans chaque numéro de sa feuille. Il ne se pique iïuère de logique et dit volontiers aujourd'hui le contraire de ce qu'il avait dit hier. Mais c'est un fait bien connu qu'il supplée au défaut de suite dans les idées par une pompe majestueuse dans le style. Tout ce qui sort de sa plume est solennel. Pour faire connaître à vos lecteurs ce qui se passe ici, je ne puis omettre de vous parler de ce publiciste qui n'a pas son pareil parmi nous. Même à Paris, vous n'en trouveriez pas deux, bien sûr, qui lui ressemblent.

Il y a dix- huit mois, quand le prix du blé vint à tomber si bas, vu que malheureusement il ne valait pas grand'chose, notre homme était pour la liberté du commerce. Il disait hautement et à tout propos, « que les traités de commerce ont du bon, qu'on les charge d'iniquités dont ils ne sont pas coupables; que la suppression de l'échelle mobile avait fait monter le prix du blé; que la liberté commerciale n'est pas, comme le disent quelques malintentionnés, un obstacle au pros;rès ao-ricole, etc., etc. » La devise qu'il avait arborée était : « Pas de retour en arrière. » Même il se fit enrôler dans la Ligue pour la liberté commerciale, et alla jusqu'à ouvrir une souscription dans sa feuille pour faire de la propagande en faveur de la cause.

Ce qu'il redoutait principalement pour l'agriculture, c'était de la voir s'allier à l'industrie pour faire campagne contre les traités de commerce. Il disait aux cultivateurs tourangeaux : « Vous serez dupes, si vous jouez ce jeu. Au dernier moment, l'intérêt du consommateur prévaudra, et les tarifs manufacturiers seront seuls relevés. Vous aurez tiré les marrons du feu, mais c'est le grand manufacturier d Indre-et-Loire, M. Bouvyer Cartier, dont vous connaissez le nom et l'appétit, qui les mangera. »

L'art^ument qu'il se plaisait à invoquer pour combattre avec plus de succès, auprès des cultivateurs, le i-encliérissement du blé par les tarifs de 'douane, c'était la culture intensive, à grosses recolles, à f^rosses fumures et à gros rendements, comme on dit en patois de chez nous. « Faites de la betterave à sucre, disait il aux cultivateurs des bords de la 1 oire : elle a cela de l)on qu on peut lui imputer beaucoup de frais, ce qui vous permettra de décharger d'autant le blé de 1 obtenir à bon compte et de le vendre avec un honnête bénéfice, même

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