LA QUESTION DU LIBRE ÉCHANGE EN TOURAJNE
en le cédant à bon marché ». Il citait à ce propos l'exemple d'une ferme bien connue de l'Anjou, la ferme de Prasny, où la culture des betteraves et des autres plantes industrielles permet d'obtenir le blé à d'aussi bonnes conditions qu'en Amérique.
Sans être grand clerc. Monsieur le directeur, ainsi que vous le savez déjà, il me semble que si j'avais eu à participer au débat, j'aurais eu la partie belle en objectant que ce n'est pas d'imputer les bénéfices au blé, de préférence à la betterave, qui importe, c'est de les encaisser; que le cultivateur a beau mettre ses plus grosses dépenses sur le compte de la betterave, cela ne le dispense pas de les payer; que si les traités de commerce vident réellement notre bourse, des virements de frais sur le papier ne nous mettront pas en mesure de la remplir. M'est d'ailleurs avis que le conseil est plus facile à donner qu'à suivre, vu que la betterave ne pousse pas dans tous les pays où l'on cultive le blé; que les contrées notamment qui le vendent à meilleur marché et le produisent par conséquent à meilleur compte, n'ont pas la ressource d'imputer les plus grosses dépenses aux plantes industrielles, par l'excellente raison qu'elles n'en cultivent pas; que c'est d'ailleurs le blé qui fait défaut, non le sucre, etc. On aurait pu ajouter bien d'autres raisons ; mais les Tourangeaux, d'ailleurs sceptiques en matière de comptabilité agricole, sont bons prmces, pardessus le marché. Personne ne lit d'objection, ou du moins, je ne connais personne qui en ait fait. Les bordiers et autres cultivateurs ne sont pas assez simples pour demander ou même pour espérer à leur profit des privilèges de douane : ils savent trop qu'ils sont faits pour payer ces faveurs, non pour en jouir. Nous nous bornions donc à attendre avec résignation des jours meilleurs et pour la récolte et pour la vente.
11 y a six mois, le prix du blé s'étant relevé, et celui du bétail s'étant abaissé à son tour, notre grand publiciste changea carrément son fusil d'épaule, pour me servir de ses expressions. Quand nous en parlons entre nous, nous disons simplement qu'il retourna sa veste. Il planta là bel et bien la Ligue pour la liberté commerciale, courut les séances du Grand-Hôtel de Tours, où se réunit la fine fleur des protectionnistes, fit des avances à M. Bouvyer-Cartier, le grand orateur qui verse des larmes de crocodile sur le sort de l'agriculture, trouva du bon dans l'attitude du fougueux M. Eliacin qui s'improvise général en chef des comices de Touraine, et se mit à faire une guerre acharnée aux traités de commerce qu'il accusa publiquement d'être antiégalitaires, anti-agricoles, en un mot, du libre-échange de carton. Il consentait bien à passer l'éponge sur le blé, qui était alors à plus de 32 francs le quintal,, mais à la condition d'obtenir de sérieuses compensations, telles qu'un droit de 40 pour 100, représentant 50à 80 fr. par tête de bœuf, sur le bétail étranger. Il justifiait sa nouvelle thèse par les deux raisons suivantes : il faut repousser le bétail étranger, parce qu'il n'arrive à nos abattoirs qu'après avoir fécondé la terre étrangère; il faut encoorager le bétail national, parée que c'est le moyen d'avoir un sol plus, fécond* du blé obtenu à meilleur compte et vendu moins dier. Il miettait encore en avant i' exemple de la ferme de Prasny, où le blé ne coûte presque rien, parce qu'on y engraisse beaucoup de bétail, et il allait même juisqu'à tancer verte m,ent le comiec d'Ar^uzon-saff -Loire, qui ne voulaat pas lâcher les droits sur le blé.